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  • il y a 12 heures
Ce lundi 22 juin, Antoine Denoix, PDG d'AXA Climate, était l'invité dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont abordé le nouveau rapport qui révèle le coût exorbitant de l'inaction face à l'urgence climatique, ainsi que la rentabilité financière des mesures d'adaptation. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Infrastructure et climat, c'est un nouveau rapport qui révèle le coût de l'inaction climatique.
00:05C'est publié par le groupe de la Banque mondiale, AXA Climate et Scientific Climate Ratings.
00:10Bonjour Antoine Denoy.
00:11Bonjour.
00:11Vous êtes le PDG d'AXA Climate, on en parlait il y a quelques instants.
00:14On répète, on le sait, la prévention, ça coûte moins cher que de s'adapter.
00:18Vous avez mis des chiffres là-dessus, précisément, qui nous disent qu'un dollar investi dans l'adaptation,
00:23c'est plus de 8 dollars de valeur préservée.
00:26Qu'est-ce qu'il faut comprendre derrière cette formule ?
00:29Alors vous l'avez dit, ça fait 1000 ans qu'on dit que la prévention ça marche.
00:31Alors nous ça fait 6 ans que ça clamède qu'on le dit jour et nuit.
00:33Et on a fait une étude notamment dans les pays émergents à faible revenu
00:36pour montrer qu'un euro, un dollar mis sur une infrastructure,
00:39que ce soit d'eau, de transport, de télécommunication,
00:42a un impact et permet d'éviter un coût de, on va dire, entre 8 et 9 euros aujourd'hui
00:47et demain.
00:47Donc ça montre quoi ?
00:48Ça montre simplement que plus on s'approche de la catastrophe climatique,
00:52plus il est rentable de s'adapter.
00:53On n'est pas sur un discours exploratoire dans les années 80
00:56au moment du lancement des premiers rapports GIEC.
00:59On est vraiment en face de la montagne, en face de ces canicules,
01:02en face de ces inondations.
01:03Pourtant à un moment donné on se dit le contraire,
01:05on se dit ça ne vaut plus le coup.
01:06C'est-à-dire qu'on est tellement proche de la catastrophe
01:08que c'est ce qu'on disait à l'instant,
01:09on se retire finalement autant faire des congés climatiques
01:13et ne plus investir.
01:14Vous vous dites si, plus on s'approche du moment où c'est le plus difficile,
01:17plus c'est rentable de s'adapter.
01:19Bien sûr, là on a un discours globalement un peu confortable
01:22de congés climatiques, notamment dans nos contrées plutôt tempérées,
01:25notamment en France.
01:26Là on parle de celui sérieux, là on parle d'accès à l'eau,
01:28on parle d'accès à l'électricité dans beaucoup de pays.
01:30Donc là on n'a pas le choix de s'adapter.
01:31Alors il y a deux façons de s'adapter.
01:32Il y a une adaptation douce et une adaptation dure.
01:35L'adaptation douce c'est les congés climatiques,
01:38la productivité, l'aménagement des horaires.
01:40Ça, ça se gère, entre guillemets.
01:42Ça coûte un prix, mais ça se gère.
01:43L'adaptation dure, c'est plus coton.
01:46Ça veut dire qu'il faut en passer par des allocations du capital différentes
01:50et notamment pour les entreprises privées,
01:52choisir de recombiner différemment leur portefeuille physique.
01:55Assez concrètement, ça veut dire quoi ?
01:57Ça veut dire déplacer des usines.
01:58Il y a beaucoup d'endroits dans le monde où il sera...
02:00Déplacer des usines ?
02:00Bien sûr.
02:01Nous ça fait 6-7 ans qu'on conseille notamment des fonds d'investissement,
02:06notamment des grandes entreprises du 440,
02:08sur la réallocation de leur portefeuille physique d'actifs,
02:11puisqu'il y a des zones dans le monde qui seront inhabitables.
02:14Et qui dit inhabitables, dit évidemment difficile d'y travailler.
02:17Et quand vous leur dites qu'il va falloir déplacer des usines,
02:19et je vous conseille de le faire le plus rapidement possible,
02:21vous recevez quoi comme réponse ?
02:23Déjà, ce qui est très important, c'est de montrer des cartes.
02:27Parce qu'on ne parle pas du climat avec des concepts.
02:29Nous, ce qu'on fait, notre geste, c'est de venir avec des cartes
02:32d'endroits précis sur le territoire, notamment de l'usine en l'occurrence,
02:35et de montrer les indicateurs de ce qui va arriver en 2050 et 2100.
02:39Ma première question, c'est quel âge aurez-vous à 2050, aux dirigeants ?
02:42Parce que le premier réflexe, c'est de se dire que c'est lointain.
02:44En fait, c'est vraiment demain.
02:46Et donc, de fait, dans les entreprises, notamment industrielles,
02:48il y a une anticipation qui se met en place,
02:50parce qu'évidemment, il ne s'agit pas de partir du jour au lendemain.
02:52Il s'agit souvent de recombiner.
02:53C'est un mélange d'adaptation douce et dure.
02:56Mais il s'agit quand même à un moment d'affronter ce qui va arriver.
02:59La réalité, par exemple, on travaille beaucoup pour les acteurs de la bière.
03:02La réalité, c'est qu'on parle beaucoup des vagues de chaleur,
03:04mais derrière, l'éléphant dans la pièce, c'est l'eau, évidemment.
03:06Quand vous allez avoir des premières restrictions d'eau,
03:08vous en avez déjà beaucoup dans certains départements français,
03:11je pense aux Pyrénées-Orientales,
03:12eh bien évidemment, que l'eau potable va être une priorité.
03:14Évidemment, que l'eau qui sert à brasser et à fabriquer de l'alcool
03:17va être dépriorisée.
03:19Donc tout ça, c'est des enjeux qui sont systémiques,
03:21qui sont très territoriaux.
03:22Et il ne s'agit pas de réduire ça de la vague de chaleur.
03:24Il faut que les entreprises comprennent dans quoi elles sont,
03:27finalement, elles sont enracinées.
03:29Quel territoire ?
03:29Et le territoire, il y a beaucoup d'autres dimensions
03:31que la vague de chaleur, il y a l'eau, il y a l'inondation,
03:34il y a le social, il y a l'économique.
03:35Je vais vous prendre juste un exemple.
03:37La vague de chaleur, quel impact elle a ?
03:39Si on mesure juste son impact sur la productivité,
03:41on arrive déjà à des milliards,
03:42à l'on de cela dit, avant dans l'entretien.
03:45Mais le vrai sujet, c'est de tirer le fil.
03:46Vous avez une vague de chaleur,
03:48elle a un impact sur la productivité.
03:50Imaginons qu'elle a un impact sur les rendements agricoles,
03:51comme c'est le cas.
03:52S'il y a un impact sur les rendements agricoles,
03:54vous allez avoir une paupérisation encore excessive des agriculteurs,
03:56ils ne seront pas contents,
03:57ils iront bloquer les rues,
03:59vous irez les filmer dans les Pyrénées-Orientales,
04:00il y aura moins de touristes pour les Pyrénées-Orientales l'année d'après.
04:03Et donc ça va avoir un impact indirect sur beaucoup d'autres secteurs
04:05que le secteur agricole.
04:06Donc il faut bien comprendre qu'il y a l'aléa climatique,
04:10la vague de chaleur,
04:11mais tirer le fil de ses conséquences sociales et économiques,
04:13et là on arrive à des chiffres beaucoup plus importants.
04:16Et là c'est systémique en fait.
04:17Et c'est complètement systémique.
04:18Mais du coup quand vous entendez notre débat d'avant,
04:20où on discute du congé,
04:22est-ce qu'en France il faut qu'on ait justement
04:24un débat beaucoup plus dur et pas soft comme vous venez de le dire ?
04:27Évidemment, bien sûr.
04:28Le vrai drame c'est de regarder les choses de manière fragmentée.
04:31Le vrai sujet c'est l'approche territoriale.
04:34Le propre de l'adaptation c'est qu'on ne peut rien décider à Paris.
04:36C'est pour ça que c'est un peu bizarre comme sujet.
04:39Pourquoi ? Parce qu'en fait,
04:40quand vous allez par exemple à Montreuil-sur-Mer
04:42impacté par les inondations,
04:43vous y allez régulièrement malheureusement,
04:45vos journalistes,
04:46et bien en fonction d'un mètre, deux mètres,
04:48vous avez inondation ou pas.
04:49Ça dépend beaucoup beaucoup de l'endroit,
04:52de l'histoire, de l'aménagement.
04:53Et donc, toutes les bonnes idées qu'on pourrait avoir à Paris
04:56sont des mauvaises idées, si je la fais un peu courte.
04:58En fait, l'aménagement du territoire, il est très local.
05:00Il doit se décider à une maille
05:01qui est souvent ce qu'on appelle la maille du bassin de vie,
05:03qui est souvent celle du bassin versant.
05:05Là où l'eau s'écoule, la rivière s'écoule,
05:07le fleuve s'écoule,
05:08là où se font vraiment les problématiques d'eau.
05:11Et c'est à cette maille que l'adaptation doit être pensée.
05:14Et ça nécessite quoi pour les dirigeants qui nous écoutent,
05:16et notamment les entreprises privées qui nous écoutent ?
05:18Ça veut dire parler à votre voisin.
05:19Je ne sais pas si vous vous souvenez d'Indien dans la ville, le film.
05:22Parle à ton voisin, passe le message à ton voisin.
05:24Et nous, ce qu'on dit, c'est que les cartes qu'on vous donne,
05:26vous, acteurs privés,
05:27qui vont montrer le problème sur tel ou tel endroit en France,
05:29eh bien, allez voir le maire,
05:31allez voir la collectivité et partagez ces cartes.
05:33Parce qu'in fine, quand vous êtes, par exemple, la Poste,
05:36vous n'aurez pas gagné à vous adapter
05:37en protégeant juste vos bureaux de poste.
05:40Vous aurez évidemment gagné à s'assurer
05:42que la départementale qui passe à côté
05:44puisse continuer à tenir dans des inondations,
05:46au moment des vagues de chaleur.
05:48Donc, il faut parler entre privé et public.
05:49C'est aussi le message.
05:50Et ça, on ne sait plus le faire.
05:52C'est-à-dire que, alors là, j'entends le sujet de décentralisation,
05:54bien sûr, derrière,
05:55et de décisions qui doivent être prises au niveau local.
05:57Mais là, vous parlez de partenariat public-privé,
06:00de discussions territoriales.
06:01On sait le faire aujourd'hui ?
06:02On arrive à avoir ce genre de discussions ?
06:03Alors, est-ce qu'on a déjà su le faire en France ?
06:04Je ne sais pas.
06:05En tout cas, je n'ai pas l'âge de le savoir.
06:07Ce qui est sûr, c'est que ça ne se fait pas actuellement.
06:09Ça ne se fait pas assez.
06:10On est chacun dans notre couloir de nage.
06:12Et on ne partage pas assez l'information du territoire,
06:16les enjeux du territoire.
06:18Et on ne se met pas assez autour d'une même table
06:19pour réagir et pour comprendre l'adaptation nécessaire.
06:22Ça, c'est sûr.
06:22Et d'une certaine manière,
06:24les pays émergents sont un exemple.
06:26Parce qu'eux, ils sont beaucoup plus proches de la catastrophe.
06:29Et ils mettent en place de manière beaucoup plus rapide
06:31les partenariats qui vont bien.
06:33Et on ne parle pas souvent,
06:34et j'insiste, on parle de congés climatiques,
06:36On parle souvent, en termes de vagues de chaleur,
06:39d'une réponse qui peut être très, très douce.
06:41Est-ce que les Français ont des réserves d'eau chez eux ?
06:44Je ne pense pas.
06:45Dans la plupart des pays du monde,
06:47c'est la priorité en termes d'adaptation.
06:49On n'est pas en train de parler de millions ou milliards
06:51à mettre sur un réseau d'eau.
06:52On est en train de parler souvent de choses simples
06:54qui passent par la prévention du public
06:56et qui permettent à un moment donné
06:58à la collectivité d'être un peu plus résiliente.
07:01Eh bien, dites donc,
07:03Vous avez remis les idées bien au clair ce matin.
07:06C'était super intéressant.
07:07Merci beaucoup Antoine Denoy d'être venu,
07:08le PDG à Daxa Climate.
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