00:00On va continuer évidemment cette émission en direct parce que l'actualité de ce jeudi c'est aussi l'affaire
00:04Bruel avec ce soir, d'autres révélations dans cette affaire, de nouvelles accusations contre le chanteur, de nouveaux témoignages, notamment
00:11Bruel par ailleurs parle, Patrick Bruel parle et se défend dans Paris Match.
00:15Tout le monde me trahit dit-il, tout le monde me trahit, tout le monde me lâche, les proches du
00:20chanteur le défendent aussi, on va en parler avec nos invités ce soir.
00:25Tout le monde est en train de s'installer, Emmanuel Anizon, bonsoir Emmanuel, merci d'être là, journaliste et grand
00:29reporter à l'Obs, avec nous également maître Le Bornier resté, Emmanuel Dancourt, bonsoir Emmanuel, président de l'association MeToo
00:37Media, Yves Tréa et Lisa Def avec moi également.
00:40On accueille également ce soir Laurent Spiau, bonsoir Laurence et merci d'être avec nous en direct, rédactrice en chef
00:46du service People de Paris Match.
00:48Match, c'est à vous que l'on doit cet article, à vous et Benjamin Locoche dans Match, sur notamment,
00:54je veux dire, les premiers mots de Bruel.
00:56Vous avez récolté les premiers mots de Bruel, ce qu'il vous a dit, ce qu'il a dit à
01:01ses proches, sur la manière dont il se défend.
01:03Qu'est-ce qu'il vous dit et qu'est-ce qu'il dit à ses proches ?
01:06Alors, ce n'est pas une interview, que ce soit bien clair, c'est une enquête sur une affaire qui
01:10est une énorme affaire qui ne fait que débuter.
01:13Comme on l'a écrit, il nous dit effectivement, il nous a lâché trois, quatre phrases, où il est toujours
01:21dans ce même sentiment d'incompréhension en fait,
01:26qui semble quand même assez étonnant.
01:29Il y a un mot qui revient assez souvent dans la bouche de ses proches, qui est le mot malentendu.
01:34C'est-à-dire que, concrètement, après quand même cette vaste enquête, ces plaintes, cette vingtaine de plaintes,
01:44cette trentaine de témoignages et cette garde à vue, il n'a pas le sentiment d'avoir fait quelque chose
01:51qui mérite tout ça.
01:52C'est-à-dire qu'il répète aussi ce qu'il a répété aux enquêteurs.
01:57C'est-à-dire que, moi, quand on me dit non, c'est non, malgré, encore une fois, tous ces
02:03témoignages qui arrivent.
02:04Mais c'est vrai qu'on a, dans cette enquête, on a fait ce qu'on appelle du contradictoire.
02:09C'est-à-dire qu'on a, pour la première fois, effectivement, il y a un certain nombre de proches,
02:13qui ne sont pas très nombreux, mais il y a un certain nombre de ces proches qui donnent leur version,
02:18qui disent leur étonnement aussi, qui participent aussi à un espace d'État de...
02:25Je ne sais pas comment on peut appeler ça, si c'est d'assinération, une volonté de ne pas voir
02:31les choses, je ne sais pas.
02:32Oui, on verra ce que disent les proches dans un instant.
02:34Bruel, Patrick Bruel, dans votre enquête, dit,
02:38« J'ai pu dire ce que j'avais à dire à la justice et aux juges. Jusqu'au bout,
02:41je me battrai pour prouver mon innocence.
02:43Pourquoi tout le monde veut ma mort ? Pourquoi tout le monde cherche à me détruire ? »
02:47À ce point, Emmanuel Lancourt, je voyais réagir au mot de « malentendu » qui était prononcé par Laurence Piau.
02:53« Malentendu ? »
02:54Oui, bien sûr.
02:56Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
02:57Ça fait quand même beaucoup de malentendus.
02:59Mais ce n'est pas des malentendus.
03:00On est en train de parler de violences sexistes et sexuelles.
03:02À quel moment c'est des malentendus ?
03:03On est sur des faits.
03:04Lui, il parle de ressenti.
03:07Les avocates et les victimes sont sur des faits.
03:10On est sur des faits de viol.
03:12On est sur des faits de viol avec soumission chimique sur mineurs.
03:15Pour Flavie Flamand, on est sur des faits d'agression sexuelle, sur des faits de harcèlement.
03:18On n'est pas sur des petits malentendus.
03:20C'est quelqu'un, Patrick Bruel, qui n'entend pas le consentement d'après ce que disent les victimes.
03:24Elles n'ont même pas le temps de consentir puisque tout à ce moment-là, il leur saute dessus.
03:26Sauf que lui dit « Il n'y a eu aucune violence de ma part, absolument aucune.
03:29» Car je sais que quand c'est non, c'est non.
03:30– Mais non, il ne sait pas du tout quand c'est non, c'est non.
03:32Tous les témoignages s'accordent pour dire qu'il n'y a aucune demande de consentement.
03:36Il n'y a même pas le temps de donner un consentement ou un non-consentement.
03:39Donc évidemment, lui, il est dans sa défense.
03:41C'est normal.
03:42C'est la récupération du récit.
03:44Ce sont ses éléments d'engage.
03:45Il a le droit de se défendre parfaitement.
03:47Mais on voit quand même que les témoignages qu'on a des victimes,
03:50pour celles qui ont parlé, il y en a beaucoup qui réservent leurs témoignages à la justice
03:55pour ne pas tout dévoiler non plus.
03:57Mais il y en a quand même un faisceau d'indices.
03:59Il a quand même été mis en examen, ce qui veut dire qu'il y a des indices graves et
04:01concordants.
04:02Il a été mis en examen quatre fois.
04:03Il est quand même témoin, insisté sur quatre autres affaires.
04:05Les avocates n'arrêtent pas de dire qu'il y a deux nouvelles plaintes sur viol et tentative de viol.
04:09Les avocates n'arrêtent pas de dire qu'il y a encore des plaintes qui arrivent,
04:11que c'est énorme.
04:12– Il y a d'autres témoignages ce soir.
04:13On va en parler dans une seconde.
04:15– Bien sûr.
04:15– Maitre Le Borde, juste une question.
04:16Vous, comme avocat, vous conseilleriez à Bruel de parler,
04:24de plaignante, ont parlé, ses avocats, lui, ont parlé, mais lui, non.
04:29Est-ce que vous diriez que ça pourrait avoir un intérêt ?
04:32– Écoutez, ça, c'est une manière, je dirais, d'analyser les faits sur l'opinion publique.
04:38Lorsqu'il s'agit d'une personnalité publique,
04:42l'inquiétude n'est pas seulement liée à une éventuelle condamnation,
04:46elle est liée à la destruction d'une réputation.
04:50Et il faut arbitrer la réponse qu'il faut apporter
04:54à ce risque considérable.
04:56Je pense que nous sommes dans une situation,
04:58et là, madame, je ne serai pas d'accord avec vous,
05:00où les choses ne sont pas d'une évidence absolue.
05:03On a tendance à poser dans ces affaires d'agression sexuelle
05:08qu'à l'évidence, il n'y avait pas de consentement.
05:11Je pense que tout ça doit être probablement vu cas par cas,
05:15d'une manière détaillée.
05:17Je pense qu'il peut y avoir des absences de protestations
05:22qui sont perçues d'un côté comme un consentement
05:25et qui n'en sont pas nécessairement.
05:27Et c'est là que la notion de malentendu ne me fait pas rire.
05:30Parce qu'elle est au fond peut-être une forme de tragique
05:35dans une rencontre où il y a une incompréhension de l'un et de l'autre.
05:39– Mais moi, c'est la sidération qui ne me fait pas rire, maître.
05:42– Qu'est-ce que vous appelez la sidération ?
05:44– C'est ce que j'appelle la sidération.
05:45C'est un processus dans le cerveau qui est maintenant très documenté
05:50et très connu, qui est très documenté par les IRM notamment,
05:53où, moi c'est ce qui m'est arrivé dans le bureau de Patrick Poivre d'Arvor,
05:56où la personne vous agresse et vous êtes incapable de bouger.
05:59Vous êtes comme le lapin dans les phares de la voiture,
06:01alors que vous voudriez vous enfuir, vous y attaquer.
06:05– Oui, mais la sidération fait qu'on n'est pas capable de…
06:07– Oui d'accord, mais j'admets ça, j'admets ce que vous dites.
06:09– C'est des n'est pas consentir.
06:10– Mais oui, admettons même, vous avez raison de dire cela.
06:14– Merci.
06:14– Mais du côté, non, non, mais attendez,
06:16c'est peut-être pas jusqu'au bout qu'on sera d'accord,
06:18mais du côté de celui qui est accusé d'une agression sexuelle,
06:22l'absence de résistance, peut-être devrait-il être plus délicat,
06:27peut-être approfondir l'hypothèse de ce qui n'est pas un consentement,
06:31mais un abandon involontaire, disiez-vous,
06:34ou quelque chose comme ça,
06:35mais il peut y avoir précisément,
06:38dans cette différence de point de vue, un tragique malentendu.
06:41– Emmanuel Anisant.
06:42– Non, mais en tout cas, manifestement, pour certaines témoignent,
06:45que quand elles ont dit non, il leur a répliqué,
06:47mais je suis Patrie Bruel et tu n'es rien, et voilà.
06:51Donc il y a en tout cas des témoignages qui disent ça,
06:53il y a par ailleurs des témoignages qui disent,
06:56enfin des femmes qui disent qu'elles ont perdu connaissance
06:58après avoir bu quelque chose chez lui,
07:00je pense qu'au cas par cas, comme vous dites,
07:02il peut y avoir sûrement des situations beaucoup plus graves
07:05qu'un simple malentendu.
07:08Par ailleurs, on sait très bien que cette question de malentendu,
07:11enfin c'est ce qu'on a entendu chez Pépédia,
07:12c'est ce qu'on a entendu chez Depardieu,
07:15il y a quand même toutes des générations d'hommes,
07:19effectivement, puissants, connus,
07:21qui ont oublié ce que c'était que le consentement,
07:23parce que juste, ils ont eu l'habitude d'avoir
07:26quelque chose qui se déroulait devant eux,
07:28et ils ont oublié simplement qu'on pouvait leur dire non,
07:31ou ils ne supportaient plus.
07:32– Parce que c'est associé au pouvoir aussi.
07:34– Complètement, bien sûr.
07:35– Ça c'est une chose qu'on a pu remarquer,
07:38parce qu'un des premiers cas en fait,
07:39qui a été vraiment, qui a eu d'ailleurs une publicité mondiale,
07:43c'est quand même Dominique Strauss-Kahn.
07:44Dominique Strauss-Kahn, je me souviens très bien
07:46qu'au début de l'enquête,
07:48il ne se rendait absolument pas compte.
07:50Pour lui, c'était quasi...
07:51Alors je ne parle pas de l'épisode de New York
07:53qui était très particulier, parce que là,
07:55tu es sauté sur quelqu'un,
07:57mais le pouvoir autorise tout.
08:00Et je pense que, pour avoir...
08:03Je connais d'ailleurs Patrick Brouel,
08:06c'est quelqu'un qui était conscient de son autorité,
08:09de sa notoriété, de son...
08:11Est-ce qu'il n'y a pas,
08:14cette catégorie de personnes,
08:15à côté, on est intouchable, en fait.
08:18On est intouchable.
08:19– Encore une fois, on le rappelle,
08:20il y a eu les quatre mises en examen dont vous parliez.
08:22Quatre mises en examen.
08:24– Qui ont été écartées.
08:25– Il y en a d'autres qui ont été écartées, effectivement.
08:27Ou en tout cas, il a été placé sous statut de témoin assisté.
08:30Ça peut évoluer.
08:30Mais il n'y a pas de condamnation pour l'instant.
08:32Il y a la présomption d'innocence, évidemment.
08:34Mais il y a ce soir de nouveaux témoignages.
08:36On le verra dans un instant avec l'Isadeff.
08:38Et avec vous, Laurence Piau.
08:39Laurence, dans votre article,
08:41vous parlez d'Agnès R.
08:42Qui est-elle ?
08:44– Alors, Agnès R.
08:45C'est une jeune femme qui était…
08:47C'était une hôtesse de l'air dans les années 2000.
08:51Et c'est une jeune hôtesse de l'air à l'époque.
08:53Et son témoignage est important
08:55parce qu'il va dans le sens de celui de Karine Wieser,
08:57pour lequel Patrick Brouel a été mise en examen.
09:00Donc, elle est en 99.
09:03Elle accompagne, pour passager, Patrick Brouel,
09:06qui lui demande de l'accompagner sur le tarmac de l'aéroport
09:09pour l'accompagner aux toilettes.
09:11Elle est très jeune.
09:12Elle se dit, c'est une personnalité.
09:14Bon, oui, évidemment, je vais le faire.
09:16Elle est impressionnée.
09:16Donc, elle l'accompagne sur le tarmac jusqu'à la porte des toilettes.
09:20Et arrivé dans la porte des toilettes,
09:22il lui empoigne le poignet.
09:24Et il essaie de la forcer à rentrer dans les toilettes.
09:27Et elle résiste.
09:29Elle se débat.
09:30Elle a du mal à lui échapper, mais elle lui échappe.
09:35Et elle retourne dans l'avion où elle est bouleversée.
09:38La chef de cabine lui dit, mais enfin, qu'est-ce que t'as ?
09:40Et elle lui raconte.
09:42Et elle lui dit, mais personne ne t'a prévenu.
09:45Enfin, ça fait partie des personnalités
09:47avec lesquelles il faut faire attention, Patrick Brouel.
09:50Voilà, on est en 1999.
09:52Mais, donc, ça va dans le sens...
09:54Pardon, Laurence, cette femme a porté plainte contre lui ?
09:58Non.
09:58Elle fait partie de cette portée plainte ?
10:00Non.
10:00En revanche, elle a contacté l'avocate de Karine Wieser
10:05pour justement porter son témoignage
10:08en appui de la plainte de Karine Wieser.
10:11Et c'est vrai que les avocats,
10:12toutes les avocates qu'on a contactées,
10:15dont on parle,
10:17qui sont exprimées dans l'enquête
10:18qu'on a menée avec Benjamin Locoche,
10:19les avocates nous disent,
10:22il y a un immense mouvement qui est en train de naître
10:25et on n'a pas du tout besoin de chercher aujourd'hui les témoignages.
10:29Ça arrive par les réseaux sociaux,
10:31ça arrive sur les LinkedIn,
10:32ça arrive par des mails qui sont envoyés au cabinet.
10:37Et depuis la première plainte,
10:39qui est celle de Daniel Esser,
10:40enfin, ce qui a un peu lancé le mouvement le 12 mars,
10:43c'est quelque chose qui est grandissant.
10:46Donc, c'est assez frappant.
10:48Et la dernière chose,
10:50quand vous parliez,
10:52qui a été assez peu relevé,
10:53je trouve,
10:53c'est les analyses psychologiques
10:55auxquelles Patrick Bruel a été contraint d'être astreint.
10:59Et on interviewait Jade Boussin,
11:03maître Jade Boussin,
11:04qui nous disait qu'elle attendait
11:04beaucoup de ses analyses psychologiques.
11:06Je rebondis sur ce que disait Madame Anizon.
11:09Elle attendait beaucoup de ses expertises psychologiques
11:11pour justement expliquer
11:13qui était réellement Patrick Bruel,
11:15qui est quelqu'un qui a toujours maîtrisé le récit
11:18dans toute sa carrière.
11:19Patrick Bruel, c'est le meilleur,
11:21le plus grand des storytellers.
11:22Il a toujours maîtrisé tout ce qui était dit sur lui.
11:24Il a été très interventionniste
11:26dans ses relations avec la presse,
11:28dans sa politique de communication.
11:31Et pour la première fois,
11:33effectivement, le récit lui échappe complètement.
11:37On verra dans un instant avec vous, Laurence,
11:40les témoignages d'un certain nombre de proches
11:42de Patrick Bruel,
11:43qui parlent à visage découvert,
11:46qui l'ont suivi et qui ont tous connu,
11:48d'ailleurs, ce qu'on appelait la Bruelmania,
11:50et qui l'ont suivi à cette époque-là.
11:52On en parlera dans un instant.
11:53On en parlera dans un instant.
11:53Il a toujours maîtrisé,
11:53qui a beaucoup de proches.
11:53– Sous-titrage FR 2021
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