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Pendant plus de vingt ans, un marchand d’art orchestre l’acquisition de chefs-d’œuvre parmi les plus chers au monde pour le compte d’un oligarque russe. Jusqu’au jour où celui-ci l’accuse d’une escroquerie d’un milliard de dollars. En trois épisodes, cette série explore, à travers cette guerre judiciaire à l’ampleur mondiale, les liens étroits entre art, finance et influence.

Réalisation : Andreas Dalsgaard

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00:09Dans le monde de l'art, il y a l'extérieur glamour.
00:16Mais en regardant derrière le rideau, on voit là où le vrai travail se fait.
00:25Et c'est là que vrai Yves Bouvier.
00:34Connu pour son anonymat, puissant car agissant dans les coulisses.
00:45Yves Bouvier a constitué ce qu'on peut considérer comme la plus grande collection d'art du 21e siècle, pour
00:51le compte d'un oligarque russe.
00:54On parle de 2 milliards de dollars d'œuvres d'art.
00:59Un lien avec 38 tableaux.
01:02Des chefs-d'œuvre.
01:09On estime que Bouvier a empoché presque la moitié de ses transactions.
01:14Il s'est fait un milliard de dollars.
01:15Un milliard.
01:18L'oligarque russe Ribolovlev accuse Yves Bouvier de la plus grande fraude artistique de l'histoire.
01:34L'affaire Bouvier-Ribolovlev est une des rares occasions de voir le fonctionnement interne d'un système mondialisé dont profitent
01:44les personnes ultra riches.
01:50Le but premier, c'est de cacher de l'argent.
01:59On regarde à travers un trou de serrure et on voit juste une petite partie.
02:03Mais il faut comprendre que c'est énorme.
02:16C'est une petite partie.
02:49Cette affaire est l'un de mes principaux sujets depuis qu'elle a éclaté en 2015.
02:58Tout a commencé avec l'arrestation d'Yves Bouvier et les premières révélations.
03:13C'est une guerre épique.
03:21De Monaco à Singapour, en passant par Hong Kong et Genève, cette bataille entre M. Ribolovlev et M. Bouvier est
03:29enfin portée devant un tribunal new-yorkais.
03:33Et nous avons là le procès du siècle.
03:38Dimitri Ribolovlev accuse Yves Bouvier d'avoir vendu des œuvres d'art avec d'énormes majorations secrètes.
03:47Yves proclame son innocence dans toute cette affaire.
03:55On est très rarement invité à lever le voile sur ces transactions secrètes entre les milliardaires de ce monde.
04:08À cause du procès, tous leurs messages, e-mails et factures sont désormais publics.
04:16Ce qui nous permet enfin d'examiner l'ensemble de la situation.
04:28Cette affaire est bien plus qu'une affaire de fraude.
04:32C'est une immersion dans les tréfonds du monde de l'art.
04:42Les deux ont des versions très différentes de ce qui s'est passé.
04:46Mais un seul accepte réellement d'en parler.
04:58Pourquoi je suis là pour raconter mon histoire ?
05:03C'est d'une part pour donner ma version des faits.
05:07C'est tellement de fausses informations qui ont été communiquées sur moi
05:11que je souhaite rétablir la vérité.
05:14C'est M. Ribolovlev qui m'a attaqué dans tous les pays du monde.
05:18C'est lui qui a provoqué cette situation.
05:20C'est lui qui l'a voulu.
05:22Tout mon monde s'est effondré.
05:24Mon monde professionnel, mon monde privé.
05:28J'ai envie de lui le faire payer, lui casser la gueule et le punir.
05:32Et que ce soit lui qui est en prison, qui est au bout là, il n'est pas moi.
05:50Dès qu'on commence à creuser, on comprend que ce sont deux joueurs de poker.
05:57Bouvier fait toujours très attention à ne pas révéler toutes les cartes qu'il a en main.
06:05Avec Ribolovlev, ça va encore plus loin parce qu'il est impossible à rencontrer.
06:11Il n'y a presque aucune interview de lui, quasiment aucun document public.
06:18Ribolovlev est arrivé en Suisse en 1995.
06:22Il a fui la Russie, ça on le sait.
06:24On savait qu'il commençait à acheter des choses.
06:26Mais honnêtement, ce n'était qu'un homme parmi tant d'autres et pas très glamour.
06:32C'était évidemment quelqu'un de puissant.
06:35Mais bien d'autres aspects le concernant demeurent opaques.
06:40Comment est-ce que Ribolovlev n'a pas réalisé qu'Yves Bouvier s'est fait un milliard dans son dos
06:45?
06:47Et sans se faire prendre ?
06:49Ça, c'est la question à 100 millions.
07:00J'ai eu une enfance à la campagne.
07:04Et à chaque fois que je pouvais, je partais à la montagne skier, snowboarder.
07:09Quand on prend une grande courbe, on flottait sur la neige, c'est vraiment quelque chose qui est...
07:15Ce qui vous donne l'adrénalite, c'est que cette liberté, elle est toujours amenée avec un challenge, un danger
07:21potentiel.
07:28Sortant des études, ayant besoin de faire un peu d'argent de poche pour repartir skier,
07:33donc j'ai commencé comme ça dans l'entreprise familiale.
07:37Je faisais ce qu'on appelle le déménageur.
07:42Bouvier a hérité d'une société de transport de son père.
07:51Très intelligemment, il a constaté le besoin des personnes très riches d'expédier et de stocker leurs oeuvres d'art.
08:01Moi-même, je préférais le transport de tableaux.
08:05Donc, j'ai vendu tous les transports, déménagements, pour garder que l'activité oeuvre d'art et développer cette activité
08:11oeuvre d'art.
08:24C'est ce que certains m'appelaient le plus grand musée d'art que personne ne verra jamais.
08:34Je suis déjà entré une fois et j'ai réussi à visiter certaines parties, mais je n'étais pas le
08:40bon genre de client.
08:44Monsieur Bouvier a développé les Ports-Francs de Genève.
08:48C'est quelque chose d'énorme.
08:50C'est l'entrepôt le plus important du monde de l'art.
08:58D'habitude, c'est une zone qu'on ne pouvait jamais visiter.
09:02Vous êtes des privilégiés.
09:03Il avait des couloirs remplis d'oeuvres d'art provenant de nombreux clients différents.
09:12Il peut y avoir des sculptures dans les boîtes que vous voyez, les grandes, des tableaux dans des boîtes qui
09:17sont plutôt rectilignes comme celle-ci.
09:19Ça doit être entre 900 000 et 1 million à peu près de pièces d'art.
09:25Je l'ai rencontré il y a des années de cela.
09:29Je m'étais rendue au Ports-Francs de Genève.
09:32À cette époque, il comptait parmi les rares Ports-Francs du monde.
09:37Ça faisait un peu penser à Indiana Jones.
09:40Je ne serais pas surprise si toutes les œuvres d'art volées et recherchées de l'histoire étaient cachées là
09:45-dedans.
09:52Un Ports-Francs, c'est extraordinaire.
09:54C'est un peu comme à l'aéroport quand on descend de l'avion, mais qu'on n'a pas
09:57encore montré son passeport.
09:59Où est-ce qu'on est au juste?
10:06Quand on y stocke une œuvre d'art, tant qu'elle y reste, elle n'est soumise à absolument aucune
10:11taxe.
10:15Les Ports-Francs sont en quelque sorte la manifestation physique de Moneyland.
10:21C'est quoi Moneyland?
10:23Moneyland, c'est un pays que j'ai inventé, sauf qu'il est bien réel.
10:27C'est un peu une blague personnelle.
10:28Pourquoi je ne comprends pas ce qui se passe?
10:32Pourquoi moi, personnellement, je ne comprends pas ce qui se passe?
10:34Parce que l'argent est à Moneyland.
10:39Et si vous êtes riche, vous pouvez y garder votre argent.
10:43Et personne ne peut suivre sa trace.
10:47Si j'ai 100 millions de dollars et que je veux m'assurer que personne ne sache qu'ils sont
10:51à moi,
10:52une très bonne façon d'y parvenir est de posséder un tableau.
10:57Et si ce tableau se trouve dans un Ports-Francs,
11:00c'est un moyen incroyablement efficace de déplacer la richesse de manière intraçable.
11:07Les piliers qui soutiennent ce pays magnifique pour les super-riches,
11:13ce sont les facilitateurs.
11:17Sans eux, ils n'existeraient pas.
11:23Et plus vous êtes riche, plus vous pouvez vous offrir les bons facilitateurs.
11:32Bouvier s'était préparé toute sa vie à rencontrer un jour la bonne personne.
11:37Une personne qui serait assez riche pour alimenter l'expansion de son entreprise.
11:48Si ça s'est produit, ce n'est pas une coïncidence.
11:52La coïncidence, c'est qu'il s'agisse de Ribolovlev.
12:03Qui est-il ?
12:08Il a toujours été un mystère.
12:11Dimitri Ribolovlev n'est pas qu'un oligarque ultra-rich.
12:14Il est l'essence même des gens qui vivent à Moniland.
12:17Je sais qu'il a des goûts très raffinés,
12:19et aussi qu'il a des moyens énormes.
12:24Dimitri Ribolovlev, du point de vue du monde de l'art,
12:28a semblé surgir de nulle part.
12:31C'est un homme qui est apparu sur la scène
12:33et qui a assemblé l'une des plus grandes collections d'art du monde entier.
12:40Il est né à Perm, dans l'ex-Union soviétique.
12:44Il a fait des études de médecine,
12:46puis il a émergé du chaos de la fin de l'Union soviétique.
12:53En Union soviétique,
12:56le communisme s'est effondré
12:57et le gouvernement a délibérément choisi de tout privatiser.
13:02Un petit groupe de ce que nous appelons aujourd'hui des oligarques
13:05a réussi à utiliser son pouvoir ou son influence
13:09pour amasser des richesses.
13:11Les biens les plus précieux qu'on pouvait posséder,
13:15c'était des ressources naturelles,
13:18comme le pétrole ou le gaz.
13:21Et il y avait aussi d'énormes gisements de potasse
13:24qui sont d'une valeur faramineuse en tant qu'engrais.
13:29C'est dans ça que Ribolovlev a décidé d'investir.
13:41Je m'appelle Sandrine Giroux,
13:43je suis avocate à Genève,
13:44spécialisée en contention internationale et droit de l'art.
13:47Je suis impliquée dans l'affaire Bouvier-Ribolovlev
13:50en tant que représentante de M. Ribolovlev
13:52et ses entreprises depuis un certain temps déjà.
14:00Ce que l'on sait,
14:01c'est que Bouvier et Ribolovlev
14:03se sont rencontrés au Port-Franc en août 2002.
14:10Tout a commencé par une toile.
14:19M. Ribolovlev avait décidé d'acquérir un chagal.
14:25Ce chagal devait être livré au Port-Franc
14:27et au moment de la livraison,
14:29pour une raison ou une autre,
14:31Bouvier était présent.
14:37Je sentais qu'il était fâché,
14:39mais je ne pouvais pas sentir exactement
14:40le détail du dialogue.
14:45M. Ribolovlev a réalisé
14:46que le certificat d'authenticité de l'œuvre manquait.
14:50Et il était donc très agacé.
14:54Tania Rappaud également présente
14:55à ce moment-là par le russe.
15:02Parlant le russe et le français,
15:04m'assurait la traduction.
15:06Pour quelqu'un qui achetait
15:08son premier tableau important,
15:10il a dit,
15:11j'ai déjà payé mes 5 millions,
15:13je reçois un tableau,
15:14mais qu'est-ce qui me prouve qu'il est vrai,
15:16qu'est-ce qui me prouve qu'il est faux ?
15:18Je me suis fait se croquer.
15:20J'ai payé, je reçois quelque chose,
15:21je n'ai pas le papier.
15:23Bouvier est apparu tout d'un coup
15:25comme le sauveur.
15:26Il est intervenu et a dit,
15:28je peux arranger ça grâce à mes contacts,
15:30je peux résoudre le problème.
15:33Je l'ai rassuré tout simplement,
15:35j'ai dit, écoutez,
15:36on fait des transactions régulièrement,
15:39donc ne vous inquiétez pas,
15:40je vais vous trouver le papier.
15:43Et 15 jours après,
15:45j'ai récupéré le certificat à Paris
15:46chez le propriétaire du tableau.
15:51Et j'ai fait livrer le certificat à M. Ribolovleff.
15:57Pour Ribolovleff,
15:58le fait de pouvoir dénicher le certificat
16:01démontrait à quel point Yves Bouvier
16:03était bien connecté dans le monde de l'art.
16:12M. Ribolovleff,
16:13il n'a pas d'email,
16:14pas de texto
16:16et pas d'ordinateur.
16:18Je pense que c'est assez propre
16:19à sa culture de laisser aucune trace.
16:23Un contact important,
16:25c'est son directeur financier,
16:27Cézanneuf,
16:27qu'il est à Genève,
16:29je le vois plus régulièrement,
16:30il parle le français.
16:36Je m'appelle Mikhaïl Sazonov,
16:39je suis juste une personne.
16:44J'ai travaillé pour M. Ribolovleff
16:47en tant que directeur financier.
16:53Que faire quand on a beaucoup d'argent ?
16:56On trouve une façon de répartir ses actifs
16:59qui correspondent à ses besoins.
17:02En gros,
17:04j'étais impliqué dans toutes les transactions
17:06d'acquisition de biens.
17:15Un avion.
17:20Un hélicoptère,
17:22un bateau.
17:39Ou un tableau.
17:46Monsieur Ribolovleff
17:47m'a dit vouloir acheter
17:48ce qu'il y avait de mieux
17:50et l'acheter à bon prix.
17:56J'ai voyagé à travers le monde
17:59pour enquêter sur cette affaire
18:00et ce périple m'a pris
18:02pratiquement dix ans au total.
18:08Le camp russe
18:09vous fait toujours avancer
18:10à son rythme.
18:13Je n'ai jamais rencontré
18:14le plus gros poisson.
18:16Je ne lui ai jamais serré la main.
18:17C'est comme des poupées russes
18:19qui s'emboîtent l'une dans l'autre
18:20avec des poissons
18:21de plus en plus gros.
18:27Ribolovleff
18:28a fait fortune
18:28dans les années 90
18:29grâce à la société
18:31Ouralkali.
18:34Ça a été une période difficile,
18:36c'est le moins qu'on puisse dire.
18:38On commence par le meurtre ?
18:41Un des membres
18:42du conseil d'administration
18:44a soupçonné
18:45une activité mafieuse
18:46au sein d'Ouralkali.
18:49Il a dit à ses camarades
18:50du conseil
18:51« Il y a de la corruption ici.
18:53Je trouve qu'on devrait
18:54virer cette mafia. »
18:56Il est mort juste après.
19:04Ribolovleff
19:05a été arrêté
19:06et emprisonné
19:07pour meurtre.
19:12Quand on s'adresse
19:13au camp russe,
19:14on nous dit
19:15que c'était
19:15une décision stratégique,
19:17que Ribolovleff
19:18n'est pas un meurtrier,
19:19qu'il s'est juste sacrifié
19:21pour le bien des autres.
19:22Et il savait
19:23qu'à sa sortie de prison,
19:25il recevrait sa part.
19:31La prison pèse
19:33psychologiquement.
19:35Est-ce qu'on est prêt
19:36à sacrifier sa santé
19:37et sa sécurité ?
19:39Et la sécurité
19:40de sa famille ?
19:44Sa famille
19:45a donc fui la Russie
19:49en utilisant
19:51trois voitures
19:51avec la même plaque
19:52d'immatriculation.
19:53Si vous vouliez
19:54les traquer,
19:55laquelle suivre ?
20:02Ribolovleff
20:03est arrivé à Genève
20:04avec sa femme Elena
20:05et leur fille Ekaterina.
20:19Monsieur Ribolovleff
20:21était encore très impliqué
20:23dans la gestion
20:24de ses affaires
20:25en Russie.
20:26Il n'allait à Genève
20:27que pour se détendre
20:28et voir sa famille.
20:31C'est un endroit
20:32où quelqu'un
20:32qui vient de sortir
20:33d'une prison russe
20:34peut respirer.
20:40C'est une marque,
20:41la Suisse.
20:42C'est fiable,
20:43c'est sûr.
20:45Si vous voulez placer
20:46votre argent quelque part,
20:48c'est l'idéal.
20:53Quel était votre rôle ?
20:56D'essayer de réfléchir
20:59à n'importe quelle mesure
21:01de protection
21:01pour nous assurer
21:02que les actifs
21:03restent hors de portée.
21:08Ils ne connaissaient
21:09presque personne
21:10et la barrière
21:11de la langue
21:12les empêchait
21:12de vraiment
21:13se faire des amis.
21:18Elena cherchait
21:19quelqu'un
21:20qui pourrait l'aider
21:21à gérer
21:22les aspects
21:23du quotidien
21:24et plus tard
21:26à l'aider
21:27à bien s'intégrer
21:28à la vie locale.
21:30Par l'intermédiaire
21:32de son dentiste,
21:33elle a rencontré
21:33Tania Rappaud
21:34qui était l'épouse
21:35de son dentiste
21:36et qui parlait russe.
21:37Elle s'est donc rapprochée
21:38d'eux.
21:43Elle les a aidées
21:44à rencontrer des gens
21:45et à les présenter.
21:47Elle est restée proche
21:48pendant des années
21:49et elle est même
21:50devenue la marraine
21:50de la deuxième fille
21:51de Ribolovlev.
21:56Je ne l'aimais pas du tout.
22:00Je trouvais
22:01qu'elle était
22:01complètement fausse.
22:03En gros,
22:04c'était quelqu'un
22:05sur qui on ne pouvait
22:06pas compter.
22:08Vous l'avez dit
22:09à la famille
22:09Ribolovlev ?
22:11Non, pourquoi faire ?
22:13C'était leur ami personnel.
22:18Bouvier,
22:19voyant à quel point
22:19la famille Ribolovlev
22:21était proche de Rappaud,
22:23a voulu compter
22:24sur l'aide
22:25de cette dernière.
22:28Après l'incident
22:29du Chagall,
22:30M. Bouvier
22:31a contacté
22:31Mme Rappaud.
22:33Il voulait organiser
22:34une rencontre
22:35avec Dimitri Ribolovlev.
22:38Lors de la première rencontre
22:40chez M. Ribolovlev,
22:45je regarde,
22:47je vois quand même
22:48qu'il y avait
22:48des catalogues
22:49de tableaux,
22:51des catalogues
22:52de maisons de vente,
22:55que les murs
22:56sont vides.
23:00À la suite
23:01de cette visite,
23:02M. Riboloviev
23:03a déclaré
23:04à Mme Rappaud,
23:06c'est la personne
23:07qu'il me faut
23:07pour acquérir
23:08des œuvres d'art
23:09parce qu'il est
23:11au centre du marché,
23:12donc si j'achète
23:12auprès de M. Bouvier,
23:14je vais économiser
23:15les intermédiaires.
23:20Clairement,
23:21M. Ribolovlev
23:22a dépeint ça
23:23comme une grande amitié.
23:26Voilà un homme
23:27qu'il accueillait
23:28chez lui
23:28et qu'il fréquentait
23:30souvent.
23:37On a appris
23:38bien plus tard
23:40que Bouvier
23:41n'avait pas révélé
23:42qu'une de ses entreprises
23:43avait un lien
23:44avec le propriétaire
23:46du premier tableau
23:47que Ribolovlev
23:47avait acheté,
23:49à savoir le Chagall.
23:53Il ne l'a pas dit
23:54à M. Ribolovlev.
23:57Ça a été très facile
23:58pour lui
23:59d'obtenir le certificat.
24:03Pourquoi partager
24:04des informations ?
24:07J'étais un homme
24:08de très secret.
24:10C'est ma nature.
24:15ce qu'il faut
24:17pour le propriétaire.
24:18C'est parfait.
24:20Parce que je le connaissais.
24:22Si vous voulez,
24:23comment ça se passe ?
24:23Moi, mon représentant
24:27était le conseiller
24:29du propriétaire.
24:34Ce tour de passe-passe
24:36a donc été le premier
24:37dans la construction
24:37de leur relation.
24:40C'est une illustration
24:41de la toile de mensonge
24:42complexe
24:43qu'il a tissée
24:44pour obtenir
24:45la confiance
24:46de M. Ribolovlev
24:47et l'entretenir.
24:54Vous avez un milliardaire
24:55en face.
24:57Un oligarque.
24:59Quand un oligarque
25:00rentre
25:01chez quelqu'un,
25:03qu'est-ce que va faire
25:04tout commerçant ?
25:08Il va essayer
25:09de le garder
25:09à lui faire dépenser
25:10de l'argent
25:13le plus longtemps possible.
25:22Ça, c'est la nouvelle partie
25:24du port-franc.
25:25New part of the report.
25:26Et Natural Locult,
25:27elle a beaucoup
25:28de stockage là-bas,
25:30ici,
25:30et aussi une partie
25:31dans des basements.
25:36Mon système,
25:37c'est d'être partout.
25:41De devenir indispensable
25:42dans toute la chaîne
25:44de l'œuvre d'art.
25:48Évidemment,
25:49d'avoir des sociétés
25:50où je suis partenaire
25:51ou actif
25:52qui sont rémunérées
25:53sur l'ensemble
25:53des services.
25:56Nous avons analysé
25:58cette partie-là
25:59puisque l'expert
26:02dit que ceci
26:03a été changé
26:03d'après la photo
26:05dans le catalogue.
26:06Donc ici,
26:07on voit qu'il n'y a pas
26:08de restauration.
26:10OK.
26:12Vous rencontrez
26:13tous les gens
26:14qui sont liés
26:15au marché
26:17de l'art
26:18et à prendre
26:18les compétences
26:19et écouter
26:21tous les participants
26:23du marché.
26:29Et à un certain moment,
26:30je me suis dit
26:33j'aime l'art,
26:35je pense que j'ai pris
26:36les compétences,
26:37j'ai compris
26:37comment ça fonctionnait
26:38le marché.
26:39Donc je ne vais aussi
26:41pas être plus bête
26:42forcément
26:42qu'un marchand d'art.
26:46je vais aussi acheter
26:47et revendre
26:47des pièces.
26:50Donc j'ai commencé
26:51comme ça,
26:51évidemment,
26:52par des petites pièces.
26:53Puis petit à petit,
26:54j'ai augmenté
26:55la cadence.
26:59Il a changé de camp
27:01et a commencé
27:02à acheter des œuvres
27:03pour lui-même
27:04et pour les autres.
27:09et c'est devenu
27:12très controversé
27:13parce qu'il avait réussi
27:15à accumuler
27:16d'immenses connaissances.
27:22des informations
27:23très précieuses.
27:28Il nie les avoir
27:29utilisées
27:30de manière inappropriée.
27:33Mais il est devenu
27:35marchand d'art,
27:36un des plus importants
27:37du monde.
27:42Déjà,
27:43le commerce de l'art,
27:47je ne suis pas joueur
27:48dans le domaine casino.
27:50Mais le commerce de l'art,
27:51c'est un jeu.
27:52Pour tout le monde,
27:53c'est un jeu.
27:54Pourquoi c'est un jeu ?
27:55Parce que l'œuvre d'art,
27:56en fin de compte,
27:57elle n'a pas de prix.
28:01Le premier deal
28:02que j'ai fait
28:03avec M. Rivolo Vleuf,
28:05c'était un tableau
28:07de Vincent Van Gogh
28:09en 2003.
28:10À cette époque-là,
28:11c'est vraiment
28:11la star Van Gogh.
28:16Et je me dis,
28:17ce tableau-là,
28:18ça peut être
28:19dans le goût
28:20de M. Rivolo Vleuf.
28:22Je demande à Mme Rappaud
28:23de dire à M. Rivolo Vleuf
28:25est-ce qu'il est intéressé
28:26pour ce tableau ?
28:31Présenter un tableau,
28:32c'est compliqué.
28:34C'est une mise en scène,
28:35c'est comme un théâtre.
28:37Vous devez d'abord
28:38placer le tableau.
28:40Il y a une hauteur
28:41où vous allez le placer
28:42par rapport au client.
28:44Il y a une distance
28:45où il faut mettre
28:46le client devant le tableau.
28:48Vous allez vous dire,
28:49celui-là,
28:49le tableau,
28:49je vais le mettre
28:50à 3 mètres,
28:50celui-là,
28:50je vais le mettre
28:51à 4 mètres.
28:52Après,
28:53il y a l'éclairage.
28:54Il y a des spots cadreurs,
28:56il y a des spots diffuseurs.
28:57Il y a des tableaux,
28:58il faut donner de l'intensité,
29:00vous allez cadrer un maximum.
29:03D'autres,
29:03vous allez faire la surprise
29:04dans le noir,
29:05c'est-à-dire,
29:05vous arrivez dans le noir,
29:06vous allumez les spots
29:08sur le tableau.
29:12La personne rentre
29:13pour voir le tableau.
29:15Vous êtes présents.
29:17Les yeux de la personne.
29:23Vous devez lire son mouvement,
29:25vous devez lire son visage.
29:27Et même sans parler un mot,
29:30vous devez comprendre
29:31s'il aime le tableau
29:32ou s'il n'aime pas le tableau.
29:34Les yeux,
29:35il pétille ou il pétille pas.
29:37Et quand les yeux,
29:38il pétille,
29:39vous avez un boulevard.
29:43Là-dessus,
29:44il me fait une offre.
29:51Toute une partie
29:53de notre relation
29:55va commencer à ce moment-là.
30:00Monsieur Ribolevleff
30:01m'a dit qu'à partir de là,
30:02ce serait notre agent
30:04et qu'il travaillerait pour nous.
30:06Monsieur Ribolevleff
30:07a demandé à Bouvier
30:08combien il demandait
30:09pour ses services.
30:10Et c'est Monsieur Bouvier
30:11qui a dit
30:12« Je veux une commission
30:13de 2% sur chaque transaction
30:15en tant que rémunération totale. »
30:182% de rémunération
30:19sur chaque transaction conclue.
30:27Bouvier a insisté
30:29sur l'importance
30:30de tout garder confidentiel.
30:32Il a dit
30:33« Quand je négocierai
30:35une acquisition pour vous,
30:37je ne veux pas
30:39que les vendeurs sachent
30:40que je le fais
30:41pour un oligarque russe.
30:44Parce que s'ils le savent,
30:46ils demanderont
30:47un prix bien plus élevé.
30:50et de leur côté,
30:52les vendeurs ne veulent pas
30:53forcément que les gens
30:54sachent ce qu'ils vendent,
30:57ce qui pourrait être
30:58interprété
30:59comme un signe
31:00de difficultés financières.
31:03Les vendeurs ne veulent pas
31:05nécessairement
31:06que les gens le sachent.
31:08On a parfaitement compris.
31:09C'était logique. »
31:11« Les informations
31:12passaient donc
31:13par Bouvier
31:14pour qu'il puisse
31:16les manipuler
31:17à son avantage. »
31:23« En fait,
31:25Bouvier,
31:26c'était vraiment
31:27le loup dans la bergerie. »
31:39« Ribolovlef,
31:40vous voyez comme son agent
31:41et… »
31:42« Non.
31:44Monsieur Ribolovlef
31:45savait dès le début
31:46que j'étais un vendeur. »
31:49« Autre élément important,
31:51c'est que Bouvier
31:52n'a jamais endossé
31:53le risque économique
31:54des transactions.
31:56Si vous regardez
31:57l'historique des transactions,
31:59voilà ce qu'il fait.
32:00Il négocie un prix,
32:02il donne un autre prix
32:03à Monsieur Ribolovlef,
32:04il attend l'argent
32:06puis le transfert
32:07au vendeur.
32:12Il manipule
32:13tout à son avantage.
32:18Et bien sûr,
32:19il y avait aussi
32:20les incitations
32:21constantes
32:22de Tania Rappo.
32:25Elle n'était pas
32:25experte en art,
32:27mais elle n'arrêtait
32:28pas de dire
32:28« Oh,
32:29cette pièce
32:30est formidable.
32:32Dimitri,
32:33je t'en prie,
32:33regarde-moi ça.
32:34Oh là là,
32:35il faut absolument
32:36que tu l'achètes. »
32:41Je lui ai dit
32:41« Écoutez,
32:43je vous donnerai
32:44une commission
32:45d'apporteur d'affaires.
32:46Qu'est-ce que veut dire
32:47une commission
32:48d'apporteur d'affaires ? »
32:49C'est une personne
32:49qui reçoit une commission
32:50pour mettre
32:52deux personnes
32:53en relation.
32:54Et évidemment,
32:56sur l'ensemble,
32:56ça fait environ
32:57100 millions
32:57de dollars
32:58qu'elle a reçues
32:59en commission
32:59sur 10 ans.
33:03Les commissions
33:04de Tania Rappo
33:05étaient cachées
33:06à Dimitri
33:07Ribolovleff
33:07et à sa famille.
33:09Elle n'a jamais
33:10mentionné
33:11avoir reçu
33:11de l'argent
33:12de bouvier.
33:19Pour M. Ribolovleff,
33:21c'était un nouveau monde
33:22dans lequel
33:23il faisait son entrée
33:24avec un guide
33:24qui semblait avoir
33:25ses intérêts
33:26à cœur.
33:28Les critiques
33:28disent que ça
33:29l'a rendu
33:29extrêmement vulnérable
33:31car tout reposait
33:32sur un seul homme.
33:50Il n'y a pas
33:51de prix sur l'art.
33:54Par le chef d'oeuvre,
33:55il n'y a pas de prix.
34:10quand on est
34:10sur des pièces
34:11exceptionnelles
34:12et qu'on sent
34:13que le client
34:15il aime la pièce.
34:20Le problème,
34:21ce n'est pas moi.
34:22Le problème,
34:22c'est le client.
34:34c'est le client
34:35qui est addict.
34:38Ce n'est plus moi
34:38qui joue,
34:39c'est lui-même
34:39qui joue contre lui-même.
34:43Une de mes qualités
34:44ou peut-être un défaut,
34:46c'est depuis ma jeunesse,
34:47je ne connais pas la peur.
35:03Je vis toujours
35:04pour le jour d'après
35:05et pas pour le jour d'avant.
35:09Il ne faut pas réfléchir,
35:11de toute façon.
35:11Il faut faire.
35:15Il n'y a pas de risque
35:16que ça tourne mal.
35:18Il y en a beaucoup.
35:20J'ai cassé
35:21les cinq métatars.
35:23J'ai cassé
35:23le talon.
35:24J'ai cassé
35:25la rotule.
35:26J'ai fait
35:27les ligaments.
35:28Les ligaments.
35:29J'ai cassé
35:30le poignet.
35:31J'ai cassé
35:32l'épaule.
35:33J'ai cassé
35:34le sternum.
35:34Ça, c'est terrible
35:35ce sternum.
35:36Ça fait mal.
35:37D'où vous vient
35:38cet appétit
35:38pour les sensations fortes ?
35:41Ça, il faudrait
35:42demander à un psychiatre.
35:44Je pense que c'est inné
35:46en moi.
35:47Je ne peux pas
35:47l'expliquer.
35:50On jouait au football
35:51ici.
35:53Et l'école,
35:54c'était là-bas.
35:55Donc, ce qui veut dire
35:56que pour moi,
35:56pour aller à l'école,
35:57jouer au football
35:58et autres,
35:59c'était le roi du monde.
36:00Le roi, non.
36:03Qu'est-ce qu'il est ?
36:06Je ne suis pas marié.
36:10Je n'ai pas d'enfant.
36:14J'ai toujours voulu
36:16être très, très
36:17imprépendant.
36:18Je ne suis pas
36:19quelqu'un
36:20qu'on contrôle.
36:22C'est ce qui m'apprend
36:23beaucoup,
36:24parce que j'avais les vaches.
36:25Quand on est
36:26dans la profession
36:26avec le bétail,
36:28il n'y a pas
36:28de week-end.
36:29Les vacances,
36:31après,
36:32à la fois,
36:32on y a choisi.
36:41Au début des années 2000,
36:43on remarque
36:43que les nouveaux clients
36:44sur le marché
36:45de l'art
36:46étant
36:47les Russes,
36:49donc je me dis
36:49en termes
36:50d'opportunités,
36:51je ne vais pas aller
36:52à New York
36:52où il y a déjà
36:53200 marchands,
36:54je vais aller
36:54sur un marché
36:55qui est vierge
36:55et organiser
36:56quelque chose.
37:00La Russie
37:01était un endroit
37:02extrêmement prometteur
37:04et mystérieusement
37:06excitant
37:06pour vendre
37:07de l'art.
37:14Pour moi,
37:15la Russie,
37:16c'était une aventure.
37:19Il a été l'une
37:20des premières personnes
37:21du monde
37:22de l'art
37:22à y aller
37:23à la recherche
37:23d'argent frais.
37:27J'engage
37:27des gens
37:28de compétences,
37:29par exemple,
37:29Sixteen Crutchfield,
37:30une vraie professionnelle
37:31dans le domaine
37:32de l'art.
37:35Il m'a dit
37:36avoir besoin
37:36de quelqu'un
37:37pour organiser
37:38un salon d'art.
37:39J'ai dit
37:39que je ne savais
37:40pas faire ça.
37:41Il m'a répondu
37:42que lui non plus.
37:46J'ai dit
37:47que je n'étais
37:47pas bon marché
37:48et il a répliqué
37:49« Je ne suis pas radin,
37:50votre prix sera le mien. »
37:52C'est comme ça
37:52que ça a commencé.
37:58Je vois
37:58qu'il y a
37:59un endroit
38:00qui s'appelait
38:00le manège
38:01à Moscou,
38:03qui est le plus
38:03bel emplacement
38:04de Moscou.
38:07On a dû
38:08rassurer
38:08les exposants.
38:10Ils avaient très peur
38:12que les Russes
38:12confisquent
38:13toutes leurs marchandises
38:14et que ça devienne
38:15un gros scandale.
38:18Personne n'était
38:19allé en Russie
38:19avec autant de valeurs
38:20et autant d'œuvres
38:21irremplaçables
38:22en cas de vol.
38:25On avait
38:25environ 80 galeries.
38:28Ça, c'était
38:30mon stand
38:31avec mon nom.
38:35J'ignore comment,
38:37mais Yves
38:38s'était débrouillé
38:39pour que le Kremlin
38:41invite
38:41l'ensemble
38:42des exposants.
38:43D'habitude,
38:44c'était un honneur
38:45réservé aux dignitaires.
38:47Il y a toujours
38:48un gala d'ouverture.
38:51On avait
38:52un tapis rouge
38:52qui allait du manège
38:54au Kremlin
38:54par la porte arrière.
38:57Quand on regarde
38:58des films de Disney
38:59comme La Belle et la Bête
39:00et qu'on voit
39:00des salles de balle
39:02dans des palais magnifiques,
39:03on se dit
39:03que ça n'existe pas
39:05dans la vraie vie.
39:05pourtant,
39:06elles existent,
39:07elles sont au Kremlin.
39:10On a eu droit
39:10à une visite guidée
39:11de toutes ces pièces,
39:13les mêmes que celles
39:14où on voit
39:14Poutine à la télévision.
39:24C'était hallucinant.
39:29À Moscou,
39:30on était devenus
39:31l'événement de l'année.
39:32On a eu plus de 65 000 visiteurs
39:35en cinq jours.
39:36Il y avait une file d'attente
39:37de deux heures et demie.
39:41On a vu des milliardaires
39:42s'impliquer activement.
39:47L'épouse de Ribola Vlef
39:48était la présidente
39:49de ce salon de Moscou.
39:52Bouvier traînait
39:53avec tous ses oligarques.
39:56Ils le connaissaient tous.
39:58Je montais en rating.
40:02Je sais pas,
40:03j'ai fait des soirées
40:03où j'invitais 20 oligarques
40:05dans la même pièce
40:06alors que personne n'arrivait
40:06en mettre deux
40:07parce qu'ils ne peuvent pas se voir.
40:12Ils ont fini par représenter
40:13une part énorme du marché.
40:17Qui étaient vos clients en Russie
40:18à part Ribola Vlef ?
40:22Alors je vais rester très suisse
40:24dans ma réponse.
40:25Je vais pas vous donner
40:26le nom du client.
40:27Si un client achète quelque chose,
40:28je vais pas lui dire
40:29qu'il a acheté ça.
40:30Donc celui-là,
40:31j'ai toujours pris à la lettre
40:32la notion de la discrétion,
40:34toutes les informations
40:35qu'on me donnait,
40:36je les conservais.
40:42Yves Bouvier s'occupe d'art.
40:45Mais c'est seulement
40:47la partie émergée de l'iceberg.
40:48En dessous,
40:49il y a toute une entreprise
40:51qui consiste à faciliter
40:53les transactions
40:55et à les dissimuler.
40:57Ça implique des dizaines
40:59de pays variés,
41:00des structures légales différentes,
41:02des banques,
41:02des avocats,
41:03des comptables.
41:04Anonymat est un mot formidable.
41:07Contrairement au mot secret.
41:09Sauf que ce n'est jamais secret.
41:11C'est confidentiel.
41:13Bouvier utilise le mot discret.
41:14C'est encore mieux.
41:16C'est le top.
41:17La discrétion.
41:18Qui n'aime pas la discrétion ?
41:21Franchement,
41:22il faut bien le reconnaître.
41:24C'est quelqu'un de brillant.
41:30Lorsque l'affaire Panama a explosé
41:32et montré que certaines personnes
41:35utilisaient des sociétés offshore,
41:37le Consortium international
41:38des journalistes d'investigation
41:40a créé une plateforme
41:42où l'on pouvait consulter
41:43la liste des entreprises
41:44appartenant à quelqu'un.
41:51En saisissant le nom de Bouvier,
41:53on a trouvé une ribambelle d'entreprises.
42:00Il avait en fait créé
42:02des centaines de sociétés offshore.
42:18Offshore est un mot génial.
42:20Ça veut juste dire ailleurs.
42:23C'est infiniment complexe
42:25en pratique.
42:26Mais le principe est simple.
42:28Si votre argent est offshore,
42:29il est ailleurs.
42:30Et par conséquent,
42:32les lois du pays où vous vous trouvez
42:34ne s'y appliquent pas.
42:38C'est ça, Moneyland.
42:43Certaines de ces entreprises,
42:44qui étaient de simples sociétés-écrans,
42:47proposaient à certains clients
42:48d'effectuer des transactions
42:50de façon plus discrète.
42:54Ça a donc permis à certains
42:56d'éviter de payer des impôts.
43:00Il n'y a aucune loi contre ça.
43:02On ne peut pas en vouloir
43:03aux gens d'avoir profité
43:04d'un mécanisme financier
43:06qui les avantage.
43:09Le problème,
43:11c'est l'ampleur du phénomène.
43:12Le nombre de personnes
43:13qui ont des comptes offshore,
43:15le nombre de galeries,
43:16de marchands,
43:17de collectionneurs.
43:21Franchement,
43:21c'était démesuré.
43:31Aux alentours de 2006,
43:34une des mines a été inondée.
43:47Ça a été une crise majeure.
43:53Un énorme gouffre.
43:54Un des bâtiments a fini
43:55au fond d'un trou.
44:00Le gouvernement russe
44:01a commencé à s'interroger
44:02sur l'inondation de la mine
44:04et a rejeté la faute
44:06sur Dimitri.
44:10Il s'est dit que c'était
44:12une bonne idée de vendre
44:13et il a vendu.
44:16Aucun autre oligarque russe
44:18a tout vendu
44:18et s'en est sorti
44:20de cette manière.
44:23Je ne sais pas
44:24comment il a fait.
44:28On ne le connaissait pas
44:29vraiment en Occident
44:30jusqu'à ce qu'il vende
44:31cette entreprise
44:32pour des milliards de dollars.
44:34D'un seul coup,
44:35ce n'était plus uniquement
44:36un homme riche,
44:37c'était un ultra-rich.
44:40Avec tout cet argent,
44:42qu'est-ce qu'il allait acheter ?
44:44Comment le mettre
44:45en sécurité ?
44:51J'ai vécu en Russie
44:52de nombreuses années.
44:55J'ai parcouru
44:56toute l'ex-Union soviétique.
44:59Et je me suis beaucoup
45:00intéressé aux oligarques.
45:02Pourquoi ils étaient
45:04si riches ?
45:06Ils venaient de pays pauvres.
45:08C'était souvent
45:09des États en faillite.
45:12Et pourtant,
45:14on voyait des hommes
45:14très riches.
45:15Toujours des hommes.
45:17Ça me semblait
45:19incroyable
45:19que ces gens
45:20qui étaient
45:22disons corrompus
45:23ou du moins douteux
45:26puissent dépenser
45:27tout cet argent
45:27à Londres,
45:28à Paris
45:29ou à New York
45:30comme s'ils étaient
45:31des riches ordinaires.
45:35Dans les années 2000,
45:37les acheteurs russes
45:38sont arrivés
45:38avec beaucoup d'argent.
45:40Avec leur acquisition
45:41et leur apport de richesse,
45:43les prix ont augmenté.
45:4898 millions de dollars.
45:50A juger.
45:51Félicitations.
45:52Merci beaucoup.
45:53Les grandes maisons
45:54de vente aux enchères
45:56organisent des ventes
45:57tout au long de l'année
45:58au cours desquelles
45:59les acheteurs
46:00se réunissent publiquement
46:01et enchérissent
46:02sur des œuvres d'art.
46:04A juger.
46:06Ça a été une compétition
46:08de dépenses frénétiques
46:09entre les oligarques
46:11pour voir
46:12qui dépenserait le plus.
46:13Trois fois.
46:14A juger.
46:15Tout est possible
46:16en Occident.
46:18C'est une période
46:19vraiment intéressante.
46:21Monsieur Ribolov-Lef
46:23a réussi à vendre
46:24son empire de la potasse
46:25pour des milliards de dollars.
46:27Et ça coïncide
46:28avec les ambitions
46:29de Monsieur Bouvier.
46:36Désormais,
46:37les transactions
46:38sont devenues
46:39bien plus fréquentes.
46:41Et Bouvier a commencé
46:42à travailler
46:43très étroitement
46:44avec Sotheby's.
46:47Bonsoir,
46:48mesdames et messieurs
46:48et bienvenue à tous
46:49chez Sotheby's.
46:51On ne peut pas travailler
46:52dans ce domaine
46:53sans avoir de relation
46:54avec les maisons de vente.
46:57Adjugé.
46:57Merci.
46:58On passe par elles
46:59pour acheter,
47:00pour vendre
47:00et pour obtenir
47:02des avantages.
47:03C'est 60 millions.
47:04Merci.
47:05Toutes les maisons de vente,
47:05ils aiment avoir des clients
47:06qui mettent beaucoup
47:07en vente
47:08et qui achètent beaucoup,
47:09qui font du volume.
47:0969 millions de dollars.
47:12C'est un monde fou
47:14et raffiné
47:14où on parle
47:15le bon français
47:16et le bon allemand.
47:17Mais ne soyez pas surpris.
47:20Derrière ces beaux costumes,
47:21c'est un univers impitoyable.
47:24C'est très intime
47:25et émouvant.
47:26C'est une toile
47:27vraiment,
47:28vraiment exceptionnelle.
47:30Catella élève
47:31quelque chose
47:32de très banal
47:33en quelque chose
47:33d'extraordinaire.
47:40C'est impossible
47:41de faire ce métier
47:42sans mentir aux gens.
47:43Vous êtes obligé
47:45d'exagérer outrageusement.
47:47Je n'ai jamais rien vu
47:49de tel
47:49de mon vivant.
47:52Vu que les collectionneurs
47:54et les vendeurs
47:55veulent de plus en plus
47:56de confidentialité
47:57et d'anonymat,
47:59il y a eu une évolution.
48:02De nombreuses maisons
48:03de vente
48:04délaissent les enchères
48:05et se tournent
48:06vers les ventes privées.
48:09Lors desquelles
48:10les maisons de vente
48:11réunissent les acheteurs
48:12et les vendeurs
48:13à huit clous.
48:24Plus on est précis
48:25concernant tous les documents,
48:27relevés bancaires
48:28et autres preuves
48:29de vente
48:29de différents tableaux,
48:32mieux on comprend
48:33cette affaire.
48:41Ce tableau est un
48:42des chefs-d'œuvre
48:43que Ribolo Vlef
48:44a acheté.
48:48C'est la première fois
48:50qu'on voit
48:50Sotheby's
48:51entrer en scène
48:53et
48:54c'est le début
48:56de la fin.
48:58C'était extrêmement rare
49:00qu'un Klimt
49:01soit à vendre.
49:02Alors quand il est arrivé
49:03sur le marché,
49:05ça semblait assez exceptionnel.
49:07Un vrai régal
49:09pour le marché.
49:10Ce Klimt,
49:11pour moi,
49:12il n'a pas de prix.
49:13C'est le plus beau
49:14du monde.
49:16de la fin,
49:20c'est le plus beau
49:21sur le marché.
49:21C'est le plus beau
49:23et c'est le plus beau
49:43du monde.
49:43C'est le plus beau
49:45qui est le plus beau
49:49Ce tableau-là, il était en collection particulière.
49:53Sotheby's arrive à voir ce tableau.
49:55De toutes les façons, je veux le signer.
50:01Tout ce qu'il avait à faire, c'était de convaincre Dimitri de l'acheter en y mettant le prix.
50:06Ce chodeur est le plus beau en main privée et correspond parfaitement au style Belle Époque de votre résidence.
50:14Ici, Bouvier dit que c'est le plus beau des tableaux. C'est le premier message.
50:19Dans les e-mails qui ont été portés au dossier, on constate que Bouvier avait créé toute une mise en
50:25scène autour de ses transactions avec Dimitri.
50:32Il joue un rôle.
51:07Vous croyez que ça me plaît que mes e-mails aient été rendus publics ?
51:11Bien sûr que non.
51:14Au cours de l'affaire, on a appris qu'il y a eu une réunion organisée dans un entrepôt en
51:21Autriche.
51:30Dimitri arrive avec Yves Bouvier.
51:36Les deux hommes entrent
51:39et ils retrouvent Sam Vallette, le bras droit de Sotheby's pour les ventes privées.
51:45Il est assis là avec les serpents d'eau de Klimt, tout illuminés.
51:52Ça fait très James Bond, mais c'est souvent comme ça que les maisons de vente déplacent et vendent des
51:57œuvres à travers le monde.
52:17Ribolovlev comprend que ça va probablement être très cher, mais à ce moment-là, je crois qu'il tombe dans
52:23le panneau.
52:30Yves Bouvier demande la Lune, comme toujours.
52:33Il veut obtenir le plus possible.
52:35Il négocie un prix avec Sotheby's.
52:38126 millions de dollars.
52:43Bouvier nous a dit, je crois que le vendeur veut en tirer 220 millions.
52:55Il élabore un récit où il ne mentionne pas l'avoir acheté pour 126 millions de dollars.
53:01Il a tout simplement essayé de le faire mordre à l'hameçon.
53:05C'est bon, quoi.
53:31Ce serait un miracle, écrit-il.
53:33Il a utilisé le mot « miracle », si je peux l'avoir, pour 180 millions.
53:51Bouvier a empauché plus de 50 millions de marges.
53:56En plus de sa commission.
54:08Ce qui est curieux dans le monde de l'art, c'est que malgré tous ces efforts pour faire les
54:15choses le plus discrètement possible,
54:18tout le monde aime les ragots et les rumeurs vont bon train.
54:24Un an plus tard, l'info fuite dans un journal autrichien.
54:29Le Klimt aurait été vendu pour environ 120 à 126 millions de dollars, ce qui est exactement ce que Bouvier
54:35a payé.
54:39Il y a eu un article qui est sorti dans la presse à un moment qui parlait du prix.
54:44Il faut fermer absolument cette porte et que la presse parle de Klimt, ça me dérangeait.
54:51Un article dans la presse autrichienne avec un prix de sortie d'Autriche.
54:55Je ne sais pas d'où viennent ces informations.
55:06C'était probablement une façon rusée de dire qu'en gros, on ne peut pas faire confiance à la presse.
55:16Et c'est vrai que personnellement, je ne faisais pas confiance à la presse.
55:24Au bout d'un moment, je pense que ces instincts ont commencé à se manifester, du genre...
55:31J'espère vraiment que ce tableau vaut le prix que Bouvier m'a donné.
55:38Mais Bouvier persiste et dit...
55:41Je peux aller chez Sotheby's et le faire estimer, si ça peut vous rassurer.
55:48Mais miraculeusement, l'estimation de Sotheby's dit que c'est bien un tableau à 180 millions de dollars.
55:57Sotheby's estime qu'il vaut plus que le prix auquel ils l'ont vendu à Bouvier.
56:01Il vaut désormais exactement ce que Dimitri a payé.
56:05Ça, je dois dire que c'était très malin.
56:09Quand Sotheby's est allé jusqu'à produire ce certificat d'assurance indiquant une valeur de 180 millions de dollars,
56:17elle inclut une liste des transactions antérieures relatives à ce tableau.
56:22Mais celle-ci ne mentionnait pas la transaction entre Sotheby's et Bouvier.
56:27Ils ont oublié de l'inclure.
56:35Combien de temps Yves Bouvier pourra-t-il continuer à cacher ses marges ?
56:39La dernière personne qu'on a envie de se mettre à dos, c'est un oligarque russe.
56:45On peut y rester quand on énerve un oligarque russe.
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