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  • il y a 3 heures
Chaque matin dans Europe 1 Bonjour, Alexandre Le Mer reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Dr Ségolène Perruchio,
chef de service en soins palliatifs, pour évoquer le projet de loi sur la fin de vie.

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Transcription
00:04Il est 5h42, votre invitée ce matin, Alexandre Lemaire et Ségolène Perrucchio, médecin en soins palliatifs au centre hospitalier Rive
00:12de Seine à Neuilly
00:13et présidente de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs.
00:18Bonjour docteur Ségolène Perrucchio.
00:19Bonjour.
00:20Pour la troisième fois, l'Assemblée Nationale a donc voté hier pour la création d'un droit à l'aide
00:27à mourir.
00:28295 voix pour, 232 contre.
00:31On voit bien que c'est donc là un texte qui reste loin du consensus, qui soulève des craintes.
00:36Un texte qui va repartir une dernière fois au Sénat avant un vote définitif des députés le 15 juillet.
00:42Comme le prévoyait la première version, celle du gouvernement, la règle sera que les patients éligibles à l'aide à
00:48mourir vont s'auto-administrer la substance létale.
00:52Ceux qui n'en ont pas la capacité physique se verront administrer le produit par un soignant.
00:58Ségolène Perrucchio, votre sentiment d'abord ce matin ?
01:01Mon sentiment c'est que l'écart se restreint encore.
01:05Alors certes, les chiffres sont proches de la deuxième lecture, mais ce texte-là, il est adopté en troisième lecture
01:13avec une courte majorité.
01:15Donc comme vous le disiez, c'est vraiment un texte qui ne trouve pas son consensus, ni dans la société,
01:21ni au Parlement, puisque le Sénat l'a rejeté deux fois.
01:24On verra ce qui se passera à la prochaine lecture au Sénat, mais tout porte à croire qu'il va
01:29être encore rejeté.
01:31Adopter ce texte au milieu de l'été dans ces conditions-là serait une forme de passage en force.
01:36Les défenseurs de ce texte, d'une aide à mourir, parlent d'un texte remanié dans une volonté d'apaisement.
01:43Alors ça c'est vraiment quelque chose contre lequel je m'inscris en faux.
01:47Ce texte n'est pas remanié, ce texte c'est exactement le texte initial de Mme Germain-Le Baudot.
01:54Certes, il y a eu des modifications qui avaient été ajoutées à l'Assemblée,
01:57que le gouvernement et les rapporteurs se sont empressés de faire supprimer parce qu'ils avaient peur que le texte
02:02ne passe pas.
02:03Donc c'est une manœuvre stratégique, mais on est sur un texte qui est le même qu'au tout début.
02:09Donc il n'y a eu aucune recherche de compromis, il n'y a eu aucune des inquiétudes qui ont
02:14été exprimées par les soignants,
02:15par certaines associations de patients aussi, pour essayer de faire, si le législateur voulait légaliser l'aide à mourir,
02:23pour essayer de faire que ce soit un texte qui soit plus sécurisé, sécuriser la décision, sécuriser le processus.
02:28Il n'y a aucun compromis qui a été recherché.
02:31Le projet de loi n'utilise ni les termes d'euthanasie, ni celui de suicide assisté.
02:35Ce n'est que de la sémantique ou vous le regrettez ?
02:38Je le regrette parce que ce n'est que de la sémantique.
02:41M. Macron avait dit dans La Croix, il y a maintenant plusieurs années,
02:44nous n'utiliserons pas le terme euthanasie parce qu'il s'agirait...
02:48L'euthanasie, c'est donner la mort à quelqu'un qui la demande.
02:51C'est exactement ce que ce texte légalise.
02:54Donc effectivement, les termes ne sont pas utilisés,
02:56mais c'est ça la réalité, c'est la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie d'exception.
03:01Oui, vous avez sans doute entendu le député LR et professeur de médecine Philippe Juvin
03:05alerté sur le fait que la France était le premier pays à aller aussi loin
03:09dans l'ouverture des critères de l'aide à mourir.
03:11Pour lui, ce n'est plus une loi d'ultime recours,
03:14sinon qui concernera aussi des personnes qui ont encore plusieurs années à vivre, dit-il.
03:19Il est là ? Il a le risque selon vous ?
03:22Effectivement, c'est le risque majeur.
03:24Je sais que les critères qui nous sont décrits comme stricts ne le sont pas du tout.
03:28Les critères sont à la fois extrêmement larges et extrêmement flous.
03:32La maladie incurable en phase avancée ou terminale ne correspond à rien de précis sur le plan médical,
03:40rien de strict et potentiellement, effectivement, comme le dit M. Juvin,
03:45à des patients qui peuvent avoir des années de vie devant eux.
03:47Tous les cancers en phase métastatique sont des cancers en phase avancée,
03:51sont des maladies en phase avancée.
03:52Et on sait maintenant que les gens peuvent vivre pendant des années avec ce type de pathologie
03:58et pour ne citer que cela.
03:59Donc oui, les critères sont extrêmement larges.
04:02Et si le texte va au bout, potentiellement, des centaines de milliers de patients au bas mot seraient éligibles.
04:08Des centaines de milliers.
04:09Alors, vous qui êtes médecin en soins palliatifs, je le rappelle, Dr Perrucchio,
04:13le manque de moyens dans votre secteur est tel aujourd'hui qu'on estime qu'un francieux sur deux
04:18n'a pas accès aux soins palliatifs.
04:20Ça veut dire quoi ?
04:21Que si cette nouvelle loi est définitivement adoptée, donc dans deux semaines,
04:24il sera plus facile d'obtenir un rendez-vous en vue d'une aide à mourir qu'une place en
04:29soins palliatifs ?
04:29C'est malheureusement le risque, effectivement.
04:32Et au-delà de la place en soins palliatifs, d'un accès aux soins tout court,
04:35parce qu'il n'y a pas que l'accès aux soins palliatifs qui est difficile actuellement dans notre pays,
04:39c'est l'accès aux soins tout court.
04:42Donc oui, il y a une inquiétude majeure à ce que l'accès à l'aide à mourir soit bien
04:47plus facile
04:48et bien plus rapide que l'accès aux soins tout court.
04:51Il y a aussi un débat sur la place des soignants, des médecins dans ce dispositif.
04:56Donc, à titre individuel, les médecins, les infirmiers qui ne souhaitent pas pratiquer l'aide à mourir
05:00pourront faire valoir une clause de conscience.
05:03Ça veut dire que les soignants vont quand même conserver cette liberté d'interpréter en conscience
05:09le serment d'Hippocrate, docteur Ségolène Perrucchio.
05:12Effectivement, il y a une clause de conscience.
05:13Elle reste extrêmement fragile et extrêmement partielle.
05:16Pourquoi ? D'abord parce que les médecins et les infirmiers n'ont cette clause de conscience
05:20que à la condition de pouvoir adresser le patient
05:23et d'adresser le patient à un confrère susceptible de pratiquer l'aide à mourir.
05:27Donc, c'est une demi-close de conscience.
05:30Et puis, les pharmaciens n'ont pas de clause de conscience.
05:32Les directeurs n'ont pas de clause de conscience puisqu'ils sont même obligés,
05:35c'est écrit dans la loi, d'organiser au sein de leur établissement de santé ou médico-social l'aide
05:41à mourir.
05:42Et les professionnels qui entourent le patient, qui font équipe, par exemple,
05:47les aide-soignants, les psychologues, les qu'il est rééducateurs, les agents de services hospitaliers,
05:52tous ceux qui, au quotidien, font équipe autour du patient,
05:55qui seraient présents le jour de l'administration de l'aide à mourir,
05:58eux non plus n'ont pas de clause de conscience.
06:00Et ça, c'est nier la réalité du soin.
06:02C'est nier pour soigner un patient.
06:04Et particulièrement en soins palestifs, il faut toute une équipe.
06:07Il y a eu dans un premier temps, au cours des débats,
06:09le vote d'un amendement du RN pour écarter le médecin du processus de l'aide à mourir
06:15pour s'assurer, justement, que les médecins ne violent pas le serment d'Hippocrate.
06:20C'est un amendement qui a finalement été écarté.
06:23La place du médecin dans cette loi, docteur Pericchio, pour vous,
06:26il faut qu'il soit au centre du dispositif, associé ou écarté ?
06:30Le médecin comme l'infirmier, nous, on dit depuis des années que donner la mort n'est pas un soin.
06:35La question qui est posée aujourd'hui à la société, c'est la question de
06:39est-ce que la société veut donner à chacun le droit de choisir le moment de sa mort ?
06:43Ça n'est pas, comme on le laisse entendre, la question de la souffrance en fin de vie.
06:47La question de la souffrance en fin de vie, c'est les soins palliatifs.
06:49Pour peu qu'on en ait les moyens, on sait la prendre en charge.
06:52Par contre, effectivement, aujourd'hui, la loi ne permet pas aux gens de dire stop,
06:56aux gens d'éteindre la lumière quand ils le souhaitent.
06:59Cette question-là n'est pas une question de soins, c'est une question de société.
07:02Il n'y a pas de raison que ce soit des soignants à qui on impose presque
07:06cette mission-là, infirmier ou médecin.
07:09Vous avez écrit à ce propos au Premier ministre, vous avez adressé un courrier à Sébastien Lecornu
07:14en lui demandant de prendre en compte vos inquiétudes.
07:17Vous étiez d'ailleurs venu en parler ici même au micro d'Europe 1.
07:21Est-ce qu'il vous a répondu, le Premier ministre ?
07:23Nous n'avons pas eu de contact direct avec M. Lecornu, je ne peux que le regretter.
07:28Et sur l'ensemble des échanges qui ont pu avoir lieu, notamment avec Matignon, avec son cabinet,
07:35rien, là non plus, aucun compromis n'a été possible sur un certain nombre de propositions
07:39que nous avons faites pour mieux sécuriser le texte, mieux sécuriser la décision,
07:43mieux encadrer le processus.
07:45Toutes les propositions ont été balayées, aucune n'a été retenue.
07:48Et je rappelle donc que le vote final pour ou contre ce texte créant un droit à l'aide à
07:53mourir
07:53est attendu le 15 juillet dans deux semaines.
07:57Docteur Ségolène Perrucchio, médecin et présidente de la Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs,
08:02merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
08:04Merci à vous.
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