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A la fin du mois de janvier 1939, l'issue de la guerre civile en Espagne semble inéluctable. La chute de Barcelone face aux insurgés franquistes déclenche un exode d'une ampleur sans précédent. Près de 500 000 hommes, femmes, et enfants prennent les routes des Pyrénées, espérant trouver refuge en France. Cette grande retraite entrera dans l'histoire sous le nom de la "Retirada". Parmi cette foule épuisée, le photographe catalan Agustí Centelles consigne dans un journal intime le désespoir d'un peuple qui avait choisi de défendre la République. Interné des mois durant, comme des centaines de milliers d'autres Espagnols, dans des camps du sud de la France, il y prendra des centaines de photographies.

Réalisé par : Camille Ménager
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00:15Je vous parle en ce moment de la rue practicale du Pertus et si je vous parle mal, mes chers
00:25docteurs,
00:26c'est que j'ai beaucoup de peine à contenir mon émotion.
00:33Le Pertus n'est qu'une vaste cour des miracles où toute une humanité est soumise à une souffrance indescriptible
00:41à l'heure actuelle.
00:44On voit passer dans la pluie des enfants qui éluent et ça hurle, les mères crient après leurs enfants qu
00:49'elles perdent dans la foule.
00:51Il y a non seulement des blessés mais il y a des morts car évidemment il y a des hommes
00:54qui sont malades.
00:55C'est presque un appel au secours qui faudrait pousser pour qu'on envoie ici tout ce qu'il est
01:00nécessaire pour évacuer au plus vite ces femmes et ces enfants.
01:09Il faisait particulièrement froid en ce début de l'année 1939, au cœur de l'hiver, quand arrivèrent d'Espagne
01:17près de 500 000 hommes, femmes et enfants, espérant trouver refuge en France.
01:24Près de 500 000 vies, arrachées à leur terre, meurtries par la guerre civile qui dure depuis bientôt trois ans.
01:35Sans bagages ou presque, familles comme soldats républicains fuient la violence des ultimes combats et la menace des représailles,
01:43tandis que la République espagnole s'effondre sous l'assaut des troupes nationalistes du général Franco.
01:52Femmes et enfants seraient dispersés en France, les hommes, eux, allaient être enfermés dans des camps d'internement, dans des
01:59conditions aussi indignes que révoltantes.
02:04Comment ont-ils vécu cet exode, devenu exil, dans le tumulte de ce que l'histoire nommera bien plus tard,
02:11la retraite, la retirada ?
02:48Bram, département de l'Aude, à mon fils Sergi et à ceux qui pourraient naître ensuite.
02:54Je commence cette description de ce qu'est ma vie en ces moments tragiques pour moi.
03:00Je suis reclus dans un camp de concentration.
03:02En qualité de réfugiés, selon les autorités françaises, de prisonniers, au vu des caractéristiques du camp, de son ambiance, de
03:11sa discipline et du comportement des gendarmes chargés d'y faire régner l'ordre.
03:20L'homme qui se confie ainsi à son fils s'appelle Agustis Antelius.
03:25Il a 30 ans et fait partie des centaines de milliers d'hommes et de femmes à avoir fui l
03:30'Espagne pour se réfugier en France.
03:34Des mois durant, dans son journal intime, il va consigner les horreurs de l'exode, les espoirs comme les désillusions,
03:42jusqu'à sa vie dans un camp d'internement du sud de la France, un camp de concentration, comme on
03:48le dit alors.
03:51Il a laissé derrière lui sa femme Eugénia et leur petit Sergi, d'à peine deux ans, sans certitude aucune
03:57de les revoir.
04:00Leur vie a été bouleversée depuis que l'Espagne a sombré sous un déluge de fer et de feu.
04:07A l'été 1936, les nationalistes ont mené un coup d'état militaire dont le général Franco a pris la
04:12tête,
04:13visant à faire chuter le gouvernement légal du Frente Populaire, le Front Populaire.
04:20L'Espagne, devenue un vaste théâtre de sang et de fureur, se déchire dans une guerre civile impitoyable.
04:33Après le coup d'état, Saint-Eliès, reporter photographe reconnu de Barcelone,
04:39a été mobilisé dans l'unité des services photographiques de l'armée républicaine,
04:44celle restée fidèle à la Seconde République espagnole.
04:53Pendant deux ans, il a documenté tous les fronts de combat,
04:56des Pyrénées-Aragonaises à Terruel et sa dramatique bataille,
05:00qui jeta sur les routes des milliers de familles chassées par la terreur.
05:09Deux ans, où au fracas des armes se mêlent les pleurs des endeuillés.
05:15Deux ans, à témoigner des horreurs de la guerre qui ravage son pays et fera des centaines de milliers de
05:21morts.
05:27Au début de l'année 1939, la guerre civile touche à sa fin.
05:33Son issue semble inéluctable.
05:36L'avance des troupes du général Franco se poursuit sur l'ensemble du front de Catalogne.
05:41Malgré la résistance des gouvernementaux, les nationalistes qui disposent d'effectifs sans cesse renouvelés
05:47investissent l'une après l'autre les dernières villes où s'est retranchée l'armée de Catalogne.
05:51Et pendant ce temps, des milliers de réfugiés affluent vers les Pyrénées.
05:58La Catalogne, l'un des derniers grands bastions républicains, est exsangue.
06:04Elle subit depuis de longs mois une grande offensive des troupes franquistes,
06:09appuyée militairement et financièrement par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste.
06:18Chaque jour, les bombes pleuvent,
06:21sement la panique parmi une armée républicaine à bout de souffle
06:24et une population civile terrorisée qui mêle les habitants de Catalogne
06:28et ceux d'Andalousie, de Navarre ou d'Aragon, qui avaient déjà dû fuir leurs terres.
06:38À la fin du mois de janvier, Saint-Eliès est à Barcelone,
06:41quand le gouvernement républicain ordonne l'évacuation de la capitale catalane.
06:47Il ne prend pas de photos cette fois, mais il écrit.
06:5424 janvier.
06:56Je ne reconnais pas Barcelone.
07:00Quelques camions accostés au bâtiment où se trouvent les bureaux officiels
07:03sont chargés précipitamment.
07:06Mais Barcelone va-t-elle tomber ?
07:09N'y aura-t-il pas de résistance ?
07:1525 janvier.
07:17Nous prenons la route.
07:19Elle est impraticable, impossible de rouler.
07:23Il y a une file d'attente impressionnante, on ne voit pas où elle s'arrête.
07:28Quel spectacle !
07:31J'ai la gorge nouée.
07:33Il me faudrait des pages entières pour décrire le fleuve humain
07:36qui fuit la barbarie du fascisme.
07:39Mon esprit de journaliste a disparu et je ne me sens pas capable de descendre du camion
07:44ou de prendre des photos depuis le pot.
07:51Ai-je bien fait de laisser Eugénia et mon petit garçon à Barcelone ?
07:55Si je les avais emmenés avec moi aujourd'hui, je ne saurais probablement pas où ils se trouvent.
08:05Saint-Eliès emporte avec lui ses appareils et une valise qu'il faut protéger à tout prix.
08:10Elle contient tous les négatifs de ses photographies de la guerre.
08:15Il serait trop dangereux pour les combattants qui y figurent, qu'ils ne tombent dans les mains de l'ennemi.
08:23Parmi les camarades qui vont partager l'exil à venir,
08:26deux frères, deux amis de Saint-Eliès, Salvador et Ferran Pouyol.
08:34Ferran a lui aussi raconté au jour le jour ces journées tragiques.
08:39« Du front nous parviennent des nouvelles extrêmement confuses, écrit-il.
08:44Le repli est général et désordonné.
08:48Des bombes sont tombées tout près de Figueras.
08:52Plus le temps passe, plus le chaos s'installe.
08:55Des enfants, des femmes, des vieux, désespérés, abandonnés comme des chiens. »
09:03« Qu'était-il possible d'anticiper de ce drame ? »
09:12Désordre et impréparation semblent dominer côté français.
09:16Pourtant, la question était sur la table depuis près d'un an dans les bureaux ministériels parisiens.
09:29Au printemps 1938, Édouard Daladier succède à Léon Blum, à la présidence du Conseil.
09:36Fini le Front populaire.
09:38Fini aussi le soutien discret mais réel à l'Espagne en lutte.
09:44La France n'avait pas eu le courage d'intervenir militairement aux côtés des républicains
09:48mais laissait passer armes et volontaires
09:51et maintenait une tradition du droit d'asile.
09:55Alors que se dessine la défaite de l'armée républicaine,
09:59le nouveau gouvernement voit d'un mauvais œil l'afflux qui se profile sur le sol français
10:04de nombreux réfugiés, parmi lesquels soldats et militants des divers courants de gauche.
10:12Albert Sarrault, ministre de l'Intérieur, sénateur radical socialiste de l'Aude,
10:17au pied des Pyrénées, connaît bien la région.
10:22Un vaste mouvement de peur, né de la crainte des représailles ou de la menace de la disette,
10:28est susceptible de provoquer vers nos frontières l'exode massif de la population catalane,
10:33alerte-t-il en Conseil des ministres.
10:37Le 29 avril 1938, par le biais d'une note classée secrète,
10:43Daladier, qui est aussi ministre de la guerre,
10:45s'inquiète de l'arrivée massive de soldats de l'armée républicaine,
10:49dont le séjour sur notre territoire doit dès maintenant être prévu.
10:56On prévoit donc pour les civils leur évacuation vers différentes zones d'accueil,
11:02et pour les soldats, leur installation dans des camps de circonstances.
11:09L'effectif maximum total peut être évalué à 15 000 hommes, est-il précisé.
11:15Un nombre largement sous-estimé face à la tragédie qui allait bientôt se jouer au cœur des Pyrénées.
11:26Dans la nuit du 27 au 28 janvier 1939,
11:30tandis que les militaires, ou hommes en âge de combattre,
11:33comme Saint-Eliès et ses compagnons de route,
11:35sont dans un premier temps refoulés côté espagnol,
11:38la France ouvre sa frontière à une population civile affamée,
11:43et sans ressources.
11:46Nous nous sommes réveillés ce matin, monsieur le docteur,
11:49avec une pluie diluvienne qui tombait sur Perpignan.
11:53Et avec l'espoir de trouver au Pertus le même calme que nous avions remarqué hier,
12:00hélas, ce qui nous attendait était purement décroyable.
12:08Un reporter envoyé par Radio Cité a installé son micro au milieu de la foule,
12:13dans le village du Pertus, et aux autres points de passage de la frontière.
12:20Rarissimes sont les voix qui nous sont parvenues de cet exode de femmes,
12:23d'enfants et de vieillards.
12:28Vous êtes un réfugié d'où ?
12:30De Marthelande.
12:31Vous avez quel âge ?
12:33Vingt-quatre ans.
12:34Vingt-quatre ans ?
12:34Je vais avoir mes vingt-sept, vingt-sept ans.
12:36Qu'est-ce qui vous a fait quitter Barcelone ?
12:38Les bombardements et tout, et puis nous ne voulions pas rester avec eux là-bas.
12:42Comment êtes-vous venue ?
12:44Depuis Barcelone jusqu'à trente kilomètres avant d'arriver à Gérône, à pied.
12:50Et à dix mètres de nous, il est tombé une bombe.
12:53La nuit et le jour, c'était quelque chose de spectacle sérieux.
12:57Ça m'a été un souvenir.
12:59Ce que je fais, c'est que j'ai perdu les deux petits.
13:03Je peux dire une petite, je ne sais pas où ils sont passés.
13:06Ma petite, elle a dix-sept ans.
13:09Dix-sept ans ?
13:10Et le petit, il a dix-sept ans.
13:12À cet âge-là, elle pourra peut-être se débrouiller.
13:14Moi, j'en ai ramené un hier qui avait onze ans.
13:16Je l'ai ramené avec moi de là-bas.
13:19Et puis mon mari, je ne sais rien de lui.
13:21Il est au fond aussi.
13:22Et mes parents, je ne sais pas si on était Barcelone ou quoi.
13:25Mais écoutez, je vous laisse manger en toute tranquillité.
13:58Barcelona a fallu.
14:22Après Barcelone, Gérone est à son tour tombé aux mains des franquistes.
14:26La Catalogne est condamnée, poussant le gouvernement français à autoriser,
14:31quelques jours après les civils, l'entrée sur son territoire des soldats de l'armée populaire de la République.
14:38Au Pertus, au cœur de la foule des curieux,
14:43deux membres du club des amateurs cinéastes du Roussillon ont longuement tourné en 16 millimètres.
14:50Ils nommeront leur film « L'Exode d'un peuple ».
15:04Honorés hier, les soldats espagnols appartiennent aujourd'hui à cette catégorie d'étrangers indésirables,
15:11dont un décret-loi de novembre 1938 autorise l'internement administratif.
15:19Certains s'indignent de la situation.
15:22Dans un courrier qu'il adresse au ministre de l'Intérieur,
15:25le lieutenant-colonel Morel, attaché militaire auprès de l'ambassade de France en Espagne,
15:31ose écrire
15:32« Il faut que l'esprit partisan ait troublé toutes les notions de bon sens
15:36pour qu'on traite en suspect et qu'on soumette à des vexations policières
15:40des officiers qui ont eu le tort de ne pas s'être révoltés,
15:43d'avoir combattu contre des Italiens et des Allemands et d'avoir été vaincus. »
15:54Pendant ce temps, Agusti Santelies et ses camarades ont eux aussi traversé la frontière.
16:00Dans la débâcle, ils n'ont guère eu le choix.
16:03Il a fallu passer à pied par l'intérieur du tunnel ferroviaire
16:07qui traverse la montagne entre Portbou, côté espagnol,
16:09et le village français de Cerber.
16:13Cette nuit fut éprouvante,
16:16chargée comme des bêtes, précise Santelies,
16:18avec la lune comme seul repère.
16:246 février.
16:27À 50 mètres de l'entrée du tunnel, on ne voit rien,
16:30bien que nous ayons une bougie allumée et une lampe de poche,
16:33à cause de l'épaisse fumée accumulée par le passage de locomotive.
16:39Aujourd'hui, deux soldats sont morts asphyxiés.
16:44Malgré notre faisceau de lumière, nous n'arrivons pas à distinguer la voie.
16:48C'est dantesque.
16:51Au bout d'un moment, enfin,
16:53nous voyons des lumières.
16:57Nous sommes entrés côté français.
17:03Ce tunnel ferroviaire des Balitres
17:05est long d'un kilomètre.
17:11Durant les journées de la retirada,
17:14près de 35 000 autres réfugiés l'ont traversée à pied,
17:17au péril de leur vie.
17:26Dans l'opinion publique
17:28ou à la Chambre des députés,
17:30les discussions s'animent à propos du sort
17:32à réserver à la population espagnole.
17:35Les mêmes dissensions divisent la presse.
17:41Celle de gauche s'indigne
17:42face à l'insuffisance de l'accueil
17:44et déplore le manque de nourriture,
17:46de refuge, de couverture.
17:50À droite,
17:51on critique des mesures de sécurité insuffisantes
17:55face à ce dangereux envahissement.
17:57Et on mentionne des scènes atroces
17:59à la frontière espagnole,
18:01où le service d'ordre est débordé
18:03par le flot sans cesse montant des fuyards.
18:07La haine atteint son paroxysme dans la presse d'extrême droite,
18:11qui évoque les débris du front populaire,
18:13les bêtes carnassières de l'international,
18:16la lie des bas-fonds et des bagnes.
18:28Depuis Cerbère, qui jouxte la mer,
18:30à la tour de Carole,
18:31nichée au cœur des contreforts pyrénéens,
18:34des camps de triage,
18:36véritables enclos en plein air,
18:37sont installés dans les villages frontaliers.
18:46Comme à Prats-de-Moyo,
18:47où un habitant du petit village
18:49de la région du Haut-Val-Espire
18:51a filmé de précieuses traces
18:53d'une ville presque en état de siège,
18:56écrit-il.
19:02Parmi la population locale,
19:04certains se méfient de l'afflux de ces rouges,
19:07qui ont soutenu, armes à la main,
19:09le front populaire.
19:12D'autres offrent leur aide
19:14et leur hospitalité.
19:18Chacun, en tout cas,
19:19est saisi par les événements.
19:22Comment ne pas l'être ?
19:28Depuis le premier étage de son échoppe
19:30et aux alentours,
19:31le pharmacien du village a lui aussi
19:34voulu immortaliser l'arrivée des réfugiés.
19:41En ce début du mois de février,
19:43sur la centaine de clichés qu'il a fait,
19:46hommes et familles,
19:47ignorant ce que l'avenir leur réserve,
19:49sont condamnés à attendre
19:51dans ces camps provisoires,
19:53balayés par la tramontane glaciale de l'hiver.
20:02Le 13 février,
20:04la frontière pyrénéenne avec l'Espagne
20:06est officiellement fermée.
20:09Alors qu'entre Madrid et Valence,
20:11les républicains se battent encore
20:13avec l'énergie du désespoir,
20:15les chancelleries européennes
20:16s'apprêtent à reconnaître Franco
20:18et sa victoire.
20:21Et à Collioure,
20:24dans un petit hôtel du village
20:25qu'il avait chaleureusement accueilli,
20:27le grand poète espagnol Antonio Machado
20:30meurt,
20:32peu après avoir passé la frontière.
20:35Le poète,
20:36dont les vers célébraient
20:37l'esprit de résistance de Madrid,
20:39qui, quand le ciel tonne,
20:41sourit avec du plomb dans les entrailles,
20:43n'a pas survécu à l'exode.
20:49Machado dort à Collioure,
20:50écrira bien plus tard à Ragon
20:52dans un poème.
20:55Trois pas suffirent hors d'Espagne,
20:57que le ciel pour lui se fit lourd.
20:59Il s'assit dans cette campagne
21:01et ferma les yeux pour toujours.
21:11Le nom de Machado
21:12deviendra l'un des symboles
21:13de la retirada.
21:15En une dizaine de jours à peine,
21:18elle est terminée.
21:20L'exil, lui,
21:21ne fait que commencer.
21:37Les habitants d'Argelès-sur-Mer
21:38étaient loin de se douter
21:39que leur village allait devenir
21:41en quelques jours
21:42le théâtre d'une histoire tragique.
21:45En cet hiver 1939,
21:47les échos de la guerre
21:49en Espagne toute proche
21:50se mêlent aux tâches quotidiennes.
21:52On taille la vigne,
21:54on s'inquiète des bombardements
21:55qui se rapprochent.
21:57Quand arrive,
21:58le 29 janvier,
22:0090 gardes mobiles
22:01et 4 camions de matériel
22:02de campement.
22:05On veut installer un camp
22:06pour les réfugiés espagnols.
22:08Mais tout se fait
22:09dans la plus grande précipitation.
22:12Le premier adjoint à la mairie,
22:14Pierre Isard,
22:15exploitant forestier,
22:17est sollicité au dernier moment
22:18pour superviser
22:19les premières installations,
22:20mais ne dispose
22:22ni d'ordre précis,
22:24ni de plans de baraques
22:25qui pourraient les abriter.
22:27Tout au plus,
22:28lui demande-t-on
22:29de planter sur la grande plage
22:30des pins,
22:31des poteaux et des barbelés.
22:35Dans ses mémoires,
22:37il écrira.
22:39Il était doux
22:40ce mot « al campo »,
22:42au cœur du déshérité
22:43qui pensait aussitôt
22:44à un abri,
22:45aux quelques planches
22:47d'une baraque
22:47où il pourrait allonger
22:48son corps exténué.
22:51Les malheureux réfugiés
22:53croyaient à ce camp.
22:54Ils s'y dirigeaient
22:55avec confiance
22:56et n'y trouvaient que foule,
22:59sable froid
22:59et une poignée de militaires
23:01sans moyens,
23:02dépassés,
23:03comme l'était
23:03la France entière.
23:13Vers Argelès,
23:15sont principalement
23:16dirigés des hommes,
23:17soldats espagnols
23:18pour la plupart,
23:19mais aussi des membres
23:20des brigades internationales
23:22qui étaient venus
23:23de tout pays
23:23se battre aux côtés
23:24des républicains.
23:27Parmi la foule,
23:28Agustis Antellias
23:29et ses camarades d'exil
23:30sont arrivés.
23:33Après de longues heures
23:34de marche depuis Cerbère,
23:36ils ont découvert,
23:37en guise d'accueil,
23:39le sable glacé
23:40d'une plage
23:40divisée en rectangles
23:41de barbelés
23:42et la surveillance militaire
23:44constante
23:44de gardes mobiles
23:46et des hommes
23:47du 24e régiment
23:48d'infanterie coloniale.
23:51Pour Saint-Eliès,
23:53le premier contact
23:54avec le camp
23:54est consternant.
24:008 février.
24:02Tout le monde se lève
24:03et commence à errer.
24:05Le cri de « Allez, allez ! »
24:07retentit de nouveau
24:08pour faire entrer
24:09les gens dans l'enclos.
24:11Ce sont des soldats
24:12sénégalais
24:13qui, à toute vitesse,
24:14ordonnent de saisir
24:15valises et paquets.
24:18Nous dormons tous les cinq
24:20à la belle étoile.
24:22La rosée a gelé
24:23à l'aube.
24:25À partir de deux heures,
24:26je marche,
24:27ne pouvant supporter le froid.
24:3011 février.
24:32Il arrive sans cesse
24:33de plus en plus de gens.
24:35Des camions,
24:36des voitures,
24:37des chevaux,
24:38des charrettes de paysans
24:39transportant
24:39des familles entières.
24:42Toute la journée,
24:43l'aviation française
24:44survole le camp
24:45en faisant des photos.
24:47Il y a beaucoup de vent.
24:50Ceux qui ont pu apporter
24:51à manger le font.
24:54Ceux qui, comme nous,
24:55ne se sont pas méfiés
24:56mangent du pain sec.
25:02Il est interdit
25:03aux réfugiés
25:04de prendre des photos.
25:06Sainte-Eliès
25:07osera tout de même
25:07en faire trois,
25:09échangeant l'appareil
25:10avec son ami Pouyol.
25:13J'ai aussi mal dormi
25:15que les autres,
25:16écrit ce dernier
25:16le 16 février.
25:18Nous sommes frigorifiés.
25:20On ne nous donne
25:20quasiment rien à manger.
25:23C'est incroyable
25:24que ces Français,
25:25ces hommes comme nous
25:26en fin de compte,
25:27se conduisent
25:28de façon si dégueulasse.
25:30Ils nous traitent
25:31pire que des chiens.
25:35Les prévisions
25:36des autorités françaises
25:37ont été totalement dépassées.
25:39110 000 réfugiés
25:40partagent le sort
25:41de Pouyol
25:41et de Saint-Eliès
25:42à Argelès.
25:46A quelques kilomètres,
25:47sur la plage
25:48de Saint-Cyprien,
25:49aussi dénudés
25:50que la précédente,
25:52ils seront près
25:52de 100 000
25:53à s'entasser.
25:55Puis,
25:55plus au nord encore,
25:57près de 70 000 personnes
25:58seront internées
25:59au camp du Barcares,
26:00à peine mieux aménagées.
26:09Longtemps dans les mémoires
26:10espagnoles,
26:10on se souviendra
26:12de cet enfer
26:12du sable des camps
26:13des plages du Roussillon.
26:15Étant donné l'ampleur
26:16prise par l'exode
26:17des réfugiés espagnols
26:18en France,
26:19M. Albert Sarrault,
26:20ministre de l'Intérieur,
26:21et M. Marc Rucard,
26:23ministre de la Santé publique,
26:24se rendent eux-mêmes
26:25en voyage d'inspection
26:26à la frontière pyrénéenne.
26:27Les deux ministres
26:29visitent longuement
26:29les centres de contrôle
26:30et d'admission,
26:31ainsi que les camps
26:32d'hébergement
26:33qui ont été aménagés
26:34en différents points
26:35de la frontière.
26:36Dès leur arrivée en France,
26:37les miliciens sont désarmés
26:39et dirigés vers des camps
26:39de concentration
26:40où ils seront hébergés
26:41jusqu'au moment
26:42où les autorités militaires
26:43françaises et espagnoles
26:44auront pu statuer
26:45sur leur sort.
26:47Et ces images,
26:48mieux que toutes autres,
26:49donnent une idée exacte
26:50de la France accueillante,
26:52humaine et pitoyable
26:53au malheur.
26:58Si les autorités
26:59comme les actualités
27:00filmées semblent se satisfaire
27:02des mesures d'accueil,
27:04si des comités d'aide
27:05aux réfugiés sont nécessaires
27:06pour pallier l'insuffisance
27:08de l'administration française
27:09en leur faisant parvenir
27:10quelques vêtements
27:11et nourriture,
27:12le surpeuplement
27:13comme le manque
27:14d'aménagements criants
27:15au camp d'Argelès
27:16scandalise les rares observateurs
27:18qui pénètrent à l'intérieur.
27:20Pour son premier article
27:22sur les camps,
27:23ce soir titre
27:24« Au camp d'Argelès,
27:26ce n'est plus la mitraille
27:27qui tue,
27:28c'est la faim,
27:29la fièvre,
27:30le froid ».
27:33Quelques jours plus tard,
27:35l'un de ses reporters
27:36vedettes,
27:37Ribé-Court,
27:38raconte les 24 heures
27:39de détresse,
27:40de misère,
27:41de saleté,
27:42de sang,
27:42de froid
27:43qu'il vient de passer
27:44au camp.
27:46« Ces 24 heures
27:47ont été pour ma conscience
27:48française
27:49une terrible épreuve »,
27:51ajoute le journaliste
27:52qui décrit
27:53des combattants espagnols
27:54parqués comme des bêtes
27:55dans un corral.
27:57Ils vivent avec 50 grammes
27:58de pain par jour
27:59dans des conditions d'hygiène
28:00qui tiennent de la catastrophe.
28:0520 février.
28:08Chaque jour qui passe,
28:09je me souviens
28:10un peu plus des miens.
28:11Que peut bien faire
28:13mon petit garçon
28:13en ce moment?
28:14Me reconnaîtra-t-il
28:16quand il me reverra?
28:2024 février.
28:21Il a beaucoup plu
28:22cette nuit.
28:23Avec un temps pareil
28:24et à vivre de cette façon,
28:26nous ne tiendrons pas longtemps.
28:29Tous les jours,
28:30il y a des morts.
28:31Les gens trempés
28:32ne savent pas
28:33où s'abriter de la pluie.
28:35Ceux qui vivent
28:36sous de la tôle ondulée
28:37sont mieux lotis.
28:39Mais nous,
28:40qui n'avons que des canisses
28:41et rien d'autre,
28:45sont plus fortes.
28:45Pluie et vent
28:46notent de son côté pouiole
28:48le même jour.
28:50Agustin avait pris des photos
28:51de notre première cabane.
28:53Il n'ose pas en prendre
28:54de celle-ci.
28:56Il a peur que ça lui vaille
28:57des représailles.
28:59C'est sale
29:00partout.
29:07Les femmes et les enfants
29:09subissent un sort différent.
29:11À leur arrivée en France,
29:12on les sépare des hommes.
29:14Et on les évacue
29:15pour la plupart
29:16dans les départements
29:17dits de l'intérieur,
29:18à l'écart
29:19des gros centres urbains,
29:20pour éviter
29:21toute potentielle contagion
29:23dits des révolutionnaires.
29:28Les municipalités
29:30les accueillent
29:30tant bien que mal
29:31dans toutes sortes
29:32de structures,
29:32adaptées ou non
29:34pour l'hébergement.
29:35Parfois des granges,
29:36des écuries.
29:41Éparpillées
29:41dans des villes
29:42et des villages inconnus,
29:43des familles rongées
29:44d'inquiétudes
29:45cherchent bientôt
29:46à se retrouver.
29:53Des petites annonces
29:54s'égrènent chaque jour
29:55dans certains journaux
29:56qui publient
29:56un courrier des réfugiés.
30:01Ici, on recherche un fils,
30:03là, une fille,
30:04un mari,
30:05perdu dans la cohue
30:06de l'Exode.
30:09Ainsi,
30:10Joséphine Figueras
30:11et ses quatre enfants
30:12de Barcelone
30:12recherchent leur mari et père.
30:17Madame Teresa Bayetta
30:18recherche son fils
30:19Gregorio,
30:2013 ans,
30:21perdu dans les premiers
30:22jours de février
30:23sur la route
30:24d'Argelès,
30:25au Boulou.
30:26Écrire à la section
30:27de la SFIO
30:28des Sables d'Olonne.
30:32Consuelo Fernandez-Morterra
30:34désire des nouvelles
30:35de ses quatre enfants.
30:37L'aîné se nomme
30:38José,
30:3913 ans.
30:40Écrire au sanatorium
30:41des Pins,
30:42à la mode Beuvron,
30:43dans le Loir-et-Cher.
30:56Et puis,
30:57il y en a
30:57qu'on enferme,
30:58dans des conditions
30:59misérables.
31:01À Cuiza,
31:02dans la vallée
31:03de l'Aude,
31:04un centre d'internement
31:06regroupe environ
31:06600 femmes
31:07aux opinions politiques
31:08qu'il faut surveiller,
31:10avec près de 300 enfants.
31:15Aucune photographie
31:16n'est parvenue
31:16jusqu'à nous.
31:18Seule demeure
31:19le journal clandestin
31:20d'une jeune femme
31:21de 19 ans,
31:22Elisa Reverter,
31:23qui a fui son village
31:25catalan de Manresa
31:26par crainte
31:27des représailles
31:28lors de l'arrivée
31:28des franquistes.
31:32Le vent glacé
31:33arrivait par rafale
31:34sur le toit
31:35en faisant
31:36un grand vacarme
31:37comme s'il voulait
31:37tout avaler,
31:39écrit-elle.
31:41La nuit a été
31:42insupportable.
31:43Des gémissements,
31:44des quintes
31:45de tout interminables,
31:46des pleurs étouffées.
31:48J'ai l'impression
31:49que peu parmi nous
31:50dormaient réellement.
31:52Le froid était
31:53si rigoureux
31:53et intense
31:54que j'avais l'impression
31:55que si je bougeais,
31:56mes os allaient se casser
31:57comme du verre.
32:01Elisa Reverter
32:02a emporté
32:03deux cahiers,
32:03un stylo plume
32:04et deux crayons
32:05qui lui permettent
32:07de tenir
32:07une chronique poignante
32:08des mois passés
32:09dans cette ancienne
32:10usine de chapeaux.
32:12« Je ne peux pas
32:13m'enlever de la tête
32:14le souvenir
32:15d'une jeune fille catalane,
32:16une brunette »,
32:17raconte-t-elle.
32:19Elle sourit
32:20affectueusement,
32:21toujours avec ce regard
32:22si triste.
32:23On m'a dit
32:24qu'elle était seule
32:25et ne connaissait personne.
32:27Il y a trois jours,
32:28elle se coucha sur la paille
32:29en disant
32:30qu'elle n'arrivait pas
32:30à se lever,
32:31comme une âme en peine.
32:34On l'a emmenée cette nuit.
32:36Personne ne pense
32:37qu'elle reviendra
32:38et moi non plus.
32:39Nous ne la reverrons plus jamais.
32:571er mars 1939.
32:59Un mois après avoir traversé
33:01la frontière,
33:02Saint-Eliès,
33:03les frères Pouyol
33:04et les autres camarades
33:05sont transférés
33:05d'Argelès.
33:09On cherche à désengorger
33:11les camps des plages
33:12des Pyrénées-Orientales.
33:13D'autres ont donc été aménagés
33:15dans les départements voisins,
33:16comme dans l'Aude,
33:18dans le village de Bram.
33:20« Ce qui nous arrive
33:21nous semble impossible »,
33:23s'amuse presque
33:24Ferran Pouyol
33:25dans son carnet.
33:27Nous voyageons
33:28comme des personnes normales
33:29avec de la lumière
33:30et du chauffage.
33:37À 10h20,
33:38nous arrivons à Bram
33:40et le train
33:41nous laisse
33:41à l'entrée même du camp.
33:45Les gendarmes
33:46nous dépouillent
33:46minutieusement.
33:47Ils me prennent
33:48mon briquet.
33:51J'ai de nouveau
33:51la trouille
33:52pour les appareils de photos
33:53et les archives d'Agusti.
33:58C'est mon tour.
33:59Le gendarme me demande
34:01ce que je fais
34:01avec tous ces appareils photos.
34:03Je lui montre
34:04ma carte professionnelle
34:05de la Fédération Internationale
34:07des Journalistes
34:08et il me retourne
34:09un « Pardon, monsieur ».
34:14Notre passage par l'allée
34:16est observé
34:16par des milliers
34:17de réfugiés
34:18à la recherche
34:19d'un ami,
34:20d'un visage connu.
34:24Le camp vient tout juste
34:25d'être construit,
34:26en grande partie
34:27par les réfugiés eux-mêmes.
34:29Avec ses 165 baraques,
34:31il est prévu
34:32pour accueillir
34:3317 000 personnes.
34:35Le petit parisien
34:36lui consacre
34:36un article détaillé
34:37des plus admiratifs,
34:39le qualifiant
34:40de « modèle du genre »,
34:42une véritable ville en bois
34:43où règnent
34:44confort et discipline.
34:49A Saint-Eliès et ses amis,
34:51on attribue
34:52la baraque 62.
34:54Sa découverte
34:55des conditions de vie
34:56dans ce camp
34:56qui se veut exemplaire
34:57le laisse scandaliser.
35:02« Le long du bâtiment
35:03sont disposés
35:04des postes
35:04qui, en entrant,
35:06m'ont fait l'effet
35:07de stalles d'écurie.
35:11Le chef nous fait savoir
35:12qu'avec la paille
35:13qu'on nous fournira,
35:13nous devrons y dormir à deux.
35:15Mais comment y dormir à deux ? »
35:18« Je suis malade. »
35:20La diarrhée continue
35:21de plus belle.
35:22« Les toilettes ? »
35:24« Je n'en crois pas mes yeux.
35:25C'est un enclos
35:26à l'air libre
35:26entouré de planches.
35:28Chacun doit renoncer
35:29à sa pudeur
35:29et les fonctions
35:30les plus indispensables
35:31et répugnantes
35:32doivent être accomplies
35:33à la vue de tous. »
35:36Le traitement français
35:36laisse beaucoup à désirer.
35:39Quelle idée se font-ils
35:40de nous
35:40qui avons dû traverser
35:42la frontière ?
35:52Saint-Eliès commence
35:53une longue série
35:53de photographies
35:54qu'il n'avait pas osé faire
35:55jusque-là.
35:57D'abord discrètement,
35:59puis de façon officielle,
36:01autorisée par le commandant
36:02du camp en personne.
36:11En renouant avec son art,
36:12Saint-Eliès transcende
36:14la douleur de la défaite.
36:17Ces clichés documentent
36:18une existence réglée
36:19par une discipline stricte.
36:22Les consignes sont précises.
36:24L'atmosphère,
36:25répressive.
36:28Interdiction d'approcher
36:29à moins d'un mètre
36:30des réseaux de fil de fer.
36:32Interdiction de converser
36:33avec l'extérieur.
36:35Interdiction de quitter
36:36son quartier
36:36sans autorisation.
36:40Un tableau horaire
36:42rythme la journée.
36:43Réveil à 6h,
36:44appel à 6h30,
36:47travaux d'entretien
36:47du camp à 7h30,
36:49repas à midi.
36:52L'appel du soir
36:53et lui à 19h,
36:54l'extinction des feux
36:55à 20h.
37:01Ce sont les autorités militaires
37:03qui gèrent le camp.
37:04Les rapports de surveillance
37:06décrivent des réfugiés
37:07calmes et obéissants,
37:09pointant tout de même
37:10quelques sanctions
37:11pour tentatives d'évasion
37:12ou propagande subversive.
37:17mais derrière la langue
37:19administrative,
37:20il y a les corps.
37:22Les réfugiés
37:23arrivent épuisés,
37:24souvent malades
37:25de dysenterie,
37:26comme Sainte-Eliès.
37:29L'infirmerie manque de tout.
37:32Un matin,
37:33Pouyol note dans son carnet.
37:36Dans notre baraquement,
37:38la température est de 2 degrés
37:39au-dessous de zéro.
37:41Les tuyaux de la fontaine
37:42sont gelés.
37:45Agusti a toujours
37:46les intestins
37:46dans un état déplorable.
37:48C'est pire que jamais.
37:56Pour améliorer
37:57leurs conditions de vie,
37:59Sainte-Eliès
37:59et les frères Pouyol
38:00font bientôt commerce
38:01de portraits qu'ils développent
38:02grâce à la construction précaire
38:04d'un petit laboratoire improvisé,
38:06sans eau ni électricité.
38:12Le fruit de la vente
38:13leur permet d'acheter
38:14quelques conserves de nourriture
38:15et du tabac.
38:23Avec ces images,
38:25Sainte-Eliès restitue
38:26leur singularité
38:27à ce que l'administration
38:29a réduit à la catégorie
38:30d'indésirables.
38:34Chacun de ces hommes
38:35a une histoire,
38:37une profession,
38:38une vie interrompue.
38:44Ils sont ouvriers,
38:47agriculteurs,
38:49artistes,
38:50fonctionnaires
38:51ou intellectuels.
38:56Un pan entier
38:57de la société espagnole
38:59se retrouve dans la poussière
39:00du camp.
39:05Passés les premiers temps
39:06dominés par la faim
39:07et l'ennui,
39:08les réfugiés comprennent
39:09que l'internement
39:10va durer.
39:12Pour ne pas sombrer
39:13dans la psychose
39:14des barbelés,
39:15pour ne pas céder
39:16à la folie,
39:17il faut s'occuper.
39:22« Depuis quelques jours
39:23dans notre baraque,
39:24il y a des sortes
39:26de veillées,
39:27une conférence
39:29ou causerie,
39:30des plaisanteries,
39:31de la musique,
39:32des chants,
39:32etc.
39:34On m'a demandé
39:35de raconter quelque chose
39:36sur le photojournalisme
39:37un de ces soirs.
39:41la culture qui était au cœur
39:43des combats
39:43de la République espagnole
39:45devient en exil
39:46un acte de résistance.
39:51À Bram,
39:52comme dans les autres camps,
39:54une vie politique
39:54clandestine s'organise.
39:57Dans ceux des plages
39:58du Roussillon,
39:59une presse des sables
40:00a vu le jour.
40:03On y partage
40:04réflexions et nouvelles.
40:09À Saint-Cyprien
40:10ou à Gurs,
40:11on donne des cours
40:12de langue
40:12et de mathématiques.
40:16À Cuiza,
40:18Elisa Reverter
40:19raconte l'organisation
40:20d'une veillée littéraire.
40:22Elle y déclame
40:22un court poème
40:23qui honore
40:24sa terre natale.
40:30Ce fut une patrie,
40:32elle mourut si belle
40:33que nul jamais
40:34n'osallant sevelir.
40:37Sur chaque tombe,
40:38un rayon d'étoiles.
40:40Sous chaque étoile,
40:41un catalan.
40:58Après avoir conféré
41:00à plusieurs reprises
41:01avec le général Jordana,
41:02ministre des Affaires étrangères
41:03du gouvernement nationaliste,
41:05M. Léon Bérard,
41:06envoyé extraordinaire
41:07à Burgos
41:07du gouvernement français,
41:09regagne Paris.
41:17À la fin de l'hiver,
41:18l'heure est à la diplomatie.
41:20Le gouvernement français
41:22a reconnu
41:22le nouveau régime franquiste,
41:24enterrinant ainsi
41:25officiellement
41:26la défaite
41:26de la République espagnole
41:28avant même
41:29la fin des combats
41:29à Madrid.
41:35Léon Bérard,
41:36sénateur des Basses-Pyrénées,
41:38a été envoyé
41:39pour négocier
41:39des accords
41:40avec les autorités
41:41franquistes
41:41installées à Burgos,
41:43dans lesquels
41:44l'enjeu du retour
41:45des réfugiés en Espagne
41:46est implicite.
41:49Les deux pays
41:50s'engagent à prendre
41:51les dispositions nécessaires
41:52à la tranquillité
41:53ou à la sécurité
41:54de l'autre,
41:56soit d'encourager
41:56le retour des réfugiés,
41:58tout en surveillant
41:59attentivement
42:00tout risque
42:00d'agitation politique
42:01autour de la frontière.
42:12Signe de la normalisation
42:13des relations
42:14avec l'Espagne nationaliste,
42:15la France y nomme
42:17un ambassadeur.
42:18Ce sera
42:19le maréchal Pétain,
42:21toujours auréolé
42:21de sa victoire à Verdun,
42:23qui jouit en Espagne
42:24d'un grand prestige.
42:28Le geste est aussi politique
42:29que symbolique.
42:34Au même moment,
42:35à la Chambre des députés,
42:37le ministre Albert Sarrault
42:39se défend des accusations
42:40d'impréparation
42:41venues de tous bords
42:42face à l'exode
42:43des Espagnols.
42:45Il estime à 50 000
42:47le nombre de réfugiés
42:48honorables
42:48qu'il ne faut pas livrer
42:50aux représailles franquistes.
42:52Le reste,
42:53l'immense majorité,
42:54peut rentrer sans crainte
42:56et sans danger.
42:57Il faut l'y encourager.
43:04Bientôt,
43:05la situation des réfugiés
43:06ne fait plus les grands titres.
43:08Mais quelques reporters
43:09qui poursuivent inlassablement
43:10leurs allers-retours
43:11vers les Pyrénées
43:12sont tenaces.
43:17Ainsi,
43:18au camp de Bram,
43:19le 19 mars à 10 heures,
43:22le préposé
43:22au secrétariat téléphonique
43:24note un message
43:24du cabinet du préfet de Lode.
43:27M. Friedman,
43:29journaliste reporter,
43:30photographe
43:31pour la revue américaine Life,
43:33viendra au camp
43:34dans une demi-heure.
43:35Il faut lui réserver
43:36le meilleur accueil.
43:39C'est Robert Capa
43:40qui s'est annoncé
43:41sous son vrai nom,
43:42André Friedman.
43:46Le photographe
43:47qui couvre la guerre civile
43:48depuis ses tout débuts
43:49fait un reportage
43:50sur certains camps,
43:52Argelès,
43:53le Barcares,
43:54Montaulieu et Bram.
43:59On ne saura pas
44:00si Capa et Saint-Eliès
44:02se sont parlé ce jour-là.
44:04Se connaissaient-ils seulement ?
44:14Il s'était croisé bien avant
44:16sur les routes
44:17de l'Espagne en guerre
44:18lors de la bataille
44:19de Teruel
44:20fin 1937
44:21où la longue silhouette
44:23de Saint-Eliès
44:24apparaît sur une photographie
44:25de Capa.
44:32À Barcelone,
44:33en 1938,
44:35alors que la ville
44:36rendait un vibrant hommage
44:38aux brigades internationales
44:39sur le point
44:39de quitter l'Espagne
44:41où c'est cette fois
44:42le visage de Capa
44:43qui surgit
44:44dans deux clichés
44:44de Saint-Eliès.
44:52Avec les photos
44:53qu'il fait dans les camps,
44:55Capa l'apatride
44:56semble nostalgique.
44:58N'est-il pas lui-même
44:59un exilé politique ?
45:03Ce reportage sera le dernier
45:05qu'il fera de l'armée républicaine
45:07qu'il a accompagnée
45:08depuis les tout premiers jours
45:09de la lutte
45:10et qui est désormais
45:12une armée oubliée.
45:23Après un siège
45:24qui durait depuis plus de deux ans,
45:26Madrid est tombée
45:27au pouvoir
45:27du général Franco
45:28et les premières troupes nationalistes
45:30font leur entrée
45:31dans la capitale
45:31dont la reddition
45:32marque la fin
45:33de cette guerre d'Espagne
45:34qui avait éclaté
45:35en juillet 1936.
45:36Tour à tour,
45:38les dernières villes
45:38tenues encore
45:39par les républicains
45:40ont fait leur soumission
45:40au général Franco
45:41qui ainsi,
45:42depuis le 31 mars,
45:44contrôle les 52 provinces
45:46de l'Espagne.
45:46Et après 32 mois
45:48de lutte fratricide,
45:49l'Espagne connaît
45:50enfin la paix.
46:0225 mars.
46:04Aujourd'hui,
46:05le journal parle
46:06de la reddition
46:07inconditionnelle
46:07de Madrid.
46:13De l'eau
46:14et de la boue
46:14jusqu'aux chevilles,
46:16nous devons aller
46:17vers une baraque
46:18où on nous fait passer
46:19un par un
46:19pour nous poser
46:20la sempiternelle question
46:21de notre souhait
46:22ou non
46:22de rentrer en Espagne.
46:26Les gendarmes
46:27se permettent
46:27quelques coups de pied
46:28aux fesses des réfugiés.
46:30Je mange du pain grillé
46:32et quelques patates
46:34et toujours pas
46:35de nouvelles
46:36de chez moi.
46:41Rythmé par la routine
46:42du camp,
46:44le temps s'étire
46:44lentement
46:45pour Saint-Eliès.
46:47Quelles sont
46:47les possibilités
46:48qui s'offrent à lui ?
46:50Retourner en Espagne
46:51comme l'y presse
46:52les autorités françaises
46:54et espagnoles ?
46:54Pas question.
46:56Les risques
46:57de représailles politiques
46:58sont trop lourds
46:59malgré les promesses
47:00de Franco.
47:01Être évacué au Mexique,
47:03comme il l'espère
47:04longtemps,
47:05ces tentatives
47:06resteront vaines.
47:09Reste l'éventualité
47:10de s'employer
47:11comme main d'œuvre
47:11dans la région.
47:15Les semaines passant,
47:17le découragement
47:17l'emporte
47:18chez Saint-Eliès,
47:19qui se confie
47:20ainsi dans son journal.
47:2323 juin,
47:25rien de neuf.
47:26pluie et vent.
47:28Je ressens
47:29une extraordinaire
47:29dépression morale.
47:31Je ne me sens
47:32bien nulle part.
47:33Je me lasse de tout,
47:35d'écrire,
47:35de lire,
47:36de me promener,
47:36d'être assis,
47:37de parler,
47:38de tout.
47:43L'évolution
47:44de la situation
47:45politique en Europe
47:46n'est pas
47:46pour le rassurer.
47:48L'Allemagne
47:49a annexé
47:50la Tchécoslovaquie.
47:52Les journaux
47:53ne parlent que de ça,
47:54écrit son ami Pouyol.
47:57Le panorama
47:58international
47:59est très sombre.
48:00Est-ce que la guerre
48:01va éclater ?
48:02On dirait bien.
48:04Mon frère
48:05et Agusti
48:05discutent
48:06des conséquences
48:07qu'elle va entraîner.
48:09Il y a du désespoir
48:10dans leurs propos.
48:146 juillet
48:17Voilà cinq mois
48:18que nous avons
48:18passé la frontière.
48:21Quelles sont
48:22les intentions
48:22de la France
48:23à l'égard
48:24des réfugiés espagnols ?
48:26Ont-ils prévu
48:27de nous transformer
48:27en chair à canon
48:28devant l'imminence
48:29de la guerre ?
48:32Voilà cinq mois
48:33aujourd'hui
48:33que je suis loin
48:34de ma patrie.
48:36Cinq mois
48:36que je n'ai pas vu
48:37mon fils,
48:38mon épouse,
48:39mon père.
48:40Cinq mois
48:41que je suis prisonnier
48:42comme un assassin
48:44alors que j'ai
48:44simplement défendu
48:45ma patrie.
48:53Un matin
48:54de septembre 1939,
48:56Saint-Eliès
48:57est appelé
48:57au commissariat
48:58du camp.
48:59La France
49:00vient de déclarer
49:00la guerre
49:01à l'Allemagne nazie
49:02et l'Europe
49:03a basculé
49:03dans le conflit
49:04tant redouté.
49:06Un photographe
49:07de Carcassonne
49:08dont le fils
49:09vient d'être mobilisé
49:09veut l'engager
49:10dans son studio
49:11de photos.
49:12L'occasion
49:13est trop belle
49:14et Saint-Eliès
49:15rassemble dans
49:16ses valises
49:16ses appareils photos
49:18et tous les négatifs
49:19de la guerre civile
49:20et du camp de Bram.
49:23Je me prépare
49:24immédiatement.
49:25Je passe devant
49:26le médecin
49:26qui m'inspecte
49:27et je sors
49:28avec le patron
49:28qui m'attend
49:29en voiture
49:29à l'entrée.
49:31Les amis
49:32ont porté
49:32mes valises
49:33et sont venus
49:33me dire au revoir.
49:35De loin,
49:36ils m'ont lancé
49:37un adéunano
49:38qui m'a noué
49:39la gorge.
49:41Tous sont contents
49:43de me voir sortir
49:44mais tristes aussi.
49:50L'exil est loin
49:52d'être terminé.
49:53La surveillance constante
49:55des autorités
49:55non plus.
49:57A Carcassonne,
49:59Saint-Eliès
50:00est un travailleur
50:00étranger
50:01dans un pays
50:02en guerre
50:02loin de chez lui.
50:06Le 19 octobre 1939,
50:08il semble n'avoir
50:09plus aucun espoir
50:10quand il écrit
50:10pour la dernière fois
50:11dans son journal.
50:14Aujourd'hui,
50:15j'ai beaucoup souffert
50:16du mal du pays
50:17surtout en pensant
50:18à mon petit garçon.
50:21A plusieurs reprises
50:22en voyant
50:22des enfants passer,
50:24j'ai eu
50:25les larmes aux yeux.
50:27Le travail
50:27de l'après-midi
50:28m'a un peu distrait.
50:31Comme j'ai envie
50:32de vous serrer
50:32dans mes bras,
50:33mes chéris.
50:38Quatre années
50:38hors de son pays
50:39vont s'écouler
50:40pour Saint-Eliès
50:41qui vit
50:42la drôle de guerre
50:42puis la défaite
50:44de la France
50:44vaincue à son tour.
50:48Quand les Allemands
50:49occupent Carcassonne
50:50à partir de novembre 1942,
50:53ils mettent à profit
50:54ses compétences
50:55de photographe
50:55pour faire des faux papiers
50:57pour un groupe
50:57de résistants espagnols.
51:03Puis,
51:03le 31 mars 1944,
51:06la police de sûreté française
51:07le signale
51:08portée manquant.
51:11Malgré le risque
51:12de représailles
51:13dans son pays,
51:14il s'est enfui.
51:16Confiant à la famille française
51:17qui l'hébergeait,
51:18la valise contenant
51:20l'ensemble de ses négatifs.
51:23Le désir
51:24de retrouver les siens
51:25a été plus fort que tout.
51:36Mon père est revenu en Espagne
51:40après avoir franchi
51:41les Pyrénées à pied,
51:42poursuivi par des chiens
51:43et des soldats
51:44de la Gestapo.
51:47j'avais 7 ans.
51:49Je jouais avec des amis
51:50dans la rue.
51:53« Sergi, Sergi,
51:54ton papa est arrivé. »
52:01Il était allongé,
52:04le visage émacié,
52:07les pieds noircis
52:08de gelure
52:09après avoir passé
52:10la frontière.
52:13La première impression
52:15fut un choc très fort,
52:17car je m'attendais
52:19à voir la personne
52:20idéalisée
52:20que je ne connaissais
52:22qu'en photo.
52:23Or,
52:23c'était tout le contraire.
52:24ensuite,
52:25il a été un père fantastique.
52:47C'était un père fantastique.
52:54comme si c'était,
52:56c'est qu'à venir.
52:58C'est qu'à venir,
52:58Mais je m'en tiré 5 ans.
53:02Je m'en tiré 5 ans.
53:29Les dije que un día volvería, pero que la maleta nada más era recuperable por mí.
53:38Nadie, nada más que yo, que ya vendría.
53:42Bueno, al cabo de 15 años, yo volví, y todavía volví con mi esposa.
53:48La maleta estaba bien.
53:56La valise lourde des milliers de négatifs qu'il avait sauvés depuis la fuite de Barcelone
54:00passera finalement les longues années de la dictature franquiste
54:04dans le grenier de la famille de Carcassonne qui avait logé Saint-Éliès.
54:10Il a attendu la mort de Franco en 1975 pour oser revenir la chercher.
54:18Des mois d'exil passés en France,
54:21il ne racontera rien à ses fils, Octavie, né après la guerre,
54:25et Sergi, auquel il avait dédié son journal.
54:34Mon père est mort en décembre 1985.
54:37En ouvrant un tiroir du bureau où il travaillait habituellement,
54:41je suis tombé sur deux cahiers,
54:44deux carnets français.
54:49J'ai immédiatement été ému,
54:51rien qu'en lisant les premières lignes.
54:58Jamais il ne m'avait dit qu'il avait tenu un journal,
55:02ni même qu'il existait des photographies cachées à Carcassonne.
55:08Je suppose que c'était par peur
55:11qu'Octavie et moi ne nous attirions des ennuis politiques.
55:16C'est pour ça qu'il ne nous avait rien raconté.
55:25Des silences d'Agusti ont finalement émergé ces images et ces mots,
55:31composant l'histoire qui fut la sienne
55:33et celle de tant d'autres réfugiés espagnols.
55:39À la fin de l'année 1939,
55:42sur les quelques 500 000 civils et soldats
55:45qui avaient pris les routes de l'exil,
55:47les deux tiers sont repartis,
55:49regagnant l'Espagne soumise à la dictature franquiste
55:51ou émigrante ailleurs.
55:54Les autres, près de 200 000,
55:57sont restés en France.
55:59Certains y construiront à l'image de Ferran Puyol,
56:02une vie de famille heureuse.
56:07Le camp de Bram sera définitivement fermé en janvier 1941,
56:12celui d'Argelès l'année suivante.
56:16Mais d'autres des camps du sud de la France
56:18poursuivront leur sinistre fonction,
56:22enfermés de nouveaux indésirables,
56:24étrangers, juifs ou tziganes.
56:35Pendant l'occupation,
56:37une partie des réfugiés espagnols
56:39s'est engagée dans la résistance.
56:41Plusieurs milliers furent déportés.
56:45Et le 24 août 1944,
56:48la Nuebe,
56:48composée majoritairement de républicains espagnols,
56:52fut le détachement précurseur
56:53de la 2e division blindée qui libéra Paris.
57:06Peu à peu,
57:07l'intérêt pour ceux qui, les premiers,
57:10s'étaient dressés de toute force contre le fascisme
57:12et que la France avait abandonnée,
57:14allait se dissiper.
57:17Mais l'écho de leur exode vibre aujourd'hui d'un son troublant,
57:21résonnant comme une criante leçon de l'histoire.
57:26A Elisa reverter le soin d'en achever le récit,
57:29à travers les mots qu'elle avait confiés à son journal.
57:33Pendant que les politiques européens
57:35discutaient de la question de l'intervention
57:37ou de la non-intervention,
57:39notre pays était en feu.
57:42On s'accrochait à l'idée de se savoir vaincu,
57:45mais avec dignité,
57:47ce qui pour nous était une sorte de victoire.
57:50Mais nous gardions notre peine immense,
57:53affreusement vide,
57:55honteusement seul.
57:59Je ne sais ce qui me possède
58:03Et me pousse à dire à voix haute
58:08Ni pour la pitié, ni pour l'aide
58:10Ni comme on avouerait ses fautes
58:12Ce qui m'habite et qui m'obsède
58:16Ce qui m'habite et qui m'obsède
58:27Celui qui chante se torture
58:31Quelle crise en moi, quel animal
58:35Je tue, ou quelle créature
58:38Au nom du bien, au nom du mal
58:40Seuls le savent ceux qui se tuent
58:43Seuls le savent ceux qui se tuent
58:54Ma château d'or à Colilloux
58:59Trois pas suffirent hors d'Espagne
59:03Que le ciel pour lui se fit lourd
59:06Il s'assit dans cette campagne
59:08Et ferma les yeux pour toujours
59:11Et ferma les yeux pour toujours
59:22Au-dessus des eaux et des plaines
59:27Au-dessus des toits des collines
59:31Un plein champ monte à gorge pleine
59:34Est-ce vers l'étoile, Olderline ?
59:36Est-ce vers l'étoile, Berlin ?
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