00:00Dans tous les pays où il y a un état de droit, eh bien, toute peine doit pouvoir être placée
00:07en recours.
00:08Voilà, et alors j'ajoute, pour qu'on me comprenne bien, que je suis donc partisan du fait qu'on
00:13ne lui applique pas immédiatement,
00:14et sans voie de recours, l'inéligibilité, et après, que le jugement s'applique si les juges décident de l
00:20'appliquer,
00:20et elle fera les commentaires, et moi aussi, que j'estimerai nécessairement.
00:30Les faits ayant été établis par l'enquête de la police, le travail des procureurs, le travail des juges d
00:35'instruction,
00:36puis le tribunal de première instance, et un rapport à la vérité légèrement distendue,
00:41la vérité factuelle de la part des mises en cause, il y a eu les condamnations qu'on sait,
00:46notamment celles de prison, d'amende.
00:484 ans de prison, 2 ans de ferme, et 5 ans d'inéligibilité avec application immédiate.
00:52Voilà, qu'on appelle l'exécution provisoire dans le débat public,
00:56l'inéligibilité avec effet immédiat pour un homme ou une femme politique,
01:01c'est l'équivalent de l'interdiction d'exercer pour quiconque,
01:05n'importe quel justiciable en France, utilise son métier ou sa fonction pour commettre un délit.
01:11Un commissaire aux comptes qui truque les comptes d'une entreprise,
01:15il peut avoir une interdiction d'exercer avec effet immédiat.
01:18Un pharmacien qui détourne des médicaments, il peut avoir une interdiction d'exercer avec effet immédiat.
01:25Comme élu, ce n'est pas un métier en tant que tel,
01:28le législateur, pas les juges, le législateur a créé l'inéligibilité.
01:32Oui, alors justement, ça a provoqué un scandale absolu,
01:36notamment évidemment dans les rangs de l'extrême droite, mais pas que.
01:39On a Jean-Luc Mélenchon qui a dit que la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple.
01:43C'est entendu, ce n'est pas au juge de dire si on peut se présenter à la présidentielle et
01:46la vraie sanction, elle est démocratique.
01:48Est-ce que cette peine pour toi, elle fait sens ou est-ce que vraiment c'est un procès politique
01:51?
01:51Tu as commencé à répondre un petit peu.
01:53Et comment on contre-carte ce narratif-là ?
01:56Mais en fait, la justice, c'est la démocratie.
01:59Ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon comme d'autres,
02:01ce n'est évidemment pas le seul dans le spectre politique,
02:04c'est de considérer que la démocratie, ça n'est que l'élection.
02:07Qu'il y aurait une sorte d'onction du suffrage populaire
02:12qui serait en réalité une sorte de barrière d'immunité, un totem d'immunité,
02:16alors que je crois qu'on nous a appris depuis Montesquieu
02:19et son texte fondateur de l'esprit des lois,
02:23que pour éviter les abus du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.
02:27Et donc l'autorité judiciaire est un pouvoir qui peut arrêter en démocratie et en république.
02:33On s'est construit sur l'idée du contrôle.
02:35C'est ça la démocratie, c'est le contrôle, la séparation des pouvoirs.
02:38Ce n'est pas la liberté donnée à chaque pouvoir de faire ce qu'il veut
02:41et n'importe quoi dans son coin,
02:43sans que les autres, qui seraient des sortes de silos à côté,
02:47ne puissent pas interagir avec les pouvoirs.
02:49On va dire que la justice fait appliquer des lois qui ont été votées
02:51par le pouvoir exécutif et le législatif.
02:53C'est le deuxième point, c'est que les magistrats et les magistrates,
02:57ils sont les relais de la souveraineté populaire.
03:00Les lois qu'ils appliquent, ce n'est pas eux qui les décident,
03:03c'est précisément les parlementaires, les législateurs, le gouvernement.
03:08Donc on est dans une situation complètement dingue et affront conversé
03:12où on donne des armes à des gens de loi, en l'occurrence ici des juges,
03:17pour leur dire, il y a de la délinquance qui est très grave,
03:21voici des instruments pour lutter contre.
03:23Et quand on les utilise, on dit, mais vous êtes fous,
03:26c'est la République des juges, pour qui vous vous prenez ?
03:28Il n'y a que le peuple.
03:29Mais non, il y a aussi la loi.
03:30Et donc, cette idée-là, selon laquelle il n'y a que le suffrage universel
03:36qui pourrait détricoter le suffrage universel,
03:40c'est en réalité une sorte de discours d'un cartel de l'impunité
03:43qui est malheureusement assez partagé dans une partie du spectre politique
03:48qui voudrait créer une espèce d'extraterritorialité des élus
03:52qui serait moins égaux devant la loi que n'importe qui.
03:55Parce qu'encore une fois, n'importe qui utilise dans ce pays sa fonction ou ce métier
04:00pour commettre un délit ou évidemment pire, un crime,
04:04peut être interdit d'exercer et perd son métier.
04:07Et donc, je ne vois pas l'argument démocratique qui peut être mis en avant
04:15à part demander que nous, on n'est pas comme les autres.
04:19Alors que précisément, je crois que les élus, c'est une prolongation de nous-mêmes.
04:22Ils ne sont pas vraiment eux, ils sont nous, ils sont notre vote.
04:27Mais notre vote, c'est aussi les lois et c'est aussi respecter les lois telles qu'elles sont.
04:32Alors on parle quand même de, on l'a dit, 4,4 millions d'euros qui sont détournés,
04:35c'est de l'argent public, c'est notre argent à nous toutes et tous.
04:38Comment expliquer que ça prenne aussi peu dans l'opinion publique ce genre d'affaires ?
04:41Est-ce que la responsabilité est uniquement médiatique ?
04:44Est-ce que finalement on a accepté qu'on vivait dans une république bananière ?
04:47Non, je ne crois pas du tout.
04:49Mais bien sûr, je crois qu'il y a une responsabilité médiatique
04:52et notamment audiovisuelle considérable dans la façon de ne pas regarder
04:57ces affaires d'atteinte à la probité.
05:02Les atteintes à la probité, c'est un univers très particulier
05:05du fonctionnement du monde de la justice.
05:08Il y a 7 délits au total qui forment ce qu'on appelle les atteintes à la probité.
05:12La probité, c'est respecter les lois, les valeurs éthiques
05:18qui sont inscrites dans les règlements et la loi,
05:21notamment quand on est un élu, mais pas que, un chef d'entreprise
05:23ou n'importe qui dans la société.
05:28Et la justice qui s'occupe de lutter contre les atteintes à la probité,
05:31par exemple la justice anticorruption,
05:35précisément, elle s'attaque à une forme d'ordre établie.
05:37Parce que, par nature, la corruption, on pourrait dire que c'est la rencontre
05:41du pouvoir, de l'argent et des privilèges.
05:44Donc il y a assez peu de corruption chez les sans-abri.
05:46Donc, par nécessité, les gens mis en cause dans ce type d'affaires
05:50sont des gens puissants.
05:51Ce sont des gens qui ont des relais politiques,
05:53qui ont des relais financiers et qui ont des relais médiatiques,
05:56a fortiori dans une ultra-concentration de l'information en France,
06:00et qui, quand ils sont mis en cause,
06:02et coquetterie, ce sont souvent les mêmes qui vous demandent
06:05toute la journée, sur tous les plateaux de télé,
06:07la tolérance zéro, qu'on soit impitoyable
06:09avec la délinquance de droit commun.
06:11Mais quand on parle de la délinquance de leur milieu,
06:14ce dont on parle avec les atteintes à la probité,
06:17eh bien, on vit un peu comme dans la série Stranger Things,
06:19dans un monde inversé, l'upside-on,
06:22où c'est là le monde où il y a les monstres.
06:24Et en fait, ils peuvent, eux, contrairement à toi, moi,
06:26ou n'importe qui, aller à la télé
06:28pour dire que le problème dans l'affaire,
06:30ce ne sont pas les faits qu'on leur reproche,
06:32ce ne sont pas eux, évidemment,
06:34ce sont les juges, c'est la police,
06:36c'est ceux qui sont chargés d'appliquer la loi,
06:38qui seraient forcément mûs par des intérêts occultes,
06:40qui seraient forcément des militants contre leur camp.
06:43Et d'ailleurs, chaque couleur politique
06:45dit que les juges, ils sont...
06:47En fait, c'est des juges rouges,
06:48mais en fait, non, c'est des juges de droite,
06:49en fait, non, c'est des juges d'extrême droite.
06:51Alors, bien sûr, il ne s'agit pas d'idéaliser
06:53et de sanctuariser comme une figure sacrée
06:58les magistrats en tant que tels.
06:59Bien sûr que des magistrats, des magistrates
07:01peuvent faire des erreurs
07:03ou se retrouver eux-mêmes
07:05dans des affaires d'atteinte à la probité.
07:07Et il y en a un qui devrait le savoir mieux que quiconque,
07:09c'est l'ancien président de la République
07:11qui est quand même abonné
07:13aux tribunaux judiciaires en France,
07:14c'est Nicolas Sarkozy,
07:15puisque dans l'un des dossiers
07:16pour lesquels il a été définitivement condamné
07:18pour corruption,
07:19l'affaire Dieter Pismuth,
07:20l'un de ses co-condamnés,
07:22c'est un magistrat.
07:25Gilbert Azibert,
07:26un haut magistrat de la cour de cassation.
07:27Dans ce dossier, Nicolas Sarkozy est le corrupteur
07:29et le magistrat est le corrompu.
07:31Donc oui, parfois les magistrats
07:33peuvent faire n'importe quoi
07:34et un Nicolas Sarkozy
07:35qui tape souvent sur les juges
07:37en sait quelque chose.
Commentaires