00:00La matinale de l'économie, le débat c'est Raphaël Le Gendre face à Jean-Marc Daniel.
00:04La moitié de la croissance espagnole de ces dernières années est due à l'arrivée d'immigrer.
00:08C'est ce qu'a dit Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol hier.
00:10Il a même précisé, sans immigration, l'Espagne aurait 19% de PIB en moins 2050.
00:15Il fait même le détail sur les cafés, les écoles, les exploitations agricoles.
00:19Ça nous amène à cette question, quel est le bon modèle économique pour la France ?
00:23Raphaël Le Gendre.
00:24Il y a d'abord une question à laquelle il faut répondre, c'est est-ce qu'on peut se
00:26passer ou pas d'immigration ?
00:27On voit la montée des populismes et des nationalismes de partout en Europe.
00:31C'est un sujet extrêmement politique, mais ce qu'on voit aussi c'est la baisse de la natalité.
00:35Je veux dire, à un moment, la croissance potentielle d'un pays dépend d'abord et avant tout de l
00:41'augmentation de sa population ou pas.
00:44En tout cas c'est un élément absolument majeur, pas unique mais majeur.
00:47Donc qu'est-ce qu'on fait en France ?
00:48En 2025, on a connu la grande bascule de la natalité, on a désormais plus de décès que de naissances.
00:54Donc est-ce qu'il va falloir accueillir davantage d'immigrés ?
00:58La réponse est très probablement oui, effectivement.
01:02Alors après, tout dépend comment on le fait, puisqu'on voit aussi les tensions politiques que cela génère dans le
01:08pays.
01:08Pourquoi ces tensions ?
01:09Parce qu'en France, on a fait depuis des décennies le choix d'une immigration familiale.
01:15Le CAE avait commis une note absolument passionnante il y a quelques années sur ce sujet.
01:20Emmanuel Auriol, notamment, co-atrice.
01:23Aujourd'hui la question ce n'est pas d'ouvrir davantage les frontières, c'est de les ouvrir plus intelligemment.
01:29On a largement subi notre immigration.
01:32L'immigration française, elle a été concentrée sur l'Afrique et le Maghreb principalement,
01:37avec la moitié des gens qui étaient non diplômés pour la plupart.
01:41Ce qui fait que ça a pesé sur l'économie en partie.
01:46Ce qu'il faut, c'est recruter là où l'économie manque de bras.
01:51Donc il faut d'abord qu'on diversifie davantage les pays d'origine.
01:55Là c'est trop concentré et concentré à 80% dans les zones urbaines, ça a créé des tensions.
02:01Donc il faut diversifier l'économie, il faut diversifier l'immigration.
02:04Il faut des profils plus diplômés, quand on a la moitié de l'immigration qui n'est pas diplômée,
02:11ça ne peut pas fonctionner au bout d'un moment.
02:13Il faut par ailleurs flécher davantage cette immigration,
02:19c'est-à-dire qu'on ait la liste des métiers en tension.
02:22Ça, ça devait être fait et répondre tout comme il faudrait qu'on flèche l'orientation
02:26à la sortie des lycées professionnels, des études, etc.
02:28Bref, rationaliser un sujet qui est aujourd'hui brûlant,
02:36qui est compliqué dans la société, il y a des voies et moyens pour faire beaucoup mieux.
02:40Jean-Marc Daniel, vous êtes contre l'immigration choisie.
02:44Oui, tout à fait, je pense qu'effectivement c'est un processus,
02:47c'est un processus que je qualifie carrément de néocolonial.
02:50Sur le plan intellectuel et sur le plan pratique,
02:52je suis favorable à la liberté de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux.
02:57Et je pense qu'on vit un monde, d'ailleurs, qui est qualifié par certains économistes,
03:01de Phileas Fogg inversé.
03:03C'est-à-dire que Phileas Fogg, c'est le héros du tour du monde en 80 jours.
03:06Et à l'époque, son valet de chambre, son collaborateur, son secrétaire,
03:11qui s'appelle Passepartout, a comme mission de récupérer les documents nécessaires
03:15sur le plan administratif au tour du monde en 80 jours.
03:18Et en une journée, il récupère les visas qui sont nécessaires à faire le tour du monde.
03:21Et après, il leur faut 80 jours pour faire ce tour du monde.
03:23Et maintenant, il faut 80 jours pour récupérer les visas nécessaires à faire le tour du monde.
03:29Et en une journée, on peut faire physiquement le tour du monde.
03:31Donc je pense qu'il faut abolir ces 80 jours de tracasserie administrative.
03:35En revanche, je pense qu'on va vers un monde qui est un monde, là aussi,
03:40dans un papier récent, j'ai salué Serge Turuc,
03:43c'est-à-dire que les usines ne seront plus en Europe.
03:46Les usines, elles seront à Abidjan.
03:48Et donc, on a intérêt à faire en sorte que les sociétés africaines,
03:51notamment, puisque à l'horizon 2050, un quart de l'humanité vivra en Afrique.
03:55Il y aura 2,5 milliards d'Africains, même s'il y a de l'immigration,
03:58l'essentiel se passera en Afrique.
04:00Et donc, ce qu'il faut assurer, c'est par la liberté de circulation des capitaux,
04:04un co-développement entre la France et l'Afrique.
04:07Avoir comme objectif de vider l'Afrique de son élite,
04:09en disant, au travers de l'immigration choisie,
04:11on va prendre les bons, les ingénieurs,
04:13on va prendre les médecins, parce qu'on manque des médecins argentistes,
04:16et puis, on va laisser, en Afrique, les gens mal formés,
04:20ou alors, effectivement, on va faire venir des gens peu formés
04:22pour des emplois que personne ne veut faire en Europe.
04:24C'est-à-dire, une immigration, c'est une immigration
04:26dans laquelle c'est nous qui décidons
04:28quelle est la structure sociale et économique
04:30des pays qui ont vocation à avoir une forte croissance.
04:33Mais, du coup, quand Pedro Sanchez, il dit,
04:34moi, ça me permet de remplir les cafés,
04:36les exploitations agricoles et les écoles,
04:38vous dites, il a tort ?
04:39Je dis, il a tort, parce qu'au Japon,
04:42les gens qui apportent des revenus au Japon
04:44travaillent pour les Japonais,
04:45mais non pas à Tokyo, ils travaillent pour les Japonais,
04:48en Indonésie ou en Inde.
04:50Et donc, effectivement, il y a besoin de gens
04:52pour faire fonctionner les cafés,
04:53mais si on ne trouve pas de main-d'oeuvre
04:55pour faire fonctionner les cafés,
04:56il n'y a qu'à augmenter les salaires.
04:58C'est-à-dire que si vous ne trouvez pas
04:59de quoi satisfaire sur un marché
05:01ce que vous réclamez,
05:03eh bien, vous faites évoluer le prix.
05:04En revanche...
05:05Sauf qu'augmenter les salaires
05:05quand on a un coin fiscal ou social de 50%,
05:08c'est quand même très compliqué.
05:09Ah, mais on peut augmenter les salaires
05:11sans augmenter les impôts.
05:12On a même plutôt intérêt à baisser les impôts,
05:14augmenter les salaires
05:15et laisser les capitaux partir vers Abidjan
05:18et Mumbai
05:19pour préparer effectivement la source de revenus
05:21qui sera associée à la croissance de ces pays.
05:23Mais il ne faut pas transformer l'Afrique
05:25en une espèce de désert intellectuel
05:27où toutes les élites seront cantonnées
05:30entre Paris, Lyon et Berlin.
05:32Non, mais l'Afrique n'est pas le seul creuset de l'immigration,
05:34ce qu'on dit.
05:35C'est bien qu'il faut diversifier nos horizons.
05:40Mais il ne faut pas vider non plus l'air.
05:41En Allemagne, c'est les informaticiens.
05:43Il ne faut pas vider l'air,
05:44il ne faut pas vider l'indonésie non plus.
05:46Il faut que l'immigration soit davantage pilotée
05:48pour devenir une politique économique.
05:50En réalité, c'est de la croissance
05:53et donc de la prospérité partagée.
05:54Vous ne pouvez pas empêcher,
05:55si vous êtes pour la libre circulation des personnes,
05:57d'avoir envie de venir en France,
05:58qui est un très beau pays,
05:59pour venir bosser aussi.
06:01Mais il faut multiplier les pays d'origine,
06:04il ne faut pas concentrer les populations immigrées
06:07dans des banlieues explosives.
06:09Il faut qu'ils puissent s'installer absolument de partout.
06:12Et surtout, il faut des profils différents et diplômés.
06:14Je trouve ça intéressant que Raphaël,
06:16qui se définit comme libéral,
06:17veuille piloter.
06:19Ah !
06:19Qu'il pilote, qu'il pilote.
06:21La liberté, c'est pas le piloter.
06:24Le libéralisme, ça n'est pas n'importe quoi.
06:26C'est organiser la société.
06:28La liberté n'existe que dans la sécurité.
06:31Vous pouvez être reprends par le maître libéral, ici.
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