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  • il y a 11 heures
Le documentaire « Qui a volé le Boléro de Ravel ? » retraçe l'incroyable saga du Boléro, depuis sa création en 1928 jusqu'à son entrée dans le domaine public en France le 1er mai 2016. Cette enquête révèle le versant obscur d'une oeuvre devenue succès planétaire et objet de toutes les convoitises. Une histoire de droits d'auteur, de procès pour captation d'héritage, de lobbying, d'évasion fiscale et de procédures à répétition...
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Transcription
00:15D'abord la caisse claire, immuable, puis la flûte, comme un serpent des sables.
00:30La mélodie obsédante a fait le tour de la planète, traversant les époques et transcendant les modes, se métamorphosant sans
00:49cesse, on l'a emprunté.
01:03Remixer, danser, sampler, le monde entier s'en est emparé.
01:21Et puis, on l'a confisqué.
01:27En 1991, Frank Zappa apprend que sa variation jazz reggae du bolero de Ravel est interdite par les héritiers du
01:35compositeur.
01:36Au cœur de l'affaire, un testament.
01:41Objet de la plus farouche bataille de succession de l'histoire de la musique, le bolero est un trésor convoité.
01:49Il rapporterait chaque année près de 2 millions d'euros à ses heureux ayants droits.
01:56Mais qui sont les gardiens de la mémoire de Ravel ?
02:01Son frère cadet ?
02:03La masseuse et le chauffeur de ce dernier ?
02:06Son petit cousin tromboniste ?
02:10Ses éditeurs successifs ?
02:13Un ancien numéro 2 de l'Assasem ?
02:17Ou les artistes qui s'en sont inspirés ?
02:21Qui a volé le bolero de Ravel ?
02:26Mais revenons au début.
02:28Car l'histoire du bolero commence elle aussi par une interdiction.
02:3327 avril 1928.
02:35Le paquebot Paris entre dans le port du Havre.
02:38À son bord, Maurice Ravel revient d'une tournée triomphale aux Etats-Unis.
02:42Sur le quai, son frère Edouard est venu l'accueillir avec quelques amis.
02:47Ravel ignore alors qu'il va bientôt composer l'œuvre la plus jouée au monde et qu'il ne lui
02:53reste que 10 ans à vivre.
02:55De retour au Belvédère, sa maison de Montfort-la-Maurie, une lettre attend Maurice Ravel.
03:01« Cher maître, j'attendais votre retour avec une bien vive impatience. »
03:08La lettre est signée Ida Rubinstein.
03:12Ida est russe, danseuse et immensément riche.
03:16Elle commande aux plus grands compositeurs de l'époque des ballets sur mesure.
03:20Il a coutume de réserver l'Opéra Garnier plusieurs fois par an.
03:26Cette fois, Ida rêve d'un ballet d'inspiration espagnole.
03:31Ravel, lui, se verrait bien orchestrer Iberia, le chef-d'œuvre du compositeur Isaac Albénis.
03:39Mais Ravel, dans son enthousiasme, avait oublié un détail.
03:43Les droits d'Albénis ne sont pas libres.
03:48Ravel aurait rêvé d'orchestrer tout Iberia.
03:53Il n'a pas pu le faire parce que déjà, il y avait quelque chose en cours avec un Espagnol
03:57qui s'appelait Arbos, qui était un brillant chef d'orchestre.
04:01Maurice Ravel fulmine.
04:03« Ma saison est fichue. Ses lois sont idiotes. »
04:07Le ballet est programmé dans quelques semaines.
04:10Il s'est dit, je n'ai pas le temps, évidemment, d'écrire, de composer un nouveau ballet.
04:16Ravel se lance alors un défi.
04:18« Je lui écrirai un petit thème qui ne durera pas une minute, mais que je vais répéter jusqu'à
04:2518 minutes en comptant. »
04:35À Montfort-la-Maurie, Maurice Ravel travaille jour et nuit.
04:42« Des images s'imposent à lui. Il imagine une usine, quelque chose de mécanique, d'inéluctable. Un amoureux jaloux.
04:52Un meurtre comme dans Carmen, pourquoi pas ? »
04:55C'est une œuvre absolument géniale parce qu'elle est à la fois extrêmement technique, elle est d'une virtuosité
05:03d'écriture extraordinaire et puis elle est aussi une œuvre finalement très simple parce qu'il n'y a pas
05:11beaucoup de notes dans le boléro.
05:12Et la musique, c'est ça au fond, c'est d'arriver à avoir une virtuosité orchestrale, un miroitement orchestral
05:19et puis aussi en même temps faire cette œuvre que les gens reconnaissent à l'oreille.
05:23Parce qu'on a beau dire « la musique, c'est quoi ? » C'est quand on sort de
05:27la salle de concert, on chantonne encore l'œuvre qu'on vient d'entendre.
05:37Le 22 novembre 1928, la première du boléro est donnée à l'Opéra Garnier.
05:47Le succès est immédiat. La presse du lendemain évoque une ivresse vertigineuse, une incessante sorcellerie.
05:58La fièvre gagne Vienne, Milan, New York.
06:09C'est l'avènement du 78 tours. Sous la direction de Ravel, le boléro est une des premières œuvres à
06:17être gravée dans la cire.
06:20Et en fait, c'est à partir de ce moment-là que l'œuvre va réellement gagner en notoriété et
06:26se propager à travers la planète.
06:31Et le boléro de connaître ses premières métamorphoses.
06:36Une nouvelle chorégraphie à Chicago.
06:43Et à New York, une version Foxtrot.
06:52Un succès inattendu pour Maurice Ravel.
06:55Une manne miraculeuse pour René Domange, son éditeur.
07:00Avocat de formation, René Domange dirige les éditions Durand.
07:05Président de la chambre syndicale des éditeurs de musique, c'est un homme d'influence.
07:11Les circonstances commandent impérieusement de subordonner les intérêts particuliers à l'intérêt national.
07:17En pensant d'abord à la France, soyons unanimes à la vouloir libre, forte et respectée.
07:24Élu député conservateur de Paris,
07:27Domange ne tardera pas à s'illustrer par des positions radicales,
07:31dont il est peu probable que Ravel les eût partagées.
07:34Combien de fois les juifs, en arrivant le matin pour Malson,
07:38découpaient la bande d'abonnement du journal qu'ils lisait.
07:41Et il n'y avait pas de secret, en tout cas il n'en a pas fait pour moi,
07:44ils lisaient Le Populaire,
07:46qui était à cette époque vraiment un journal d'extrême gauche,
07:50pas seulement de gauche, n'est-ce pas ?
07:54Quelques temps plus tard, un accident bouleverse la vie du compositeur.
08:00Dans une lettre à son cousin suisse, Alfred Perrin, Ravel écrit
08:04« Il a suffi de ce stupide accident pour m'anéantir pendant trois mois. »
08:10En réalité, un mal plus profond paralyse progressivement la volonté de Maurice Ravel.
08:176 février 1934, c'est un jour d'émeute dans la capitale.
08:22Les ligues d'extrême droite descendent dans la rue.
08:26La manifestation dégénère.
08:2816 morts et des centaines de blessés.
08:32Le jour même, sur ordre de son médecin,
08:36Ravel quitte Paris pour la clinique Non-Repos en Suisse.
08:40Ravel sombre dans la maladie
08:41et la France dans le chaos.
08:46Domange se radicalise.
08:48Il devient un orateur prisé des milieux d'extrême droite.
08:55Cette année-là, Hollywood achète à prix d'or les droits du boléro.
09:03Tandis qu'avec le virtuose de l'harmonica Larry Adler,
09:07le boléro prend des airs de mélodie du faroest.
09:21Malgré les libertés prises avec son œuvre,
09:24Maurice Ravel autorisera le musicien à jouer le boléro à sa guise et gracieusement.
09:34C'est le début d'une gloire planétaire.
09:36Et pour Ravel, celui d'un long calvaire.
09:40Une maladie neurologique inconnue
09:42le prive inexorablement de la faculté de composer.
09:45Il travaillait dans sa chambre et il m'appelait.
09:49Alors je dis, Maurice, qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ?
09:51Il dit ça, qu'est-ce que c'est ?
09:53Il me montrait sur son...
09:54Alors je lui montrais, do, ré, mi.
09:58Maurice, c'est un mi.
10:01Do, ré, mi.
10:03Ça ne me dit rien du tout.
10:05Bientôt, Ravel n'est plus capable d'écrire,
10:09ni de signer de son nom.
10:11Et au moment de signer, comme ça,
10:14il me regarde un petit instant,
10:16il me dit, voulez-vous mépler mon nom ?
10:20Mais au fait, quel contrat Maurice Ravel a-t-il signé avec son éditeur René Demange ?
10:26Si vous regardez le contrat du Boléro, vous verrez qu'il n'y a rien.
10:31Il y a, je vends pour un prix donné.
10:33Donc c'est une cession totale.
10:34Je me dépouille de la totalité de mes droits, moyennant un prix forfaitaire de 20 000 francs.
10:39Et les droits, ça s'aime.
10:40Et c'est tout.
10:41Tout le reste de la limite.
10:43Alors que le cinéma et le disque naissant génèrent de nouvelles recettes,
10:47Maurice Ravel ne perçoit rien sur ses exploitations.
10:51L'éditeur avait tous les droits.
10:53Il n'avait même pas besoin de demander une autorisation à l'auteur
10:56pour faire quoi que ce soit.
10:58Il n'y avait pratiquement pas de droit moral non plus à l'époque.
11:01C'était la propriété comme si c'était un meuble.
11:07Maurice Ravel décline irrémédiablement.
11:11Il entre à la clinique Boileau pour une opération de la dernière chance.
11:15C'est un échec.
11:20Le compositeur meurt à 3h30 du matin, le 28 décembre 1937.
11:26L'inhumation de Maurice Ravel, alliée au cimetière de Levallois-Péret,
11:30représente...
11:31Le cortège est conduit par Édouard Ravel, inconsolable.
11:36Il se remettra difficilement de la mort de son frère.
11:40Mais, Maurice Ravel a-t-il laissé un testament ?
11:43Effectivement, Maurice Ravel n'a pas fait de testament.
11:45La maladie qu'il subissait inexorablement l'a empêché de penser à ce détail.
11:52Lui qui, toute sa vie, s'est désintéressé des questions matérielles.
11:55Et il a dû faire entière confiance à son frère Édouard Ravel pour la suite des choses.
12:02Édouard hérite du Belvédère et des droits d'auteur de son frère,
12:06qu'il percevra pendant une durée de 50 ans, comme le prévoit la loi de l'époque.
12:10Date d'entrée du Boléro dans le domaine public à ce stade de l'histoire,
12:151er janvier 1988.
12:22Soufflant d'outre-Atlantique,
12:24la clarinette de Benny Goodman offre l'un des premiers hommages du jazz au Boléro.
12:43Juin 1940, le drapeau nazi flotte sur Paris.
12:49René Domange, l'éditeur de Ravel, gagne en influence.
12:54Il est nommé par Pétain directeur du comité d'organisation des industries et commerces de la musique.
13:03Il déclare vouloir étendre les collaborations avec l'étranger.
13:07L'occasion lui en est offerte le 20 juin 1941.
13:11Ravel est à l'affiche du Palais de Chaillot.
13:15Le Boléro est joué devant une salle comble.
13:18Il devient l'ambassadeur involontaire des ambitions de René Domange.
13:24Le joug des lois raciales s'est abattu sur la France et sur le monde des arts.
13:30Des œuvres sont interdites à la radio.
13:33Des listes sont constituées.
13:35Des avoirs mis sous séquestre.
13:38Lorsqu'en 1941, j'ai été frappé par les lois du gouvernement de Vichy, son frère Édouard a pu, à
13:48juste titre, écrire au maréchal Pétain pour lui dire
13:50« Monsieur le maréchal, si mon frère Maurice vivait aujourd'hui à cause de ce que vous faites à son
13:56élève, Manuel Rosenthal, et à bien d'autres, il vous rendrait sa nationalité française. »
14:03Les éditions Enoch, éditeurs de la première œuvre de Ravel, sont victimes de l'arianisation économique et doivent céder leur
14:11maison d'édition.
14:12« Personne n'a rien fait. Mon grand-père était administrateur de la SACEM. Il avait la Légion d'honneur.
14:23Personne n'a rien fait pour eux. »
14:25Le 17 novembre 1941, une circulaire est envoyée à tous les membres de la SACEM.
14:32Elle précise « Toute fausse déclaration d'arianité pourrait entraîner l'internement dans un camp de concentration. »
14:40La circulaire est signée Jean-Jacques Lemoyne, un personnage secret qui fera parler de lui.
14:51Fuyant les lois raciales, Aré Ventura embarque avec ses musiciens, direction Rio.
14:57Parmi eux, le jeune Henri Salvador. Avec eux, le boléro prend des accents swing.
15:15Un mois et deux jours avant le débarquement allié, le boléro est dirigé par Karajan au Théâtre des Champs-Elysées.
15:21C'est la dernière fois qu'il est représenté devant un parterre d'officiers allemands.
15:25« C'était à nouveau Paris, le vrai, l'éternel Paris reconquille. »
15:32La libération met fin aux activités politiques de René Domange.
15:36L'éditeur de Ravel est inculpé pour atteinte à la sûreté de l'État et intelligence avec l'ennemi.
15:42Mais faute de preuves irréfutables, le dossier est refermé deux ans plus tard.
15:50Il continue à arborer la rosette de la Légion d'honneur qui lui a été décernée en 1928.
16:02Les auditeurs de Paris Inter découvrent le Parti d'Henri, une parodie politique de Pierre Dac et Francis Blanche.
16:10« Le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le
16:19parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti, le parti. »
16:22À Saint-Jean-Luz, Édouard coule une paisible retraite.
16:26Il a 70 ans, il n'a pas d'enfant.
16:29À qui transmettre le patrimoine du compositeur ?
16:32Il rêve d'une fondation, d'un prix Ravel, il hésite.
16:38Septembre 1951.
16:40À l'Assemblée nationale, on décide de réparer le manque à gagner causé aux auteurs par les années de guerre.
16:46« Les conflits armés perturbaient tellement la vie de la nation
16:51qu'à ce moment-là, le droit pour chacun de bénéficier de la protection de son droit d'auteur était
16:57interrompu.
16:58Donc on rétablissait au fond la continuité en ajoutant des années. »
17:01« Donc on fixe des dates artificielles qui ne correspondent ni aux dates de l'armistice,
17:07ni aux dates de traité de paix, ni même aux dates des grands traités internationaux
17:11qui calculent ce qu'on appelle les dommages de guerre. »
17:13« Donc on a fixé, on va dire arbitrairement, mais après d'âpres négociations, à 8 ans et 120 jours.
17:18»
17:18La date d'entrée du boléro dans le domaine public est reportée au 1er mai 1996.
17:27Et le boléro devient mambo avec le Joe Roland Quintet, son vibraphone et ses congasses.
17:45Le boléro est une source de devises inépuisables.
17:48À la SACEM, Édouard Ravel est un invité de marque.
17:54À l'aube de ses trente glorieuses, tout sourit aux ayants droits de Ravel.
17:59Mais un après-midi de 1954, un motard imprudent va bouleverser ce bel ordre des choses.
18:08En un coup de volant, la vie d'Édouard et de son épouse bascule.
18:12Grièvement blessés, ils font appel à une jeune infirmière.
18:16« Le Ravel, il voulait que je lui fasse des massages, ça ne me plaisait pas ça.
18:21Moi je suis infirmière, je vais vous envoyer une masseuse. »
18:24Je faisais mon travail et puis c'est tout.
18:26Puis j'ai envoyé Madame Taverne, lui faire les massages.
18:32Jeanne Taverne est masseuse, mais aussi vendeuse de canaries et fabricante de boutons.
18:39Son mari Alexandre, ancien mineur et ex-cafetier, vient d'ouvrir un salon de coiffure.
18:44Le couple vivote, l'occasion est trop belle.
18:47Jeanne devient masseuse à domicile, Alexandre chauffeur particulier.
18:53Angèle, l'épouse d'Édouard, décède des séquelles de l'accident.
18:58Le concierge de la Villa Mayadza écrit.
19:02« Après le décès de Madame Ravel, Monsieur Taverne est rentré seul
19:06et m'a déclaré que dorénavant, c'était eux qui s'occupaient de tout à la Villa. »
19:13Un ami médecin y passe quelques jours de vacances.
19:16Il s'inquiète pour Édouard et prend des notes.
19:20« À ses yeux, à son maintien, je conclue rapidement qu'il se trouvait sous l'effet de la morphine.
19:27»
19:28Six mois après la mort de son épouse, Édouard vend la Villa Mayadza au couple Taverne.
19:34La transaction est conclue pour 5 millions de francs, hors la vue du notaire.
19:40« Avec quel argent il y aura, je dis ? »
19:43« C'est clair que c'est une donation déguisée, hein. Pas plus, tout simplement. »
19:49L'année suivante, Jeanne Taverne, la masseuse attitrée d'Édouard,
19:53obtient procuration sur son compte bancaire.
19:55Mais aussi pour pouvoir consulter bien d'autres chiffres.
19:59« J'ai rencontré Mme Taverne. Elle est venue à la SACEM au service juridique,
20:03comme faisaient les gens qui venaient des renseignements,
20:06avec une procuration d'Édouard, Ravel, dans laquelle il disait
20:10« Voulez-vous avoir l'obligence de communiquer à Mme Taverne
20:14les chiffres de droit d'auteur de Maurice Ravel ? »
20:17Mais que se passe-t-il réellement entre les murs de la Villa Mayadza ?
20:21Édouard a-t-il perdu son libre arbitre ?
20:23Comme semblent le redouter ses proches ?
20:27À Paris, René Demange, l'éditeur de Ravel,
20:33s'inquiète de l'influence grandissante de Jeanne Taverne.
20:38Un gala est donné à l'Opéra Garnier
20:40pour le 20e anniversaire de la mort de Maurice Ravel.
20:43Édouard, son frère, en est l'invité d'honneur.
20:47Ce soir-là, il s'engage à léguer 80% de ses droits à la ville de Paris.
20:54Trois jours plus tard, la promesse de donation est signée dans le cabinet du préfet.
21:01Mais revenu à Saint-Jean-de-Luz, Édouard se ravise.
21:05Celui-ci fait savoir à René Demange qu'il compte faire de Jeanne Taverne sa légataire universel.
21:14Et Édouard Ravel avertit.
21:16Il porte plainte pour captation d'héritage.
21:20Demange réplique.
21:21Vous êtes fort heureusement en pleine possession de vos facultés.
21:24La promesse de donation n'est donc pas susceptible d'être considérée comme entachée d'un vice de consentement.
21:29Si vous passez devant le notaire, votre donation est valable.
21:32Si vous ne passez pas devant le notaire, il n'y a pas de donation.
21:34Donc la promesse de donation, c'est du vent.
21:36Ça ne sert à rien.
21:38Ça n'existe pas.
21:40Donc Demange était, je répète, il était absolument à côté de la règle de droit.
21:47René Demange regrettera amèrement ses propos.
21:52Édouard, accompagné des époux Taverne, débarque à Paris, au siège des éditions Durand.
21:57Pour la première fois depuis 20 ans, il exige les contrats et les comptes.
22:03Le lendemain, Édouard lègue l'intégralité de sa fortune et des droits de Maurice Ravel à Jeanne Taverne, sa masseuse.
22:15Deux ans plus tard, Jeanne Taverne engage une procédure de divorce à l'encontre d'Alexandre.
22:21Les relations du couple s'étaient-elles à ce point dégradées ?
22:25Il n'y a pas eu de mis-entente entre son mari et elle.
22:29Ce n'est pas vrai, ça.
22:30Ils s'entendaient très bien.
22:32C'est un divorce fictif.
22:34C'est une fiction.
22:37La véritable raison est à chercher ailleurs.
22:41Dans le montant astronomique des droits de succession que Jeanne pourrait avoir à payer.
22:45Et il y a une solution pour y échapper.
22:49Épouser Édouard.
22:51Mais Édouard Ravel, le futur marié, décède huit jours avant les noces.
23:01Sur les ondes et sur les tépases de la génération yéyée, Gilbert Becaud court-circuit le boléro et maintenant s
23:08'envole au huit de parade.
23:09Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps que sera ma vie ?
23:23A Biarritz, les divorcés tavernes s'unissent à nouveau, pour le meilleur et pour le pire.
23:31Aux éditions Durand, Dommange réalise qu'il a beaucoup à perdre.
23:35Il y a désormais urgence.
23:37Il faut retrouver les héritiers naturels.
23:39On se souvient que Maurice Ravel avait un cousin violoniste en Suisse.
23:45La radio suisse romande est contactée.
23:48Début janvier, un descendant est identifié.
23:51Il s'agit de Marc Perrin.
23:52Il est tromboniste à l'Orchestre de Suisse Romande.
23:56D'ailleurs, le trombone de Marc Perrin lui a été offert, à l'occasion de ses 15 ans, par Maurice
24:04et Édouard Ravel.
24:07En avril 1961, à Bayonne, les petits cousins de Ravel portent plainte pour captation d'héritage.
24:15Ils soutiennent que le testament a été obtenu à l'aide de violences et de manœuvres de losive.
24:21Est-ce que le testament remplissait la condition de validité numéro un,
24:25celle du fait que la personne soit capable juridiquement,
24:28donc être, la possession de ses moyens intellectuels ?
24:31Donc ça, c'est une preuve très difficile à rapporter.
24:33M. Taverne, vous êtes millionnaire, pourtant vous n'avez jamais connu le compositeur.
24:38Alors comment êtes-vous devenu son héritier ?
24:40C'est-à-dire, nous sommes devenus les amis de M. Édouard Ravel.
24:47Le frère ?
24:47Le frère de Maurice Ravel.
24:50Et quelque temps après sa mort, là, la grosse surprise,
24:53il faisait de vous son héritier, donc également l'héritier de Maurice Ravel.
24:58Voilà. Par testament.
25:02Jeanne Taverne n'assistera pas au procès.
25:05Elle décède le 12 avril 1964.
25:08La presse s'intéresse à l'affaire.
25:10Pour la première fois, des chiffres sont avancés.
25:13Pour la seule année précédant son décès,
25:16Jeanne Taverne aurait touché 250 millions de francs,
25:20dont 92 rien que pour le boléro.
25:22L'affaire est plaidée devant le tribunal de grande instance de Bayonne.
25:28C'est le début d'une bataille judiciaire qui durera 10 ans.
25:34M. Taverne, cet héritage est maintenant contesté,
25:38contesté par les neveux de Ravel.
25:41Que se passe-t-il alors exactement ?
25:42Écoutez, je n'ai jamais appris de la bouche d'Édouard Ravel
25:46qu'il n'avait aucun descendant.
25:50Il ne m'a jamais parlé ni de cousin, ni de cousine,
25:53ni de frère, ni de sœur.
25:55Et pourtant, ses neveux se sont manifestés pour ce jugement.
25:58La chose est possible ?
26:00Moi, je l'ignore.
26:02L'avocat des cousins de Ravel évoque une manipulation diabolique.
26:07Un vieillard livré tout entier à une maîtresse-femme
26:10et à son mari devenu chauffeur.
26:12Et il brandit le faire-part du décès d'Édouard
26:15survenu Villa Mayadza, chez M. et Mme Taverne.
26:19Les divorcés faisaient toujours toi commun.
26:22C'est bien la preuve que ce divorce était fictif.
26:25Les avocats de la Défense affirment avec force
26:28qu'Édouard Ravel jouissait de toutes ses capacités intellectuelles
26:31et qu'il a librement rédigé son testament.
26:35Est-ce que le testament était valable ou pas ?
26:37C'est tout.
26:38Donc tout le reste, c'est de la littérature.
26:41Et ils exhument la lettre envoyée par René Domange à Édouard,
26:45sept ans plus tôt.
26:46Domange n'y écrivait-il pas lui-même
26:48qu'Édouard avait toute sa tête ?
26:51Une erreur extraordinaire.
26:54C'est presque la faute majeure du dossier.
26:57C'est la faute majeure.
26:59Pour les juges, Édouard était saint d'esprit
27:01et la preuve que le testament lui aurait été extorqué
27:04n'a pas été apportée.
27:06Les cousins d'Édouard sont déboutés.
27:09À Saint-Jean-de-Luz, l'affaire fait grand bruit.
27:13Il y avait beaucoup de rumeurs.
27:16Comment n'y aurait-il pas de rumeurs
27:18quand vous voyez des millions qui passent,
27:22effectivement, des gens qui se marient,
27:25qui divorcent, qui se remarient ?
27:27Comment voulez-vous que ça n'alimente pas quelques rumeurs, ça ?
27:32Depuis combien d'années, M. Taverne, touchez-vous les droits d'auteur de Maurice Ravel ?
27:37Depuis la mort de M. Ravel.
27:39C'est-à-dire en 1960.
27:41Cela vous rapporte énormément d'argent ?
27:44Ça me rapporte de l'argent.
27:46Mais le plus gros bénéficiaire, croyez-moi, c'est le fisc.
27:48100 millions, disent certains.
27:50100 millions par an.
27:51Comment voulez-vous savoir ?
27:53Aujourd'hui, le Ravel se joue.
27:57Mais le lendemain, il ne se joue plus.
28:00Il avait de l'argent plus qu'il ne pouvait en dépenser, etc.
28:03Ce qu'il n'avait pas réussi à obtenir, c'est la respectabilité.
28:09L'ex-coiffeur devenu millionnaire éveille l'intérêt du maire.
28:14Infatigable mondain, celui-ci rêve pour sa ville d'une manifestation prestigieuse.
28:19L'académie Ravel voit le jour.
28:22Alexandre Taverne, le donateur, pourrait bien en tirer profit.
28:26D'une certaine manière, ça influencerait favorablement le tribunal
28:30si on pouvait dire qu'Alexandre Taverne fait quelque chose pour la mémoire du compositeur.
28:36Janvier 1968.
28:38Cours d'appel de peau.
28:40Pour les avocats de Marc Perrin,
28:42il faut prouver que Jeanne Taverne prodiguait des soins à Edouard Ravel.
28:46Mais pour les juges, la preuve n'a pas été apportée
28:49que Jeanne se soit livrée à l'exercice illégal de la médecine.
28:54Edouard était saint de corps et d'esprit.
28:57Et le testament est valable.
28:59Les Perrin se pourvoient en cassation.
29:04Neuf ans après leur première plainte,
29:06les petits cousins de Maurice Ravel sont définitivement déboutés.
29:12Alexandre Taverne empoche 36 millions de francs lourds,
29:15s'offre une villa de rêve sur les hauteurs de Biarritz,
29:18des chevaux de course,
29:20et officialise son idylle avec Georgette Lerga,
29:23coiffeuse tout comme lui.
29:25Avec le recul, pensez-vous mériter cet héritage ?
29:32Certainement.
29:41Cette année-là,
29:42le boléro entre en fusion sous les riffs assassins
29:45du groupe de hard rock américain James Gang.
29:48Le titre, The Bomber.
29:59Mais on avertit le groupe.
30:01Une plainte a été engagée.
30:03Le titre est interdit.
30:04Il doit être retiré des bacs.
30:06Le signal est clair.
30:08Ne reprendra plus le boléro qui veut.
30:11Car dans l'ombre,
30:12un homme est à la manœuvre.
30:14Il s'agit de l'ancien numéro de De La Sassème,
30:17un certain Jean-Jacques Lemoyne.
30:20Le dossier Ravel,
30:22il connaît parfaitement.
30:23Il vient de démissionner
30:25et fort opportunément
30:27est devenu conseil d'Alexandre Taverne.
30:31Et Jean-Jacques Lemoyne vient de découvrir
30:33que René Dommange a commis une énorme négligence.
30:37Faute d'avoir renouvelé les contrats en temps utile,
30:40l'éditeur de Ravel a perdu tous les droits
30:42du compositeur aux Etats-Unis et en Angleterre.
30:46Je savais qu'en Angleterre,
30:4925 ans après la mort de l'auteur,
30:51les droits faisaient retour à la succession,
30:53ce que personne ne savait ici en France.
30:55Évidemment, les éditeurs n'allaient pas le dire.
30:57Ils se croyaient invulnérables.
31:00Avec le moine,
31:01on a rencontré Taverne.
31:03Le moine partait de la Sassème,
31:05donc il avait le droit de faire des choses
31:06qu'il n'avait pas le droit de faire avant.
31:07Et on est arrivés chez Dommange,
31:09on a dit, monsieur,
31:10vous avez perdu les droits pour l'Angleterre.
31:12Ravel est mort depuis plus de 25 ans,
31:13c'est fini pour rouler en Angleterre.
31:16Puis vous avez perdu les droits pour les Etats-Unis.
31:19Et vous les avez touchés indument
31:21depuis pas mal de temps déjà.
31:22Il va falloir les payer.
31:24C'est dur.
31:25Il a contraint, en fait,
31:27les éditions Durand
31:28à faire une transaction avec lui.
31:31On a signé,
31:32il s'est trouvé dans le tribunal de Paris.
31:35Bon, il est venu à table.
31:36Et cette transaction a fait
31:39qu'ils ont fondé
31:40une société d'édition musicale
31:42qui s'appelle Arima,
31:43qui a obtenu la moitié
31:44des droits d'auteur éditoriaux
31:47de Ravel.
31:50Donc ils ont eu la moitié
31:52avec Durand.
31:54Parallèlement,
31:55un accord secret est signé.
31:57Le 26 septembre 1972,
32:00devant le consul des Etats-Unis à Bordeaux,
32:03Alexandre Taverne
32:04transfère officiellement
32:06pour 10 dollars
32:06tous les droits de Maurice Ravel
32:08qu'il détient
32:09à la société Arima Corp.
32:11Que vient de créer
32:13Jean-Jacques Lemoyne.
32:14Ensuite,
32:15il a fallu faire en sorte
32:16que ces droits d'auteur
32:17ne soient pas imposés fiscalement
32:19en France.
32:20La société Arima
32:21est domiciliée
32:22sous une latitude
32:23fiscalement favorable,
32:25à Porte-Villa,
32:26aux Nouvelles-Hébrides.
32:28C'est le premier acte
32:29d'une entreprise
32:30de dissimulation méticuleuse.
32:32Alexandre Taverne,
32:33l'un des hommes
32:34les plus riches de France,
32:35celui qui a défrayé
32:36la chronique
32:36et décédé.
32:37Alexandre Taverne,
32:38c'est notamment
32:39le bénéficiaire
32:40des fabuleux droits d'auteur
32:41de Maurice Ravel.
32:42Quand Alexandre Taverne
32:43quitte ce monde,
32:44Georgette, sa veuve,
32:45quitte la France.
32:47La nouvelle héritière
32:48s'installe en Suisse,
32:49à Kstatt,
32:50la station de ski
32:51de la Jet Set.
32:55C'est l'âge d'or
32:56de la disco.
32:57Le boléro s'aventure
32:59à son tour
32:59sous les boules à facettes
33:01avec une version
33:02signée Walter Murphy.
33:15René Domange,
33:16l'éditeur du boléro,
33:18disparaît à son tour.
33:19Mais qui va lui succéder
33:20à la tête des éditions Durand ?
33:22Et où va l'argent
33:23du boléro ?
33:24Car une nouvelle société
33:25Arima vient d'être créée
33:27par Jean-Jacques Lemoyne,
33:29cette fois-ci à Gibraltar.
33:31Lemoyne était un fanatique
33:32des histoires de fiscalité.
33:34Il n'aimait pas payer
33:35des impôts,
33:35donc il ne tréchait pas.
33:37Mais vous savez bien
33:39qu'il suffit de bien
33:41se localiser
33:41pour payer vos impôts.
33:42C'est tout.
33:44Ce n'est pas très difficile.
33:48Jean-Jacques Lemoyne
33:49brouille les pistes.
33:51disséminant les filiales
33:52à travers le monde.
33:55Multipliant les alliances.
33:58Se dissimulant derrière
33:59les prêtements
34:00et les sociétés par avant,
34:02dans un gigantesque
34:03tour de passe-passe.
34:05On passe d'une société
34:07à une autre,
34:07à une autre,
34:08et c'est ça la transparence.
34:13Mais pourquoi la SACEM
34:14a-t-elle accepté
34:15de reverser les droits
34:16de Maurice Ravel
34:17à des sociétés
34:18basées dans des paradis fiscaux ?
34:22J'ai entendu parler
34:23de ces paradis fiscaux,
34:26mais bon,
34:27apparemment,
34:27on en prenait acte.
34:29Est-ce que ça voulait dire
34:30que c'était irrégulier
34:31ou tout à fait légal
34:34ou conforme au statut ?
34:36C'était une entorse,
34:37mais je pense que
34:39ce qu'on peut dire,
34:40c'est qu'il fallait mieux
34:43accepter
34:43que pour la SACEM
34:45perdre absolument
34:46tous les droits de Ravel.
34:49Parce que c'était
34:50des sommes considérables.
34:52Si ça a été mis en place,
34:53je ne pense pas
34:54que ce soit par une
34:56distorsion des textes.
34:57Je ne pense pas
34:58qu'on se soit prêté.
35:00Ça paraît de là aussi étonnant,
35:01oui.
35:091979,
35:11le danseur George Donne
35:12transfigure le boléro.
35:14Torse nu,
35:15paume dehors,
35:16il en fait une parade d'amour,
35:18comme un défi à la mort.
35:26Claude Lelouch en fait
35:27le fil rouge
35:28de son nouveau film.
35:29Pour les uns et les autres,
35:30ils s'offrent la tour Eiffel,
35:33le gratin du cinéma français
35:34et international,
35:36Maurice Béjar
35:37et le boléro.
35:40À l'époque,
35:42quand j'en ai parlé
35:42aux ayants droit,
35:45eux,
35:46ils viennent en me disant
35:47le boléro va vous apporter
35:48beaucoup de choses,
35:49ils avaient raison,
35:50ils nous ont fait payer
35:51le prix,
35:52ils ne s'étaient pas donnés.
35:53On était vraiment
35:54dans une histoire de chiffres.
35:56Comme dans un divorce,
35:58il faut trouver le chiffre.
36:00Le film fait plus
36:01de 3 millions d'entrées,
36:033 disques d'or
36:04couronnent la béo.
36:06C'est alors
36:07qu'entre en scène
36:08un certain
36:09Jean-Manuel de Scarano.
36:12Producteur du groupe
36:13Santa Esmeralda,
36:14il vient de faire
36:15un tube mondial
36:16avec une chanson
36:17de Nina Simone.
36:19Il a de l'argent
36:20à investir,
36:21il rachète
36:22les éditions du rang
36:23et son prestigieux catalogue
36:25et devient vice-président
36:26de la chambre syndicale
36:27des éditeurs de musique.
36:29Il s'y révèle
36:30un habile lobbyiste.
36:33C'est une personne
36:34qui a beaucoup
36:35peu vrai
36:35pour les éditeurs
36:38et aussi
36:39pour sa maison d'édition.
36:41Scarano s'inquiète.
36:43Il ne reste plus
36:44qu'une dizaine d'années
36:45avant que le boléro
36:46n'entre dans le domaine public
36:47et que la source
36:49miraculeuse
36:49ne se tarisse.
36:53Jack Land,
36:54le ministre de la Culture,
36:55prépare une loi
36:56sur le droit d'auteur.
36:58Cette loi de 1985
37:00avait un objet
37:01plus général
37:02de protection
37:04des droits
37:05des auteurs,
37:07des producteurs,
37:08de l'ensemble
37:09de ceux
37:10qui contribuent
37:11à la naissance
37:12et à la diffusion
37:12d'une œuvre de l'esprit.
37:14L'entreprise
37:15est vaste
37:16et ambitieuse.
37:17Jean-Manuel de Scarano
37:18y voit une opportunité
37:19inespérée
37:20pour défendre
37:21ses intérêts.
37:23Lors des auditions
37:25devant les deux chambres,
37:26le nouvel éditeur
37:27de Ravel
37:28dresse un tableau sombre,
37:30une concurrence
37:31internationale sévère
37:32et des investissements
37:33lourds.
37:35Graver des planches
37:36à musique
37:36serait devenu
37:37hors de portée ?
37:38Je me souviens
37:39qu'il pleurait
37:40en disant
37:41ça coûte très cher
37:42de faire des partitions
37:43et on n'en vend
37:43pas beaucoup.
37:45Ceux qui ont
37:46les plus fortes
37:47raisons économiques
37:48ce sont les experts
37:49extérieurs au Parlement
37:51et extérieurs au Sénat.
37:52Ce sont les lobbyistes,
37:54les représentants
37:54des maisons d'édition,
37:56les représentants
37:56de la CSM,
37:57de la SACD.
37:58Ce sont ces gens-là
37:59qui finalement
37:59ont la main
38:01sur l'avancée
38:02des textes législatifs.
38:04Pour l'éditeur
38:05du Boléro,
38:05c'est une question
38:06de survie.
38:07Il demande
38:08un allongement
38:09de 20 ans
38:09de la protection
38:10du droit d'auteur
38:11pour les seules
38:12oeuvres musicales.
38:14Vous vous retrouvez
38:15assez vite
38:15dans une espèce
38:16d'ambiance de club.
38:17C'est-à-dire
38:17que dans chacune
38:18des assemblées,
38:19vous avez
38:20entre 5 et 15 personnes
38:22qui connaissent
38:23vraiment le sujet
38:24et qui ont décidé
38:24de s'investir
38:25dans le débat.
38:28Nous étions
38:28quelques-uns
38:29comme cela
38:30à l'Assemblée
38:31et il y avait
38:31aussi quelques collègues
38:32au Sénat
38:34qui pour certains
38:35étaient eux-mêmes
38:36avocats
38:37ou qui pour certains
38:38étaient eux-mêmes
38:39des auteurs.
38:39Il y avait
38:40Edgar Faure
38:41par exemple.
38:43Edgar Faure,
38:45un allié
38:46de poids
38:46que Jean-Manuel
38:47de Scarano
38:47a su gagner
38:48à sa cause.
38:50L'ancien ministre
38:51plaide en faveur
38:52des éditeurs
38:53de musique.
38:55Sa faconde
38:56achève
38:56de convaincre
38:57l'hémicycle.
38:59Le Sénat
39:00accorde
39:01aux œuvres musicales
39:02une protection
39:03de 70 ans.
39:05Le 3 juillet 1985,
39:07la nouvelle loi
39:08sur les droits
39:09d'auteurs
39:09et les droits
39:10voisins
39:10est adoptée.
39:11Les œuvres
39:12littéraires
39:12et picturales
39:13restent protégées
39:1450 ans.
39:15Les œuvres musicales,
39:17elles,
39:1720 ans de plus.
39:19Date d'entrée
39:20prévue du Boléro
39:21dans le domaine public,
39:221er mai 2016.
39:24C'est un lobby
39:25énorme
39:26quand on parle
39:26du Boléro
39:27de Ravel.
39:28Le fait
39:28de prolonger
39:29de 20 ans
39:30a permis
39:32à tous ceux
39:33qui exploitent
39:34tel filon
39:34d'empocher
39:35300 millions
39:36de francs.
39:36Chaque année
39:37qui passe
39:37est une année
39:38de jackpot.
39:42Outre-Atlantique,
39:43quelqu'un
39:44ignore tout
39:44de la nouvelle loi.
39:46L'iconoclaste
39:47Mister Zappa
39:48entame
39:49sa dernière tournée.
39:59Un big bang
40:00de 12 musiciens
40:01reprend le Boléro
40:02dans un cocktail
40:03inspiré de jazz
40:04et de reggae.
40:10Mais en 1991,
40:12sur une radio britannique...
40:14On a trouvé
40:15que le Boléro
40:17est un domaine public
40:18dans le Royaume-Uni.
40:20Mais pour le reste
40:20du monde,
40:21il ne sera pas un domaine
40:22jusqu'à l'année 2003.
40:24ou quelque chose comme ça.
40:26L'album
40:27The Best Band
40:28You'll Never Heard
40:29In Your Life
40:29est interdit
40:31par les ayants droit
40:31de Ravel.
40:33Zappa doit retirer
40:34des bacs
40:35sa version sacrilège.
40:38Zappa aimait Ravel.
40:39Ravel aimait le jazz.
40:42Pourquoi donc
40:42avoir interdit
40:43cet hommage
40:44au crescendo
40:44le plus célèbre du monde ?
40:48Ravel courait
40:49les boîtes de nuit
40:50pour entendre
40:50le dernier
40:52orchestre de jazz
40:53et dans nos musiques
40:55nous les empruntions
40:58même ces rythmes
40:59qu'on venait d'entendre
41:01avec plus ou moins
41:02de bonheur
41:02mais enfin on le faisait.
41:03Au nom de quoi
41:04quelqu'un
41:05qui a des très lointains
41:08rapports
41:09avec un auteur,
41:12un écrivain,
41:13un compositeur
41:14pourrait-il
41:15exercer
41:16un droit moral
41:17qui pourrait
41:19l'autoriser
41:20à empêcher,
41:22à censurer,
41:23à bloquer.
41:26En 1992,
41:28on apprend
41:29que le manuscrit
41:29original du Bolero
41:31vient d'être retrouvé
41:33et qu'une vente
41:34aux enchères
41:35se prépare.
41:36Une pétition
41:37est adressée
41:37au ministre de la Culture
41:38par une délégation
41:40du monde musical.
41:41Le manuscrit
41:42ne peut quitter
41:43la France.
41:45La partition
41:46originale
41:47du Bolero
41:47est mise
41:48aux enchères
41:48à Drou.
41:50Nous vendons
41:51maintenant
41:52le manuscrit
41:52du Bolero
41:53au crayon
41:5431 pages.
41:56C'est la toute
41:58première esquisse
41:59du Bolero
41:59et nous commençons
42:01à 1 200 000 francs.
42:031 200 000 francs.
42:041 300 000.
42:051 350 000.
42:071 400 000.
42:091 450 000.
42:111 800 000.
42:14Couvre-t-on
42:14l'enchère
42:15de 1 800 000
42:16pour le Bolero.
42:18J'adule.
42:181 800 000.
42:19Sous la préserve
42:20du droit de préemption
42:21de la Bibliothèque nationale.
42:24Usant de son droit
42:25de préemption,
42:27l'État achète
42:28le précieux manuscrit
42:291 800 000 francs
42:31pour le compte
42:32de la BNF.
42:33Le manuscrit
42:34est maintenant
42:34propriété de l'État.
42:36Mais nul
42:37ne peut reproduire
42:38le précieux document
42:39sans l'accord
42:40des héritiers.
42:41Les demandes
42:42ne sont pas
42:42si nombreuses
42:43que ça
42:44parce qu'on sait
42:46pour parler
42:47un peu vulgairement
42:47que Ravel
42:48c'est un sac de nœuds.
42:49Cette année-là,
42:51le Bolero
42:51est selon la SACEM
42:53l'œuvre française
42:54la plus exportée
42:55dans le monde
42:56et le Bolero
42:57de se transformer
42:58en Ortegno.
43:00Un mélange
43:01de cumbia
43:01et de polka
43:02du nord du Mexique,
43:04Los Barones
43:05de Apodaca.
43:14Sous-titrage Société Radio-Canada
43:38Comme le Bolero,
43:41l'insaisissable
43:42que Jean-Jacques Lemoyne
43:43change d'air.
43:46Il a demandé
43:47l'abandon
43:47de sa nationalité française.
43:51Devenu citoyen helvétique,
43:53il quitte la Suisse
43:54et s'installe à Monaco
43:55où il sait gagner
43:57les faveurs
43:57du maître des lieux.
44:00Il offre au prince Régnier
44:02une page manuscrite
44:04du Bolero.
44:07Et il continue
44:08d'étendre
44:09son réseau international
44:10de sociétés offshore.
44:15Toute cette affaire
44:16n'est que remplie
44:17d'abus,
44:19de contournements
44:20de la loi française
44:21par le droit anglo-saxon,
44:23de rachats
44:24de maisons d'édition
44:24ou de parts, etc.
44:25On ne s'y retrouve
44:26plus du tout.
44:27Je me défie
44:28n'importe qui
44:29de pouvoir
44:29me dire précisément
44:31qui avait vraiment
44:33les droits
44:33sur les œuvres
44:34de Maurice Ravel.
44:37Janvier 1998.
44:40Alors que Jean-Jacques Lemoyne,
44:42le coéditeur du Bolero,
44:43multiplie à travers
44:44le monde
44:44les sociétés écrans,
44:46la France lève
44:47peu à peu le voile
44:48sur les zones d'ombre
44:49de son passé.
44:51Lionel Jospin
44:52a reçu aujourd'hui
44:53le premier rapport
44:54d'étape
44:54de la mission Matteoli
44:55chargée d'établir
44:56l'ampleur de la spoliation
44:57dont les Juifs de France
44:58ont été victimes
44:59durant la Seconde Guerre mondiale.
45:01Un an plus tard,
45:02le scandale éclate
45:03et claboussant
45:05la SACEM.
45:06Car la circulaire
45:07envoyée en 1941
45:08par la SACEM
45:09à tous ses sociétaires
45:10vient d'être retrouvée
45:12aux archives nationales.
45:14Elle a été rédigée
45:16par le chef de service
45:17du contentieux
45:18de l'époque,
45:19Jean-Jacques Lemoyne.
45:22Sur ordre de Vichy,
45:23les droits
45:24des sociétaires juifs
45:25seront désormais versés
45:26sur des comptes
45:27provisoirement bloqués
45:28aux mains de la SACEM.
45:30puis versés
45:31à la Caisse des dépôts
45:32et consignations.
45:35Problème,
45:36celle-ci n'en retrouve pas trace.
45:39La commission Matteoli
45:40est saisie du dossier
45:41et la SACEM
45:42contrainte
45:43d'ouvrir ses archives.
45:45Après six mois d'enquête,
45:47les conclusions sont rendues.
45:50Malheureusement,
45:51les lacunes
45:51des archives de la SACEM
45:52rendent impossible
45:53toute vérification.
45:55Aucun document
45:56ne permet d'attester
45:57que ces sommes
45:58ont bien été versées.
45:59Les reçus signés
46:00contre paiement
46:01n'ont pas été conservés.
46:04Étrangement,
46:05alors qu'il était
46:06un témoin de premier plan,
46:08jamais Jean-Jacques Lemoyne
46:10ne sera entendu
46:10par la commission.
46:13Il avait une connaissance
46:14absolument de tous les dossiers
46:15et il devait savoir
46:17beaucoup de choses
46:17sur tout le monde.
46:19C'était quelqu'un
46:20qui œuvrait un peu en coulisses,
46:23qui tirait des ficelles
46:24à mon avis.
46:24Et si tout était lié,
46:27silence contre silence,
46:29la confidentialité
46:31contre l'oubli du passé.
46:43Au même moment,
46:45au Comore,
46:46le chanteur Asmosa
46:47célèbre à sa manière
46:48la mémoire de Ravel.
46:50Mais le reggae man
46:51reçoit une mise en garde.
46:55Nous nous opposons formellement
46:57à ce qu'une quelconque modification
47:00dans l'orchestration,
47:01le genre,
47:02la destination
47:03ou l'instrumentation
47:04soit apportée
47:05à l'œuvre
47:06Bolero de Maurice Ravel.
47:08La lettre est signée
47:10Jean-Manuel Descarano.
47:11Celui qui a bâti sa fortune
47:13sur une reprise disco
47:14d'un blues de Nina Simone
47:15censurent le Bolero reggae
47:17d'Asmosa.
47:23À quelques mois d'intervalle,
47:26deux enquêtes du Point,
47:27puis du Guardian,
47:28révèlent que l'argent du Bolero
47:30circule à l'ombre
47:31des paradis fiscaux.
47:33Basée à Gibraltar
47:34depuis 25 ans,
47:36la société Arima
47:37disparaît
47:37des écrans radars.
47:39Elle est dissoute
47:40un an à peine
47:41après l'apparition
47:42des articles.
47:44Mais entre-temps,
47:46la loi
47:47a de nouveau changé.
47:49Quelques années auparavant,
47:50à Bruxelles,
47:52une directive européenne
47:53a étendu
47:53la durée de protection
47:54des œuvres de l'esprit
47:56à 70 ans
47:57et dans tous les pays
47:58de l'Union.
47:59Les manques de bol
48:01au ministère de la Culture,
48:02on oublie
48:02dans ce texte
48:04sur le droit d'auteur,
48:04la loi,
48:05qu'il existe
48:06des prorogations de guerre.
48:07Et on vote
48:08sans difficulté
48:1070 ans.
48:11Évidemment,
48:12ça suscitera
48:13des contentieux.
48:14Février 2007,
48:16les éditions Asan
48:17ont reproduit
48:18sans autorisation
48:19des tableaux
48:19de Claude Monet,
48:20les Nymphéas.
48:22La société des auteurs
48:24des arts graphiques
48:25et plastiques attaque
48:26pour elle,
48:27pas de doute.
48:28Monet bénéficie
48:29des prorogations de guerre
48:30et celle-ci s'ajoute
48:32à la nouvelle durée
48:33de 70 ans.
48:36Le débat divise
48:37les juristes,
48:38la cour de cassation
48:39tranche.
48:40Ce sera 70 ans.
48:43Monet entre officiellement
48:44dans le domaine public.
48:46L'arrêt de la cour
48:47de cassation
48:47dans l'affaire Monet
48:48ne pourrait-il pas
48:49faire jurisprudence ?
48:52Et le boléro
48:53comme les Nymphéas
48:54entrer plus tôt
48:55que prévu
48:55dans le domaine public ?
48:59Mais l'assassème
49:00n'en démord pas.
49:01Le boléro
49:02n'entrera dans le domaine
49:03public
49:03que le 1er mai 2016.
49:07Moi, je pense
49:08qu'à partir du moment
49:09où les grandes œuvres
49:12rentrent vraiment
49:13dans la cervelle
49:14des gens,
49:15quelque part,
49:16c'est eux
49:17qui les possèdent.
49:19En 2009,
49:21Jean-Jacques Lemoyne
49:22meurt dans sa
49:22centième année
49:23à Monaco.
49:24À qui a-t-il
49:25légué sa fortune ?
49:27Mystère.
49:29Un concert est donné
49:30en son honneur
49:31au Palais Princier.
49:32Albert Ier
49:33lui rend hommage
49:34et salue
49:35son action exemplaire
49:36pour la défense
49:36du droit d'auteur
49:37dans le monde.
49:39On appréciera.
49:44Arima est maintenant
49:45domiciliée à Monaco.
49:47C'est une société
49:48civile particulière,
49:50garantissant l'anonymat
49:51et non soumise à l'impôt.
49:56Axtad,
49:57l'héritière de Maurice Ravel,
49:59Georgette Tavene,
50:00s'éteint.
50:02Evelyne, sa fille,
50:03hérite à son tour
50:03des droits du boléro.
50:06Exposition universelle
50:07de Shanghai.
50:09Cette fois-ci,
50:10ce sont des naos
50:10qui dansent le boléro.
50:12Des robots humanoïdes
50:13programmables
50:14et synchronisés.
50:16Ravel,
50:16qui aimait les automates,
50:18aurait sûrement apprécié.
50:33Le boléro est entré
50:35dans le domaine public
50:35le 1er mai 2016.
50:38C'est le public
50:39qui a fait le succès
50:40du boléro.
50:40Donc c'est normal
50:41que le public
50:42récupère ce succès.
50:44Partout dans le monde ?
50:46Pas tout à fait.
50:47Aux Etats-Unis,
50:48il faudra encore
50:49attendre jusqu'en 2025.
50:51Mais qu'aurait pensé
50:53Maurice Ravel
50:53de ce que l'on a fait
50:54de son œuvre ?
50:56Prenez un modèle,
50:58imitez-le.
50:59Si vous avez
51:00quelque chose à dire,
51:02votre personnalité
51:03ne paraîtra jamais mieux
51:04que dans votre
51:05inconsciente infidélité.
51:07dans le monde.
51:37Sous-titrage
52:07...
52:38...
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53:10...
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