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Anne Fulda reçoit Marina Yaloyan pour son livre «La Petite Pianiste d’Erevan» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Marina Yaloyan.
00:02Alors, vous habitez en France depuis quelques temps,
00:07vous avez habité dans différents pays, en Arménie, aux Etats-Unis,
00:10vous avez fait de brillantes études en Russie également.
00:13Vous publiez aujourd'hui votre premier roman,
00:16un roman qui s'appelle « La petite pianiste d'Erevan »,
00:18qui est paru chez Albain Michel.
00:20Et c'est un roman qui est écrit d'une jolie plume,
00:24la chronique familiale d'une époque.
00:28C'est un livre sensible,
00:29ça raconte à la hauteur du regard d'un enfant, d'une petite fille de 10 ans,
00:34une histoire qui est en train de bouger, de changer.
00:39Et ça mêle donc la petite histoire, la grande histoire,
00:42et comme souvent, c'est ce qu'il y a de plus efficace
00:44pour faire comprendre une situation,
00:46avec au milieu un élément comme un fil d'Ariane, qui est la musique.
00:50La musique.
00:51Cette petite fille est une pianiste prodigie.
00:54Alors, vous occupez un poste très sérieux aujourd'hui.
00:59C'est votre premier livre.
01:01Comment en êtes-vous venue à écrire ?
01:04Est-ce que vous écrivez depuis longtemps ?
01:06Pourquoi ce désir ?
01:08Écoutez, moi, j'ai écrit depuis toujours, en fait, depuis l'âge de 10 ans, en vérité,
01:11parce que, comme pour Verouchka,
01:14sa voiture, oui, c'était la musique,
01:15pour moi, c'était la littérature.
01:16Donc, j'ai commencé à écrire à l'âge de 10 ans,
01:19justement, quand il y avait tous ces événements qui sont décrits dans le livre.
01:22C'était la chute de l'URSS,
01:24donc la perestroïka, avec des millions de familles,
01:27non pas seulement en Arménie, évidemment,
01:29mais à travers 15 républiques de l'ex-URSS,
01:32propulsées dans l'exil,
01:34l'abîme,
01:35et voilà.
01:36Donc, tous ces destins brisés.
01:38Et pour moi, c'était une voie de survie.
01:40Et donc, j'ai écrit en russe, d'abord.
01:42Après, j'ai écrit en anglais,
01:44quand j'étais aux États-Unis.
01:46J'ai fait mes études littéraires, là-bas.
01:48Et ensuite, je commençais à écrire en français,
01:53qui est...
01:54Et donc, aujourd'hui, ce roman qui est publié aux éditions Alba Michel.
01:59Oui.
01:59Alors, vous écrivez en français, très bien,
02:02de manière extrêmement fluide,
02:03comme si c'était votre langue maternelle.
02:06Alors, évidemment, lorsqu'on regarde le destin
02:07de cette petite fille, Verouchka,
02:09qui a dix ans,
02:12qui est donc une pianiste,
02:14on vous voit dans la promotion
02:15que vous jouez du piano vous-même.
02:17C'est vrai, c'est vrai.
02:18Il n'y a pas une part autobiographique,
02:19obligatoirement, dans cette histoire.
02:21Écoutez, vous savez, comme dans tous les romans,
02:23je pense, surtout les premiers romans,
02:24il y a toujours cette inspiration.
02:27Mais je pense que j'ai essayé,
02:29en tout cas, vous savez,
02:31les choses, le contexte historique,
02:33bien sûr, vrai,
02:35c'est du vécu, c'est-à-dire,
02:36j'ai connu la fin, j'ai connu les pénuries,
02:38j'ai connu la chute de ce monde.
02:41Et donc ça, ça vient d'une blessure qui est vraie,
02:44et je pense que ça se sent,
02:45parce que c'est un roman qui est sincère.
02:47Mais en revanche, tout le reste,
02:48les scènes, les personnages,
02:50tout a été romancé,
02:51justement pour permettre d'aller bien
02:52au-delà du simple récit de soi
02:55et retrouver cette époque,
02:56et retrouver, en fait,
02:58ces millions de familles
02:59et ces millions d'enfants,
03:01en fait, qui ont presque tous
03:04traversé la même histoire,
03:06la même chose.
03:07Oui, en Arménie,
03:07parce que l'Arménie a été
03:09une république soviétique,
03:11comme en Pologne,
03:13comme en Albanie,
03:14comme en Serbie,
03:15comme en Pologne, etc.
03:16Vous voyez,
03:17et aujourd'hui, je reçois,
03:18c'est vrai,
03:19des témoignages très touchants
03:21de mes lecteurs
03:22qui disent que dans cette petite fille,
03:24ils reconnaissent leur propre enfance
03:26et ils ont même une certaine nostalgie,
03:29évidemment, de cette période.
03:30Tous ces anciens pays
03:31du bloc communiste
03:32retrouvent au Béodal-Monde
03:34et du bloc de l'Est.
03:35Absolument.
03:36Alors, revenons à cette petite Veroshka
03:39qui, donc, grandit à Erevan.
03:40Alors, elle grandit dans une famille
03:44assez aisée,
03:45au sens que c'est une famille
03:46d'intellectuels.
03:47Oui.
03:47Et donc, ça, ça...
03:48Mais aussi pétrie un peu d'idéologie,
03:50mais surtout, donc,
03:52dans laquelle,
03:53une famille dans laquelle
03:53il y a le goût de la musique.
03:55Sa mère, notamment,
03:57joue du piano.
03:58Il y a une scène
03:59où vous racontez
04:01comment elle joue
04:02ce fameux concerto numéro 2
04:03de Rachmaninoff.
04:05Vous le connaissez.
04:05Alors, pour ceux qui regardent
04:06cette émission
04:07et qui connaissent,
04:10c'était le générique
04:12d'Apostrophe.
04:13Vous savez,
04:14l'émission part
04:15de littérature en France.
04:18Alors, justement,
04:19la musique,
04:20qu'est-ce que ça lui permet
04:21à cette petite fille ?
04:22Parce que c'est extrêmement
04:22important pour elle.
04:24C'est vrai,
04:24je dirais que c'est un espace
04:25de survie.
04:26C'est un espace
04:28qui, en fait,
04:29qui n'a pas de frontières
04:31et aussi qui permet
04:32de préserver la mémoire.
04:33Parce que,
04:34dans le roman,
04:36à un moment donné,
04:36on brûle les livres
04:37pour se chauffer.
04:38Pour se chauffer.
04:38Mais on ne peut pas
04:39brûler la musique.
04:40Parce que ça reste
04:41un espace intact
04:42et en fin de compte,
04:44presque un langage universel
04:45pour exprimer l'émotion
04:47et pour préserver la mémoire.
04:49Alors, préserver la mémoire
04:51et aussi préserver
04:54l'identité de peuple.
04:56Et ça, cette identité,
04:58elle est préservée,
04:58notamment où il y a
04:59deux grands-mères
05:01qui sont importantes
05:02dans ce livre.
05:04Qu'est-ce qu'elles apportent
05:05à la petite fille ?
05:07Vous savez,
05:07il y a beaucoup de symbolisme
05:08dans ce roman
05:09et c'est vrai que les grands-mères
05:11sont un peu des symboles.
05:12C'est-à-dire,
05:13l'une des grands-mères,
05:14c'est Baboulia,
05:14c'est la grand-mère russe,
05:16en fait,
05:16qui est très...
05:17Voilà, c'est les tartes aux pommes,
05:19c'est l'enfance, en fait.
05:21Elle incarne l'enfance
05:22un peu perdue,
05:24qui s'échappe.
05:26Et l'autre grand-mère
05:28qui est plus dure,
05:29celle qui aménage
05:30avec la famille,
05:32elle incarne ce communisme
05:34qui est en train
05:35de s'écrouler.
05:36D'ailleurs,
05:36elle tombe malade
05:37au début de l'histoire.
05:38Et donc,
05:39c'est le symbole
05:40de ce monde
05:40qui s'en va, en fait.
05:42Et donc,
05:42elle est un peu dure,
05:43elle est un peu triste aussi.
05:46Et je pense que
05:46c'est une figure
05:47profondément tragique,
05:48en vérité,
05:49parce que ce monde-là
05:50n'existe plus
05:52du jour au lendemain.
05:52Oui, parce qu'effectivement,
05:54c'est un peu comme dans ce film,
05:56vous savez,
05:57où une femme tombée
05:59dans le coma,
06:00elle était tombée malade
06:02dans l'Allemagne de l'Est,
06:04elle se réveille
06:05et le mur est tombé.
06:06Et on essaye de lui faire croire
06:07encore à cette possibilité
06:10d'un communisme triomphant
06:12auquel elle croit.
06:13Et c'est vrai que,
06:14en fait,
06:14ce qu'on a tendance
06:15peut-être à oublier
06:16dans les pays
06:17qui n'ont pas
06:17communi le communisme,
06:18c'est qu'il y a des personnes
06:19qui ont cru,
06:21même si elles en ont été victimes.
06:22Mais tout le monde y a cru,
06:22les personnes qui y habitaient
06:24en tous les cas.
06:26Et moi, je pense,
06:27de l'autre côté,
06:28la force de ce roman,
06:29c'est aussi qu'on essaie
06:30de ne pas tomber
06:32dans le discours politique,
06:34c'est-à-dire,
06:34on entend,
06:35la petite fille,
06:36elle n'a pas,
06:36par définition,
06:37d'opinion politique,
06:39mais elle entend
06:39le discours des adultes.
06:40Et il y a de tout.
06:42Il y a la grand-mère
06:43qui est portée par le communisme,
06:45il y a l'autre
06:45qui porte la mémoire
06:47de cette Russie,
06:48donc un autre chute,
06:49en vérité,
06:50dans le monde,
06:51parce que la chute
06:51de la Russie impériale
06:53et encore les parents
06:55qui discutent,
06:56alors la peristorica,
06:57est-ce que c'est bien ou pas ?
06:58Qu'est-ce qui va arriver ?
06:59Et donc,
07:00il y a tous les points de vue
07:01quelque part,
07:02mais sans aucun jugement.
07:05Alors,
07:06le livre commence
07:07à notre époque,
07:08en fait,
07:08en 2025,
07:09puis après,
07:10vous revenez en arrière.
07:12Alors,
07:13on évoquait ce sujet
07:14de l'identité,
07:14il y a aussi l'exil.
07:16L'exil
07:16qui est en filigrane,
07:18en vérité.
07:18Et ça,
07:19c'est une vraie question
07:22parce que c'est
07:23un enrichissement
07:24et une douleur.
07:25Absolument.
07:26L'exil,
07:26c'est quelque chose
07:27que je porte en moi
07:28avec quatre cultures,
07:30quatre pays traversés.
07:31Je trouve que c'est
07:32une richesse incroyable.
07:34C'est une richesse incroyable
07:35de pouvoir parler
07:37en Américain
07:38comme une Américaine,
07:39en Russe comme une Russe.
07:40Mais en fin de compte,
07:41vous savez,
07:42on ne sait plus
07:42où on en est.
07:43Voilà,
07:43c'était la question
07:44que j'allais dire.
07:44C'est difficile.
07:46Quelle est la part
07:47qui prend le dessus
07:48ou est-ce que finalement
07:48vous vous êtes habituée
07:49au fait d'être
07:50une espèce de cocktail ?
07:52Un cocktail.
07:54Très sympathique.
07:55J'en suis.
07:57Mais qui a pris un peu
07:58de chaque culture
07:59et qui, à l'arrivée...
08:01Je pense à un peu ça
08:02et je pense aussi,
08:03vous savez,
08:03ça permet,
08:04notamment en littérature,
08:05d'apporter des touches
08:07aux accents d'ailleurs,
08:09aux images d'ailleurs,
08:10auxquelles on n'a pas
08:11l'habitude tout à fait
08:12de retrouver.
08:16Et je pense que la littérature
08:17sert aussi à ça,
08:18ça sert à voyager.
08:19Et je pense que grâce
08:21à toutes ces cultures,
08:22grâce à cet imaginaire
08:23qui peut-être
08:23qui vient d'ailleurs,
08:25j'espère que dans ce livre,
08:27moi,
08:27j'ai fait le lecteur
08:29voyager à travers le temps
08:31dans ce monde
08:32qu'il n'a pas connu,
08:33qu'il ne connaîtra pas,
08:35qu'il n'existe plus
08:36et pourtant qui est là
08:37dans ce livre.
08:39Et juste dernière question,
08:41est-ce que l'Arménie
08:43n'a pas quand même
08:43une place particulière
08:45justement à cause
08:45de l'histoire particulière
08:46et terrible de ce peuple ?
08:49Il a connu un génocide
08:51qui a souffert.
08:51Est-ce que du coup
08:52cette facette arménienne
08:54est peut-être
08:54un peu plus importante
08:55ou différente que les autres
08:57ou pas spécialement ?
08:58Écoutez, pas spécialement.
08:59Moi, je dirais
08:59que le livre est porté
09:01par l'imaginaire plutôt russe
09:02en vérité
09:03parce qu'il y a beaucoup
09:04de contes de Férus,
09:06la grand-mère qui russe.
09:06Là, c'est à vous
09:07que je connais.
09:08Et en même temps,
09:09il y a bien sûr
09:09Yerevan.
09:10C'est une ville
09:11qui est presque un personnage
09:12dans le livre
09:13parce qu'on ressent
09:14les odeurs,
09:15les couleurs
09:16et c'est vrai
09:17qu'elle change aussi
09:18à travers l'histoire.
09:19Elle vieillit,
09:20elle devient différente.
09:22Et d'ailleurs,
09:22au début de l'histoire
09:23dont vous avez parlé,
09:24quand la jeune femme
09:27revient dans cette ville,
09:28elle ne la reconnaît pas.
09:30Et je pense que c'est
09:30quelque chose
09:31que peut-être
09:31même les lecteurs
09:32qui n'ont pas
09:34d'habitude d'exil
09:35peuvent forcément
09:37comprendre
09:37parce qu'ils reviennent
09:38dans les lieux
09:39où ils ont vécu
09:40étant enfants
09:40et ils se rendent compte
09:42que ce sont peut-être
09:43les personnes
09:44qui ont vécu
09:45dans ces lieux
09:45qui font la richesse
09:47et non pas les lieux
09:48en eux-mêmes
09:49parce qu'on retrouve
09:50la poussière en vérité.
09:52En tout cas,
09:53merci Marina Yeloyan.
09:54C'est un très joli livre,
09:56ça s'appelle
09:56La petite pianiste
09:57d'Erevan
09:57et c'est paru
09:58chez Albin Michel.
09:58Merci beaucoup.
09:59Merci, merci Anne.
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