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Il y a un an, les juges condamnaient Marine Le Pen à une peine d'inéligibilité avec exécution immédiate. Jean-Luc Mélenchon, diamétralement opposé au Rassemblement National, défendait néanmoins la principale intéressée en dénonçant les peines avec application immédiate. Fabrice Arfi, journaliste d'investigation, explique pourquoi c'est une vision erronée de la démocratie selon lui.

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Sources
Vert https://www.youtube.com/watch?v=YtVJ-qeEfUY
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Réponses au quiz de fin :

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Que nous a appris Montesquieu dans le texte fondateur "de l'Esprit des lois" ?
Pour éviter les abus de pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.

Combien de délits forment les atteintes à la probité ?
7.

Qui est Gilbert Azibert ?
Un magistrat qui a été corrompu par Nicolas Sarkozy, condamné dans l'affaire Bismuth.

#arfi #politique #mélenchon #lepen #LFI #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Dans tous les pays où il y a un état de droit, eh bien, toute peine doit pouvoir être placée
00:07en recours.
00:08Voilà, et alors j'ajoute, pour qu'on me comprenne bien, que je suis donc partisan du fait qu'on
00:13ne lui applique pas immédiatement,
00:14et sans voie de recours, l'inéligibilité, et après, que le jugement s'applique si les juges décident de l
00:20'appliquer,
00:20et elle fera les commentaires, et moi aussi, que j'estimerai nécessairement.
00:30Les faits ayant été établis par l'enquête de la police, le travail des procureurs, le travail des juges d
00:35'instruction,
00:36puis le tribunal de première instance, et un rapport à la vérité légèrement distendue,
00:41la vérité factuelle de la part des mises en cause, il y a eu les condamnations qu'on sait,
00:46notamment celles de prison, d'amende.
00:484 ans de prison, 2 ans de ferme, et 5 ans d'inéligibilité avec application immédiate.
00:52Voilà, qu'on appelle l'exécution provisoire dans le débat public,
00:56l'inéligibilité avec effet immédiat pour un homme ou une femme politique,
01:01c'est l'équivalent de l'interdiction d'exercer pour quiconque,
01:05n'importe quel justiciable en France, utilise son métier ou sa fonction pour commettre un délit.
01:11Un commissaire aux comptes qui truque les comptes d'une entreprise,
01:15il peut avoir une interdiction d'exercer avec effet immédiat.
01:18Un pharmacien qui détourne des médicaments, il peut avoir une interdiction d'exercer avec effet immédiat.
01:25Comme élu, ce n'est pas un métier en tant que tel,
01:28le législateur, pas les juges, le législateur a créé l'inéligibilité.
01:32Oui, alors justement, ça a provoqué un scandale absolu,
01:36notamment évidemment dans les rangs de l'extrême droite, mais pas que.
01:39On a Jean-Luc Mélenchon qui a dit que la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple.
01:43C'est entendu, ce n'est pas au juge de dire si on peut se présenter à la présidentielle et
01:46la vraie sanction, elle est démocratique.
01:48Est-ce que cette peine pour toi, elle fait sens ou est-ce que vraiment c'est un procès politique
01:51?
01:51Tu as commencé à répondre un petit peu.
01:53Et comment on contre-carte ce narratif-là ?
01:56Mais en fait, la justice, c'est la démocratie.
01:59Ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon comme d'autres,
02:01ce n'est évidemment pas le seul dans le spectre politique,
02:04c'est de considérer que la démocratie, ça n'est que l'élection.
02:07Qu'il y aurait une sorte d'onction du suffrage populaire
02:12qui serait en réalité une sorte de barrière d'immunité, un totem d'immunité,
02:16alors que je crois qu'on nous a appris depuis Montesquieu
02:19et son texte fondateur de l'esprit des lois,
02:23que pour éviter les abus du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir.
02:27Et donc l'autorité judiciaire est un pouvoir qui peut arrêter en démocratie et en république.
02:33On s'est construit sur l'idée du contrôle.
02:35C'est ça la démocratie, c'est le contrôle, la séparation des pouvoirs.
02:38Ce n'est pas la liberté donnée à chaque pouvoir de faire ce qu'il veut
02:41et n'importe quoi dans son coin,
02:43sans que les autres, qui seraient des sortes de silos à côté,
02:47ne puissent pas interagir avec les pouvoirs.
02:49On va dire que la justice fait appliquer des lois qui ont été votées
02:51par le pouvoir exécutif et le législatif.
02:53C'est le deuxième point, c'est que les magistrats et les magistrates,
02:57ils sont les relais de la souveraineté populaire.
03:00Les lois qu'ils appliquent, ce n'est pas eux qui les décident,
03:03c'est précisément les parlementaires, les législateurs, le gouvernement.
03:08Donc on est dans une situation complètement dingue et affront conversé
03:12où on donne des armes à des gens de loi, en l'occurrence ici des juges,
03:17pour leur dire, il y a de la délinquance qui est très grave,
03:21voici des instruments pour lutter contre.
03:23Et quand on les utilise, on dit, mais vous êtes fous,
03:26c'est la République des juges, pour qui vous vous prenez ?
03:28Il n'y a que le peuple.
03:29Mais non, il y a aussi la loi.
03:30Et donc, cette idée-là, selon laquelle il n'y a que le suffrage universel
03:36qui pourrait détricoter le suffrage universel,
03:40c'est en réalité une sorte de discours d'un cartel de l'impunité
03:43qui est malheureusement assez partagé dans une partie du spectre politique
03:48qui voudrait créer une espèce d'extraterritorialité des élus
03:52qui serait moins égaux devant la loi que n'importe qui.
03:55Parce qu'encore une fois, n'importe qui utilise dans ce pays sa fonction ou ce métier
04:00pour commettre un délit ou évidemment pire, un crime,
04:04peut être interdit d'exercer et perd son métier.
04:07Et donc, je ne vois pas l'argument démocratique qui peut être mis en avant
04:15à part demander que nous, on n'est pas comme les autres.
04:19Alors que précisément, je crois que les élus, c'est une prolongation de nous-mêmes.
04:22Ils ne sont pas vraiment eux, ils sont nous, ils sont notre vote.
04:27Mais notre vote, c'est aussi les lois et c'est aussi respecter les lois telles qu'elles sont.
04:32Alors on parle quand même de, on l'a dit, 4,4 millions d'euros qui sont détournés,
04:35c'est de l'argent public, c'est notre argent à nous toutes et tous.
04:38Comment expliquer que ça prenne aussi peu dans l'opinion publique ce genre d'affaires ?
04:41Est-ce que la responsabilité est uniquement médiatique ?
04:44Est-ce que finalement on a accepté qu'on vivait dans une république bananière ?
04:47Non, je ne crois pas du tout.
04:49Mais bien sûr, je crois qu'il y a une responsabilité médiatique
04:52et notamment audiovisuelle considérable dans la façon de ne pas regarder
04:57ces affaires d'atteinte à la probité.
05:02Les atteintes à la probité, c'est un univers très particulier
05:05du fonctionnement du monde de la justice.
05:08Il y a 7 délits au total qui forment ce qu'on appelle les atteintes à la probité.
05:12La probité, c'est respecter les lois, les valeurs éthiques
05:18qui sont inscrites dans les règlements et la loi,
05:21notamment quand on est un élu, mais pas que, un chef d'entreprise
05:23ou n'importe qui dans la société.
05:28Et la justice qui s'occupe de lutter contre les atteintes à la probité,
05:31par exemple la justice anticorruption,
05:35précisément, elle s'attaque à une forme d'ordre établie.
05:37Parce que, par nature, la corruption, on pourrait dire que c'est la rencontre
05:41du pouvoir, de l'argent et des privilèges.
05:44Donc il y a assez peu de corruption chez les sans-abri.
05:46Donc, par nécessité, les gens mis en cause dans ce type d'affaires
05:50sont des gens puissants.
05:51Ce sont des gens qui ont des relais politiques,
05:53qui ont des relais financiers et qui ont des relais médiatiques,
05:56a fortiori dans une ultra-concentration de l'information en France,
06:00et qui, quand ils sont mis en cause,
06:02et coquetterie, ce sont souvent les mêmes qui vous demandent
06:05toute la journée, sur tous les plateaux de télé,
06:07la tolérance zéro, qu'on soit impitoyable
06:09avec la délinquance de droit commun.
06:11Mais quand on parle de la délinquance de leur milieu,
06:14ce dont on parle avec les atteintes à la probité,
06:17eh bien, on vit un peu comme dans la série Stranger Things,
06:19dans un monde inversé, l'upside-on,
06:22où c'est là le monde où il y a les monstres.
06:24Et en fait, ils peuvent, eux, contrairement à toi, moi,
06:26ou n'importe qui, aller à la télé
06:28pour dire que le problème dans l'affaire,
06:30ce ne sont pas les faits qu'on leur reproche,
06:32ce ne sont pas eux, évidemment,
06:34ce sont les juges, c'est la police,
06:36c'est ceux qui sont chargés d'appliquer la loi,
06:38qui seraient forcément mûs par des intérêts occultes,
06:40qui seraient forcément des militants contre leur camp.
06:43Et d'ailleurs, chaque couleur politique
06:45dit que les juges, ils sont...
06:47En fait, c'est des juges rouges,
06:48mais en fait, non, c'est des juges de droite,
06:49en fait, non, c'est des juges d'extrême droite.
06:51Alors, bien sûr, il ne s'agit pas d'idéaliser
06:53et de sanctuariser comme une figure sacrée
06:58les magistrats en tant que tels.
06:59Bien sûr que des magistrats, des magistrates
07:01peuvent faire des erreurs
07:03ou se retrouver eux-mêmes
07:05dans des affaires d'atteinte à la probité.
07:07Et il y en a un qui devrait le savoir mieux que quiconque,
07:09c'est l'ancien président de la République
07:11qui est quand même abonné
07:13aux tribunaux judiciaires en France,
07:14c'est Nicolas Sarkozy,
07:15puisque dans l'un des dossiers
07:16pour lesquels il a été définitivement condamné
07:18pour corruption,
07:19l'affaire Dieter Pismuth,
07:20l'un de ses co-condamnés,
07:22c'est un magistrat.
07:25Gilbert Azibert,
07:26un haut magistrat de la cour de cassation.
07:27Dans ce dossier, Nicolas Sarkozy est le corrupteur
07:29et le magistrat est le corrompu.
07:31Donc oui, parfois les magistrats
07:33peuvent faire n'importe quoi
07:34et un Nicolas Sarkozy
07:35qui tape souvent sur les juges
07:37en sait quelque chose.
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