- il y a 17 minutes
Ce samedi 4 juillet , Élisabeth Moreno, ancienne ministre de l'Égalité femmes-hommes et dirigeante chez Rong Capital, Anthony Babkine, directeur général de l'association Diversidays, Élisabeth Richard, déléguée générale de la fondation ENGIE, Philippe Kehren, CEO et membre du conseil d'administration de Solvay, Sébastien Rouaud, directeur général d'AESC Europe, Aurélie Judlin, directrice générale d'Uside, Pierrick Merlet, journaliste La Tribune, et Sophie Iborra, journaliste à La Tribune et à La Tribune Dimanche, étaient les invités dans l'émission spéciale : Les rencontres économiques d'Aix-en-Provence, présentée par Sandra Gandoin sur BFM Business.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00BFM La Tribune, émission spéciale depuis les rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
00:06Sandra Dandouin.
00:09Bonjour à tous, bonjour à tous, ça y est nous y sommes.
00:12Les rencontres économiques d'Aix, ça continue sur BFM Business, sur La Tribune,
00:17pour ce pôle économique qui est en train de se créer.
00:20On est ravis de vous avoir pour cette heure d'émission.
00:24Depuis les rencontres, donc, troisième journée, beaucoup de thèmes, beaucoup d'enjeux.
00:28Je suis sur ce plateau avec Sophie Iborra, journaliste à La Tribune et à La Tribune dimanche.
00:32Bonjour Sophie.
00:33Bonjour Sandra.
00:33Ravie de t'avoir sur ce plateau.
00:35On a un thème très très intéressant pour cette demi-heure et on est heureuse d'en parler.
00:39Exactement Sandra.
00:41On a nos invités, on va parler de la place des femmes dans l'économie.
00:45Vous savez à quel point c'est important pour nous aussi ce thème avec nos invités.
00:49Elisabeth Moreno, ancienne ministre déléguée à l'égalité, femmes, hommes, présidentes du board de Ring Capital.
00:55Bonjour Elisabeth, ravie de vous avoir.
00:57Anthony Babkin est avec nous également, directeur général de Diversides.
01:00Bonjour Anthony.
01:01Et bonjour Sandra, ravie d'être avec vous.
01:02Ravie de vous payer sur ce plateau.
01:03Elisabeth Richard est à vos côtés, déléguée générale de la fondation ENGIE
01:06et coprésidente de la commission violence au Haut Conseil à l'égalité.
01:09Bonjour.
01:10Bonjour Sandra.
01:11Merci à tous les trois d'être venus dans cette émission.
01:15Notre premier thème avec Sophie Iborra, c'est ce World with Women.
01:19Cette journée qui va, on l'espère, tout changer pour l'économie.
01:25Je voudrais juste vous donner quelques chiffres.
01:27Ça fait mal quand on les rappelle.
01:29Ces constats, le monde est dirigé par une seule moitié de l'humanité.
01:329 décideurs sur 10 sont des hommes.
01:3589% des chefs d'État.
01:3694% des PDG.
01:3898% des décideurs financiers mondiaux.
01:42Elisabeth Moreno, ça fait mal de les entendre ces chiffres.
01:45Ça fait terriblement mal.
01:46Et il faut multiplier ces opérations-là.
01:48En fait, je crois qu'on ne se rend pas compte de l'importance de la contribution des femmes dans
01:54la société.
01:55Quand on parle en général des questions des droits des femmes, on parle surtout de la violence.
02:00Et on sait que les violences faites aux femmes dans notre pays coûtent 90 milliards de dollars.
02:0790 milliards en soins, la justice, la police, l'accompagnement des enfants qui sont des victimes directes des violences.
02:16Et on parle souvent de ce chiffre-là.
02:18Et c'est important de rappeler que tous les trois jours dans notre pays, une femme meurt sous les coups
02:22de son ex-conjoint.
02:24Ce dont on parle moins, c'est les 15 à 35% de PIB national que nous gagnerions
02:33si jamais le travail non rémunéré et totalement invisibilisé des femmes était pris en compte.
02:40On ne peut pas travailler s'il n'y a pas de garde d'enfants.
02:43Et c'est très souvent les femmes qui gardent les enfants.
02:45On ne peut pas travailler quand on doit prendre soin de nos personnes âgées.
02:49Et c'est très souvent les femmes qui prennent soin des personnes âgées.
02:52On ne peut pas travailler si on n'a pas des conditions d'accompagnement, de protection.
02:57Et tout ça, c'est en partie les femmes qui le portent, mais c'est totalement invisibilisé.
03:03Et l'importance de cette journée du 13 octobre, c'est justement rappeler que les femmes contribuent de la même
03:10manière que les hommes
03:11au progrès de la société et que nous ne sommes pas considérées en tant que telles aujourd'hui.
03:16Sophie ?
03:17Elisabeth, on a l'impression que ça fait des années et des années qu'on entend ces manques que vous
03:22êtes en train de rappeler.
03:24Qu'est-ce qui coince encore aujourd'hui ?
03:25Avant de parler du mouvement et de cette journée fantastique, qu'est-ce qui coince aujourd'hui ?
03:30Ce qui coince, Sophie Borat, je pense qu'il faut reconnaître que les biais, les préjugés et les stéréotypes ont
03:36la dent dure.
03:38Mon Dieu, qu'on a tout dit d'un point de vue moral et d'un point de vue éthique,
03:43je ne vois pas ce qu'on peut rajouter.
03:45Dans le pays des droits de l'homme avec un grand tâche, où on considère que tous les êtres humains
03:50doivent être traités de la même manière
03:52et qu'ils doivent avoir accès aux mêmes opportunités.
03:54Pour autant, à chaque fois qu'on a une femme qui, péniblement, laborieusement, arrive à diriger un grand groupe du
04:01CAC 40,
04:03on saute au plafond et on considère que c'est une chance extraordinaire.
04:07Alors que dans notre pays, les femmes étudient comme les hommes, qu'elles sont plus diplômées que les hommes,
04:11qu'elles ont autant d'ambition que les hommes, parce que certains me disent, non mais c'est parce que
04:15les femmes n'ont pas autant d'ambition.
04:17Ce n'est pas vrai. Les femmes ont autant d'ambition que les hommes et elles ont autant de talent
04:22que les hommes.
04:23C'est juste que la répartition de l'accès aux opportunités n'est absolument pas la même.
04:28Moi, je voudrais saluer la présence d'Anthony Babkin parce qu'on le sait, ce n'est pas une question
04:33de séparer les femmes et les hommes.
04:35Cette mixité, c'est de travailler ensemble et c'est très important que vous soyez là.
04:40Anthony Babkin, expliquez-nous le rôle que vous avez là-dedans. Pourquoi c'est important ?
04:46J'ai enchanté. Quand ces dames ont lancé ce mouvement, elles m'ont dit, Anthony, veux-tu être dans le
04:50cercle fondateur ?
04:51On a besoin d'alliés. Je suis allié assez naturel. Vous savez, moi, quand je pense à ces sujets, je
04:56pense tout de suite à ma maman.
04:57En fait, de nombre de femmes qui se sont sacrifiées pour l'éducation.
04:59Ma mère a arrêté ses études parce que j'étais un peu en dérive scolaire.
05:03Donc déjà, assez naturellement, je suis allié de ma maman et de plein de mamans, en fait, qui, bizarrement, comme
05:08l'a dit Elisabeth,
05:10sacrifiaient leur carrière, sont pour beaucoup dans des métiers essentiels.
05:14Le soin, moi, je suis dans l'associatif avec DiversiDays et beaucoup de femmes également.
05:17Et donc, ça m'interroge tous les jours et notamment l'absence des hommes dans ce type de mouvement.
05:24Vous avez raison.
05:25Comment on se retrouve à avoir des mouvements aussi évidents et à chaque fois de ne compter aussi peu d
05:30'hommes dans la bataille ?
05:32Et donc, parfois, j'aimerais qu'il y ait un réveil et que ces hommes-là pensent à leur maman,
05:36justement, à leur fille, à leur grand-mère,
05:38à toutes celles qui sont passées par là, qui en ont chié.
05:42Parce que moi, je dis souvent, quand on a un plafond de verre, quand on commence à se sentir imposteur,
05:46le syndrome d'un imposteur ne tombe pas du ciel.
05:48On devient imposteur parce qu'il y a toutes ces injonctions à ne pas faire, ne pas être, à ne
05:51pas être représenté aussi,
05:52à se dire, mais en fait, à quoi bon continuer à me donner du mal si je ne pourrais jamais
05:56être dirigeante de ma boîte
05:57ou si je ne pourrais jamais être augmentée ?
05:59Donc, c'est assez naturellement que je suis allié et vous n'avez même pas à me remercier.
06:02Et est-ce que ça marche ? Parce que j'ai envie de vous dire, Anthony, on a vu les
06:05récents événements autour des violences faites aux femmes
06:09et on voit bien que les hommes ne sont pas là, ni dans les manifestations, ni dans les plateaux.
06:14Donc, vous, vous êtes là et on vous en remercie, mais est-ce que ça marche ou est-ce que
06:17vous êtes le seul, finalement, ou un des seuls ?
06:18On n'est pas beaucoup. Moi, j'ai rencontré Bruno Solo qui est allié aussi du mouvement, on va l
06:22'annoncer dans quelques jours.
06:24Et je dois dire que, messieurs, vous êtes assez discrets.
06:27Et franchement, on a besoin de vous parce que, bon, si l'autre moitié de l'humanité ne s'engage
06:31pas, je ne sais pas où on va.
06:32Et par ailleurs, je trouve qu'il y a quelque chose, et Elisabeth l'a extrêmement bien exprimé, c'est
06:37qu'on ne demande pas empathie.
06:39On ne demande pas de se mettre à la place d'eux. On dit juste à talent égal, opportunité égale.
06:44Et aujourd'hui, on n'y est pas. Et bon, pour ma part, moi, je suis dans le monde de
06:47la tech.
06:48Et aujourd'hui, il y a un énorme plafond de verre. Les femmes quittent la tech au bout de huit
06:50ans parce qu'elles se rendent compte qu'elles n'ont pas un salaire équivalent.
06:54Donc, en fait, on les encourage à aller dans ces carrières-là. Elles ne sont déjà pas très nombreuses.
06:57Et en fait, elles se rendent compte qu'après des années de travail, elles n'arrivent pas à obtenir le
07:00même salaire.
07:01Donc, il y a un véritable enjeu. Et c'est là la force du mouvement. Et c'est pour ça
07:04que je vais aussi rejoindre.
07:05C'est au niveau systémique, il faut que certaines mesures bougent, voient le jour.
07:08Si on n'a pas ces mesures systémiques qui voient le jour et qui encouragent très, très fortement les entreprises
07:13et autres institutions à bouger, on n'y arrivera pas.
07:15Alors, je vais vous donner la parole dans un instant, Elisabeth. Mais ce que vous dites, ça résonne énormément parce
07:18que ça fait 40 ans qu'il y a des lois.
07:20Il y a l'égalité professionnelle. On a une nouvelle loi qui tombe sur ça.
07:25Je veux dire, et ça n'avance pas comment ça se fait qu'on n'arrive pas finalement à faire
07:30autant bouger les choses qu'on le voudrait.
07:33Elisabeth Moreno. Et ce mouvement, s'arrêter de travailler, consacrer cette journée du 13 octobre aux femmes, quelle différence ça
07:41peut faire concrètement ?
07:42Moi, je crois que le vrai sujet, c'est à quel moment on va tous ensemble, pas seulement des femmes,
07:49pas seulement des associations, pas seulement quelques entreprises comme Engie ou L'Oréal.
07:54La vraie question, c'est à quel moment on s'arrête pour réfléchir ensemble ?
07:59Ce n'est pas s'arrêter pour s'arrêter.
08:01C'est s'arrêter pour se dire des affaires comme celle de la petite Liana.
08:05Et je parle de ça parce que c'est lié.
08:07C'est lié.
08:08Les violences qui sont faites aux enfants sont les mêmes formes de violences qui sont faites aux femmes.
08:13Et à quel moment on va s'arrêter pour réfléchir ensemble et se dire qu'une société dans laquelle il
08:19y a autant de violences, malheureusement très souvent perpétrées par des hommes,
08:23et je ne dis pas qu'il n'y a pas de violences perpétrées par des femmes, je dis simplement
08:27que plus de 90% des violences aujourd'hui viennent des hommes.
08:30Moi, je crois que l'éducation, c'est le nerf de la guerre.
08:35Si vous apprenez à votre petite fille qu'elle a le droit de rêver grand, qu'elle a le droit
08:41d'avoir des ambitions, qu'elle a le droit de prendre sa place dans la société,
08:44et si vous apprenez à votre garçon que la virilité, ça n'est pas utiliser sa force contre les femmes,
08:50que sa force, elle vient de sa capacité à respecter l'autre dans toute son intégrité.
08:57Et ces moments-là, en fait, malheureusement, et moi je l'ai vu, je viens du monde de l'entreprise,
09:01j'ai passé toute ma vie dans le monde de l'entreprise,
09:04j'y suis encore aujourd'hui, il y a une forme de pragmatisme dans le monde de l'entreprise.
09:09Je vous donne un exemple très bête, en RDA, au moment où il fallait reconstruire l'Allemagne, il n'y
09:14avait pas de questionnement sur la place des femmes dans la société.
09:17Donc, quand on a besoin des femmes comme objet, comme outil, on sait les trouver.
09:24On sait où les trouver.
09:24On sait où les trouver.
09:25En revanche, quand il s'agit de leur donner la place qu'elles méritent, pas qu'elles mendient,
09:30et ce n'est pas leur faire plus de privilèges ou leur donner davantage de choses qu'aux hommes, ce
09:37n'est pas ça le sujet.
09:38Le sujet, c'est de se dire qu'une société équilibrée, c'est une société qui est portée par 50
09:43% d'hommes et 50% de femmes,
09:45et la vraie question, c'est le pouvoir.
09:47Qui détient le pouvoir aujourd'hui ?
09:4998% du pouvoir, politique, économique, et j'en passe, et des meilleurs, numérique, est entre les mains des hommes.
09:56Et une société qui est dirigée par 50% de sa population humaine ne peut pas être une société qui
10:02fonctionne bien,
10:03et on le voit à travers toutes les crises auxquelles on est confrontés aujourd'hui.
10:06Sophie ?
10:07Non, je voulais voir avec Elisabeth, parce que justement, Elisabeth, à la fois au Conseil, à l'égalité entre les
10:12femmes et les hommes,
10:13et à la fois au sein de la Fondation, votre job, si je ne me trompe pas, c'est justement
10:17d'aller fédérer toutes ces organisations, ces associations.
10:21Qu'est-ce que vous voyez, vous, sur le terrain ?
10:23On avance, on n'avance pas, pour rebondir sur ce que disait Sandra ?
10:25Qu'est-ce qui se passe ?
10:26Alors, je voudrais d'abord rendre à César, et tu as été à l'œuvre sur le sujet, c'est
10:33quand même, on a trois lois en France,
10:36assez incroyables, entre la loi Coppé-Zimmermann, la loi Rixin sur la féminisation, et tu l'as porté des instances
10:43dirigeantes,
10:44et l'index Pénicaud sur les écarts salariaux.
10:47Donc, franchement, du côté égalité professionnelle, on n'a pas à rougir au niveau mondial.
10:53On a des outils.
10:54On a des outils, et on a des entreprises qui font ce qu'elles disent, et qui disent ce qu
10:59'elles font.
10:59Bon, franchement, je prêche pour ça, parce que c'est assez exemplaire, et quand on essaye de se comparer, on
11:05voit bien qu'on est plutôt bien positionné.
11:07Ça ne veut pas dire qu'on a tout réglé, ça veut dire qu'on est bien.
11:10Moi, le sujet, effectivement, au niveau de la fondation, et je le vois et j'alertais encore hier,
11:14c'est qu'en fait, l'USAID, au niveau des Etats-Unis, s'est arrêtée, d'un coup net.
11:20Ces aides se sont arrêtées sur des grosses fondations internationales, européennes, françaises,
11:27et nous, ça nous arrive comme des appels au secours, des arrêts nets, de grosses associations qui ne peuvent plus
11:35continuer.
11:36Et là, les digues sont en train de tomber.
11:38Les digues outre-atlantiques, le masculinisme, la montée des violences, c'est en train d'arriver.
11:45Et ça n'arrive pas dix ans plus tard, on disait toujours les Etats-Unis, il y a un effet
11:49de dix ans.
11:50Mais là, ce n'est pas dix ans, là, c'est immédiat.
11:53Et ce mouvement que vous avez lancé, et merci de l'avoir lancé, c'est de dire aussi, voilà,
11:59on doit s'élever contre les violences, on doit s'élever pour la paix.
12:05C'est sur ces sujets qu'il faut qu'on...
12:08On est là pour marcher pour la paix, pour la paix entre nos peuples,
12:12pour la paix entre les hommes et les femmes, pour la paix pour nos enfants,
12:16lutter contre ces violences, et c'est un des...
12:18On a signé, Elisabeth et moi, grâce à Maïtena Biraben, une formidable tribune qui dit
12:23« Où sont les hommes ? Ils sont là, en fait. Ils sont derrière nous, ils sont là. »
12:26En fait, l'idée, c'est de les embarquer maintenant, parce qu'il se passe des choses assez atroces
12:30en Afghanistan, en Iran, aux Etats-Unis.
12:35On fait plus partie de... On est plus que 6,6% de la population au monde
12:40à faire partie d'une démocratie saine.
12:42Ce n'est pas possible.
12:44On est sur une journée où, comme en Islande en 1975, on s'arrête.
12:49Voilà, les femmes s'arrêtent, elles prennent un RTT, elles s'arrêtent ce jour-là,
12:53elles vont défiler ou pas, d'ailleurs, mais en tout cas, on sent la différence.
12:56C'est l'idée de sentir la différence dans cette journée-là,
13:00et de concrètement, derrière, en sortir des actions concrètes.
13:03Anthony Babkin, vous parliez, vous êtes dans l'entreprise, vous êtes dans la tech.
13:07Qu'est-ce qui peut émerger, concrètement, de cette prise de conscience après le 13 octobre ?
13:13En fait, je pense qu'il faut des moments marquants dans une société.
13:15En 1975, lorsque les femmes islandaises se lèvent et décident de dire,
13:19en fait, si on n'est pas si essentiel que ça, on va voir ce que ça donne sur une
13:22journée.
13:23Et en 1975, l'Islande a été à l'arrêt, l'arrêt total.
13:27Parce que les fonctions essentielles, comme on le disait tout à l'heure, sont occupées par beaucoup de femmes.
13:31Et donc, ces métiers invisibles, que ce soit en usine, en production, dans le monde médical, etc.,
13:36eh bien, notre industrie, notre monde ne tourne plus quand toutes ces femmes s'arrêtent.
13:40Et donc, je pense que l'idée qui émane d'Elisabeth Moreno, de Marie-Éloi, qui ne sont pas là,
13:44mais de Sarah Oramoun, de Caroline Blaes,
13:47en fait, c'est intéressant, c'est de se dire, on va reprendre quelque chose qui, symboliquement, marque dans l
13:53'œil des gens, dans l'œil des médias,
13:55et nous montre que, d'un coup, ça va un peu dysfonctionner si toutes ces personnes s'arrêtent.
14:00Et moi, je trouve que, symboliquement, c'est très fort de reprendre l'ADN de ce mouvement,
14:04de l'importer en France, et pas qu'en France, parce qu'il y a aussi toute une dimension internationale.
14:08Et je vais laisser Elisabeth rebondir sur les mesures, parce qu'on le voit bien,
14:12et la Fondation des Femmes, notamment, porte cette loi intégrale,
14:14on a encore des angles morts sur les politiques publiques,
14:16et tu as raison, Elisabeth, de reparler de ce qui a fait du bien ces dernières années.
14:20Il y a des lois qui ont fait, comme quoi, la loi aussi a sévertu, et on le sait.
14:24Et donc, il y a un moment, quand on contraint aussi l'entreprise sur un certain nombre de choses,
14:27et l'égalité salariale, désolé, c'est une contrainte nécessaire, parce que sinon, on n'y arrive pas.
14:31Et donc là, je me dis, voilà, on a encore, on se dit que, même si pas mal de choses
14:34sont gagnées,
14:36dans le CAC 40, on a trois femmes.
14:39Comment on avance ?
14:40Quatre, quatre, quatre.
14:41Oui, oui, je sais que la Poste a eu...
14:4210% !
14:42Voilà, 10%.
14:43Comment on explose ces chiffres-là, et comment on a des mesures qui,
14:49bien plus que symboliquement, changent la donne.
14:50Et je reparlerai après des représentations, mais je laisse Elisabeth parler des mesures, évidemment.
14:54Elisabeth.
14:54Bien sûr. Alors, d'abord, peut-être rappeler que c'est un mouvement mondial.
14:59Parce que la différence entre ce qui s'est passé il y a 51 ans en Islande,
15:04et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'il y a 51 ans, c'était l'Islande uniquement.
15:09Elles ont commencé entre femmes, et beaucoup d'hommes les ont rejoints.
15:13Et aujourd'hui, l'Islande est l'un des pays du monde qui a le plus de justice dans le
15:18traitement entre les femmes et les hommes.
15:20Donc, on ne décide pas de faire ça comme ça.
15:22C'est parce qu'on sait que ça a du résultat que de s'arrêter ensemble, de réfléchir ensemble,
15:27et de construire ensemble l'avenir.
15:30Ce qui est différent aujourd'hui, c'est qu'on a des pays dans le monde qui peuvent parler,
15:36et d'autres qui peuvent de moins en moins parler.
15:39On n'aurait pas imaginé qu'en 2026, dans certains pays, parce que vous êtes une petite fille,
15:44à 12 ans, vous n'avez plus le droit à l'éducation.
15:46Et donc, nous savons que les droits des femmes, quand ils sont en danger dans un pays comme les Etats
15:53-Unis,
15:53qui revient sur le droit à disposer de son corps, l'une des plus vieilles démocraties du monde,
15:58eh bien, d'autres pays peuvent être en danger.
16:01Et donc, ce que nous voulons, c'est être solidaires au niveau mondial,
16:05parce qu'il n'y a aucun pays sur la planète, dans les 190 nations reconnues par les Nations Unies,
16:11il n'y a aucun pays qui peut se vanter de traiter ces femmes de la même manière qu'ils
16:16traitent ces hommes.
16:17Donc, la première chose, c'est ça.
16:18C'est dire que c'est un mouvement mondial, et que nous espérons qu'il sera suivi,
16:22à la fois par des femmes et par des hommes,
16:24les femmes qui le peuvent, parce que certaines femmes n'ont pas le choix.
16:28Certaines femmes ne peuvent pas décider qu'elles vont s'arrêter,
16:30parce qu'une journée de travail, quand on est maman solo, c'est terrible.
16:34Donc, oui, il y a cette idée de s'arrêter pour réfléchir ensemble et proposer cinq mesures,
16:39trois mesures universelles, et deux mesures nationales,
16:43parce que tous les pays n'avancent pas à la même vitesse,
16:46et il faut être fier de la France, parce qu'elle donne le ton.
16:49La deuxième chose, c'est qu'aujourd'hui, on peut utiliser le numérique.
16:53On peut raconter, on peut dénoncer les injustices,
16:57on peut se mobiliser au travers des réseaux sociaux.
17:00La troisième chose, c'est qu'on peut aussi, tout simplement, porter une insigne qui dit qu'on est solidaires.
17:06Moi, je veux vraiment revenir sur cette question de l'égalité entre les femmes et les hommes.
17:11Ce n'est pas un combat entre les femmes et les hommes.
17:13J'ai été émue aux larmes de la prise de parole de Thomas Pesquet,
17:17pour expliquer pourquoi c'est important, non seulement dans l'espace, mais sur Terre.
17:22Et aujourd'hui, quand on voit que nos enfants, nos filles,
17:26hésitent à faire des enfants parce qu'elles se disent,
17:28mais toutes ces crises, et comment mon enfant va être traité ?
17:32Vous vous rendez compte des questions métaphysiques qu'on se pose ?
17:35On s'interroge, je crois que Catherine Ladousse me disait
17:39que l'un des sujets qui est mis au cœur du G7, c'est la démographie.
17:43Mais pourquoi la démographie est défaillante aujourd'hui ?
17:46Pourquoi les femmes arrêtent de faire des enfants ?
17:47Mais pourquoi les femmes arrêtent de faire des enfants ?
17:50Pourquoi la série, la servante écarlate, a autant de succès ?
17:56Il faut qu'on se pose des questions fondamentales à l'ère,
17:59du où le technique, la technologie, l'intelligence artificielle est en train de prendre une telle place dans nos vies.
18:05Il faut qu'on se pose la question de savoir ce qu'on est en train de faire de notre
18:09humanité.
18:10Et je le rappelle, tous les êtres humains ont une femme, potentiellement une mère, une femme, une sœur, une nièce,
18:22une cousine.
18:23Pourquoi traiter d'autres plus durement qu'on ne souhaiterait, voire traiter les gens qu'on aime ?
18:28C'est absurde.
18:29Donc c'est pour ça que cette journée de prise de conscience mondiale est nécessaire.
18:34Sophie ?
18:35Alors, évidemment, un mouvement international.
18:37Anthony Badkin, j'ai envie de vous demander comment on fait,
18:39parce que je sais que vous êtes très attaché à ça,
18:41comment on fait pour passer ces messages-là au plus large public,
18:45en tout cas à tous les citoyens, les mobiliser dans cette aventure ?
18:49Parce que, évidemment, on est en plateau, on explique les raisons.
18:51Mais comment on va chercher ces gens à se mobiliser cette fin de journée du 13 octobre ?
18:56Bah déjà, on prend plein de badass comme vous.
18:59Et on leur dit, il faut être là le 13 octobre.
19:03Pour celles qui le peuvent, c'est très bien qu'Elisabeth le rappelle,
19:05tout le monde n'a pas la possibilité de s'arrêter.
19:08Mais il peut y avoir un soutien solidaire.
19:10Je pense qu'il y a un enjeu énorme de la part des hommes,
19:13et je sais que parfois certains se sentent accablés, etc.
19:17Vous n'êtes pas tous les mêmes, Dieu merci.
19:19Donc, joignez le mouvement, il est respirable.
19:23Vous avez votre place d'allié, je m'en sens pleinement faire partie.
19:27Non, moi, je dirige une association qui s'appelle Diversides.
19:30Depuis 10 ans, on essaye de faire en sorte que les métiers de la tech parlent aux femmes,
19:35et notamment aux femmes issues de différentes diversités,
19:38que ce soit des quartiers, des zones rurales, des femmes de 50 et plus,
19:40des femmes avec un handicap, etc.
19:42Et puis, je rappelle qu'on peut cumuler un peu tout ça.
19:44Et donc, je pense qu'il y a un enjeu déjà essentiel de changer les représentations.
19:48En tant qu'association, nous, on passe énormément de temps à faire en sorte de valoriser
19:52des jeunes femmes et autres qui se sont permis d'aller, d'essayer ces métiers-là
19:56et de montrer qu'on peut y trouver sa place,
19:59malgré le fait de ne pas avoir eu de diplôme,
20:01de ne pas avoir eu de parents qui ont fait ces métiers-là, etc.
20:03Et donc, ces dernières années, ce mouvement-là qu'on a créé, Diversides,
20:07a changé beaucoup de parcours.
20:08C'est plus de 20 000 personnes qui ont pris le chemin de la reconversion.
20:11Et parmi ça, presque 60% de femmes qui ont repris la route expressément de la formation.
20:16Et donc, je me dis, voilà, il y a un sujet de représentation.
20:18Les Américains disent souvent, on ne devient pas ce qu'on ne voit pas.
20:22Donc, visibilisons ces parcours, ces trajectoires.
20:24Et en effet, une mobilisation comme celle-là, elle donne envie dès lors où on se dit,
20:27mais j'allume ma télé, je vois une Elisabeth Moreno, je vois une Sophie Iborra,
20:31je vois des femmes ou Elisabeth qui sont en responsabilité,
20:35qui ont pris des chemins de traverse,
20:37qui n'ont pas eu un chemin tout tracé, parfois cabossé, mais qui sont là.
20:41Et en fait, quand j'allume le poste, et comme BFM Business,
20:43et que je vois ces représentations-là,
20:45ça me dit, peut-être que j'ai ma chance, peut-être que je peux en être.
20:48Et donc voilà, il faut représenter, il faut continuer,
20:51et là je le dis pour BFM La Tribune,
20:52à porter ces sujets haut et fort sans s'excuser de le faire.
20:56On y travaille avec Sophie, on y travaille sur ces thèmes.
20:58Sandra, je peux juste ajouter une chose, parce que c'est fondamental,
21:01on le dit, on le répète,
21:03World With Women, ça n'est pas une association fermée sur les mains.
21:08Ça n'est pas without.
21:09Ce n'est pas without.
21:11C'est with, c'est avec.
21:13Et tout le monde a sa place.
21:16C'est un collectif qui ouvre ses bras et qui ouvre ses portes à tout le monde.
21:20Femmes, hommes, jeunes, seniors, milieu d'âge, toutes les personnes.
21:24Les entreprises, je peux comprendre que les entreprises se posent la question
21:28et se disent, on a déjà tellement de difficultés aujourd'hui,
21:31s'arrêter de travailler une journée, ça va avoir un coût.
21:34Mais on ne parle pas du coût que ça a.
21:36Vous savez, le contraire d'inclusion, c'est l'exclusion.
21:40Et on parle toujours du coût de l'inclusion, on ne parle pas du coût de l'exclusion.
21:45Et aujourd'hui, les entreprises doivent savoir que d'abord, on les regarde.
21:49L'histoire les regarde.
21:51Quand vous avez des Zuckerbergs qui disent, il faut des entreprises plus virilistes,
21:55il faut vraiment être profondément débiles pour dire des choses aussi stupides en 2026,
22:00quand on sait que les femmes participent à l'activité économique au même titre que les hommes.
22:05C'est juste qu'elles sont moins considérées, moins reconnues,
22:08que ces métiers essentiels dont parlait Anthony sont beaucoup moins payés,
22:12alors que ce sont les métiers qui touchent le plus l'humain, le soin, l'attention, l'éducation, la protection.
22:19Et donc c'est important que les entreprises comprennent que nous avons besoin d'elles.
22:23Je vous donne un exemple, Sandra. Je sais que je vais te suivre, mais il faut que je vous donne
22:26un exemple concret.
22:27Après, lorsque j'étais au gouvernement, Elisabeth Richard me parle d'un drame absolu qu'elle vit avec l'une
22:34de ses salariés
22:36au cours d'une visioconférence.
22:39Elle assiste avec d'autres collègues à une violence absolument insupportable d'une femme qui est en train de travailler
22:47et dont le compagnon ou je ne sais qui rentre dans la salle et lui éclate la tête contre l
22:53'écran.
22:54Elle m'appelle, elle me dit, il faut vraiment qu'on bouge, il faut qu'on fasse quelque chose.
22:59La responsabilité sociétale des entreprises, c'est aussi ça.
23:03C'est d'être présent au-delà de ce qui est attendu.
23:05Et en trois mois, on a décidé sur les millions de factures que Engie envoie tous les mois
23:12à tous les Français et Françaises de mettre les numéros d'urgence le 38-19 pour pouvoir donner aux femmes
23:20la possibilité
23:21de se protéger pendant la Covid et tous les dangers que ça sous-entendait pour qu'elles ne se sentent
23:27pas seules.
23:28Et bien ça, ce sont des actes qui ne demandent pas des milles et des tonnes aux entreprises,
23:32mais qui peuvent changer des vies et sauver des vies.
23:35– Elisabeth Richard, on est à Aix, on est dans un contexte très business, très politique cette année à moins
23:41d'un an de la présidentielle.
23:42Est-ce que vous avez l'oreille de ces gens qui sont ici, de ces entreprises justement sur ces actions
23:46-là par exemple ?
23:47– L'idée c'est vraiment, on va plus vite seules, mais on va beaucoup moins loin.
23:53Et donc l'idée c'est d'être toujours en coalition.
23:55Sur le sujet des violences faites aux femmes, effectivement on a mis le 39-19, le 17 et le 114.
23:59Aujourd'hui ce n'est plus un sujet, c'est sur nos factures, on ne le remet plus en cause.
24:03C'est dessus et c'est vraiment un message.
24:06Et moi je le porte au niveau des autres entreprises, et notamment au niveau des fondations,
24:09en disant mais emboîter le pas, ce n'est pas si compliqué, ça ne coûte rien, quand même.
24:16On est là-dessus.
24:18Et donc l'idée évidemment sur la lutte contre les violences dans les entreprises,
24:22c'est que les fondations fassent des coalitions.
24:23Et moi je fais des coalitions avec la fondation AXA, avec la fondation BNP, avec Orange.
24:29L'idée c'est d'être vraiment et d'ouvrir la voie.
24:31Parce que beaucoup, ce n'est pas qu'ils ne veulent pas s'engager, c'est qu'ils ne savent
24:34pas comment faire.
24:36Et donc quand on a des grands groupes avec des fondations formidables,
24:39qui nous permettent d'ouvrir la voie, l'idée c'est vraiment de les libérer,
24:45ce n'est pas de faire la promotion d'une fondation ou telle ou telle,
24:48mais c'est de faire la promotion d'une coalition et d'un mouvement global.
24:52Et moi chez ENGIE j'ai une chance formidable, j'ai une patronne, femme, Catherine McGregor,
24:57qui porte les sujets à nos côtés, sur la place des femmes, sur la lutte contre les violences,
25:02sur un certain nombre de sujets et sur la diversité.
25:04C'est un de ces combats, et franchement ça c'est formidable, ça n'a pas de prix.
25:08Le mot de la fin Sophie, il nous reste 30 secondes.
25:10Le mot de la fin c'est de savoir, voilà, tous ceux, celles et ceux qui nous regardent,
25:14veulent rejoindre le mouvement, comment concrètement on rejoint World with Women.
25:19Vous allez sur LinkedIn, sur Facebook, sur Instagram,
25:23on va lancer une campagne de crowdfunding parce que l'argent est le nerf de la guerre.
25:28Et vous savez, c'est facile de lever de l'argent pour faire des événements légers,
25:32c'est extrêmement difficile de trouver de l'argent pour travailler sur des sujets aussi fondamentaux,
25:37donc nous avons besoin de toutes et de tous pour nous accompagner dans cette belle cause.
25:42Et rendez-vous le 13 octobre ?
25:43Exactement, bien sûr, on y sera toutes.
25:45Merci beaucoup à tous les trois, et avec Sophie Ibourin vous a reçu,
25:49on est ravis d'être venus sur ce plateau consacré à cette opération du 13 octobre.
25:55Elisabeth Moreno, ancienne ministre à l'égalité, femme homme, présidente du board de Ring Capital,
25:59Anthony Babkin, DG de Diversides,
26:02et Elisabeth Richard, déléguée générale de la Fondation Engie,
26:04et coprésidente de la commission violence au Haut Conseil à l'égalité.
26:08On est ravis avec Sophie Ibourin, journaliste à la tribune et à la tribune dimanche,
26:12d'avoir fait ce plateau avec vous.
26:13Il est très important, ça fait partie de notre économie,
26:16et on y tient beaucoup sur BFM Business et la tribune sur le pôle économique.
26:20On se retrouve dans un tout petit instant, on a d'autres thèmes à discuter.
26:23A tout de suite.
26:24BFM La Tribune, émission spéciale depuis les rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
26:30Sandra Gondoin.
26:33Bonjour à tous, on se retrouve pour la suite de cette émission spéciale.
26:38Parmi les cigales, le soleil brique, les rencontres économiques d'Aix-en-Provence s'achèvent aujourd'hui,
26:43et le pôle économique BFM La Tribune est évidemment sur place.
26:47Pierrick Merlet, vous êtes avec moi ce matin.
26:49Bonjour Sandra.
26:50Ravi de vous avoir, spécialiste de l'industrie justement à La Tribune.
26:55On va parler beaucoup d'industrie, on parlera de leadership aussi à la fin de cette demi-heure.
27:00Nos invités sont Philippe Queren, patron de Solvay.
27:03Bonjour Philippe.
27:04Bonjour.
27:04Ravi de vous avoir sur ce plateau.
27:06On va parler de chimie.
27:06Sébastien Rouault, CEO de AESC France.
27:09Bonjour Sébastien.
27:10Bonjour.
27:10Ravi de vous avoir.
27:12Et Aurélie Judelin, directrice générale de YouSight.
27:15C'est la filiale advisory leadership de SIA.
27:17On en parlera à la fin de cette demi-heure.
27:19Bonjour.
27:20Bonjour Sandra.
27:20Ravi de vous avoir sur ce plateau.
27:23Sébastien et Philippe, une petite question d'ambiance pour commencer évidemment.
27:27Qu'est-ce que vous attendez et qu'est-ce que vous avez vu d'intéressant dans ces rencontres économiques
27:31d'Aix ?
27:32Il y avait beaucoup, beaucoup de monde cette année.
27:34Il y avait beaucoup de candidats à la présidentielle.
27:37Est-ce que ça fait avancer les choses d'être ici ?
27:39Est-ce que vous avez entendu des choses qui vous ont rassuré ?
27:41Sébastien ?
27:43C'était deux jours, voire trois jours très intéressants.
27:45On a pu rencontrer des patrons de grands groupes, rencontrer aussi tout l'ensemble de l'écosystème et des politiciens.
27:51Ça permet de mieux comprendre les enjeux qui sont aujourd'hui soit sur 2006 ou soit 2007 à travers la
27:57France, mais aussi au niveau de l'Europe.
27:58Il y avait M. Séjourné qui était là ce matin.
28:01Donc voilà, tout ça, toutes ces rencontres, ces échanges, ces discussions sont très intéressantes.
28:04Philippe ?
28:05Moi, très simplement, premièrement, j'attends en particulier des décideurs politiques qui étaient nombreux effectivement cette année,
28:14qui nous confirment l'importance de l'industrie en France et plus généralement en Europe.
28:20Et leur intention de prendre les mesures nécessaires, en fait, pour à la fois préserver ce qu'on a aujourd
28:27'hui
28:27et potentiellement réindustrialiser des chaînes de valeurs qui sont stratégiques.
28:33Et puis, bien sûr, je suis Solvay, donc une entreprise de la chimie.
28:38J'ai souligné aussi l'importance de l'industrie chimique qui est souvent le premier maillon de toutes ces chaînes
28:44de valeurs stratégiques.
28:45Eric ?
28:46Ce qui est aussi intéressant de souligner sur cette édition 2026 des Rencontres d'Aix,
28:49c'est que l'année 2025 a été marquée par une forte colère du patronat, notamment marquée par les discussions
28:56budgétaires.
28:57Et on voit que ces Rencontres d'Aix, si on fait la comparaison avec les Rencontres d'Aix 2025,
29:01c'est que dans les rangs des patrons, il y a une sorte de positivisme.
29:05On va dire, voilà, on se retrousse les manches et on y va.
29:07Parce qu'on a beaucoup parlé ces dernières semaines du rouleau compresseur chinois.
29:11On pourrait aussi parler de la politique américaine.
29:13Et voilà, on sent que les patrons français, dans une moindre mesure européens, pour ceux qui étaient là, cette édition,
29:19veulent maintenant faire et non plus seulement rouspéter à l'égard de la classe politique française et européenne.
29:26Alors ce sujet de réindustrialiser, je rebondis sur ce que vous avez dit.
29:29Franchement, on l'entend tout le temps.
29:32On voit les difficultés qui se dressent année après année.
29:35Tout le monde veut réindustrialiser la France et l'Europe.
29:39La chimie, elle souffre en ce moment, la chimie européenne.
29:42Comment on résout cette équation-là ? Sur quel levier on joue, Philippe Keren ?
29:47Alors, elle souffre, effectivement, juste un chiffre.
29:50Sur ces 20 dernières années, la production chimique en Europe a été lisée par deux.
29:54Et effectivement, si on ne change pas de méthode et de stratégie, ça va continuer.
29:59Les mêmes causes provoquant les mêmes effets.
30:02Alors, effectivement, il y a ce positivisme que vous soulignez, Pierrick.
30:06Parce qu'en fait, on a l'impression que l'état d'esprit a changé.
30:10C'est-à-dire que les gens, maintenant, admettent qu'il faut essayer de garder une industrie en Europe.
30:18Et pour certaines matières stratégiques, et on pourra peut-être parler plus tard des terres rares,
30:23il faut peut-être aussi se détacher d'une dépendance trop forte de certains acteurs.
30:29Alors, Solvay est un acteur mondial.
30:32On est partout, on produit et on vend partout dans le monde.
30:34Mais notre stratégie, c'est vraiment de dire,
30:36on doit être proche de ses fournisseurs et proche de ses clients.
30:41Donc, nous, ce qu'on souhaite, c'est alimenter le marché européen
30:43avec une production qui est faite en Europe.
30:45De la même manière que sur les autres continents, on veut faire la même chose.
30:49Ça n'a aucun sens, en fait, de prendre des mesures
30:52qui nous forcent à arrêter des productions en Europe
30:55et finalement d'importer du contenu carbone, de la pollution,
31:01ou des choses qu'on impose, en fait, sur les producteurs européens
31:05et qu'on ne fait pas appliquer aux imports.
31:07Oui, en fait, Philippe, vous faites référence à la réforme attendue du marché carbone
31:12dont la réforme, le projet de réforme doit être présenté à Bruxelles
31:15le mi-juillet, autour de la mi-juillet.
31:17Et c'est vrai que c'est quelque chose qui pourrait pénaliser l'industrie européenne.
31:20Ça pourrait être, certains patrons l'a qualifié un peu comme la fiscalité de trop
31:24parce que, je le rappelle, l'enjeu, c'est d'échanger pour l'instant gratuitement
31:27des quotas carbone entre les industriels pollueurs
31:30et les industriels, on va dire, plus propres.
31:32Mais que là, le prix du quota carbone, le prix de la tonne de CO2 émise
31:36va monter fortement et les quotas gratuits vont diminuer fortement.
31:40L'enjeu, c'est bien sûr d'encourager les industriels à investir dans leur décarbonation,
31:45mais on le voit avec les soucis de compétitivité que vous soulignez à l'instant.
31:48Aujourd'hui, les industriels sont à l'os et clairement, ils ne peuvent pas se permettre ça.
31:51C'est pour ça que beaucoup disent que ça pourrait être la réglementation de trop.
31:55Et c'est ce que vous évoquez, Philippe.
31:57Oui, absolument. Et on a une date très importante pour nous qui est le 15 juillet,
32:04date à laquelle la Commission européenne va publier en fait une première version
32:08de la nouvelle mouture de ce marché des quotas CO2.
32:11Ce marché des quotas CO2 existe depuis 2005.
32:15Depuis 2005, chez Solvay, on a divisé nos émissions de CO2 par deux.
32:19Donc notre message, il est très clair.
32:21Notre ambition, c'est d'être neutre carbone en 2050.
32:23Aujourd'hui, la technologie, l'énergie qui est disponible dans les États membres
32:28ne nous permet pas d'être neutre carbone avant 2050.
32:31On va tout faire pour être neutre le plus vite possible.
32:35Donc il s'agit de faire en sorte de ne pas pénaliser
32:38et de ne pas donner effectivement, en quelque sorte, le coup de grâce
32:42à des usines qui sont les meilleures du monde finalement aujourd'hui.
32:45Donc nous, ce qu'on demande, c'est tout simplement confirmer notre ambition.
32:49On va continuer à baisser nos émissions de CO2.
32:52Quand je dis qu'on a déjà fait 50% du chemin,
32:53ça veut dire que les 50% qui restent, ce n'est pas les plus simples.
32:56Donc on a besoin de soutien.
32:58On a besoin d'un mécanisme qui nous permette de continuer à avoir des quotas CO2.
33:02Et surtout, de mécanismes de soutien qui permettent de réinvestir
33:06en fait l'argent qui est généré par ce marché.
33:09Ce qui est frappant aujourd'hui, c'est que l'argent que l'on génère grâce à ce marché,
33:14parce qu'on est obligé d'acheter des quotas CO2,
33:17eh bien il n'est pas utilisé pour réinvestir dans la transition énergétique.
33:21Ce qui fait que finalement, nous, les industriels,
33:23on la paye deux fois, cette transition énergétique.
33:27J'aimerais savoir, moi, ce qui vous met le plus de bâton dans les roues.
33:30C'est ces couches réglementaires dont on parle là,
33:34cette réglementation, cette lourdeur administrative en permanence
33:37sur les entreprises européennes.
33:39C'est le contexte international.
33:41C'est quoi qui vous freine ?
33:44C'est la concurrence chinoise, c'est quoi ?
33:45Alors, c'est vrai que la concurrence déloyale est un gros problème.
33:49Juste, je vous donne deux chiffres qui ont été publiés par l'OCDE très récemment.
33:56Les Etats-Unis soutiennent leur industrie deux fois plus que l'Europe.
34:00La Chine, six fois plus.
34:01D'accord ?
34:02Donc, ça veut dire quoi ?
34:03Ça veut dire que la concurrence, elle n'est pas loyale.
34:06Déjà, ça, il faut bien l'avoir en tête.
34:08Donc, ça veut dire qu'il va falloir prendre des mesures aussi
34:10pour soutenir l'industrie en Europe
34:13si on ne veut pas tout importer par la suite.
34:16Deuxièmement, alors, je pense que l'Europe a raison d'être leader
34:19sur un certain nombre de domaines.
34:21L'Europe a raison d'être leader sur la lutte contre les émissions de CO2,
34:25sur plein d'autres sujets environnementaux, sociétaux.
34:29Mais ça ne doit pas se faire contre l'industrie.
34:32Ça doit se faire avec l'industrie.
34:34En fait, le sujet aujourd'hui, c'est qu'il faut voir l'Europe comme un gros mammouth
34:38et que pour l'instant, ce gros mammouth a juste pris conscience
34:41que face à lui, il avait des adversaires et non pas des partenaires.
34:44C'est le changement, c'est le constat qu'on fait depuis, on va dire, 24 mois.
34:48On parle maintenant de géoéconomie et non plus de diplomatie
34:50parce que les enjeux économiques et diplomatiques sont intimement liés.
34:54On l'a vu avec le Détroit d'Hermouz,
34:56qui en est, je pense, le symbole le plus récent et le plus marquant.
34:59Mais voilà, l'Union européenne, pour l'instant, a pris conscience
35:02de ce changement de logiciel.
35:03Il n'a pas encore agi.
35:05L'Union européenne a été fabriquée pour être un marché
35:08et non pas pour être un acteur économique.
35:10Et c'est ce changement de logiciel qui doit intervenir.
35:12C'est-à-dire de passer d'une puissance commerciale
35:17à une puissance économique.
35:18C'est toute notre industrie qui, évidemment, se pose ces questions.
35:22Sébastien Rouault, vous êtes CEO d'AESC France.
35:26C'est la giga factory, ces fameuses giga factory de batteries
35:29qui alimentent notamment l'usine de Douai de Renault.
35:32Déjà, donnez-nous quelques chiffres.
35:34Là, on en est où de cette giga factory ?
35:36Combien vous délibrez ? Vous en êtes où ?
35:38Aujourd'hui, AESC France, c'est 1250 personnes.
35:40Il y a deux ans, on était à peu près 150 personnes.
35:43Donc, c'est-à-dire que la réindustrialisation...
35:44Donc là, ça a grandi très vite.
35:45On y est dans la réindustrialisation.
35:47Exactement.
35:47Il y a de l'emploi.
35:48On a ancré de l'emploi et ça continuera dans les prochains mois,
35:50les prochaines années.
35:52Ensuite, en termes de chiffres,
35:53on a aujourd'hui fabriqué plus de 6,5 millions de cellules.
35:57Ça représente déjà 2 gigawatts heure.
35:58Donc, voilà, on produit tous les jours pour les usines de Douai de Renault,
36:04notamment la R5.
36:05La R5 est aujourd'hui la numéro 3, 4 sur le marché EV Europe.
36:09Donc, ça, c'est un très bon signe.
36:10On est sur un marché et sur un véhicule qui est très vendeur.
36:14On le voit, le blocage du D3 d'Hormuz a changé le comportement des consommateurs.
36:19Les voitures électriques représentent aujourd'hui 30% des voitures neuves immatriculées
36:23en France en juin et on a un peu plus de 20% pour l'Union européenne
36:27et on est sur une tendance de très forte hausse depuis Hormuz,
36:30mais plus globalement depuis 12 mois.
36:32Est-ce que, du coup, vous sentez ce frémissement au sein de votre usine ?
36:35Est-ce qu'il y a eu vraiment un avant après Hormuz, si je peux me permettre la question ?
36:38Oui, on le ressent.
36:39Alors, vous avez raison.
36:39En Europe, c'est à peu près 24% du marché.
36:42Il y a 7 ans, en 2019, c'était à peu près 1% du Livie sur le marché automobile.
36:47Donc, c'est-à-dire qu'il y a eu une augmentation de 23% sur les 7 dernières années.
36:51Il y a eu la première chose, c'est l'accompagnement des États pour acheter des véhicules électriques.
36:56Ça, c'est un premier fait-même.
36:57Il y a le deuxième qui est arrivé dans les derniers mois, c'est le prix de l'essence qui
37:03a augmenté
37:04et donc ce qui a stimulé les acheteurs à acheter du véhicule électrique.
37:07Et il y a un troisièmement, c'est qu'aujourd'hui, un acheteur de véhicules électriques aura des difficultés à
37:12repasser sur un véhicule thermique.
37:13Poser la question à un acheteur ou à un conducteur de véhicules électriques, pourquoi je passerais sur un véhicule thermique
37:20?
37:20Vous aurez très peu de réponses et finalement, le client d'un véhicule électrique, il y reste parce qu'il
37:27aime bien,
37:28parce qu'il y a moins de bruit, parce qu'il y a moins d'odeur, parce que c'est
37:30plus simple, qu'il y a une meilleure accélération
37:32et parce qu'on peut le recharger tout simplement à la maison.
37:35Alors, c'est intéressant ce que vous dites parce qu'on voit bien que le développement du business, ça ne
37:38tient à rien.
37:39Finalement, là, ce contexte international, il vous a aidé. Vous étiez dans un chantier énorme.
37:45Mais c'est ça aussi de l'industrie en Europe, c'est de pouvoir rebondir sur des événements comme ça.
37:51Mais finalement, c'est fragile. Comment on fait pour avoir une stratégie sur le long terme quand on voit que
37:55des événements comme ça peuvent tout changer ?
37:57Tout simplement, il faut qu'au niveau de la politique, il y ait une vraie stratégie et que cette politique,
38:02elle soit fixée.
38:03C'est-à-dire qu'il ne faut pas la changer tous les jours, tous les ans.
38:05Vous parlez de visibilité, là ?
38:06De visibilité, de stabilité, d'un choix, d'un plan stratégique, aussi bien de la France que sur la partie
38:11Europe.
38:11Le bonus à la conversion aussi, j'imagine.
38:13Comment ?
38:14Le bonus à la conversion.
38:15Exactement, le bonus à la conversion. Il faut qu'il soit maintenu parce que ça aide et ça facilite les
38:19clients à acheter des véhicules électriques.
38:20Moi, j'ai une petite question quand même, parce qu'on a l'honneur de vous avoir parmi nous.
38:24C'est vrai que votre parole est rare. Vous le dites assez souvent qu'on est dans une industrie en
38:29perpétuelle transformation.
38:31Donc, on n'a pas forcément le temps de prendre la parole en public.
38:34Mais on le voit, vos concurrents pour les cités Vercors et ACC sont dans le dur, ont du mal à
38:39produire, ont du mal à répondre à la demande.
38:43Vous, au contraire, sur les trois gigafactories françaises, vous êtes le seul, vous avez rappelé les chiffres, à avoir engagé
38:50une production industrielle.
38:53Quelle est la bonne recette finalement dans cette industrie ?
38:55Pourquoi eux n'y arrivent pas quand vous, vous y arrivez et que vous avez à peu près eu les
38:59mêmes calendriers de lancement ?
39:01Alors, je citerai en quatre points clés.
39:04La premièrement, c'est qu'on est dans un groupe qui a aujourd'hui déjà des gigafactories.
39:07Donc, c'est-à-dire qu'on a déjà un produit mature.
39:09On a un deuxième, on a un process qui est déjà mature, qui est déjà utilisé soit au Japon, soit
39:13en Chine ou en Angleterre.
39:14Troisième, c'est qu'on a des experts chinois ou japonais qui viennent nous aider, qui font ce qu'on
39:20appelle des skills transferts.
39:22Et quatrièmement, c'est qu'on a tout le contexte et l'écosystème, on va dire la préfecture, le douaisier
39:28agglot, le gouvernement,
39:29qui nous aident, qui nous facilitent aussi bien sur les tâches administratives que sur les autorisations pour les permis.
39:34Et ça, on est tous acteurs.
39:36Après, il faut quand même le souligner, pour être totalement honnête et compléter ce que vous dites,
39:40c'est que la filière des batteries est une filière qui a vraiment une attention particulière auprès du président de
39:45la République et de l'Élysée.
39:46C'est une filière qui bénéficie vraiment d'une écoute particulière, j'ai envie de dire,
39:52où l'Élysée en a fait un peu son symbole de la réindustrialisation.
39:56Et donc, dès qu'il y a un petit point de blocage, vous avez quand même une écoute attentive des
40:00services de l'État,
40:01et plus particulièrement des hauts niveaux de l'État. Et je pense que c'est quand même déterminant dans une
40:04industrie où il y a un enjeu de ramp-up.
40:06Exactement, on a le soutien, on a le support, on est écouté, il y a un vrai échange, il y
40:10a de l'aide.
40:11Et ça, c'est très important parce que si on veut accélérer aujourd'hui en France, notamment sur les constructions
40:15et sur l'organisation,
40:16il faut que tout le monde soit acteur, tout le monde soit supporter.
40:18Mais c'est intéressant parce que dans votre domaine aussi, vous parliez tout à l'heure des terres rares,
40:23il n'y a jamais eu autant d'attention étatique et gouvernementale sur ces matières-là.
40:28Donc c'est ça, il faut un contexte comme ça pour que les entreprises survivent et restent dans le train,
40:34Philippe Keren ?
40:35Je pense qu'il faut effectivement une pression extérieure, d'événements extérieurs comme ceux qu'on a vécu avec les
40:43différentes crises géopolitiques en particulier.
40:46Le Covid aussi a fait beaucoup de ruptures dans les chaînes logistiques.
40:51Mais on a quand même tendance, on a eu tendance en tout cas dans le passé, à oublier lorsque la
40:57situation redevenait normale.
40:58Je pense que là, on est vraiment sur une transformation profonde et ça, ça entraîne des changements stratégiques forts.
41:07Et je pense que ce qui est vraiment très important, c'est de raisonner en termes de chaînes de valeur.
41:12On a souvent eu, et ça c'est l'économie mondiale, de dire, bon, on va produire un élément de
41:19cette chaîne de valeur.
41:20Et on se concentre en général sur l'élément qui a le plus de valeur ajoutée, qui est plutôt vers
41:23l'aval de la chaîne de valeur.
41:25En réalité, Sébastien, lorsqu'il produit des batteries électriques, dans la chaîne de valeur, on a besoin de lithium.
41:31Et pour faire du lithium, on a besoin de carbonate de soude.
41:33Carbonate de soude, c'est le leader, c'est solvée, le leader mondial.
41:38Les terres rares, vous venez de le mentionner, c'est pareil.
41:41Pour faire une voiture électrique, il faut une batterie, il faut aussi un moteur électrique.
41:43Pour faire des moteurs électriques, on a besoin de terres rares.
41:47Aujourd'hui, les terres rares, pour faire les moteurs électriques, ce qu'on appelle les aimants permanents,
41:52viennent pratiquement à 100% de Chine.
41:54Donc, lorsqu'on a une crise géopolitique, lorsqu'on a des contrôles aux exportations mis en place par la Chine
42:00en mesure de rétorsion aux tarifs,
42:03on se dit, attendez, on va arrêter nos chaînes de production de véhicules électriques si on n'a pas une
42:08alternative.
42:09Nous, on peut proposer cette alternative.
42:11On a un site, tout le monde l'a découvert récemment, à La Rochelle, en France, qui peut produire toutes
42:15sortes de terres rares.
42:16Par contre, il faut la chaîne de valeur.
42:18Parlons-en.
42:18Évidemment, ce site est souvent mis en avant par les pouvoirs politiques.
42:22C'est vrai que c'est l'un des rares sites en Europe à être capable de recycler ou de
42:26raffiner des terres rares,
42:27des terres rares, on va dire, en matière première, et les terres rares, on va dire, en matière première secondaire,
42:31c'est-à-dire les terres rares recyclées.
42:34Mais est-ce que, concrètement, les industriels européens jouent le jeu ?
42:37Parce que les premiers contrats que vous avez officialisés, ce sont des contrats avec des entreprises américaines.
42:42Est-ce que, finalement, ce n'est pas là un peu le point faible ?
42:45Est-ce que les industriels jouent le jeu alors que c'est les premiers à se plaindre
42:49quand on a des chocs géopolitiques où les Chinois, il n'y a même pas un an, deux ans,
42:55ont fermé les robinets des terres rares pendant plusieurs mois
42:57et que ça avait mis sous tension toute l'industrie automobile ?
42:59Alors, n'oubliez pas ce que je vous ai dit tout à l'heure.
43:01C'est-à-dire, vous parlez des industriels américains, effectivement,
43:03ils sont plus soutenus qu'en Europe.
43:05D'accord ?
43:06Donc, en fait, nos futurs clients, c'est qui ?
43:08C'est les constructeurs automobiles, européens, français.
43:11Je veux dire, ils sont eux-mêmes soumis à une concurrence féroce contre ces constructeurs.
43:17Donc, ils ne peuvent pas tout seuls régler tous ces problèmes.
43:20Il faut bien sûr qu'il y ait une volonté de leur part de diversifier leurs sources d'approvisionnement,
43:25mais il faut aussi qu'il y ait des mécanismes qui permettent de garantir
43:28qu'ils puissent être compétitifs et faire face, encore une fois,
43:32à une concurrence qui est souvent déloyale.
43:35J'aimerais savoir si, dans ce contexte des rencontres d'Aix,
43:38où, on l'a dit, il y a tellement de candidats.
43:41Vous espérez des mesures concrètes en France ?
43:44Ou, finalement, en France, ça ne suffira pas ?
43:47Il faut des choses plus larges.
43:48Il faut que ce soit décidé au niveau de Bruxelles.
43:51Et, finalement, notre voix compte peut-être assez peu dans ce contexte, Philippe Keren.
43:55Il faut les deux.
43:56C'est-à-dire, très clairement, la France a des moyens.
43:58C'est un pays qui a, je pense, une stratégie industrielle,
44:03et notamment en matière d'énergie, qui est forte.
44:07Ce n'est pas le cas de tous les États européens.
44:08Donc, je pense que la France a vraiment un rôle important à jouer.
44:12Par contre, vous avez raison.
44:13Je veux dire, la France, c'est une partie, c'est un petit marché, finalement.
44:17Alors que le marché européen, c'est potentiellement...
44:20Je veux dire, l'Europe, c'est potentiellement un leader mondial,
44:23voire le leader mondial, si on s'y prend bien.
44:25Donc, il faut, bien sûr, travailler à l'échelle européenne.
44:29Ce qu'on va produire en France n'est pas destiné au marché français.
44:33C'est destiné, principalement, au marché européen.
44:35Donc, on a besoin d'une France forte pour construire une Europe forte.
44:40Sébastien, sur cette question-là, qu'est-ce que vous en pensez ?
44:43Vous attendez, vous, des mesures dans l'année qui vient, dans un an,
44:46ou c'est plus large que ça ?
44:50Ce qu'il faut pour nous, c'est que c'est la stabilité, comme on disait.
44:52Qu'on ne change pas tous les jours et qu'on ne change pas tous les ans.
44:55Donc, voilà, il faut un plan, il faut le fixer, il faut maintenir ce cap.
44:58Et nous, ça nous aidera très bien.
44:59Et en fonction de ce cap, on continuera nos efforts, nos investissements,
45:03notre travail et à produire des batteries pour les véhicules électriques.
45:06Pierre-Éc.
45:07Ce que vous disiez, Philippe, c'est que c'est vrai que la France seule ne pèse rien.
45:12Et que la clé, de toute façon, ça sera la coopération européenne.
45:15Et en fait, toute la difficulté est là.
45:17Aujourd'hui, c'est de s'entendre à 27.
45:18On le voit aujourd'hui sur les discussions autour du contenu local européen,
45:22ou appelé plus communément Industrial Accelerator Act, IAA.
45:26On le voit, il y a des blocs qui s'affrontent,
45:29notamment un bloc français avec ses alliés,
45:32face à un bloc allemand avec ses alliés,
45:34où clairement, on le voit, les enjeux divergent.
45:37Et c'est toute la complexité.
45:38C'est à la fois une force de représenter ce que vous disiez,
45:41ce fameux marché d'environ 500 millions de personnes,
45:43mais c'est aussi une faiblesse parce qu'il faut s'entendre à 27
45:46et que la plupart des décisions européennes
45:48doivent être prises à un certain pourcentage de majorité.
45:52Donc, c'est pour ça que certains pays avancent en dehors des mécanismes européens
45:56et avec des coopérations, on va dire, renforcées avec 4, 5 pays maximum.
46:00Philippe Keren, vous voulez réagir ?
46:02C'est sûr qu'il va falloir du leadership.
46:04C'est un peu ce qui manque aujourd'hui, je pense, à l'échelle européenne.
46:09Comme vous le disiez, Pierrick, on a tout ce qu'il faut en Europe.
46:14On a la meilleure main-d'oeuvre, les meilleurs ingénieurs, les meilleures usines.
46:20On a une épargne, l'épargne la plus forte au monde.
46:24Donc, même l'argent, on l'a.
46:26Il va falloir qu'il y ait du leadership.
46:29Et c'est ce qui manque aujourd'hui, je pense, au niveau européen.
46:33Il va falloir que des gens se mettent autour de la table,
46:35se fassent confiance et prennent les bonnes mesures.
46:38Le leadership, c'est votre sujet, Aurélie Judelin.
46:41Justement, directrice générale de YouSide, vous êtes la filiale advisory leadership de SIA.
46:47Qu'est-ce que vous en pensez de ce que dit Philippe Keren ?
46:51Effectivement, je pense que le leadership, on en manque cruellement en ce moment,
46:55pour plusieurs raisons.
46:57On parle de transformations diverses et variées, écologiques, géopolitiques, etc.
47:02Et en fait, moi, j'ai le sentiment qu'on assiste à une forme de séisme silencieux
47:06entre, d'un côté, cette hyper-transformation et, de l'autre, une perte totale d'attention,
47:12puisque notre attention est totalement diluée et sur-sollicitée.
47:17Et je pense que ce qui va permettre, finalement, d'opérer ces transformations,
47:22ce sera d'avoir à la tête de nos entreprises des dirigeantes et des dirigeants lucides.
47:27Et cette lucidité, elle n'est pas simple à avoir aujourd'hui.
47:30Elle ne se décrète pas, en fait.
47:32Ça demande énormément, j'allais dire, d'hygiène.
47:36Et il y a, à mon avis, derrière cet enjeu d'attention à soi, aux autres et au monde,
47:43il y a derrière un contrat de confiance, une capacité à embarquer les collaborateurs et les collaboratrices.
47:48Et il faut quand même se rappeler ce chiffre important qui est de 70%.
47:5270% des transformations, aujourd'hui, échouent.
47:55Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas suffisamment investi sur les hommes et les femmes
47:59qui feront ces transformations dans l'entreprise.
48:01Mais tout à l'heure, Sébastien parlait de visibilité.
48:04Les patrons, je suis désolée de le dire, je suis un peu négative,
48:07mais en manquent cruellement depuis plusieurs années avec la multiplication des crises.
48:11Donc comment ils font pour gouverner, justement, dans ces circonstances ?
48:15J'ai envie de vous dire, Sandra, ils font comme ils peuvent.
48:18Et je pense que ce qui est important, c'est qu'on puisse, justement, faire un pas de côté
48:23pour se rendre compte qu'on a du mal, aujourd'hui, à percevoir les signaux faibles
48:29qui sont, finalement, les facteurs d'innovation ou de disruption de demain.
48:34Pourquoi ? Parce que ces signaux faibles, ils sont parfois très éloignés de nous
48:37et qu'il est important de pouvoir les ramener à la réalité de l'entreprise
48:40et pouvoir ainsi ramener ça à des enjeux très concrets
48:44qui soient à portée d'hommes et de femmes et qui soient, du coup, en capacité d'enclencher cet enthousiasme.
48:49On a parlé de positivisme et les rencontres d'ex sont définitivement positives cette année.
48:54Mais je pense que ce positivisme, il ne suffira pas.
48:56Il faut aussi une grande lucidité.
48:59Après, c'est vrai qu'on parle de positivisme.
49:02Mais bon, en ce moment, le climat autour du marché du travail est quand même anxiogène.
49:04On parle beaucoup de l'IA.
49:06Bon, il y a certaines personnes qui font des raccourcis en disant que l'IA, demain,
49:09va remplacer beaucoup de métiers.
49:12Les débats qu'on a sur l'industrie, on le voit, il y a ce chiffre qui était sorti il
49:16y a quelques semaines.
49:17Comme quoi, est-ce que vous conseilleriez à un proche de travailler dans l'industrie ?
49:20Le chiffre, il est de 7%.
49:22Et dans les services, ce chiffre, c'est ratio multiplié par 4, 5.
49:27Est-ce que vous, industriel, est-ce que vous arrivez encore aujourd'hui à attirer des talents avec cette ambiance
49:32?
49:32Moi, j'ai envie de vous poser la question.
49:34Vous êtes dans des phases de ramp-up, dans des industries stratégiques.
49:36Est-ce qu'aujourd'hui, on arrive encore à attirer des talents ?
49:38Sébastien ?
49:39Alors, on arrive à attirer encore des talents.
49:41Nous, chez AEC, c'est une usine très moderne, qui est très automatisée, avec de l'intelligence artificielle,
49:47avec tous des systèmes informatiques très modernes.
49:50Donc, on arrive à l'intéresser.
49:51Après, il y a quand même des difficultés à recruter certaines personnes, certaines compétences,
49:56notamment les mananciers.
49:58Nous, chez AEC, je me permets de faire un petit peu plus d'idée.
50:01Allez-y, c'est le moment !
50:02On recherche des mananciers, ces personnes qui vont sur les machines, qui vont soit faire du préventif, soit faire du
50:09dépannage.
50:11Et on recherche des automaticiens, des roboticiens, des électriciens, voilà, pour être dans nos usines.
50:17Et on sera très heureux de les accueillir, parce qu'on leur permet aussi de faire des formations, voilà.
50:21Donc, toutes les personnes qui sont motivées pour faire de la maintenance, ou aussi pour conduire nos installations,
50:25sont bienvenues chez AEC France.
50:27Philippe Keren ?
50:28Alors, en Europe, je dois dire, c'est pas le cas partout, mais en Europe, on arrive, effectivement, à recruter
50:35des ingénieurs,
50:36des techniciens, des opérateurs, parce qu'on a gardé un peu ces filières d'excellence.
50:41Alors, il faut faire attention de bien les conserver.
50:44Et en plus, je dirais, chez Solvay, on a des valeurs fortes.
50:47On croit dans le progrès par la science, la technologie.
50:50C'est la science et la technologie qui amènent le progrès.
50:54Et on met les scientifiques et les ingénieurs au cœur, en fait, de notre modèle.
51:00Donc, oui, en plus, en faisant tout ça d'une manière extrêmement responsable,
51:05d'un point de vue éthique et d'un point de vue environnemental.
51:07Donc, avec ces valeurs fortes, on arrive encore, oui, à attirer beaucoup de talents.
51:12Mais c'est un sujet très important.
51:16Judith, vous vouliez réagir ?
51:17Je pense que les valeurs sont essentielles.
51:21On n'a plus beaucoup de points de repère aujourd'hui.
51:23Donc, les valeurs d'entreprise sont un véritable moteur.
51:27Et j'irai plus loin.
51:29C'est-à-dire qu'une fois qu'on a érigé une vision et exposé des valeurs,
51:36c'est comment est-ce qu'on transforme ces valeurs en comportement ?
51:38C'est-à-dire, comment est-ce qu'on est en capacité d'exprimer ces valeurs
51:42dans nos actions quotidiennes au sein de l'entreprise ?
51:45Et je pense que les jeunes sont sensibles à ça.
51:46C'est-à-dire, les discours, ils en ont entendu beaucoup.
51:50Ils ont, comme nous tous, chefs d'entreprise, envie d'avoir des actes
51:53et des actions concrètes, mesurables.
51:56Et je pense que ce qu'il faut vraiment qu'on veille à opérer,
52:01c'est ce changement entre édicter des valeurs, énoncer des valeurs
52:04et les rendre opérationnels et durables.
52:08C'est la main d'œuvre de demain dont on parle.
52:09Pierrick ?
52:10Non, mais c'est vrai qu'avec tout ce qu'on se dit depuis une demi-heure,
52:14il ne faut pas oublier que la seule valeur refuge aujourd'hui dans notre société,
52:16c'est l'entreprise.
52:17C'est un lieu de stabilité, c'est un lieu de vie.
52:19Et c'est un lieu aussi qui doit se transformer justement
52:22pour répondre aux enjeux de la quête de sens.
52:25C'est vrai que c'est le mot à la mode.
52:26Et je pense que, Philippe, c'est dans une industrie de la chimie
52:31qui n'a pas forcément parfois bonne presse.
52:33Je pense que cette quête de sens, en tout cas la mettre en avant,
52:37je n'ai pas envie de dire de l'instrumentaliser,
52:39mais en tout cas de la sublimer peut-être,
52:41est essentielle quand on cherche à recruter des profils, j'imagine.
52:44Oui, absolument.
52:45Et c'est exactement mon parcours personnel.
52:48Je suis passé d'ingénieur finalement sur le terrain à CEO
52:54pour cette raison-là.
52:55C'est parce qu'en fait, on a envie de changer les choses.
52:57On a envie, c'est ce que je dis à mes équipes,
53:00je veux que dans quelques années, nos usines aient zéro impact.
53:04Zéro impact environnemental.
53:06Mais c'est sûr qu'on ne peut pas le faire tout seul.
53:08On a besoin de tous les acteurs autour de nous,
53:12les fournisseurs, les clients, les décideurs politiques,
53:16pour mettre ça en œuvre.
53:17C'est pour ça qu'on est très attentifs à ce qui va se produire
53:20dans les jours qui viennent, en particulier sur les quotas CO2.
53:23Il y a les valeurs et puis il y a aussi l'innovation.
53:25Ça, c'est aussi quelque chose qui rend très attractif l'industrie
53:28et sur lequel peut-être un argument sur lequel appuyer
53:31pour convaincre les gens de venir dans ces grandes industries,
53:35dans ces gigafactories.
53:36Vous, dans les batteries, on a dans les dix prochaines années,
53:40il va y avoir des évolutions technologiques absolument formidables.
53:44Et c'est peut-être ça aussi qu'il faut dire, Sébastien.
53:45Oui, dans notre métier, il va y avoir plusieurs évolutions.
53:49Il va y avoir des évolutions industrielles,
53:51vraiment avec de la nouvelle technique.
53:52Et ça, on va avoir de la chance, aussi bien sur les systèmes
53:55que sur des flux logistiques automatisés,
53:58sur l'automatisation à travers des robots.
54:00Et ça, c'est super intéressant qu'on ait ingénieurs,
54:02techniciens et qu'on aime ça.
54:04Ensuite, il va y avoir la chimie qui changera à un moment donné,
54:07de l'NMC peut-être à l'FP.
54:08Et en même temps, il y aura aussi peut-être le produit qui changera.
54:10Donc, il y aura beaucoup d'évolutions, il y aura des investissements,
54:13il y aura aussi beaucoup de formations.
54:14Il y aura l'accompagnement des équipes pour être les meilleurs
54:17et pour permettre de faire des batteries en France, made in France.
54:20La prochaine révolution technologique, là, à plus court terme,
54:24sur laquelle vous travaillez, c'est quoi précisément ?
54:26Vous avez le droit d'en parler ?
54:27Pas le droit trop d'en parler.
54:29Mais est-ce qu'on y travaille ?
54:30Oui, évidemment, on y travaille.
54:32C'est en fonction des clients.
54:34Les clients veulent être au top.
54:35Et nous, on est évidemment là pour leur produire
54:38et leur fournir des meilleures solutions.
54:40Philippe Keren, je vous pose un peu la même question.
54:42L'évolution R&D dans la chimie,
54:45et je sais le lever particulièrement.
54:47C'est pareil, si vous avez le droit d'en parler, évidemment.
54:50Mais ça va ressembler à quoi ?
54:52Alors, nous, on est dans la chimie essentielle,
54:53c'est-à-dire qu'on n'invente pas des nouveaux produits.
54:55On invente des nouvelles manières de produire
54:57des molécules qui sont essentielles et bien connues.
54:59Donc, nous, notre défi, c'est l'innovation procédée
55:01pour rester compétitif,
55:03parce que si on n'est pas compétitif,
55:05on sera remplacé par autre chose.
55:07Et pour être durable, parce qu'on doit limiter
55:10notre impact sur l'environnement,
55:12on le voit tous au quotidien,
55:13que c'est absolument nécessaire.
55:15Eric ?
55:16Rien à ajouter, je pense que tout a été dit.
55:18C'est vrai que l'industrie française, européenne,
55:20pour survivre et pour reprendre,
55:23reprendre, j'ai envie de dire,
55:26le contrôle de son sort,
55:27parce que c'est ça, aujourd'hui,
55:28elle s'est un peu laissée envahir
55:30par divers éléments externes.
55:32Elle doit innover.
55:33Et je pense que la solution, c'est celle-là.
55:35C'est innover et croire qu'on peut innover.
55:37Je pense qu'on l'a oublié.
55:39On s'est longtemps reposé sur nos acquis,
55:42mais anciens.
55:43On a gardé pendant trop longtemps
55:45nos yeux de l'ancien monde
55:46en pensant que l'industrie chinoise
55:48était une industrie low cost,
55:49en pensant que les Américains
55:51resteraient nos amis à vie.
55:53Et en fait, on se rend compte
55:54qu'aujourd'hui, tout est éphémère
55:55et qu'on doit redevenir acteur
55:57et non plus, j'ai envie de dire,
56:00passeur, si on peut rester comme ça.
56:01Sébastien, vous voulez réagir à ça ?
56:03Oui, il faut que dans nos esprits,
56:07en tout cas, il faut qu'on ait
56:08un esprit d'équipe,
56:10un esprit d'équipe avec tous les acteurs
56:12autour, aussi bien avec le client,
56:14le fournisseur que les élus.
56:16Et ça, je pense que c'est important.
56:17C'est comme ça qu'on va y arriver.
56:19Ensuite, il faut entreprendre,
56:20il faut continuer à entreprendre,
56:22aussi bien à l'intérieur de l'usine
56:23que par tous les acteurs qu'on a.
56:25Et le dernier, c'est de la persévérance.
56:28Le monde de la batterie n'est pas évident.
56:29Il faut la persévérance, il faut se battre
56:31tous les jours, du lundi au dimanche.
56:32Il faut être endurant.
56:34Et c'est comme ça qu'on y arrivera.
56:35C'est ça du leadership, finalement.
56:37C'est d'avoir les mains dans le cambouis,
56:39c'est d'avoir les mains dans la stratégie,
56:40c'est d'avoir les mains dans 10 ans
56:41et avoir une vision,
56:43jouer avec toutes les réglementations,
56:45un environnement international très instable.
56:47C'est ça, en réalité, qu'il faut combiner.
56:48Oui, c'est exactement ça.
56:50Et c'est de pouvoir, en fait,
56:52orienter sa focale
56:53en fonction de manière choisie
56:55et pas subie.
56:56Et je pense que c'est ça qui est important aussi,
56:58c'est qu'on a tendance à être traversés
56:59par un certain nombre de crises,
57:01de défis et d'urgences.
57:02Et le leader de demain,
57:03ce sera probablement ce leader
57:05qui sera en capacité
57:06d'identifier les priorités
57:08et de les traiter
57:10en prêtant une attention sincère
57:12et authentique
57:13au sujet et aux défis
57:15qu'il aura à relever.
57:16On n'en a pas trop parlé.
57:17La crise au Moyen-Orient,
57:18pour vous, messieurs,
57:19elle est terminée ?
57:20Dans vos plans ?
57:21Ou vous regardez ça toujours
57:22avec une attention ?
57:23Vous avez un regard là-dessus ?
57:25Ça a une conséquence directe
57:26sur ce que vous faites, Sébastien ?
57:27Alors, en termes de matière,
57:29ça n'a pas une grande conséquence
57:30sur la chaîne d'approvisionnement.
57:31Par contre,
57:32en termes de demandes
57:33à part de clients,
57:34on voit que le marché,
57:36en tout cas,
57:36le prix de l'essence a augmenté.
57:38Donc, les clients vont plus
57:39vers l'électrique.
57:40Et pour nous,
57:41c'est tant mieux.
57:42Philippe Queren.
57:43Oui, ça nous conforte
57:44dans notre stratégie
57:45de transition énergétique,
57:46en particulier
57:48de local to local,
57:49comme on dit,
57:49donc d'être au plus près
57:51du client.
57:52Maintenant,
57:52un impact direct,
57:53oui, on a une usine
57:53en Arabie Saoudite
57:54aujourd'hui qui est à l'arrêt
57:55et ça nous préoccupe.
57:57Vous avez une usine
57:58aussi au Royaume-Uni,
58:00Sébastien ?
58:01Exactement.
58:01Est-ce que ça se déroule
58:03différemment pour ce pays
58:04qui n'est pas en Europe,
58:05finalement,
58:05et qui aimerait bien
58:06y revenir ?
58:06Alors, c'est une très bonne question
58:08et je peux comparer
58:09entre la France
58:10et l'Angleterre.
58:11Lequel vous préférez aussi ?
58:12J'ai envie de savoir.
58:14Alors, je ne peux pas
58:14me permettre
58:14de quel je préfère,
58:15par contre,
58:16parce que les deux projets
58:17sont importants
58:18pour l'entreprise,
58:19mais par contre,
58:19je peux vous dire
58:20qu'en Angleterre,
58:20les régulations
58:21sont plus compliquées
58:22et donc c'est plus difficile
58:25de lancer une usine
58:25en Angleterre.
58:27Et c'est là où c'est important
58:27que...
58:28C'est bien d'entendre ça
58:29de temps en temps.
58:30Ça fait du bien.
58:30Continuez, continuez.
58:31Donc, c'est là où c'est important,
58:33c'est que la partie administrative
58:34permet le travail
58:36des préfectures,
58:37du gouvernement.
58:39Et bien,
58:39il nous facilite la vie
58:40et facilite la vie
58:41des entreprises et des industrielles.
58:43Merci, messieurs, madame,
58:44d'être venus
58:45dans cette émission
58:46avec Pierrick Merlet,
58:47journaliste à la tribune,
58:48spécialiste de l'industrie.
58:50Merci Aurélie Judelin,
58:51directrice générale de YouSide,
58:53Philippe Queren,
58:53patron de Solvay,
58:54Sébastien Rouault,
58:55CEO d'AESC France,
58:57d'être venus
58:57dans cette émission spéciale
58:59depuis les rencontres économiques d'Aix.
59:01Dans un instant,
59:02les interviews,
59:03les grands entretiens
59:04d'Edby Chevrillon.
59:05Patrick Pouyanné
59:06est à quelques mètres de moi
59:07et vous allez l'entendre
59:07en direct sur BFM Business.
59:10Passez une très bonne journée.
59:11Restez avec nous.
59:16Émission spéciale
59:16depuis les rencontres économiques
59:18d'Aix-en-Provence.
59:19Sous-titrage Société Radio-Canada
59:20Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires