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  • il y a 8 heures
Christine Kelly revient, de 11h30 à 13h, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00Europe 1, Christine Kelly.
00:02Merci de nous rejoindre à 12h16 sur Europe 1.
00:04Vous écoutez Christine Kelly et vous,
00:06vous intervenez, vous échangez
00:08avec notre invitée exceptionnelle
00:10au 01 80 20 30 9 21.
00:12Chère Christine, puisque nous recevons
00:13aujourd'hui Boilem Sansal
00:15pour son livre La Légende, paru aux
00:18éditions Grasset. Il est 12h16
00:20sur Europe 1, c'est un vrai plaisir
00:21de recevoir Boilem Sansal. Nos chroniqueurs
00:23se battent pour vous interroger Boilem Sansal.
00:25Mais c'est vrai qu'ils ne sont pas contents
00:27parce que je suis en train de les chronométrer
00:29sauf qu'on a envie d'entendre Boilem Sansal.
00:31C'est ça, c'est lui qu'on veut entendre.
00:34Mais Michel Fayad, vous avez
00:36largement le droit de poser
00:37des questions juste avant page
00:4023 du livre de Boilem Sansal.
00:42Page 23, La Légende
00:44chez Grasset. Comment nommer les choses
00:46sans trembler ?
00:47La prison m'a appris que les nommés
00:50pouvaient les rendre plus effroyables
00:51et ajouter à notre malheur.
00:54Michel Fayad sur Europe 1.
00:55Oui, moi je voulais dire, vous avez opposé
00:57Boilem, l'homme privé. Sansal,
00:59l'écrivain public. Et Sandbouh,
01:02sa troisième voie née dans l'étau.
01:03Comment cette troisième voie a-t-elle influencé
01:05la façon dont vous avez écrit ce livre ?
01:08Est-elle encore présente aujourd'hui
01:11que vous êtes libre ?
01:14Écrire, c'est une alchimie.
01:16Je crois que vous avez tous d'ailleurs écrit
01:17des livres et vous savez très bien que
01:22si on essaie d'écrire un livre
01:25de manière intelligente,
01:27on va produire quelque chose d'abominable.
01:30Il faut laisser parler
01:31ses sentiments, mais ses sentiments,
01:33ils sont où ? On ne sait pas.
01:36Donc il faut chercher,
01:37il faut attendre, se mettre dans une
01:40condition
01:41qui fait que certains mots sortent.
01:45notre organisme est plein
01:47de mécanismes de défense
01:49et de fermeture.
01:50On se protège.
01:51Dès qu'il y a un bruit, on fait ça.
01:53Et la pensée, c'est pareil.
01:54Dès que la pensée est libre,
01:56s'approche de vous,
01:57votre cerveau, il fait ça,
01:58il ne veut pas.
01:58Non.
01:59Intéressant.
02:00On a peur de la liberté.
02:02Il n'y a rien de plus
02:03terrifiant que ça.
02:04Incroyable.
02:05Pourquoi on a peur de la liberté ?
02:06Boilem Sansal,
02:07pourquoi on a peur de la liberté ?
02:08Parce que l'être humain
02:12est pris dans un espace physique.
02:15Je suis dans mon corps.
02:16Tout ce qui est en dehors de mon corps
02:17me fait peur ou peut me gêner,
02:20peut me déranger pour me faire mal.
02:22Pour la pensée, c'est pareil.
02:24Je suis dans ma pensée.
02:25À partir du moment où elle entre,
02:28on contacte avec d'autres pensées,
02:31ça peut faire des étincelles,
02:33ça peut s'accrocher, évidemment,
02:35une relation d'amour, par exemple.
02:38Mais quand on l'écrit,
02:40on est dans une situation particulière.
02:47On peut écrire ce que l'on veut.
02:49Mais à un moment donné,
02:50on se dit quand même,
02:50le livre va m'échapper.
02:52C'est comme votre fils,
02:53un jour, il va vous quitter.
02:55Il va partir.
02:56Comment il va être reçu ?
02:57Je sais que ça, c'est insultant.
02:59Je sais que ça, c'est truc.
03:01Je sais ce que ça va représenter.
03:03Et c'est très, très difficile.
03:05Bon, à l'absence de l'assurance Europe 1,
03:06Michel Fayad.
03:07Oui, le livre est traversé
03:08par l'épisode Retailleau.
03:10Vous étiez à son congrès
03:11il y a quelques jours.
03:13Et l'espoir qu'il représentait
03:14pour les détenus de Coléa.
03:16Quel regard portez-vous aujourd'hui
03:18sur le rôle de la politique française,
03:19droite, gauche, exécutif,
03:21dans votre dossier
03:22et sur ce que cela révèle
03:24des rapports France-Algérie ?
03:26La politique,
03:28c'est un grand mystère, la politique.
03:33Mon cher Boilem,
03:34devant le micro,
03:35on a envie de vous entendre.
03:40C'est la construction même
03:42de l'État.
03:46La politique,
03:47c'est la façon
03:48d'un peuple
03:51de vivre
03:52et de construire son environnement.
03:55C'est par la politique.
03:57Il n'y a pas d'autres moyens.
04:00Et tout à l'heure,
04:00comme je le disais,
04:01il y a l'individu et l'institution.
04:04À l'échelle de l'individu,
04:06on a beaucoup de possibilités
04:08pour se définir sa propre politique,
04:12éditoriale, littéraire, etc.
04:15Et encore,
04:15il faut confronter ça avec les autres.
04:17Ça peut devenir aussi très difficile.
04:19Mais les institutions,
04:20c'est des énormes...
04:21Vous savez dans la mer,
04:23les grands bateaux,
04:25comment on les appelle ça ?
04:26Les tanqueurs.
04:27Les tanqueurs.
04:28Et ils sont tellement grands
04:30que pour tourner,
04:31il lui faut à peu près
04:3240 à 50 kilomètres.
04:34Parce que s'ils tournent
04:35trop vite,
04:36ils se brisent en deux.
04:37Les institutions,
04:38c'est pareil.
04:39Nous, on est très flexibles.
04:40Si Christine me le permettait,
04:43je ne vais pas faire un saut comme ça.
04:45Je vais retomber sur mes pieds.
04:47Mais un État, non.
04:49Tout le drame est là.
04:51C'est que nous voulons...
04:52Notre façon de dater les choses
04:53par rapport à l'institution,
04:55complètement...
04:56L'État travaille sur 50 ans.
04:58Et nous, c'est 5 minutes.
05:00Et c'est toute la difficulté.
05:02Et la littérature, c'est pareil.
05:06Est-ce que...
05:07Je ne sais pas.
05:08Pensez-y un petit moment.
05:10Les idées sur lesquelles
05:11nous vivons aujourd'hui
05:13datent de trois siècles.
05:14Nous vivons sur le passé.
05:16C'est les idées de Voltaire,
05:17de Rousseau,
05:18pour que le discours individuel
05:23atteigne
05:26le peuple en tant qu'institution.
05:28Il faut trois siècles.
05:31Voilà.
05:33Et si on n'arrive pas
05:35à réguler cette chose-là,
05:37on crée des catastrophes.
05:38Si on va plus vite que la musique,
05:40on a des catastrophes.
05:41Boilem Sansal,
05:42en direct sur Europe 1, page 22.
05:44Mon proncet a duré 5 minutes.
05:47Vous parliez du temps.
05:4950 prisons fermes,
05:50une amende faramineuse,
05:52500 000 pesos,
05:54l'opprobe nationale,
05:56la saisie de nos biens personnels,
05:58la déchéance de nationalité
05:59et l'expulsion express du pays.
06:02Et je n'avais rien dit,
06:03rien fait,
06:05sinon me parler à moi-même,
06:06à bâton rompu,
06:07sans malice aucune.
06:09J'aimerais revenir peut-être
06:10sur ce moment de reconstruction
06:12avant de revenir dans un instant
06:14sur la liberté d'expression,
06:16mais aussi sur l'état de la France.
06:17Mais ce moment de reconstruction
06:18que vous avez avoué tout à l'heure,
06:21une reconstruction difficile.
06:23Retrouver son identité est difficile.
06:25Comment avancer pour se reconstruire ?
06:27Quand je suis arrivé,
06:29j'ai été libéré,
06:30que je suis arrivé à Paris,
06:32c'était vraiment très douloureux.
06:35Et il m'a semblé
06:36que la seule façon pour moi
06:38de me reconstruire,
06:39c'est de dire
06:40je vais acheter un billet d'avion
06:42et demain,
06:43je débarque à Alger.
06:45C'est aller voir le monstre sur place.
06:48En étant ici,
06:50je me suis affaibli.
06:52En restant,
06:52je me suis affaibli
06:53parce qu'il peut faire là-bas
06:55dire ce qu'il veut
06:56et faire ce qu'il veut.
07:00Pour me construire,
07:02il me fallait un coup d'éclat.
07:05C'est dire
07:06je vais prendre ma petite valise,
07:08je prends mon billet d'avion
07:08et j'arrive à Alger
07:09faites de moi ce que vous voulez.
07:12Ou vous me renvoyez.
07:15J'aurais quand même fait le geste
07:17d'affronter le monstre.
07:20Ou vous me remettez en prison
07:21et le propre sera pour vous.
07:24Est-ce que le régime
07:26oserait me remettre en prison ?
07:28Troisième hypothèse,
07:31elle est possible.
07:32Ils auraient regardé par ailleurs.
07:34Je serais rentré,
07:35ils auraient présenté mon passeport
07:36et ils n'auraient rien dit.
07:38J'aurais pris un taxi,
07:39je serais allé chez moi.
07:41Et là,
07:41sur cet acte héroïque et fou,
07:45je pouvais me...
07:46Là, je suis diminué.
07:48C'est ce que je disais
07:48tout à l'heure à quelqu'un.
07:50Je suis venu avec l'idée
07:52de légende.
07:54Une légende blanche.
07:56Je suis maintenant
07:56une légende noire.
07:59On a noirci mon image.
08:02Bois-Lam Sanzal est un traître,
08:03un ingrat.
08:05Là-bas,
08:05et ici.
08:07Là-bas, c'est clair.
08:08Mais ici aussi,
08:10c'est en train de se propager.
08:12Mais qui ?
08:12Qui ici ?
08:14Toute la gauche,
08:15d'une manière générale,
08:16évidemment.
08:17Les libérations,
08:21l'Obs,
08:22le monde,
08:23le canard enchaîné.
08:26Et j'ai toujours été
08:27le héros de la gauche.
08:29Et je suis,
08:30pour eux,
08:31aujourd'hui,
08:32le monstre absolu.
08:33Comment expliquer ça ?
08:35C'est très bien.
08:36Très bien.
08:37Moi, avoir un monstre là-bas
08:39et un monstre ici,
08:39ça m'arrange très bien.
08:41Ça fait l'équilibre.
08:43Ça fait l'équilibre.
08:44Karim Aloum.
08:45Est-ce que la légende de Sanzal,
08:47aujourd'hui,
08:48elle est menacée
08:49par les islamistes ?
08:51Et c'est normal
08:51parce que vous représentez
08:52cet héritage des lumières
08:54contre l'obscurantisme.
08:55Vous êtes insulté
08:56et montré du doigt
08:58par les islamo-gauchistes
08:59parce que ce sont des totalitaires.
09:00Vous représentez quelque part
09:02la république,
09:03la liberté.
09:04Et c'est normal
09:05que vous êtes attaqué.
09:06Pour eux,
09:06c'est normal.
09:07Dans le sens où,
09:08aujourd'hui,
09:09cette gauche a montré
09:10son vrai visage.
09:11Elle est plus
09:11la gauche de la liberté,
09:13elle n'a plus cette gauche
09:13que beaucoup de gens
09:14ont connue.
09:16Au fait,
09:16partout,
09:17les hommes et les femmes
09:18vous soutiennent.
09:19Même à Alger.
09:20On a fait un reportage
09:21de rupture à Alger.
09:22On a découvert
09:23que votre livre
09:24circule à une grande vitesse
09:26en numérique
09:27sur WhatsApp.
09:29Il est en PDF
09:29partout.
09:31Et la première des demandes
09:32dans notre enquête,
09:33on a trouvé
09:33que les Algériens
09:34demandent à leurs amis,
09:35à leur famille
09:36pas de ramener
09:37une paire de chaussures
09:38ou un costume,
09:39de ramener le livre
09:40de voir.
09:41Moi,
09:41j'en ai eu
09:41beaucoup de demandes
09:42et je vous le dis,
09:43votre livre me coûte
09:44très cher
09:44parce qu'il y a
09:45beaucoup de livres
09:45à acheter et à offrir.
09:46Voilà.
09:48Mais ça a toujours existé.
09:50Moi-même,
09:51en Algérie,
09:52quand des copains
09:53venaient à Paris
09:53et disaient
09:54« Ah, s'il te plaît,
09:54ramène tel livre,
09:55tel livre. »
09:56Évidemment,
09:56il y a la censure
09:57là-bas,
09:58la dictature.
09:59Les livres qu'on a envie
10:01de lire,
10:02on les trouve ici.
10:04On essayait de...
10:05Et quand on n'arrivait
10:06pas à les avoir
10:08physiquement,
10:08on essayait de les obtenir
10:10par Internet,
10:11par des photocoupées.
10:12Moi, je me souviens
10:13dans mon jeune âge,
10:14c'était la photocoupée.
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