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  • il y a 3 minutes
Ce mardi 23 juin, l'impact macroéconomique du conflit au Moyen-Orient sur l'Asie a été abordé par Patrick Zweifel, chef économiste de Pictet Asset Management, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Avec Patrick Zouaïfeuille qui vient de nous rejoindre en plateau, chef économiste de Piqueté Asset Management.
00:05Bonjour Patrick.
00:06Bonjour Étienne.
00:07Merci d'être avec nous ce matin en plateau.
00:09Pour faire un petit point d'étape, c'est vrai qu'on l'a vu, les négociations visiblement se passent
00:14plutôt bien
00:14entre les délégations américaines et iraniennes, négociations d'ailleurs qui existaient en Suisse.
00:19Oui, Piqueté, le marché en tout cas y croit, on l'a vu sur la partie action,
00:24l'ensemble des indices sont sur des plus hauts historiques ou presque.
00:27Le pétrole est à 76 dollars.
00:30Néanmoins, il y aura quelques séquelles à court terme, notamment pour certains pays en Asie,
00:35notamment l'Asie du Sud-Est.
00:37Mais quand vous regardez ce qui se passe en Chine, par exemple,
00:40bon, pas de récession en vue d'un point de vue général, loin de là.
00:43Non, absolument, je crois qu'il y a plusieurs tendances à distinguer.
00:48Si on commence par la Chine, ce qu'on a vu, c'est qu'on a eu une transmission classique
00:51effectivement du choc pétrolier avec une inflation qui a remonté.
00:55L'inflation en Chine, on sait qu'elle était plutôt en déflation,
00:59donc là, c'est plutôt une bonne nouvelle.
01:00Mais on a eu effectivement un impact négatif sur la croissance,
01:04des ventes de détail, de la consommation, etc.
01:06Donc ça, c'est l'élément classique.
01:08En revanche, ce qui tire toujours la Chine,
01:11c'est plutôt évidemment les exportations qui bénéficient aux manufacturiers
01:15et qui continuent d'investir.
01:16Et ça, ça correspond à une demande accrue pour les principaux partenaires commerciaux de la Chine.
01:24Donc ça, ça bénéficie effectivement à ses voisins, ça bénéficie au reste de l'Asie
01:28et l'Asie du Sud-Est que vous mentionnez,
01:30qui a été effectivement les plus grandes victimes.
01:33Donc si on prend les traditionnels pays exposés au choc pétrolier,
01:39c'est la Thaïlande, c'est les Philippines qui ont bien souffert de cette hausse du prix du pétrole.
01:47Et puis autrement, on a aussi l'Asie du Nord,
01:50qui en général souffre beaucoup, comme la Corée, Taïwan,
01:53mais qui là ont extrêmement bien résisté.
01:57Et ils ont bien résisté parce qu'on a des tendances de fonds
02:00qui sont liées aux investissements dans l'IA,
02:02qui sont liées aux investissements dans le renouvelable,
02:04qui sont liées à plein d'investissements qui sont faits à travers le monde
02:07dans des infrastructures et autres.
02:11Et là, ça a changé complètement la donne, je dirais.
02:13C'est vrai que l'intelligence artificielle en bourse,
02:16ça trompe un petit peu la vision, notamment sur les indices boursiers.
02:19On l'a notamment vu avec le COSPI, qui d'ailleurs a perdu 10% ce matin.
02:23Mais d'un point de vue macroéconomique également, ça change la donne.
02:26Quand vous regardez des exportations,
02:29où vous avez des inflations à deux, voire trois chiffres
02:31sur certains composants électroniques,
02:33oui, c'est un impact macroéconomique.
02:35Oui, alors absolument, ça veut dire que ce qui se passe traditionnellement
02:38quand on a un choc du pétrole,
02:40les économistes vont vous dire qu'on a une détérioration des termes d'échange,
02:44ça veut dire que les prix à l'importation montent fortement,
02:46alors que les prix à l'exportation n'ont pas de raison de bouger.
02:48Mais il se trouve que dans ce cycle-là,
02:51on se retrouve dans le cas de la Corée avec des prix des semi-conducteurs
02:54qui font bien mieux, effectivement, que la hausse du prix du pétrole.
02:57Donc on a le rapport des prix à l'exportation sur les prix à l'importation,
03:01qui sont en hausse de plus de 17%.
03:03Ce qui fait qu'au lieu d'avoir une détérioration de la balance commerciale en Corée,
03:08par exemple, comme on a eu moins 2,5% pendant la guerre en Ukraine,
03:11cette fois on a plus 5%.
03:13Donc on a effectivement un changement complet,
03:16et donc ce qui soutient effectivement le marché coréen,
03:19enfin en tout cas la soutenue,
03:20parce qu'initialement on a eu une baisse d'à peu près 20% au moment du choc,
03:23mais il a rebondi de 66%, alors évidemment c'est très volatile
03:26puisqu'il retombe là de 10%, mais globalement effectivement les fondamentaux coréens
03:30ne sont pas les fondamentaux classiques d'une crise pétrolière.
03:33Justement, une fois qu'on enlève tous ces vecteurs liés à l'intelligence artificielle,
03:38comment ça va aujourd'hui ?
03:39Cette économie, notamment du côté de la Corée, du côté de la Chine,
03:44on aura peut-être l'occasion dans un instant de parler de l'Inde,
03:46mais une fois qu'on gomme un peu ces effets liés à l'intelligence artificielle ?
03:50Je crois qu'il y a, l'intelligence artificielle c'est évidemment le thème que tout le monde couvre,
03:55que tout le monde connaît, et on voit effectivement qui tire les marchés boursiers.
03:59J'ai l'impression qu'il y a d'autres thèmes qui sont venus quelque part en soutien de ces
04:02pays d'Asie,
04:03mais plus globalement les émergents.
04:05Je crois que le deuxième, et je l'ai évoqué tout à l'heure,
04:07c'est une demande pour le renouvelable,
04:09même si elle ne se fait plus véritablement de la part des États-Unis,
04:12mais du résumant de la Chine en particulier, de l'Europe aussi.
04:15Et donc ça accroît la demande de plein de matières premières
04:21qui sont utiles au processus de création d'énergie renouvelable.
04:25On peut penser à l'uranium qui bénéficie au Kazakhstan,
04:28on peut penser au lithium, au nickel, au cuivre qui vont bénéficier à des pays
04:33comme évidemment le Pérou, le Chili en Argentine, la Zambie, la Mongolie et l'Indonésie
04:38qui va produire un certain nombre de ces produits-là.
04:40Donc on a globalement le prix des indices des métaux industriels
04:45a fait plus de 40%, donc à quelque part largement compensé
04:49effectivement cette hausse du prix du pétrole pour beaucoup de ces pays.
04:52Donc je crois que ça c'est une lecture qui est complètement différente des crises passées.
04:55Patrick Zwaifel, vous êtes chef économiste de Pictet Asset Management.
04:58La semaine dernière, on a eu les ventes au détail en Chine.
05:01Elles se sont contractées au mois de mai, c'était la première fois depuis 2022.
05:05Ça montre quand même qu'on a une économie chinoise qui est toujours en difficulté quand même.
05:10Les ventes au détail, c'est un élément important de la constitution du PIB
05:15avec bien sûr l'immobilier, on en reparlera dans un instant.
05:18Oui absolument, donc si on prend les ventes au détail,
05:21c'est une des séries d'un des agriculteurs économiques chinois
05:25qui est très suivi, publié tous les mois.
05:27Comme vous l'avez dit, il est en contraction.
05:29Maintenant ce qu'on a observé en Chine depuis le Covid en fait,
05:32c'est un changement assez drastique de la manière de consommer des Chinois.
05:37Ça veut dire qu'on est passé d'une consommation très forte en biens assez classique
05:43vers une consommation beaucoup plus forte de services.
05:46Donc de transport, de tourisme, de loisirs, etc.
05:50Ça fait que si on prend la composante globale de consommation chinoise
05:54qui inclut les services mais qui est publiée qu'une fois tous les trois mois,
05:57là la consommation chinoise résiste beaucoup mieux.
06:00Ça veut dire qu'on est quasi au niveau de la croissance du PIB,
06:03on est entre 4,5 et 5.
06:05Donc pas assez pour que la conso prenne plus de place dans le PIB,
06:08ce que les Chinois souhaiteraient.
06:10Mais on n'est pas dans la situation aussi catastrophique
06:12que montre l'évolution à des ventes à détail.
06:14Et ça colle par exemple avec hier un broker qui a revu à la baisse
06:17son objectif de course sur Hermès,
06:19d'ailleurs qui a perdu 5% et encore à moins de ce matin,
06:21en disant que la consommation en Chine, c'est pas ça,
06:24notamment dans le secteur du luxe.
06:26Par contre, ce que vous nous dites, c'est que par exemple sur les voyages,
06:28ça tient plutôt bien.
06:29C'est ça, exactement.
06:31Donc il y a des tendances de consommation quand même
06:33qui changent depuis la pandémie.
06:35Oui, absolument.
06:37Donc ça veut dire qu'effectivement, ils vont bouger beaucoup plus.
06:39Ils bougent beaucoup plus déjà en Chine.
06:40Ils bougent aussi beaucoup plus évidemment dans le reste de l'Asie,
06:43donc la Thaïlande.
06:43Et moins en Europe par exemple.
06:45Moins en Europe, effectivement.
06:46Mais bon, avec le renforcement du yuan qu'on a vu récemment,
06:49on sent qu'effectivement les Chinois commencent à aller plus loin aussi.
06:53Et oui, je pense que c'est un changement structurel de fond,
06:56à savoir qu'on a toujours dit que l'économie chinoise
06:59devait être moins industrielle, moins orientée à l'exportation
07:03et plus orientée à l'exportation.
07:05Et j'ai l'impression que ça, c'est une tendance qui se met en place.
07:07Comment avec vos collègues en charge de l'allocation d'actifs,
07:10puisque vous êtes chef économiste,
07:12vous arrivez à conjuguer un petit peu tout ça
07:14pour mettre votre expertise au service un petit peu des clients ?
07:17Comment on arrive à jongler la macro et puis l'allocation ?
07:21Oui, en fait, ce qu'un économiste peut apporter effectivement à l'allocation d'actifs,
07:25c'est véritablement, parce qu'on nous montre un économiste très simple,
07:29c'est d'avoir des vues sur l'activité et l'inflation.
07:31Et puis en fonction d'où on se trouve avec ce couple,
07:34c'est vrai qu'on aura plutôt tendance en tant qu'économiste
07:36à vouloir allouer là où l'activité est rebondie
07:38et l'inflation est faible ou des clins.
07:41Et donc là, l'univers pour nous qui est le plus évident à allouer,
07:46c'est celui des émergents.
07:47Parce qu'on se retrouve toujours avec une croissance au-dessus d'une norme
07:50qui est largement résiliente pour les motifs que j'ai expliqués auparavant,
07:54et une inflation qui était au-dessous de la cible de manière générale
07:57et qui est largement amoindrie par plusieurs effets
08:02de ces tendances structurelles que je mentionnais pas avant.
08:05Donc pour nous, l'allocation, en tant qu'économiste global,
08:09là où elle doit être effectivement largement surpondérée,
08:12ça reste assez émergents.
08:12Et c'est là où sont positionnés nos gérants multiactifs.
08:19Mais d'ailleurs, autant que ce soit actions ou obligations, effectivement.
08:23Et en termes sectoriels ?
08:25En termes sectoriels, il n'y a pas qu'il y a.
08:27Non, il n'y a pas qu'il y a, mais c'est vrai que la tech reste un secteur
08:30qui est dominant.
08:32Et puis après, ça va dépendre des régions.
08:33Ça veut dire qu'effectivement, comme l'Europe,
08:35on a des dépenses très claires sur un certain nombre de secteurs,
08:38que ce soit justement le renouvelable, que ce soit la défense, etc.
08:41Donc là, c'est typiquement des secteurs qu'on va favoriser au sein d'une allocation européenne.
08:45Un petit mot quand même de l'Inde, le nifty des sous à nouveau.
08:48C'est l'indice indien, on est quasiment à moins 9 en devise locale.
08:51Sans compter que la devise, elle a encore pris des difficultés ces dernières semaines.
08:56Vous avez encore du potentiel pour vous en Inde ?
08:59Comment vous regardez la situation micro-climique ?
09:01Parce qu'on n'arrête pas de dire que c'est le pays le plus peuplé du monde,
09:03il y a des perspectives qui sont superbes, etc.
09:04Et en termes d'investissement, ça ne se traduit pas du tout.
09:06Non, alors l'Inde, c'est un peu...
09:08Au sein des émergences, ce que j'aime regarder,
09:11c'est effectivement la manière dont les économies sont structurellement positionnées.
09:16L'Inde fait partie de ces pays qui sont extrêmement diversifiés.
09:20Donc, ils sont très manufacturiers, très diversifiés.
09:22Donc, en général, ça justifie effectivement des ratios courts-bénéfices qui sont plutôt élevés.
09:26Donc, on est plutôt dans l'ordre des 20.
09:27Par opposition à des pays qui sont très, très concentrés,
09:30généralement très exportateurs de matières premières,
09:32où ces ratios courts-bénéfices sont plutôt en dessous des 10.
09:36Donc, ils bénéficient toujours d'une valorisation forte.
09:38Il y a toujours en plus ces tendances longues.
09:41Je crois que ce dont souffre l'Inde actuellement,
09:43c'est effectivement un manque d'exposition à l'IA directement.
09:46En revanche, ça reste toujours le pays au monde
09:49qui exporte plus de services commerciaux, de services business.
09:54C'est près de 15% du commerce mondial, de loin le meilleur.
09:58Donc, elle a toujours beaucoup d'attraits,
09:59mais qui ne sont pas effectivement les attraits
10:00sur lesquels les investisseurs se concentrent aujourd'hui.
10:03Merci beaucoup, Patrick Zhaifel,
10:04qui nous a accompagné ce matin,
10:05chef économiste de PICT Asset Management,
10:07pour faire un petit tour d'horizon de la situation en Asie
10:10d'un point de vue macroéconomique.
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