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Avec Emmanuel Ostian, Directeur Général de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme), Fabrice Epelboin, Enseignant et entrepreneur

Retrouvez Le Numérique pour tous avec Vanessa Perez tous les dimanches à 16h30 sur #SudRadio.
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##LE_NUMERIQUE_POUR_TOUS-2026-06-21##

Catégorie

🤖
Technologie
Transcription
00:00Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:04Bonjour et bienvenue dans le numérique pour tous, l'émission dédiée à l'innovation et à la tech responsable.
00:09Et aujourd'hui on va parler d'information et peut-être même de désinformation.
00:13Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux, les influenceurs, les algorithmes et même les intelligences artificielles,
00:19aujourd'hui tout le monde produit de l'information.
00:21Mais à quelques mois d'échéance électorale majeure, une question devient essentielle.
00:25A qui peut-on encore faire confiance ? Qui est capable de fournir une information juste ?
00:29Et comment former ? Et qui seront les journalistes de demain ?
00:32Le numérique pour tous, spéciale information et numérique, c'est tout de suite et c'est sur Sud Radio.
00:37Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:40Et pour commencer cette émission spéciale numérique et information, un journaliste, grand reporter, rédacteur en chef, présentateur de télévision.
00:48Il dirige aujourd'hui l'école supérieure de journalistes pour former les nouvelles générations.
00:52Avec nous en plateau, on a le plaisir de recevoir Emmanuel Ostian.
00:56Emmanuel, bonjour.
00:57Vous êtes donc le directeur de l'école supérieure de journalisme, l'ESJ.
01:03J'ai envie de vous dire, vous avez connu le temps où l'information se vérifiait avant d'être publiée.
01:09Et aujourd'hui, elle circule en temps réel.
01:11Qu'est-ce qu'il y a le plus changé avant tout dans le métier ?
01:13Tout a changé, bien sûr.
01:16Je refuse de céder à la tentation du mythe de l'âge d'or en même temps, ayant commencé il
01:20y a trois décennies ce très beau métier qui se transforme, qui s'est complètement métamorphosé.
01:26Oui qu'à l'époque, fin des années 90, on avait encore deux paramètres qui sont de plus en plus
01:33absents aujourd'hui, qui sont le temps et les moyens.
01:35Le temps, on l'avait pour aller sur le terrain, parcourir le monde, rencontrer des gens, aller puiser à la
01:45source des informations.
01:47Et c'était accompagné de moyens qui étaient relativement importants.
01:50Moi, j'ai eu la chance de débuter et de travailler très longtemps à TF1.
01:53On pouvait encore faire ça.
01:56Aujourd'hui, le temps s'est littéralement compressé.
01:59Les moyens sont de moins en moins importants, bien entendu.
02:02Et surtout, la production nécessaire pour que les médias survivent, production nécessaire à tous ces médias, a littéralement explosé.
02:12Donc, c'est un tout petit peu plus compliqué aujourd'hui d'être journaliste.
02:16Alors, il y a peut-être un troisième paramètre aujourd'hui qui est l'intelligence artificielle.
02:20J'ai envie de vous demander, vous qui êtes en relation encore avec beaucoup de journalistes, comment elle est accueillie
02:24dans les rédactions ?
02:24Est-ce que les gens s'en emparent de manière très positive ou alors un peu critique ?
02:29Non, si on est honnête, on se retrouve avec beaucoup de gens qui sont comme des poules devant un couteau,
02:35bien entendu.
02:35Parce que c'est un engin qui est tellement puissant et qui est tellement complexe parce qu'il est presque
02:43contre-intuitif pour un journaliste.
02:45C'est-à-dire, comment se saisir d'un outil dont certains se disent qu'il va finir par les
02:51remplacer ?
02:51Enfin, il y a presque un rapport qui est un rapport ambiguïs.
02:57Donc, les rédactions aujourd'hui avancent, je trouve, lentement dans cette nécessaire évolution.
03:05C'est-à-dire que tout le monde ne s'en saisit pas avec aussi des différences générationnelles qui sont
03:11extrêmement importantes.
03:13Le jeune journaliste qui est un natif du digital le fait sans doute différemment de quinquagénaire comme moi.
03:24Mais en tout cas, pour l'instant, je ne suis pas sûr encore que les rédactions en aient réellement pris
03:29la mesure.
03:29En plus, il faut quand même souligner quelque chose.
03:31C'est que l'intelligence artificielle va se nourrir de tout ce qu'elle trouve sur Internet.
03:35Il y a peut-être une chance.
03:35Donc, il y a du vrai et il y a du faux.
03:37Donc, ça veut dire que peut-être en se nourrissant et en faisant une requête sur l'intelligence artificielle, on
03:41peut avoir une fausse information.
03:43C'est vrai.
03:44C'est vrai.
03:45Et en même temps, alors, ce n'est pas pour le plaisir d'être optimiste, même si je le suis
03:50et sinon je ne dirigerai pas une école.
03:52J'ai le sentiment aujourd'hui que si les choses se passent bien, l'IA peut être une chance.
03:59Justement, pour le journalisme.
04:00Pourquoi ?
04:01On est passé d'une période de réseaux sociaux dont l'unique vocation était l'économie de l'attention, de
04:10faire circuler les informations, peu importe qu'elles soient justes ou fausses.
04:14Il s'agissait d'abord d'aller capter du temps de cerveau, comme aurait dit un PDG que j'ai
04:22connu.
04:24Le principe même des réseaux sociaux n'avait que faire de la réalité et de la vérité.
04:30L'IA, c'est autre chose.
04:32La promesse de l'IA, et c'est sans doute la raison pour laquelle elle est aujourd'hui autant utilisée,
04:38c'est la justesse.
04:38La promesse de l'IA, c'est que lorsque l'on prompte et qu'on demande une information à Claude,
04:45ChatGPT, etc., on a une information juste et solide.
04:50Et on se rend compte malgré tout qu'aujourd'hui, on a plusieurs grands acteurs de l'IA qui commencent
04:56à signer des partenariats avec des grands médias, justement, pour aller puiser à la source.
05:00Parce que sur l'information, alors je ne parle pas des connaissances scientifiques, historiques, etc., où là, c'est beaucoup
05:07plus documenté.
05:09Mais sur l'information elle-même, je crois que le seul relais encore à peu près impartial, efficace, en tout
05:16cas dans la théorie, reste le journaliste.
05:20Et reste le journaliste qui en puisse, va enquêter, rencontrer, puiser à la source, vérifier, vérifier deux fois, etc., etc.
05:29Mais c'est là peut-être toute la différence, parce qu'un journaliste qui va aller sur le terrain faire
05:32une investigation, il a un vécu, il a une sorte de matérialité qu'il va transmettre à ses lecteurs.
05:38Chose que l'IA n'a absolument pas, puisqu'elle n'a pas ce vécu, donc elle va donner quelque
05:42chose de lisse et linéaire.
05:43C'est ce que je dis à mes étudiants, l'IA, profitez-en, l'IA n'a toujours pas de
05:48jambes.
05:48Et c'est tant mieux.
05:49Et tant mieux, il n'a toujours pas de cœur qui bat, il n'a toujours pas d'émotion, il
05:53n'a toujours pas de filouterie aussi.
05:55L'IA ne va jamais mettre le pied dans une porte, l'IA ne va pas aller discuter avec quelqu
06:00'un, il va recueillir, il va documenter, il va augmenter, il va analyser.
06:04Enfin, elle est absolument épatante, cette intelligence artificielle, mais elle a des moyens très limités.
06:12Or, vous avez raison, elle a besoin d'informations.
06:16C'est un gigantesque maelstrom qui se nourrit en permanence.
06:19Et elle a besoin d'informations, je le redis parce que je pense que c'est très important, juste.
06:24C'est-à-dire qu'à partir du moment, et ça vous en parlerez sans doute, mais à partir du
06:29moment où on se rendra compte que les informations qui remontent sur l'IA sont corrompues,
06:34le modèle lui-même n'a plus de raison d'exister.
06:38Complètement.
06:38Alors, tous ces signaux faibles, vous qui formez les jeunes générations, c'est difficile de faire un programme et de
06:43s'adapter en temps réel à toute cette actualité frénétique sur l'intelligence artificielle.
06:47Qu'enseignez-vous justement d'intemporel, on va dire, à vos jeunes journalistes, vos futurs journalistes ?
06:52Alors, on a un principe qui est assez simple, qui est 0-100.
06:58On a une partie de la pédagogie et de l'enseignement qui est 0% IA, c'est-à-dire
07:04c'est le journalisme à l'ancienne,
07:06qu'il faut à tout prix revitaliser, parce qu'il s'est un tout petit peu perdu quand même ces
07:11derniers temps.
07:12C'est aller sur le terrain, c'est d'une simplicité biblique.
07:15On va sur le terrain, on reporte ce que l'on voit, on rencontre des gens, on va chercher des
07:20informations vraiment à la source,
07:22et ensuite, aucune utilisation possible de l'IA pour la restitution, pour l'article, pour le reportage, etc.
07:28Ça, c'est le 0%.
07:29Donc, vous continuez à apprendre à écrire ? Je pense que c'est essentiel de le dire.
07:32Mais bien entendu, d'autant plus que si on n'apprend pas à écrire, si on n'apprend pas, on
07:38va même donner des cours de philo,
07:40des cours de créativité, des cours d'épistémologie, pour que chacun ait un cerveau qui lui permette d'exprimer une
07:48personnalité,
07:48enfin d'exprimer ce que l'IA n'a pas.
07:50Donc, en fait, vous renforcez cet apprentissage académique qu'on avait dans les anciennes écoles, on va dire, quelque part.
07:55Exactement. Et il faut à tout prix le remettre à l'honneur, parce que sinon, s'il s'agit d
07:59'avoir un match entre une intelligence qui est surpuissante
08:06et puis une jeune personne qui est en formation, le match, de toute façon, est perdu.
08:09Encore une fois, il faut aller là où l'IA ne pourra en aucun cas remplacer les journalistes.
08:14Donc ça, c'est le 0%.
08:15Le 100%, c'est qu'on n'est pas non plus idiots et on se rend compte qu'il faut
08:21utiliser l'IA dans l'exercice journalistique,
08:24mais dans ce cas, ça doit être parfaitement encadré, ça doit être affiché, ça doit être assumé.
08:29Et le journaliste qui se livre à cet exercice va expliquer comment il utilise l'IA, ce que l'IA
08:38lui a apporté dans son papier.
08:41C'est souvent des papiers plus analytiques, plus macro.
08:44Et là, l'IA a toute sa place, encore une fois, à partir du moment où c'est encadré et
08:48où on est capable de vérifier que les informations sont justes.
08:52Et malgré tout, les jeunes ne cèdent pas l'effet de paresse, c'est-à-dire faire un prompt et
08:56puis avoir une réponse immédiate ?
08:57Parce qu'on voit, même dans les lettres de candidature qu'il vous envoie...
09:01Mais vous n'imaginez même pas, bien sûr, le nombre de petites anecdotes.
09:06Mais en même temps, à partir du moment où on leur dit que leur paresse entraînera leur disparition,
09:15qu'en revanche, le fait de vouloir non pas lutter, parce qu'il ne s'agit pas de lutter, c
09:21'est un tango en principe,
09:22et de s'approprier cet outil pour aller plus vite, aller mieux, peut-être même parfois être meilleur,
09:31aller vérifier un certain nombre d'informations, ils le comprennent très bien.
09:34La tentation de la triche, il y a un an et demi, quand je suis devenu directeur de l'ESJ,
09:41était assez présente, était même très présente.
09:45Aujourd'hui, elle est quasiment inexistante.
09:48Vous avez fait un bon travail.
09:50Non, je crois qu'on a remis l'église au centre du village.
09:54Si je vous disais demain que si vous avez telle habitude, vous allez mourir,
10:01a priori, intelligente comme vous êtes, vous changerez, vous modifierez cette habitude pour rester en pleine santé.
10:08Alors, on garde un petit peu de temps pour les dernières questions, Emmanuel.
10:11Oui, on sait, les jeunes générations aussi s'informent énormément sur les réseaux sociaux,
10:14sur TikTok, sur Instagram ou même YouTube, où quelque part, l'émotion va primer sur la vérification.
10:21Est-ce que là aussi, il y a un rôle du journaliste, justement, d'instaurer quelque part une forme de
10:26régulation
10:27et d'aller investir les réseaux sociaux de manière un peu plus raisonnable ?
10:30Oui, alors, raisonnable, ça, je ne sais pas, parce que ça reste des trappes émotionnelles extrêmement puissantes.
10:38D'ailleurs, il n'y a pas que les jeunes, on est tous emportés dans ce tourbillon.
10:42Là, c'est la même chose.
10:43Quand vous expliquez à un jeune, moi, j'ai fait de la télé pendant des années,
10:47la télé est par essence très émotionnelle.
10:49Quand on va tourner un reportage, quand il se passe des choses qui sortent de l'ordinaire,
10:54ça actionne un levier émotionnel qui est très important.
10:57Donc, dans le fond, ça existe depuis longtemps.
10:59À partir du moment où on explique qu'une émotion doit venir illustrer un phénomène,
11:05un phénomène rationnel, l'incarner,
11:08et qu'il doit se mettre au service d'un fait,
11:15là, je trouve que les choses se passent bien.
11:18C'est quand l'inverse se produit qu'on a un problème.
11:22Emmanuel, 30 secondes pour conclure.
11:24Face à des machines qui sont capables d'imiter la voix,
11:26parce qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle permet d'imiter la voix,
11:29de générer du texte.
11:30Est-ce que la carte de presse, demain, va être un graal ?
11:34Et il faut peut-être réinventer sa déontologie.
11:36Oui, mais la carte de presse, à mon sens, doit devenir beaucoup plus exigeante.
11:40Elle doit être réservée à des gens qui réussissent justement à dompter ce nouveau phénomène,
11:45parce que je pense que c'est beaucoup plus dur d'être un excellent journaliste aujourd'hui,
11:50et ça méritera une forme de récompense.
11:52Merci beaucoup Emmanuel Ossian pour votre éclairage.
11:54Restez avec nous, on marque une courte pause,
11:56et avec notre prochain expert, nous tenterons de comprendre
11:58comment l'intelligence artificielle peut influencer nos opinions
12:02et peut-être nos choix politiques de demain.
12:04Le numérique pour tous spécial numérique et médias,
12:06ça continue dans quelques instants, et c'est sur Sud Radio.
12:09Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Perez.
12:12Et pour continuer cette émission spéciale numérique et médias,
12:15nous accueillons un observateur affûté des dérives et des coulisses du web.
12:18Il a notamment enseigné la guerre de l'information à Sciences Po,
12:21et scrute aujourd'hui l'impact des nouvelles technologies sur nos démocraties.
12:25Fabrice Epelboin, merci d'être avec nous en plateau sur le numérique pour tous.
12:30Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Perez.
12:33Fabrice, quand on parle d'intelligence artificielle dans les médias,
12:37est-ce qu'on n'a pas un risque d'ingérence quelque part accrue dans nos opinions,
12:41à cause de justement cette fameuse intelligence artificielle
12:44qui est possédée par ces grandes plateformes ?
12:46On a plusieurs types d'ingérences.
12:49Les intelligences artificielles ont des sécurités
12:51qui font que sur certains sujets, elles ne vont pas vous répondre
12:54ou elles vont vous sortir une langue de bois.
12:56C'est des sécurités qui servent essentiellement à rester dans les clous d'un point de vue légal
13:01et puis surtout ne pas attirer les foudres des régulateurs.
13:04Et ce ne sont pas du tout les mêmes d'un pays à l'autre.
13:07Les sécurités en Europe n'ont rien à voir avec les sécurités en Chine.
13:09On va refuser de vous parler de la plastine allemande,
13:12mais les sécurités des IA utilisées en Europe sont tout aussi ridicules vu de Chine.
13:16Ce qui fait que si on comprend ce système-là,
13:19on peut facilement le contourner et tirer le meilleur parti de l'IA
13:22sans avoir cette langue de bois.
13:24Et puis il y a toujours, de la même façon qu'on avait cet art du référencement sur Google,
13:29on a aujourd'hui un art du référencement d'informations dans les IA,
13:32donc il y a moyen de les intoxiquer.
13:34C'est quelque chose qu'il faut bien comprendre de façon à tirer parti de ces outils.
13:37Alors justement, les algorithmes ont tendance à encourager les polémiques,
13:41les conflits, les contenus qui choquent.
13:43Avec l'intelligence artificielle, on va aller peut-être encore plus loin.
13:46Est-ce que les algorithmes sont en train de cautionner des sociétés de plus en plus divisées ?
13:51Alors pour le coup, les algorithmes qui sont propres à l'intelligence artificielle générative
13:55ne sont pas du tout dans cette polarisation des sociétés.
13:58Il y a plusieurs études qui ont été publiées,
14:01qui montrent qu'au contraire, les IA ont plutôt tendance à rassembler,
14:04ce qui est plutôt encourageant, de façon très contre-intuitive.
14:08L'intelligence artificielle qui rassemble le plus, c'est celle d'Elon Musk,
14:12comme quoi les créateurs ne sont pas forcément aux manettes des effets secondaires de leurs IA.
14:17Donc non, non, on n'est pas du tout face aux algorithmes de recommandation
14:21qui sont ceux des réseaux sociaux tout comme des sites marchands
14:25et qui sont une autre génération d'intelligence artificielle.
14:27Là, on a affaire à quelque chose qui va plutôt avoir tendance à amener vers une vérité,
14:33avec, évidemment, c'est beaucoup plus compliqué que la vérité, si tant est que ça existe,
14:37mais on n'est pas du tout face aux dangers de division
14:40posées à la précédente génération d'intelligence artificielle.
14:43Fabrice, Emmanuel parlait bien évidemment des fausses informations.
14:47Certains défendent l'idée d'une intelligence artificielle souveraine,
14:51mais qui décide vraiment justement si elle est souveraine ?
14:54Est-ce qu'il ne va pas y avoir un contrôle intermédiaire entre justement cette IA,
14:59nos gouvernements, nos institutions, et ce que peut recevoir la population et les citoyens ?
15:02C'est-à-dire que si la notion de souveraineté, c'est de contrôler ce qui peut être dit
15:06et ce qui ne peut pas être dit par un gouvernement,
15:08c'est la souveraineté du gouvernement.
15:10Ce n'est pas celle des citoyens, ni même celle de la nation.
15:13Donc effectivement, il y a un débat qui commence à peine sur la souveraineté.
15:17On sort d'une période où très concrètement, on a vendu la France aux GAFAM.
15:20On a eu un électrochoc avec le retour de Trump.
15:23Beaucoup, beaucoup de monde a rejoint les troupes du général Leclerc,
15:26une fois qu'il arrivait à la porte d'Orléans.
15:28Et on se retrouve aujourd'hui dans une espèce de confusion mentale
15:31où on a ceux qui prônaient la collaboration avec les GAFAM hier
15:36qui se retrouvent vouloir endosser le costume du général de Gaulle.
15:40Donc c'est un peu fouillis.
15:41Je pense qu'on y verra plus clair après la présidentielle.
15:45Ce n'est pas évident, mais il y a une vraie possibilité
15:47qu'on remette un peu les choses à plat
15:50et qu'on attaque la réelle définition de ce que c'est que la souveraineté.
15:53Moi, j'ai tendance à insister sur la souveraineté en bout de chaîne,
15:56celui du citoyen, celui du lecteur de médias,
15:59parce que fondamentalement, c'est la seule sur laquelle on puisse vraiment avoir un avis et d'action
16:03et c'est la seule qui peut prétendre à l'indépendance.
16:05Alors, vous dites qu'on y verra peut-être un peu plus clair après les prochaines élections,
16:10mais peut-être que les différents partis vont se servir et s'emparer de l'intelligence artificielle
16:14pour booster leur communication sur les réseaux sociaux.
16:16Il n'y a aucun doute là-dessus.
16:18Sarah Knafo a commencé et ça a donné des résultats.
16:21Là, on a l'équipe de Gabriel Attal qui est à fond sur l'intelligence artificielle,
16:25la micro-personnalisation, le micro-ciblage.
16:30On va voir ce que ça va donner.
16:31Concrètement ?
16:32Pour l'instant, c'est très mystérieux.
16:34Le nom de la start-up qui les aide est gardé secret.
16:36Le nom de l'équipe qui travaille sur l'IA au sein de la campagne de Gabriel Attal est gardé
16:40secret.
16:40Donc, on est dans le secret.
16:43J'imagine qu'il va y avoir des investigations qui vont nous révéler deux, trois choses.
16:46Mais on ne sait pas très bien ce qui se passe.
16:48C'est très, très mystérieux.
16:50Et vous n'avez pas le sentiment que face à ce déluge d'intelligence artificielle
16:53qui, quelque part, fragilise un petit peu la presse,
16:56le statut des médias va peut-être revenir vers quelque chose de différent ?
17:00Peut-être plus de papier, quelque chose de plus incarné
17:02ou de l'événementiel pour être au contact des citoyens ?
17:06Alors, non, pas du tout.
17:08Après, j'ai une position d'observateur très particulière
17:10étant à cheval sur une certaine expérience des médias
17:14et des racines dans l'informatique.
17:17Le premier métier à avoir été radicalement transformé par l'intelligence artificielle,
17:21c'est celui de développeur informatique.
17:23C'est un métier qui a disparu.
17:24Aujourd'hui, on orchestre des IA, on ne fait plus de lignes de code
17:27et le métier a profondément changé.
17:30Mais fondamentalement, il n'y a pas une différence si phénoménale que ça
17:33entre un développeur informatique et un journaliste.
17:34On est sur le traitement de l'information et un traitement qui doit être rigoureux
17:39de façon à transformer en apportant une valeur ajoutée
17:42à un consommateur final du produit transformé.
17:45C'est la même chose entre un système d'information et un média.
17:48C'est évidemment des métiers radicalement différents,
17:50mais malgré tout, on est sur cette approche de l'information.
17:53Et il y a certainement beaucoup de passerelles à établir
17:55entre le monde de l'informatique et le monde du journalisme
17:57parce que le monde de l'informatique a déjà vécu ça
17:59et par ailleurs était tenu à une certaine rigueur
18:02dans la transformation de l'information
18:03parce qu'un programme informatique, quand ça ne marche pas, ça ne marche pas.
18:05Alors qu'un traitement de l'information, quand ça ne marche pas,
18:08ça peut toujours donner de l'information.
18:11Plus simplement, peut-être pour nos auditeurs qui ne sont pas des geeks
18:13ou des férus de système d'information ?
18:15Plus simplement, le métier de journaliste va être transformé
18:17de façon aussi radicale que le métier de développeur informatique.
18:20C'est juste une question de temps.
18:22Il y a sans doute beaucoup de choses à apprendre
18:24de ceux qui sont déjà passés par le rouleau compresseur
18:26parce qu'il a été d'une violence extrême.
18:27mais en même temps, il a permis des gains de productivité
18:30de l'ordre de x10.
18:32Et donc fondamentalement, tout le monde va y passer.
18:34Les avocats, les journalistes, tout le monde.
18:37Mais l'informatique est à l'avant-garde
18:39et elle a sans doute beaucoup de choses à partager.
18:42Fabrice, vous êtes vous-même en train de réfléchir,
18:44si ce n'est déjà fait, donc on peut en parler,
18:46à une intelligence artificielle qui nous aiderait
18:48à voir plus clair un peu dans les opinions politiques
18:50et les grandes tendances. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
18:52Oui, on a voulu comprendre comment se confronter
18:54dans l'espace médiatique, les idées, comment se former
18:57des confrontations idéologiques ou au contraire,
19:00des périodes où tout le monde était d'accord.
19:02Et pour ça, on a mis au point un système
19:03qui permet de positionner chaque contenu créé par les médias
19:07et de le cartographier pour suivre son évolution.
19:10Il y a de l'IA, mais on est dans une utilisation
19:13très restreinte de l'IA au sens où ça n'est pas l'IA
19:16qui décide d'un positionnement politique.
19:17C'est une méthodologie scientifique qui est en place
19:20dans tous les laboratoires de sciences politiques
19:21depuis 20 ans.
19:23Et c'est du calcul déterminé, c'est-à-dire vraiment
19:25c'est des mathématiques.
19:26Et des mathématiques issues des sciences de l'information,
19:28donc tout à fait rationnelles, parfaitement utilisées.
19:29Alors concrètement, pour nous lecteurs, ça peut changer quoi ?
19:32Pour nous lecteurs, ça va changer par exemple
19:34qu'on va pouvoir analyser sur une information
19:36comme par exemple l'interdiction des réseaux sociaux ou mineurs.
19:39On va pouvoir analyser la différence de positionnement
19:41d'un média à l'autre,
19:43la répartition sur le champ politique
19:45des différents médias qui prennent position,
19:48leur confrontation.
19:49On va pouvoir identifier quand certains médias
19:50cherchent à imposer un narratif
19:52par rapport à d'autres groupes de médias
19:53qui au contraire poussent un autre narratif
19:55ou au contraire, quand certains médias se taisent,
19:58là où d'autres médias s'emballent sur un sujet particulier,
20:01tout ça va pouvoir être visible de façon très claire.
20:05L'idée c'est de redonner de la souveraineté au lecteur,
20:07de leur permettre de reprendre la maîtrise
20:09de leur libre-arbitre
20:10plutôt que de se laisser enfermer dans une bulle de filtre
20:12qu'elle soit issue des réseaux sociaux
20:14ou des médias qui sont eux-mêmes des bulles de filtre.
20:1630 secondes pour conclure.
20:18Où faut-il s'informer aujourd'hui, Fabrice,
20:19si on veut se fonder une opinion objectif et saine ?
20:23Je vais vous sortir mon grand classique.
20:25Il faut manger 5 fruits et légumes par jour.
20:27Et pour avoir une idée exhaustive d'un sujet,
20:30il faut se forcer à manger des médias
20:33qui ne sont pas du même avis que soi
20:35et qui sont le plus répartis
20:38dans le champ politique possible.
20:39Et seulement à ce prix-là,
20:41vous aurez un aperçu à 360 degrés d'un même sujet
20:43et vous pourrez vous faire votre propre opinion.
20:45Le régime 5 fruits et légumes par Fabrice Eppelboin
20:47et vous Emmanuel Ostian,
20:48si on va avoir une information objective
20:50et ne pas être dans cette doxa
20:51et cette opinion épidermique ?
20:52Le même.
20:54Et j'y ajoute une autre nourriture
20:58qui est une fois qu'on a réussi
21:00à manger ces 5 fruits et légumes,
21:01parfois en se faisant un petit peu mal,
21:04on n'aime pas tous les brocolis,
21:05enfin en fonction de ses sensibilités politiques,
21:07et bien on va chercher,
21:08on va cuisiner soi-même,
21:10on va se faire une recherche propre
21:13sur un sujet qui nous passionne.
21:14Pas tous, parce qu'on n'a pas le temps.
21:16Tous, mais sur les sujets importants pour soi.
21:17Pas tous, mais sur les sujets importants,
21:19je dis toujours aux étudiants,
21:21quand vous vous arrêtez sur un sujet
21:22qui ne vous passionne que vous l'adorez,
21:24vous le creusez
21:25et vous allez retrouver la profondeur historique.
21:27Vous prenez un livre, un livre.
21:30Rendez-vous compte,
21:30on force nos étudiants à lire un livre par mois.
21:33Mais vous le faites dans votre programme,
21:34et ça c'est important de le rappeler.
21:35Et ils adorent, au début c'était un petit peu douloureux,
21:38aujourd'hui ils adorent ça,
21:39et ça leur permet une vraie satisfaction,
21:42parce qu'ils ont l'impression
21:43de comprendre quelque chose,
21:46encore une fois,
21:47ce n'est pas sur tous les sujets,
21:49mais voilà.
21:50Merci beaucoup pour ce retour à l'essentiel,
21:51lire et écrire,
21:52je pense que c'est les fondements
21:54de notre éducation
21:55et de notre esprit critique.
21:56Absolument.
21:56Merci Emmanuel Ostian,
21:58merci Fabrice et Paul Bouin,
21:59merci à tous nos auditeurs fidèles
22:01de plus en plus
22:02à interagir avec nous
22:03sur les réseaux sociaux.
22:04Le numérique pour tous,
22:05c'est fini pour aujourd'hui,
22:06il est temps pour moi de vous souhaiter
22:07une excellente fin de week-end
22:08et de vous dire à la semaine prochaine.
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