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  • il y a 13 heures

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Transcription
00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:02Et place à votre signature Europe 1 du lundi. Bonjour Philippe Valle.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:08Dans les fracas des guerres et des périls qui menacent notre monde,
00:11vous avez choisi ce matin, alors qu'on est à une semaine des résultats du bac,
00:15de nous parler de l'orthographe.
00:16Oui, parce que, voyez-vous, je pense qu'il est de mon devoir de lanceur d'alerte de mettre en
00:21garde.
00:22La révolte gronde. Les syndicats d'enseignants ne sont pas contents.
00:26Ça c'est pas très nouveau, Philippe.
00:27Non, c'est vrai, c'est vrai. Il semblerait même que ce soit leur métier de n'être jamais contents.
00:32Les syndicats d'enseignants, censés représenter une profession
00:35qui transmet aux enfants le bonheur de savoir, la joie de comprendre, la passion de la science,
00:41offrent généralement l'image d'organismes renfroignés,
00:45ne sachant exprimer que des négations, des refus et des menaces.
00:49Et récemment, la bête s'est réveillée.
00:51Et pour quelle raison ?
00:52Parce que le ministre de l'éducation nationale, déjà précédé de la mauvaise réputation d'être très intelligent et très
01:00compétent,
01:01est coupable d'une faute.
01:02Il veut être utile.
01:04Et l'on sait à quel point ce genre d'initiative met en boule le corps enseignant.
01:08Édouard Jeffrey, puisqu'il faut l'appeler par son nom,
01:11a semé la terreur au SNES-FSU,
01:14en décidant qu'à partir de cette année, les notes des examens tiendraient compte de l'orthographe.
01:20Alors il semble que les profs aient renoncé à enseigner l'orthographe, Philippe.
01:23Oui, déjà parce qu'eux-mêmes ne la pratiquent qu'en amateurs.
01:26Aussitôt, les sociologues ont justifié ce renoncement.
01:31Enseigner l'orthographe ? Quel crime imbobinable !
01:33Sachez que l'orthographe est discriminatoire.
01:37Rappelons qu'une large part de notre sociologie consiste à considérer que la médiocrité est une victoire de l'égalité,
01:44donc un progrès social.
01:45Et voilà que notre ministre, ce pelé, ce galeux, ce baudet réactionnaire,
01:51signe sa condamnation en décidant que désormais,
01:54les examinateurs tiendront compte de la maîtrise de l'orthographe.
01:58Les syndicats indignés ont prévenu le ministre
02:01qu'il ne faudra pas qu'il vienne se plaindre s'il y a moins de reçus aux examens.
02:06Car ce qui compte, ce n'est pas le niveau réel des élèves,
02:09mais la gloriole d'un résultat qui ne correspond à aucune acquisition de compétence.
02:14Comme quoi, faute d'étudier Tartuffe, on l'a élu délégué syndical.
02:18Mais Philippe, pourquoi l'orthographe et la grammaire sont-elles importantes à vos yeux ?
02:22Parce qu'elles expriment des précisions et des nuances de pensée.
02:26Parce qu'on ne saurait comment faire vivre notre histoire sans nos conjugaisons du passé.
02:32Nos doutes et nos hypothèses sans le subjonctif et le conditionnel.
02:35Nos projets et nos désirs sans le futur.
02:38Parce que les mots et leur écriture sont une histoire qui s'appelle l'étymologie.
02:43Et qui est aussi passionnante que des énigmes policières.
02:46Parce que toutes ces merveilles grammaticales expriment et éclairent le chemin de notre liberté de penser et de vivre.
02:54Les écrivains vous diront que bien souvent, c'est en résolvant un problème grammatical qu'ils arrivent à l'idée
03:00claire.
03:00Et ce n'est pas au malheur des enfants que contribue l'amour de la langue.
03:05C'est à leur bonheur.
03:06Le mépris du langage et de sa science grammaticale, c'est le mépris de nous-mêmes.
03:11C'est, par démagogie, un suicide civilisationnel.
03:15Un suicide, vous y allez fort quand même, hein ?
03:16Pour vous convaincre, je voudrais vous citer deux dialogues.
03:20Le premier, je l'ai entendu dans ma rue.
03:23Wesh, mon reuf, t'as vu comment que tu me calls ?
03:25Je te call comme que je veux.
03:26Alors là, on entend deux prisonniers de leur misère lexicale.
03:30Le second dialogue, c'est celui que Jean de La Fontaine entretient avec nous, à travers les siècles,
03:36et que le ministre entend conserver à la portée de tous.
03:41Dans l'éloge de la volupté, on trouve ces quatre vers qui expriment notre liberté pourvu qu'on les comprenne
03:47et qu'on sache les écrire.
03:50J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, la ville et la campagne.
03:56Enfin, tout il n'est rien qui ne me soit souverain bien, jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.
04:03C'est si bien dit, en si peu de mots.
04:04Merci beaucoup, Philippe Valls, signature Europe 1.
04:07Bonne journée, Philippe.
04:08Merci.
04:09Dans un instant, sur Europe 1, vous retrouverez Pascal Praud et votre revue de presse Olivier Delagarde.
04:14A tout de suite, 8h43.
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