00:00L'animateur lui dit, si je pouvais, je t'embrasserais partout, mais j'en ai pas le droit.
00:04Je suis le papa de l'une des petites filles concernées par une affaire dans le périscolaire parisien de violences
00:12sexuelles.
00:14Il s'agit de l'école Titon dans le 11e, et dans cette école, il y a eu 9 cas
00:19de harcèlement sexuel,
00:21et parmi les 9 enfants concernés, il y a eu aussi 3 cas d'agression sexuelle.
00:26C'est une affaire qui commence à la rentrée 2024.
00:30Un groupe de petites filles de CM2, donc d'une dizaine d'années, décide d'aller parler à la directrice
00:36de l'école.
00:37Et donc ce qu'elle relate, c'est l'attitude d'un animateur qu'elle connaisse depuis longtemps,
00:43qui, d'après elle, est jugé, avec leur mode aujourd'hui, malaisant, gênant, intrusif.
00:53La directrice d'école est stupéfaites et convoque aussitôt les parents, dès le lendemain matin, 8h,
00:58pour nous exposer tout ce qu'elle a pu entendre.
01:01Et donc là, va nous être décrit des questions de surnoms,
01:07de surnoms assez curieux quand même donnés à des enfants,
01:12le développement d'un relationnel très proche, des contacts tactiles et des expressions,
01:19dont l'une qui a été celle qui a finalement fait basculer et provoquer chez ces enfants
01:24la volonté vraiment ferme d'aller voir la directrice,
01:26c'était « si je pouvais, je t'embrasserais partout, mais j'en ai pas le droit ».
01:31La première chose qui se passe dans ces cas-là, c'est que l'animateur est suspendu.
01:33Quand les petites filles choisissent de parler à la directrice,
01:37elles n'ont auparavant jamais parlé aux parents.
01:39Il y a une forme de stupéfaction et surtout une espèce de grosse inquiétude dès le départ,
01:43puisqu'on ne sait pas si ce qu'on nous dit, c'est la partie émergée de l'iceberg,
01:47ou si ça se trouve en dessous, et peut-être pas chez nos enfants, mais chez d'autres,
01:51il y a eu des faits plus graves.
01:52À cette époque-là, aucune affaire n'était sortie de violence dans le cadre périscolaire.
01:58Ça explique aussi la stupéfaction qu'on a eue quand on nous a fait cette révélation.
02:01Le soir, on va discuter avec notre fille.
02:06On s'est assis, on s'est donné deux heures de tranquillité.
02:09J'ai allumé le magnétophone, seulement au téléphone,
02:12et je lui ai dit « tu vas tout me dire, même dans le désordre, peu importe,
02:15mais tu vas tout me raconter, on va tout enregistrer,
02:17et après, soit si tu veux, on en parle, mais si tu préfères ne pas en parler,
02:21moi j'ai tout et je pourrais garder ce témoignage ».
02:25On est obligé de porter plainte.
02:26L'enquête qui est confiée à la brigade de protection des mineurs à Paris
02:30va se dérouler en convoquant les enfants,
02:33et c'est là que les enfants vont pouvoir être à la fois s'exprimer,
02:36mais aussi être évalués.
02:38Et dans le rapport qui figure dans le dossier,
02:41il est défini précisément que l'ensemble des enfants,
02:45sauf une peut-être, je crois,
02:47mais l'ensemble des enfants a une parole crédible,
02:49c'est-à-dire que ce ne sont pas des enfants qui ont tendance à affabuler.
02:52Ensuite, il est dit une deuxième chose,
02:54c'est que la souffrance des enfants,
02:56telle qu'elle a été observée chez certains,
02:59c'est des nuits de cauchemars,
03:01des comportements extrêmement curieux,
03:03que ces souffrances sont directement liées aux actes de l'animateur.
03:08Et la dernière chose qui est faite dans cette évaluation psychologique,
03:12c'est le préjudice psychologique subi,
03:17qui est défini en ITT.
03:18Et donc, dans les préjudices,
03:21on voit qu'il y a jusqu'à 15 jours d'ITT chez une petite fille,
03:25ce qui est énorme,
03:27avec également décrit des conséquences psychologiques chez elle
03:32qui sont proches de celles qu'on observe en cas de viol.
03:35Tout l'ensemble des faits rapportés décrivent exactement le processus,
03:39je dirais la stratégie,
03:41que l'animateur avait mise en place
03:44pour pouvoir justement faire ce qui a relevé du harcèlement sexuel.
03:47L'animateur utilisait des surnoms
03:49qui, pour les garçons,
03:51c'était des surnoms sympathiques, président, etc.
03:53Mais pour les petites filles,
03:54ça commence par « ma douce »
03:57et puis assez rapidement,
03:58ça devient « ma délicieuse ».
04:00Il y a ensuite les contacts qui sont faits.
04:02Il y a des contacts qui sont faits vraiment physiques,
04:05qui ont été qualifiés dans le dossier de « câlins ».
04:08Alors, les câlins, c'est pour les petits.
04:10Là, on a des jeunes filles,
04:11certaines sont déjà formées.
04:13Ce ne sont pas des câlins,
04:14ce sont des étreintes.
04:15Et telles qu'elles sont qualifiées,
04:17ce sont des étreintes souvent prolongées,
04:20puis forcées,
04:21et enfin, je dirais presque dues,
04:24au sens où il y a eu des « alors aujourd'hui,
04:26je n'ai pas mon câlin ».
04:27Ensuite, il y a une deuxième phase,
04:28qui est une phase d'isolement.
04:29L'ensemble des faits rapportés par les enfants
04:31se déroulent en l'absence d'autres adultes.
04:34Et donc, dans le cas de l'animateur,
04:35il s'agit d'ateliers dits « mangas »,
04:38ce sont des dessins qu'on connaît.
04:40Il y a des mangas enfants,
04:41des mangas pour les adultes.
04:43Les modèles de dessin choisis
04:44sont des modèles pour adultes.
04:46C'est-à-dire que vous avez,
04:47de manière assez, je dirais, spectaculaire,
04:49des visages d'enfants avec des corps de femmes
04:51qui ont des seins protubérants,
04:53des tenues, je dirais, exagérément sexies.
04:56Et donc, des petites filles de 10 ans
04:59dessinent des femmes
05:00qui ont des silhouettes avec des gros seins.
05:02Elles doivent recommencer
05:03si les seins ne sont pas assez gros.
05:05Et puis ensuite, il y a une dernière phase
05:07qui est la phase de sidération psychique.
05:09L'animateur regroupait les petites filles de l'école
05:12pour leur raconter des histoires,
05:13des histoires d'horreur au début.
05:15Donc des histoires assez spectaculaires,
05:17mais comme des films d'horreur.
05:19Et très rapidement,
05:19ces histoires d'horreur vont tourner
05:21vers des histoires vraies cette fois-ci.
05:23Et ça prend tout son sens
05:24puisque ce sont des histoires réelles
05:26de viols, de massacres
05:27qui se terminent dans des bains de sang.
05:29C'est probablement la phase du harcèlement sexuel
05:30qui a fait plus de mal aux enfants
05:32puisque certaines ont continué,
05:34peut-être même encore aujourd'hui,
05:35à avoir des cauchemars,
05:38des comportements hyper sexualisés
05:41pour certaines,
05:43des difficultés bien sûr à s'endormir.
05:45Et ces répercussions sont...
05:47Maintenant, ça fait bientôt deux ans.
05:48Je pense qu'elles commencent à s'apaiser.
05:50Mais il faut bien imaginer
05:51que certains parents ont eu à gérer
05:52ce type de réaction
05:54chez leurs petites filles de 10 ans.
05:55A l'issue de l'enquête
05:57de la brigade de protection des mineurs
05:58et de l'enquête administrative,
06:00le procès s'est déroulé le 5 mai 2026.
06:03C'est une audience qui dure 7h30,
06:06très complète,
06:07avec de nombreuses parties civiles,
06:09des associations,
06:10mais également la ville de Paris
06:12qui a fait le choix
06:12de se porter partie civile
06:13dans cette affaire.
06:14Au cours de ce procès,
06:17le procureur général,
06:19donc le parquet,
06:21propose une peine
06:22de 18 mois de prison
06:24avec sursis
06:25pour le prévenu.
06:27Aucun des parents
06:28ne souhaite que cet animateur
06:30soit écartelé
06:32sur la place publique.
06:33Nous, notre seule et vraie préoccupation,
06:36c'est que d'abord,
06:38il y a une réparation
06:39suite aux souffrances
06:40qui devraient être reconnues
06:41par la justice.
06:42La souffrance des enfants
06:43doit être reconnue
06:44par la justice.
06:44Il doit y avoir une sanction,
06:45bien entendu, proportionnée.
06:47Ce n'est pas nous
06:48qui allons dire
06:48laquelle est-elle,
06:49mais qu'une sanction
06:50proportionnée soit prise.
06:51Et surtout,
06:52on voulait qu'une sanction pénale
06:53soit prise,
06:54car c'est la seule vraie garantie
06:56d'avoir une trace
06:57dans le passé de cet homme
06:59de ces événements
07:00qui se sont produits
07:01et qui l'empêcheront
07:02à l'avenir
07:03d'avoir le droit
07:04de travailler
07:04dans l'univers
07:05de l'animation
07:06et de l'enfance.
07:07Le délibéré du jugement
07:09a eu lieu
07:10le 16 juin 2026.
07:13Il a annoncé
07:14la relaxe totale
07:15du prévenu,
07:17ce qui n'a pas manqué
07:19évidemment
07:19de mettre
07:20l'ensemble des parties civiles
07:23en émoi,
07:24mais en réalité
07:25estomaquées
07:27plus que surpris.
07:28On voulait essentiellement
07:29que ce soit signifié
07:31que ce qui s'est passé
07:31s'est réellement passé,
07:33ne serait-ce que
07:33pouvoir dire à nos filles
07:34« Vous avez eu
07:36entièrement raison de parler
07:37et la société reconnaît
07:39votre parole ».
07:39Il a fallu expliquer
07:40aux enfants
07:41avec un langage positif
07:44qu'est-ce que ça signifiait
07:46réellement.
07:46Déjà,
07:47il fallait dire aux enfants
07:48que ce n'est pas
07:49parce qu'ils n'étaient pas
07:50pour l'instant
07:52condamnés pénalement
07:53qu'ils n'avaient rien
07:53fait de mal.
07:54Nous,
07:54on a confiance encore
07:55dans la justice
07:56puisque le parquet
07:58a fait appel
08:00et donc il est probable
08:01que d'ici un an et demi,
08:03deux ans,
08:06cette personne soit rejugée.
08:08C'est une chance manquée,
08:10enfin on pense,
08:11puisque le temps de la justice,
08:14ce n'est pas le temps des enfants.
08:15Quand il vous arrive quelque chose,
08:16que vous avez sept,
08:18huit, neuf, dix ans
08:20et que la société
08:23représentée par la justice
08:25se prononce
08:28cinq, six, sept ans
08:29plus tard,
08:30on a tendance à dire
08:31que finalement
08:32le mal est fait,
08:33c'est un peu tard.
08:35Aujourd'hui,
08:35ma vie va bien,
08:38c'était des élèves
08:39de CM2
08:42et donc la vie continue,
08:45les établissements changent,
08:46vous arrivez au collège
08:47et donc ça a,
08:49je dirais,
08:49aidé à faire passer
08:50finalement
08:51cette histoire
08:52puisqu'elle n'était plus
08:53en contact
08:53avec aucun animateur
08:54d'école primaire
08:56parce qu'elles étaient au collège.
08:57Il reste néanmoins
08:58un point
08:59qui travaille quand même
09:01les filles
09:02quand elles en parlent
09:03entre elles,
09:04c'est toujours le doute
09:04de savoir
09:05si elles ont bien fait
09:06de parler ou pas.
09:07Quand les petites filles
09:07sont intervenues,
09:08c'est pour éviter
09:09que d'autres enfants
09:10subissent
09:11ce qu'elles avaient subi
09:12à l'école
09:12et nous,
09:13dans notre optique,
09:14c'est un petit peu
09:14la même chose.
09:15On souhaitait
09:16qu'avec une intervention
09:20pénale
09:22précoce
09:22dans la trajectoire
09:23de ce monsieur,
09:23qu'on puisse au moins
09:25protéger
09:26tous les enfants
09:26par la suite.
09:27Sous-titrage Société Radio-Canada
09:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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