00:00Annalisa Kepelini, c'est notable, Vladimir Poutine a reconnu hier que la Russie avait des difficultés,
00:04difficultés sur les approvisionnements en pétrole, notamment à cause des frappes ukrainiennes,
00:09mais difficultés aussi en Crimée. Il y a un sujet particulier sur la Crimée.
00:14Oui, c'est en Crimée que tout se joue, et d'ailleurs quand il parle de difficultés d'approvisionnement,
00:18Poutine sur le pétrole, il en parle parce que ce sont les raffineries en Crimée qui sont particulièrement touchées.
00:23C'est assez paradoxal parce que la Crimée qui avait été annexée en 2014,
00:27était la conquête la plus stable finalement de la Russie.
00:30Eh bien, c'est en Crimée que la défaite de Moscou pourrait commencer.
00:34Pourquoi ? Parce que la Crimée, c'est le nouveau terrain où l'Ukraine applique sa stratégie,
00:38celle de frapper très directement les infrastructures pétrolières énergétiques
00:42avec une telle intensité que les autorités de la Crimée ont été obligées d'instaurer l'état d'urgence.
00:47Il y a des centaines d'attaques de drones par jour qui ont des effets très directs sur la population.
00:52On parle donc d'alerte aérienne évidemment très régulière, des blackouts, des difficultés d'approvisionnement.
00:57Il y a même des difficultés de circulation sur le pont de Kerch.
01:00C'est le seul pont qui relie la Crimée à la Russie continentale.
01:04Et en fait, isoler la Crimée, c'est bien sûr un des objectifs affichés de Kiev.
01:08Le ministre ukrainien de la Défense, Mikhailo Fedorov, dit que bientôt la Crimée sera une île.
01:13C'est en tout cas l'objectif de Kiev.
01:15Pour les Russes, l'enfer ne fait que commencer, je cite le ministre de la Défense.
01:19Des attaques ukrainiennes avec aussi un objectif, toucher la population civile.
01:23Exactement, pour l'impliquer dans le conflit.
01:25Parce que Vladimir Poutine, lui, a toujours essayé de protéger la population russe des conséquences très directes du conflit.
01:31Et bien là, pour les deux millions et demi d'habitants de la Crimée, la guerre commence à devenir très
01:35très concrète.
01:35Quand les commerçants sont obligés de baisser le rideau, quand il est très compliqué de retirer de l'argent, de
01:40faire de l'essence,
01:41et bien le quotidien n'est plus du tout le même.
01:44Évidemment, il y a un but du côté ukrainien, c'est aussi celui de créer une division au sein de
01:48la population,
01:49d'instiller le doute aussi chez la population de la Crimée.
01:52Est-ce que Poutine ne décidera pas finalement de sacrifier cette région-là ?
01:56Est-ce qu'il ne demande pas à cette partie de la population de payer un prix trop élevé ?
02:00Voilà, ce sont des divisions évidemment très dangereuses en temps de guerre.
02:03La Crimée, c'est un objectif géographique et symbolique.
02:07Exactement, géographique, pourquoi ? Parce qu'affaiblir la Crimée permet en fait d'affaiblir toute la partie sud de l
02:12'Ukraine
02:13qui est occupée par la Russie, donc les régions de Kherson, Zaporizhia notamment.
02:17Et bien dans toutes ces régions-là, les forces d'occupation russes reçoivent leurs équipements militaires à travers la Crimée.
02:23Et puis, il y a un côté symbolique très important, c'est une importance presque psychologique.
02:27En 2014, l'annexion s'était passée presque pacifiquement,
02:31donc c'était la consécration des ambitions impériales de Poutine qui considère encore aujourd'hui que la Crimée est la
02:36patrie.
02:37spirituelle de la nation russe et donc les difficultés de la Crimée aujourd'hui sont d'autant plus symboliques.
02:43Elles semblent aussi refléter les difficultés de Vladimir Poutine en Russie.
02:48Sa popularité est en baisse, même les sondages d'État le disent.
02:51Elle était à moins de 30% en avril, c'est le niveau le plus bas depuis 2022.
02:55L'économie russe, on le sait, commence à accuser le coût.
02:57Elle s'est contractée pour la première fois en trois ans au premier trimestre 2026,
03:02donc même le Kremlin doit commencer à avouer certaines faiblesses.
03:05Vous le voyez, les signaux faibles commencent à s'accumuler
03:08et c'est la Crimée qui est le meilleur baromètre pour évaluer finalement l'état de santé du pouvoir de
03:12Poutine.
03:13Parce que si Moscou ne parvient plus à garantir la sécurité de Sébastopol,
03:17eh bien c'est toute la promesse du régime qui s'effondre.
03:19Est-ce que ça veut dire qu'ils vont renégocier ?
03:21Peut-être, en tout cas on sent ces dernières semaines
03:24que Vladimir Poutine est un peu plus disposé à s'asseoir à la table des négociations avec les Européens.
03:30négocier ne veut pas dire forcément arriver à la fin du conflit.
03:32Merci beaucoup Anna-Lézac et Pellin.
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