- il y a 1 semaine
Pendant près de quarante ans, Patrick Bruel a incarné le romantisme à la française. Chanteur adulé, acteur populaire, personnalité préférée de millions de Français, il semblait intouchable. Mais derrière l’image du séducteur se dessine aujourd’hui un tout autre récit. À travers des documents judiciaires, des archives inédites, les témoignages de femmes qui accusent, de proches, d’avocats, de journalistes d’investigation et d’anciens collaborateurs, ce documentaire reconstitue les coulisses d’une affaire qui secoue le monde du spectacle et la société.
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00:00Il convient de rappeler que Patrick Bruel est présumé innocent et qu'il conteste l'ensemble des faits qui lui
00:04sont reprochés.
00:08Le 10 juin dernier, après 48 heures d'une garde à vue très médiatique,
00:13Patrick Bruel a été mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel.
00:20La star a évité in extremis la case prison et a été placée sous contrôle judiciaire.
00:29Pourtant, il y a quelques jours seulement, au Théâtre Édouard VII à Paris,
00:33cette foule se pressait encore pour aller ovationner le comédien sur les planches
00:36à l'affiche d'une pièce réalisée par Samuel Benchetrit.
00:41Malgré la tempête médiatique qu'il traverse,
00:43la star peut toujours compter sur le soutien indéfectible de ses fans de la première heure.
00:48Moi, je n'y crois pas trop. Je pense qu'il n'a pas besoin de ça, vu qu'il
00:52avait toutes les femmes à ses pieds.
00:53C'est mon idole. Je ne peux pas tirer un trait sur 35 ans de vie, d'amour que j
00:58'ai pour ce mec-là.
00:59Combatif, l'acteur se faisait encore acclamer par son public
01:02pour son 67e anniversaire le 14 mai dernier.
01:10Avant que quelques représentations plus tard,
01:12un collectif féministe vienne semer le trouble au début de la pièce.
01:20Devant un public médusé.
01:26Il faut dire que depuis le 18 mars dernier,
01:30et l'enquête publiée par Mediapart,
01:32l'image de la star s'est complètement fissurée.
01:35Une trentaine de femmes l'accusent à minima d'agression sexuelle.
01:38Certaines dénoncent des viols,
01:40d'autres dénoncent des tentatives de viol ou des agressions sexuelles,
01:43voire du harcèlement sexuel.
01:44Après le témoignage de l'animatrice de télévision Flavie Flamand,
01:47qui l'accuse de viol.
01:49Quand j'ai ouvert les yeux,
01:50il était en train de me remettre mon pantalon comme une poupée.
01:53L'affaire connaît un véritable emballement médiatique.
01:55La pression monte autour de Patrick Bruel.
01:58L'affaire Patrick Bruel qui continue encore de prendre de l'ampleur.
02:01L'artiste est visé par quatre plaintes pour viol.
02:04Et une pour agression sexuelle en Belgique.
02:07Face à l'ampleur du scandale,
02:09sa maison de disques a mis en suspens la promotion du chanteur,
02:12qui a de son côté décidé d'annuler ses concerts estivaux.
02:15Peut-il poursuivre sa carrière ?
02:17Selon l'aveu même de la star,
02:19sa carrière aurait du plomb dans l'aile.
02:22Il aurait dit qu'il considérait que sa carrière était terminée.
02:25Alors qu'en est-il réellement ?
02:27Patrick Bruel s'est-il vraiment laissé aller à de telles dérives ?
02:30Les poursuites s'orientent sur une trentaine de plaignantes.
02:34Mais le point commun de tous ces récits,
02:36c'est qu'elles décrivent tout un homme
02:37qui ne se soucierait pas de leur consentement.
02:39Il m'enlève le haut, il m'aspire le tétan.
02:41Je ne sais plus où j'en suis en fait.
02:44Acteur.
02:44Là tu sors, quel jeu tu joues ?
02:46Chanteur.
02:47Cassez l'arbre !
02:49Joueur de poker.
02:51À toi, casa !
02:52Et businessman, serions-nous en train d'assister
02:55à la chute vertigineuse
02:56de l'une des dernières icônes francophones ?
02:59C'est un des derniers grands artistes populaires français.
03:02Pour tenter de comprendre le supposé comportement problématique
03:06de cet homme adulé depuis le début des années 90.
03:12Nous avons recueilli les témoignages
03:14de plusieurs de ses victimes présumées.
03:15Il m'attrape par la taille comme ça,
03:17il me pose à côté de lui dans les escaliers.
03:18J'ai commencé à avoir peur, sincèrement.
03:20Alors, Patrick Bruel, grand séducteur.
03:23Il y a même un truc très français de dire
03:25le don juan, l'homme à femme.
03:27C'est un chaud lapin quoi, Patrick Bruel.
03:29Ou dangereux prédateur.
03:30Les femmes sont des proies.
03:32Il est en chasse perpétuelle.
03:43Depuis pratiquement 40 ans,
03:45Patrick Bruel est adulé et acclamé par le public.
03:48Plus fort !
03:51Idole de toute une génération,
03:52à l'image quasi immaculée jusque-là,
03:55l'artiste est aujourd'hui plongé dans la tourmente,
03:58rattrapé par de multiples histoires
03:59d'agressions sexuelles supposées.
04:01Il m'a coincée dans le coin, derrière la porte.
04:05Il se jette dans mon cou,
04:06il m'embrasse comme un fou.
04:08Il se frotte à moi.
04:10Mon corps ne répondait pas.
04:11Et c'est le média en ligne d'investigation,
04:13Mediapart, qui par l'intermédiaire de sa journaliste,
04:16Marine Turki, va publier une première enquête en mars 2026,
04:20qui va avoir l'effet d'une véritable bombe.
04:22Tout démarre huit ans auparavant.
04:24Nous sommes en 2018.
04:25C'est dans le cadre d'une autre enquête
04:27sur un cinéaste qui s'appelle Luc Besson
04:29qu'on a recueilli trois témoignages.
04:32Mais à l'époque, ces femmes ne voulaient pas
04:34prendre la parole ouvertement.
04:36Parmi elles, il y avait la directrice générale
04:37d'UniFrance, Daniela Elsner,
04:40à la tête d'un organisme très important
04:41qui promeut le cinéma français à l'étranger,
04:44qui ne voulait pas prendre la parole publiquement.
04:46Alors que Marine Turki continue son enquête
04:49et accumule de nouveaux témoignages,
04:51elle recontacte Daniela Elsner,
04:53il y a quelques mois, qui cette fois-ci
04:55semble prête à dénoncer l'agression
04:57qu'elle aurait subie.
04:58Ensuite, elle a cheminé,
04:59elle a décidé de porter plainte
05:00pour la tentative de viol qu'elle dénonce
05:02en 1997 au festival d'Acapulco au Mexique.
05:06Et elle a décidé de prendre la parole
05:08ouvertement dans Mediapart.
05:09Et voici ce que l'actuelle directrice d'UniFrance,
05:12simple assistante de 26 ans au moment des faits,
05:14dénonce.
05:16En quelques secondes, alors que je travaillais,
05:18je me suis retrouvée dans la voiture,
05:20porte fermée, avec un homme qui me sautait dessus,
05:22m'embrassait de force, me touchait la poitrine
05:25et le reste du corps.
05:26Selon elle, cette soirée de cauchemar
05:28ne s'est pas arrêtée à cette agression,
05:30puisque la star l'aurait suivie
05:32jusque dans sa chambre d'hôtel
05:33et aurait tenté de la violer.
05:35Elle dit qu'elle a pu s'en sortir
05:37en hurlant, en se débattant
05:38et en s'enfuyant.
05:40J'ai recueilli le témoignage de la femme
05:42d'UniFrance qui l'a recueillie
05:43quelques minutes après
05:45et qui s'en souvenait très bien.
05:48Ce premier témoignage
05:50va avoir un effet boule de neige
05:52et le 18 mars dernier,
05:54Mediapart publie donc sa première enquête
05:56contenant huit témoignages,
05:57dont celui de Daniel Eisner.
05:59Le témoignage de Daniel Eisner,
06:01il a permis à cette enquête d'exister
06:03parce que Daniel Eisner,
06:04c'est une personne qui fait autorité
06:06dans le cinéma français
06:07et qui a pu, avec son pouvoir,
06:08asseoir les autres paroles
06:09et emmener cette enquête
06:11à visage découvert.
06:12Et cette première onde de choc
06:14va libérer la parole
06:15de nombreuses autres femmes.
06:17On a pu publier un second volet
06:18avec 15 témoignages
06:19et depuis la publication
06:21de ce second volet,
06:22on a reçu beaucoup d'alertes
06:23et on est en train de travailler dessus.
06:25Il est évident qu'on n'a jamais reçu
06:26autant de témoignages
06:27dans une enquête médiatique
06:28sur des violences sexuelles et sexistes
06:30et c'est pour ça que cette affaire
06:31est d'envergure.
06:33Les poursuites s'orientent
06:34sur une trentaine de plaignantes
06:37qui est énorme.
06:39Parmi ces plaignantes,
06:41neuf auraient déposé plainte.
06:43Une multitude de plaintes
06:44qui diffèrent par leur gravité
06:46mais qui pointent
06:47tout le comportement anormal
06:48du chanteur
06:49avec l'agente féminine.
06:51Certaines dénoncent des viols,
06:52l'une lorsqu'elle était mineure d'ailleurs,
06:55d'autres dénoncent
06:55des tentatives de viol
06:57ou des agressions sexuelles
06:58voire du harcèlement sexuel.
06:59Mais le point commun
07:00de tous ces récits
07:01c'est qu'elles décrivent
07:02tout un homme
07:02qui ne se soucierait pas
07:03de leur consentement.
07:04Beaucoup nous ont dit
07:05je n'ai pas eu le temps
07:06de réagir,
07:07qu'il s'est jeté sur moi.
07:08Ça c'est un témoignage
07:09qu'on a beaucoup eu.
07:10Et parmi ces femmes
07:11sur lesquelles l'artiste
07:12se serait littéralement jetée,
07:14Sabine.
07:15Elle dénonce des faits
07:16remontant à 1992
07:17alors qu'elle était éclairagiste
07:19dans la salle de concert
07:21parisienne du Bataclan.
07:23Bataclan a été utilisé
07:25pour faire une émission
07:26d'hommage à Michel Berger
07:27présentée par France Gall
07:28et donc Bruel
07:29devait venir enregistrer un titre.
07:31À l'époque,
07:32nous sommes en pleine Bruelmania
07:34et un seul mot d'ordre
07:35est donné à tous les techniciens
07:36travaillant sur place.
07:38France Gall prend la parole
07:39parce qu'il y avait
07:40plein de figurants
07:41pour l'émission
07:42et elle prévient tout le monde
07:43en disant
07:44« Demain, il y a Patrick
07:45qui vient.
07:46Vous lui foutez la paix,
07:47vous le laissez tranquille »
07:48parce que c'était
07:49la période de la Bruelmania
07:51et dès qu'il se déplaçait,
07:52ça créait des ruées.
07:55Et d'ailleurs,
07:55quand il est arrivé,
07:56le matin où il est venu,
07:57il y a eu un silence
07:58dans la salle
07:58et tout le monde le regardait,
08:00il était scruté
08:00par tout le monde
08:02et lui a été charmant.
08:05On a passé la journée,
08:06il a enregistré sa chanson.
08:08Et le soir,
08:09alors que la salle de concert
08:10était quasiment vide,
08:12Sabine va tomber
08:12nez à nez avec Bruel.
08:14Et puis en fin de journée,
08:15au moment où je sors
08:16moi du local électrique,
08:17lui il sort de la loge
08:19et il m'attrape
08:20et il me pose
08:21à côté de lui,
08:22il met son bras autour de moi
08:24et il me dit
08:24« Alors, ça va ? »
08:26« Ça se passe bien ? »
08:27et je ne sais plus
08:28ce qu'il me dit.
08:29Moi, je lui dis
08:29« Oh, c'est sympa
08:30de venir nous voir au Bataclan.
08:32Tu devrais venir plus souvent.
08:34Je suis dans un rôle professionnel.
08:36J'accueille quelqu'un
08:36dans une salle. »
08:38Voilà.
08:38Je suis un peu émue
08:39parce que c'est Patrick Bruel,
08:40parce que c'est impressionnant
08:41de la voir,
08:42parce qu'il est extrêmement
08:43séduisant, charmant.
08:44Et on descend les escaliers,
08:46moi sous son bras comme ça
08:47et arrivé en bas,
08:49on est à la sortie
08:50de secours du Bataclan,
08:52qui est une pièce toute noire
08:54derrière le rideau de scène.
08:56Et là, il me colle au mur,
08:57il se jette dans mon cou,
08:59il m'embrasse comme un fou
09:00et je sens son érection contre moi
09:02et je le repousse
09:04et je lui fais
09:05« Mais enfin, cher ami,
09:06que se passe-t-il ? »
09:08Et là, il est un peu étonné,
09:11il me regarde et il me fait
09:12« Oh, ben, je ne sais pas,
09:14tu as un joli coup,
09:15j'ai vu ton coup,
09:15j'ai eu envie de l'embrasser.
09:16Ça n'était jamais arrivé
09:18d'avoir envie d'embrasser un coup.
09:20Et moi, je suis sans voix,
09:22je ne sais plus du tout
09:23ce que je lui réponds
09:23à ce moment-là,
09:24mais je l'accompagne
09:26vers la salle,
09:27donc qui est juste
09:27derrière le rideau. »
09:29Selon elle,
09:30le chanteur ne tentera
09:31rien de plus avec elle
09:32ce jour-là,
09:33mais il lui aurait asséné
09:34quelques mots
09:34qui resteront à jamais gravés
09:36dans sa mémoire.
09:37Et au moment de partir,
09:39il vient me voir
09:39et il me dit
09:40« Au revoir,
09:41Sab, régisseuse du Bataclan,
09:44joli coup,
09:45beau coup,
09:45bon coup.
09:46Et il s'en va. »
09:48« Parce que ce qui se passe
09:49dans les salles où je chante
09:50avec le public qui vient me voir
09:51est totalement indescriptible
09:52et totalement irrationnel. »
09:55Plus de 30 ans après,
09:57Sabine est toujours aussi choquée
09:58par la soudaineté
09:59de l'agression
10:00qu'elle dit avoir subie.
10:02« Moi, je n'avais rien demandé.
10:04Il a focalisé sur mon corps
10:05et une partie de mon corps,
10:07mon cou. »
10:08C'était mon décolleté
10:09et mon cou
10:10qui l'intéressaient.
10:12C'est assez curieux
10:12d'être réduite à ça.
10:14« Je saisis,
10:15je prends,
10:16je veux,
10:16je prends. »
10:17« Voilà,
10:18son cou m'attire,
10:19je me jette dessus. »
10:21Il n'y avait pas de question,
10:22en fait.
10:23« Il y a cet aspect
10:24que le succès
10:26crée une forme
10:28vraiment de toute puissance
10:29qui fait que l'autre
10:31est juste là
10:32pour alimenter
10:34ce fameux narcissisme.
10:36Il n'est absolument pas reconnu
10:37dans son individualité propre.
10:40C'est une chose,
10:41c'est un objet. »
10:43Mais en 1992,
10:45bien avant la percée
10:46du mouvement MeToo,
10:47le monde n'était pas
10:48le même qu'aujourd'hui
10:49et ce genre de comportement
10:50pouvait être toléré.
10:52« C'est pour ça que
10:54quand j'ai écrit mon témoignage
10:55à Mediapart,
10:56je leur disais,
10:57bon, ce qui, à l'époque,
10:58pour moi,
10:58n'était qu'une anecdote
10:59est maintenant devenue
11:00une agression sexuelle.
11:02En fait,
11:02les mots ont changé
11:03et la véritable définition
11:05de ce que j'ai vécu,
11:06c'est une agression sexuelle.
11:08Il n'y avait pas de consentement.
11:09C'était brusque
11:10comme attitude. »
11:12En recueillant les témoignages
11:13de ces victimes présumées,
11:15les journalistes
11:16qui travaillent
11:16sur cette enquête
11:17ont commencé
11:18à établir
11:18le mode opératoire
11:19de Patrick Bruel.
11:20« Des hommes
11:21qui, à un moment,
11:22sont très exposés,
11:23qui sont dans une position
11:24de puissance,
11:25dans des milieux
11:26où il y a
11:28beaucoup de précarité,
11:29des petites mains,
11:31des techniciennes,
11:33des figurantes. »
11:34« Il y a cette sorte
11:35de soumission
11:36au phénomène
11:39de la superstar.
11:39Et puis,
11:40quand on voit
11:40qui sont les victimes,
11:41ce sont toujours
11:42des subalternes,
11:43des maquilleuses,
11:44masseuses,
11:45attachées de presse.
11:46Ce sont tous des gens
11:47sur qui il a potentiellement
11:48un pouvoir
11:48et qui,
11:49si elles refusent,
11:50si elles parlent,
11:52ils pourraient ruiner
11:54leur carrière
11:54en un coup de fil. »
11:56L'affaire Bruel
11:57ne se limite pas
11:57au territoire français.
11:59Elle a des ramifications
12:00dans beaucoup
12:00d'autres pays francophones.
12:02« Elle va en Suisse,
12:04effectivement,
12:04où on sait
12:05que Patrick Bruel
12:06a payé
12:08pour faire taire
12:09une femme
12:09qui l'accusait
12:10d'attouchement
12:10ou d'harcèlement.
12:11Il y a des affaires
12:12au Québec également
12:13et puis en Belgique,
12:14forcément,
12:15où il y a au moins
12:16deux femmes
12:18qui ont témoigné. »
12:19Parmi les femmes
12:20qui ont témoigné
12:21en Belgique,
12:22Karine Wieser,
12:23une attachée de presse
12:24qui a travaillé
12:24avec Bruel
12:25au début des années 2010.
12:27À l'image
12:28de ce qu'il serait passé
12:29avec Sabine,
12:30la star aurait choisi
12:31une proie facile.
12:32« Karine Wieser,
12:33elle est attachée de presse,
12:34elle a 38 ans
12:36et elle doit rencontrer
12:38pour des raisons professionnelles
12:40Patrick Bruel. »
12:41« Et elle reçoit
12:42l'équipe du film
12:43« Comme les cinq doigts de la main »
12:44dans lequel joue
12:45Patrick Bruel.
12:46Et donc,
12:46elle accueille Patrick Bruel,
12:47elle doit lui faire
12:48le tour des médias
12:49à l'époque,
12:50le tour des plateaux télé,
12:51des interviews,
12:52le job d'un attaché de presse.
12:54Et ce qu'elle raconte,
12:54c'est que Patrick Bruel,
12:56dès leur entrée
12:57dans la voiture,
12:58qui était conduite
12:58par le mari
12:59de Karine Wieser,
13:00il faut quand même
13:00situer le bazar,
13:02le mari est devant,
13:03il est en train
13:04de conduire derrière,
13:04il y a Karine Wieser
13:05et Patrick Bruel
13:06et Patrick Bruel
13:06lui dit « Mais quand
13:07tu me feras découvrir
13:08la chambre d'hôtel,
13:09on peut se faire plaisir. »
13:11La personne ne réagit,
13:13le mari ne sait pas
13:14quoi dire,
13:14il se dit « Si je réagis,
13:17la carrière pro de ma femme
13:18peut en prendre un coup
13:19parce que c'est Patrick Bruel. »
13:20« C'est une immense star,
13:21Patrick Bruel. »
13:22Donc, pour une attachée de presse,
13:24c'est quelque chose
13:25d'important,
13:26si vous voulez. »
13:27Mais selon l'attachée de presse,
13:29après avoir fait
13:29ses réflexions inélégantes,
13:31l'artiste serait allé
13:32beaucoup plus loin.
13:33Karine dénonce
13:34une nouvelle fois
13:35la soudaineté
13:36de son agression.
13:37« Nous rentrons
13:38donc dans les couloirs
13:39de la RTBF
13:40et là,
13:41Patrick Bruel
13:42change du tout au tout,
13:43c'est-à-dire
13:44qu'il amplifie
13:45ses agressions.
13:46Il se rapproche,
13:48il me tient par les hanches,
13:49il va me retourner
13:51contre lui.
13:52On est torse contre torse
13:54ou poitrine contre poitrine.
13:56Et là,
13:57c'est la déferlante de carré.
13:59S'il essaye de passer,
14:00il y arrive de passer
14:01sous ma robe. »
14:02Karine serait parvenue
14:03à se dégager,
14:04mais Bruel aurait réussi
14:06à l'emmener jusqu'aux toilettes
14:07de la chaîne de télévision.
14:08« Là,
14:09il me prend le poignet
14:10et il m'enferme
14:11dans les toilettes. »
14:13« Et il se passe quoi
14:13dans ces toilettes,
14:14Karine,
14:14pour vous ? »
14:15« Il s'ensuit de nouveau
14:16des attouchements,
14:17il essaie de m'embrasser,
14:19de force,
14:19il se frotte à moi,
14:21il me caresse,
14:22il passe sous ma robe.
14:24Là,
14:25c'est le moment
14:26où je lui dis
14:26« ça suffit,
14:27on arrête,
14:27c'est plus possible
14:28ce genre de comportement,
14:29il faut que ça s'arrête.
14:30Je prends la force suffisante
14:32que pour sortir des toilettes.
14:33Là,
14:34il l'enchaîne
14:34avec un JT,
14:36comme si de rien
14:37n'était,
14:37en toute impunité.
14:39Rien n'est marqué
14:40sur son visage,
14:40moi je suis effondrée. »
14:42« Patrick Bruel
14:42est un prédateur.
14:44Les femmes,
14:44comme je le disais,
14:45sont des proies.
14:46Et donc,
14:47il est en chasse
14:47perpétuelle.
14:48C'est « j'ai ce besoin
14:49et vous êtes là,
14:51donc vous allez combler
14:52ce besoin. »
14:5316 ans après les faits,
14:54boostées par les témoignages
14:55des autres victimes supposées,
14:57Karine Viseur
14:58ose porter plainte
14:58contre le Français.
14:59« Et donc,
15:00elle a posé plainte
15:02en Belgique
15:03et là,
15:03l'enquête a été ouverte
15:04par le parquet
15:05et l'enquête suit son cours. »
15:07« C'est aussi
15:07une question de sororité.
15:09Je soutiens
15:11mes sœurs de combat,
15:12c'est-à-dire
15:13les autres femmes
15:13qui témoignent
15:14quand on porte plainte,
15:15ça a un impact.
15:16Ça donne une affaire
15:17plus concrète,
15:18ça donne plus de poids
15:19à l'affaire.
15:19Ça va en tout cas
15:20lui permettre
15:21d'amener l'affaire
15:22devant la justice. »
15:23Après avoir médiatisé
15:24l'affaire,
15:25l'attaché de presse
15:25a subi une violente vague
15:26de cyberharcèlement
15:27sur les réseaux sociaux
15:29de la part des fans
15:29de l'artiste.
15:30Des agressions numériques
15:31traumatisantes
15:32qui ont même poussé
15:33Karine à refuser
15:34notre demande d'interview.
15:36« Suite à son témoignage,
15:37elle a été harcelée.
15:39En fait,
15:39ce sont des raids
15:40sur les réseaux sociaux.
15:41Donc je comprends
15:42aujourd'hui
15:43qu'elle veuille se mettre
15:43un peu en retrait
15:45parce que,
15:46je le redis,
15:46c'est extrêmement violent
15:48ce que les victimes,
15:50les femmes qui témoignent,
15:52reçoivent comme commentaire
15:53sur les réseaux sociaux. »
15:55C'est ce genre
15:55de cyberattaques
15:56qui ont poussé
15:57celles que nous appellerons
15:58Marie
15:58à témoigner anonymement.
16:00« Je n'ai pas peur
16:01que Patrick m'envoie
16:03un tueur à gage.
16:06Mais disons que
16:07je n'ai pas besoin
16:08dans ma vie actuelle,
16:10qui est déjà compliquée
16:11comme ça,
16:12d'avoir une déferlante
16:14de haine
16:14sur les médias sociaux. »
16:16Néanmoins,
16:17Marie a tenu
16:18à se manifester
16:19car l'histoire de Karine
16:20faisait grandement écho
16:21à la sienne.
16:22« Je reconnais
16:23le même modus
16:24en operandi. »
16:25Attachée de presse,
16:26elle aussi,
16:27Marie a travaillé
16:28avec Patrick Bruel
16:28quelques années
16:29avant Karine,
16:30en 2004,
16:31pour la sortie d'un film
16:32que le comédien
16:33venait promouvoir
16:34à Bruxelles.
16:35« Et donc,
16:36voilà,
16:37la journée débute.
16:38À midi,
16:39je me rappelle,
16:40on a été déjeuner
16:41dans un restaurant
16:43au Sablon
16:44et il y avait
16:46donc mon client
16:47qui était assis
16:48à ma gauche,
16:49la personne
16:50qui accompagnait
16:51de TF1 international
16:52en face de moi
16:53et Patrick Bruel
16:54à ma droite.
16:55C'était une toute
16:55petite table de quatre.
16:57Et puis,
16:57je sens les mains
16:59de Patrick Bruel
16:59sur mes cuisses.
17:01Bon,
17:02il faut remettre
17:03les choses en contexte.
17:04Nouveau,
17:05c'est le milieu
17:06des années 2000
17:07avant toute la déferlante
17:09MeToo.
17:10C'est un monde
17:12dans lequel on avait
17:13l'habitude
17:15que des hommes
17:17nous mettent
17:17les mains aux fesses.
17:18C'était pas une raison
17:19de faire un esclandre
17:20à cette époque-là.
17:21Marie aurait tout de même
17:22tenté de faire comprendre
17:23aux chanteurs
17:24qu'elle n'était pas consentante.
17:25Je me suis levée
17:26et je suis allée
17:27aux toilettes
17:29et je me suis rassise
17:30avec les jambes
17:31complètement en diagonale
17:34pour qu'ils puissent
17:35plus les toucher.
17:37Et je me suis dit,
17:37bon,
17:38je sais pas,
17:39la plupart des hommes
17:40normalement constitués
17:41comprennent
17:42qu'il n'y a pas
17:44d'ouverture
17:46dans ces cas-là.
17:48Bon,
17:48ça lui a pas suffi
17:49et il a continué
17:51à essayer
17:52de se rapprocher
17:53toute l'après-midi
17:54lors des entretiens,
17:55exactement comme
17:56Karine Viseur
17:57le décrit.
17:58Et au milieu
17:59de l'après-midi,
18:00l'acteur serait parvenu
18:01à se retrouver seul
18:02avec Marie
18:03dans une chambre d'hôtel
18:04qui servait à faire
18:05des interviews promotionnelles.
18:07et il m'a coincée
18:09dans le coin
18:10derrière la porte.
18:11Donc là,
18:12vraiment,
18:13j'ai commencé
18:13à avoir peur,
18:14sincèrement.
18:15Et je me suis dit,
18:16bon,
18:17je parle plus fort
18:18parce que je savais
18:19qu'il y avait des journalistes
18:20qui étaient de l'autre côté
18:21de la porte.
18:22Donc j'ai commencé
18:22à parler vraiment fort.
18:23Oui, mais il y a
18:24le journaliste suivant
18:25qui arrive, etc.
18:26Et donc là,
18:27je pense qu'il s'est écarté
18:28un peu.
18:29J'ai pris la porte,
18:31je suis sortie.
18:33à ce moment-là,
18:34je suis descendue
18:36voir la personne
18:38de TF International
18:39qui l'accompagnait
18:40sur sa tournée
18:41et je lui ai dit,
18:43j'ai des problèmes
18:44avec Patrick.
18:45C'est à ce moment précis
18:46que Marine aurait découvert
18:47le véritable rôle
18:48de l'accompagnateur
18:49de Patrick Bruel
18:50sur sa tournée.
18:52Et là,
18:52il m'a répondu
18:53de but en blanc,
18:54je sais,
18:54c'est pour ça que je suis là.
18:55J'ai dit,
18:56oui, mais pourquoi
18:57est-ce que tu me laisses
18:58seule avec lui alors ?
18:59Et effectivement,
19:00il est resté avec moi
19:00tout le reste de la journée
19:02donc à chaque fois
19:02qu'il y avait un journaliste
19:03qui rentrait dans la pièce,
19:04il rentrait avec moi
19:05et on ressortait.
19:07C'était un espèce
19:07de petit balai ridicule.
19:09Sa mission consistait
19:10notamment à protéger
19:12les jeunes femmes
19:12de Patrick Bruel.
19:15En lui assignant
19:16un chaperon,
19:17TF1 aurait donc été
19:18au courant
19:19du comportement problématique
19:20de Bruel
19:21avec les femmes.
19:22J'ai questionné TF1
19:23sur ces éléments
19:23qui m'ont dit
19:24ne pas être en mesure
19:25de retrouver
19:26les responsables de l'époque
19:27de cette filiale de TF1
19:28et d'avoir des réponses
19:29étant donné qu'on parlait
19:30de FED il y a 20 ans.
19:32Aujourd'hui,
19:32j'ai re-questionné TF1
19:33concernant un certain nombre
19:35de choses au spectacle
19:36des Enfoirés,
19:37je n'ai pas eu de réponse.
19:38Et même sur le spectacle
19:39des Enfoirés sur TF1
19:40dans lequel Patrick Bruel
19:41a été invité plus de 30 fois,
19:43tout le monde semblait
19:44être au courant des problèmes
19:45que pouvait créer
19:46la star française.
19:47C'est l'artiste le plus invité
19:49de l'histoire des Enfoirés.
19:50On a révélé notamment
19:51le témoignage de Camille,
19:52une jeune bénévole
19:53qui raconte qu'en 2012,
19:54elle est choisie
19:55pour être figurante
19:56dans une scène du spectacle
19:57avec Patrick Bruel
19:58dans une barque
19:59qui doit faire le tour
20:00au sein de la foule.
20:01Elle dit qu'elle a été prévenue
20:03par un responsable
20:04de la sécurité,
20:05qu'il fallait bien revenir
20:06après auprès de lui
20:07et pas aller avec Patrick Bruel,
20:09qu'à la fin de ce tour de barque,
20:11Patrick Bruel aurait proposé
20:12à cette jeune femme
20:13de venir dans sa loge.
20:15Et à ce moment-là,
20:15le responsable de sécurité
20:17serait intervenu en disant,
20:19d'après le récit de Camille,
20:20Patrick Pahel,
20:21c'est une bénévole.
20:22Les femmes, les bénévoles
20:24étaient mises en garde,
20:25y compris lors de réunions préparatoires
20:28par rapport au comportement
20:29présumé du chanteur
20:30en disant qu'il fallait
20:31se tenir à distance
20:32et faire attention.
20:33Il y a une responsabilité
20:34aussi des médias
20:34qui doivent savoir
20:35depuis quelques années
20:37qu'il y a des choses
20:38pas très claires
20:38avec Patrick Bruel
20:39et que ce n'est peut-être
20:40pas la personne à inviter
20:41en prime time
20:41pour chanter avec une adolescence
20:42dans la Star Academy.
20:44Donc, c'est extrêmement important
20:46aujourd'hui
20:46que tous les médias
20:47prennent ce sujet en compte
20:49et pas que Mediapart
20:50parce qu'aujourd'hui,
20:51c'est un sujet
20:52qui mérite de quitter
20:53la rubrique des faits divers
20:54et d'être vraiment
20:54traité comme un fait de société.
20:56Les structures
20:58qui l'entouraient
20:59mettaient en place
21:00des garde-fous
21:01pour éviter les problèmes
21:03ou les régler
21:04à l'amiable.
21:06Donc, cette personne
21:07qui accompagnait,
21:08enfin, j'ai discuté avec lui,
21:09il était là effectivement
21:11pour faire en sorte
21:13que rien n'arrive
21:15aux femmes
21:17qui devaient encadrer Patrick
21:19de près,
21:20dont moi, évidemment.
21:22Et c'est grâce
21:23à ce chaperon
21:23assigné par TF1
21:24que lors de la soirée
21:26de 2004,
21:27Marie aurait pu souffler un peu.
21:28On rentre à l'hôtel
21:30et là, Patrick propose
21:31encore boire un dernier verre.
21:33Le chaperon en question
21:34me fait un petit clin d'œil
21:35en disant
21:35« Oui, non, non,
21:36mais t'as vraiment
21:36pas besoin de rester. »
21:39Et donc,
21:39j'en profite
21:40pour m'échapper
21:41en disant
21:41« Oui, je suis vraiment fatiguée,
21:43j'y vais, j'y vais. »
21:44Et puis, je rentre chez moi.
21:46Mais selon Marie,
21:47même tard le soir,
21:48Patrick Bruel
21:49ne savourait pas vaincu
21:50pour autant.
21:51Et là,
21:52j'ai un numéro
21:54inconnu
21:55qui s'affiche.
21:56Je décroche
21:57et puis là,
21:57c'est Patrick.
21:58De nouveau.
22:00On voit tous
22:00« Oh, j'ai passé
22:01une tellement belle journée,
22:04c'était tellement fantastique,
22:05j'aimerais tellement
22:06qu'on prenne
22:08le petit déjeuner
22:09ensemble demain matin. »
22:11Évidemment,
22:11je comprends
22:12tout de suite
22:13là où ils vont en venir
22:14et je lui dis
22:14« Si je viens
22:16prendre le petit déjeuner
22:18ensemble,
22:19c'est en bas
22:19dans la salle commune
22:21de l'hôtel
22:22et pas ailleurs. »
22:24Et là,
22:25il me raccrochonnait
22:26en disant
22:27« Ah, c'est pas la peine. »
22:29Après cet ultime refus,
22:31la star,
22:32vexée,
22:33aurait complètement
22:34changé de comportement
22:35avec Marie.
22:35« Le lendemain,
22:36j'étais bien obligée
22:37de retourner
22:39à l'hôtel
22:39pour les ramener
22:41à la gare.
22:42Il ne m'a plus
22:42adressé la parole.
22:44Donc, vraiment,
22:44là, il tirait la tronche
22:46c'est vraiment
22:47le gosse gâté
22:47qui n'avait pas eu
22:48son ours.
22:50Et il ne m'a pas
22:52dit au revoir. »
22:53Et pire,
22:54selon Marie,
22:55Bruel aurait même
22:55tenté de lui faire
22:56de la mauvaise publicité.
22:58« Et j'ai su
22:59par la suite
22:59qu'il s'était plaint
23:01auprès de la direction
23:02de TF1
23:02en disant
23:03qu'attaché
23:04de presse beige
23:04était en dessous de tout,
23:05qu'elle était nulle,
23:07désagréable,
23:08qu'elle avait mal
23:08fait son travail.
23:10Et voilà.
23:11Mais ça n'a pas
23:12apprêté à conséquence
23:13parce que,
23:14à nouveau,
23:14tout le monde savait. »
23:15Tout le monde savait.
23:16Une phrase que l'on a
23:17beaucoup entendue
23:18dans ce genre d'histoire
23:19et qui laisserait donc penser
23:20que Patrick Bruel
23:21a été protégé
23:22par tout un système
23:23pendant des années.
23:25« Moi aussi. »
23:27Tout le monde savait
23:28que valait mieux
23:29pas se retrouver
23:30dans une pièce
23:30avec lui.
23:32Mais tout le monde
23:32en rigolait, en fait.
23:33Tout le monde disait
23:34« Ah, c'est Patrick et tout.
23:36Ah là là,
23:36quel chaud lapin,
23:37c'est un homme à femme. »
23:38Mais parce qu'on le minimisait
23:40vachement, en fait.
23:41Mais alors,
23:41que savait-on réellement
23:42dans le milieu ?
23:43Qu'est-ce qui circulait ?
23:44Que Patrick Bruel
23:45était un prédateur
23:46ou simplement
23:47un dragueur lourd ?
23:48« Moi, j'ai réfléchi aussi.
23:49Moi, je me positionne aussi
23:50de me dire
23:51qu'est-ce qu'on savait vraiment.
23:53Et c'est de se dire
23:54« Non, oui, moi,
23:54oui, j'avais cette image. »
23:55C'est-à-dire que c'était
23:56quelqu'un, on le voyait
23:57quand il arrivait quelque part.
23:59Il faisait ce que j'appelle
24:00l'œil qui frise.
24:01C'est-à-dire qu'il y avait
24:01des fils.
24:02Mais voilà,
24:03il n'y avait rien d'œil.
24:04Il ne mettait pas
24:05des mains aux fesses ou quoi.
24:06Il savait qu'il était
24:07très charmeur.
24:08Et aujourd'hui,
24:09effectivement,
24:10il y a plein de témoignages
24:11qui sortent en disant
24:11« On ne pouvait pas
24:12le laisser seul
24:13dans une pièce
24:13avec des femmes, etc. »
24:14Mais c'est juste
24:15qu'aujourd'hui,
24:15on relit les événements,
24:17on les réexamine
24:18avec ces nouvelles lunettes.
24:20MeToo.
24:20C'est une notoriété publique,
24:22en fait,
24:22que c'est un cheveux-lapin,
24:23quoi, Patrick Bruel.
24:24Et d'ailleurs,
24:25il y a même un truc
24:25très français
24:26de dire
24:27« Ah, le don juan,
24:29l'homme à femme,
24:30cette image. »
24:32On n'a pas tout seul,
24:32cette confiance.
24:33C'est quelqu'un
24:33qui vous la donne.
24:34Moi, c'est le public
24:34qui me l'a donné.
24:35Est-ce qu'on dirait ça
24:35pour une femme ?
24:37C'est une croqueuse d'hommes,
24:38c'est une tombeuse,
24:39ah là là.
24:39Non, on va dire,
24:40c'est une salope, quoi.
24:42Mais ce qu'on a aussi
24:43souvent entendu,
24:44c'est qu'il fallait
24:44se méfier de Patrick Bruel.
24:46Il pouvait se montrer
24:47insistant avec les femmes.
24:48Sous couverte d'anonymat,
24:50une journaliste belge
24:51nous raconte une anecdote
24:52qui illustre parfaitement
24:53le supposé comportement
24:55insistant de Bruel
24:56avec les femmes
24:57qu'il croisait dans les médias.
24:58Il était invité
24:59lors d'une émission.
25:01Il aurait suivi
25:01une animatrice
25:03d'une grande chaîne
25:04de télévision
25:05en quittant le programme.
25:07L'animatrice
25:08a repris sa voiture
25:09et Patrick Bruel
25:11a également repris
25:12sa voiture
25:12et il l'aurait suivi
25:14aussi sur l'autoroute.
25:17Elle avait peur
25:18qu'il arrive même
25:18jusque chez elle,
25:20je pense.
25:21Et je pense que
25:22ce qu'il a aussi effrayé,
25:24c'est la rapidité
25:25en fait sur l'autoroute
25:26une fois qu'on est suivi
25:27on a évidemment peur
25:29pour soi,
25:30pour les autres automobilistes
25:31et elle se demandait
25:33jusqu'où il pouvait aller
25:34à ce moment-là en tout cas.
25:36Et elle était apparemment paniquée.
25:38Elle a même appelé
25:39ses directeurs
25:40qui ont eux-mêmes
25:41appelé Patrick Bruel
25:42pour qu'il arrête
25:44de la suivre
25:45parce qu'à ce moment-là
25:47elle en avait vraiment peur.
25:48Tous ces témoignages
25:49mettent en exergue
25:50la réalité d'une époque
25:51qui semblerait voluer aujourd'hui.
25:53Le monde d'avant
25:54le mouvement MeToo
25:55où régnait une véritable omerta
25:56sur le comportement abusif
25:58de certains hommes
25:59dans l'industrie du spectacle.
26:00Si les faits sont avérés,
26:02quand un homme peut agir
26:02pendant 20, 30, 40 ans,
26:04il y a le mis en cause
26:05de lui-même
26:06mais il y a toute la société
26:08qui lui a permis
26:10d'agir pendant des années.
26:12Il y a son milieu professionnel
26:14qui a fermé les yeux,
26:16qui a continué
26:17à le traiter
26:17comme une icône.
26:19Bien sûr que l'industrie
26:21a une responsabilité.
26:23De nouveau,
26:24on était à une autre époque,
26:26on qualifiait pas
26:27les choses comme ça
26:28et le fameux chaperon
26:30qui avait cette mission
26:31de protéger les femmes
26:33autour de Patrick
26:33était juste assistant
26:36aux ventes internationales
26:37et se retrouvait dans ce rôle
26:38de devoir faire
26:39le nettoyage
26:41autour de Patrick Durel.
26:43Clairement,
26:43c'était pas de gaieté de cœur,
26:44mais c'était pas quelque chose
26:47sur lequel on se posait
26:49tellement de questions
26:50à cette époque-là.
26:51Cet omerta
26:52et ce tabou
26:53dans l'industrie musicale,
26:54il est là aussi
26:55pour continuer
26:55à vendre du rêve
26:56parce que si on vous envoyait
26:57des paillettes dans les yeux,
26:59c'est pas pour derrière
26:59pour vous dire
27:00que les paillettes
27:01sont faites de souffrance,
27:02ce sont des larmes.
27:04C'est comme une sorte
27:05de contrat.
27:07Moi, je dis rien
27:08et du coup,
27:10je te protège
27:11mais je protège surtout
27:13notre groupe d'artistes,
27:15de médias,
27:16d'industries quelconques.
27:18Je sais pas
27:18s'il y a eu omerta,
27:19je pense qu'il y a eu
27:21mauvaise lecture
27:21de ce qu'étaient réellement
27:24les comportements problématiques
27:26de Patrick Bruel.
27:27C'était une autre époque.
27:29MeToo, c'est pas vieux.
27:31Il est évident
27:31que le mouvement MeToo
27:32a permis une prise de conscience.
27:34Ce type de comportement
27:35n'avait pas lieu d'être
27:36et d'ailleurs surtout pas
27:37dans la sphère professionnelle.
27:40Revenons en 2026
27:42alors que deux volets
27:43de l'enquête de Mediapart
27:44mettant en cause
27:45Patrick Bruel
27:46avec plus de 25 femmes
27:47sont déjà parues.
27:48Les médias
27:49ne relaient pas trop l'affaire.
27:50Ils hésitent.
27:51Mais un nouveau témoignage
27:53va venir tout exploser
27:54sur son passage.
27:55Celui de l'animatrice
27:56de télévision française
27:58Flavie Flamand
27:58qui porte des accusations
28:00très graves
28:01contre le chanteur.
28:02Flavie Flamand,
28:03c'est vrai que c'est un peu
28:04la grenade
28:05qui fait exploser l'affaire
28:07parce que Flavie Flamand,
28:08c'est une animatrice
28:10de télévision qui est extrêmement
28:12populaire en France.
28:14Elle a commencé à apparaître
28:16dans le public.
28:17Elle avait 14 ans.
28:18Elle est extrêmement populaire
28:20et alors qu'il y a déjà
28:23une vingtaine de témoignages,
28:26tout d'un coup,
28:27son témoignage à elle
28:29surgit dans la presse en Hone
28:31et tout le monde est sidéré
28:34qu'à visage découvert,
28:36elle apparaisse
28:37pour accuser Patrick Bruel
28:39de viol
28:40alors qu'elle était mineure.
28:42Son témoignage,
28:43l'animatrice l'avait déjà donné
28:44à Marine Turquie
28:45quelques semaines auparavant
28:47mais sous couvert d'anonymat.
28:49Et puis au fil des semaines,
28:50elle a vu les autres témoignages
28:52révélés,
28:52notamment dans Mediapart.
28:54Elle m'a dit
28:54qu'elle trouvait sa foule
28:56à graviter des accusations
28:57mais aussi leur similitude
28:58et qu'elle se devait de parler.
29:00Que finalement,
29:01elle n'avait pas le choix
29:01qu'il fallait aujourd'hui
29:02qu'elle prenne la parole
29:04parce qu'elle sait aussi
29:05le poids de sa parole.
29:06Elle sait que sa parole
29:07va avoir un poids.
29:08Elle sait,
29:09c'est comme un dôme protecteur
29:10vis-à-vis de toutes les femmes
29:11qui ont témoigné.
29:12Les masseuses,
29:13les techniciennes,
29:14les attachées de presse
29:14sont des petites gens,
29:16sont des invisibles.
29:17Et voici de quoi
29:18Flavie Flamand accuse Patrick Bruel.
29:20Nous sommes en 1991.
29:23Elle n'a que 16 ans
29:24lorsqu'un soir,
29:25la star l'invite à son domicile.
29:27Je suis rentrée dans cet appartement
29:28et il m'a proposé un thé.
29:29Je me suis dit
29:30mais le thé,
29:30c'est une boisson de vieux.
29:32Et je n'ai pas osé dire non
29:33et donc j'ai bu ce thé.
29:35Et après,
29:35j'ai sombré dans un trou noir,
29:39ce que j'appelle le blackout.
29:40Et je me suis réveillée.
29:42C'est fou d'ailleurs.
29:43Je me suis réveillée.
29:44Mon esprit s'est réveillée.
29:45Mon corps ne répondait pas.
29:46Et quand j'ai ouvert les yeux,
29:48j'étais allongée sur le dos.
29:49Quand j'ai ouvert les yeux,
29:50je l'ai vu.
29:50Il était en train
29:51de me remettre mon pantalon
29:52comme une poupée.
29:55Et il l'aurait déposée ensuite
29:56dans un hôtel près de la gare Saint-Lazare.
29:59Et puis, plus tard,
30:01alors qu'elle devient célèbre,
30:03elle le recroise dans une de ses émissions,
30:05elle le recroise dans un couloir.
30:06On est en 2006
30:07et toujours selon son récit,
30:10Patrick Bruel lui dit à l'oreille
30:12« Tu te souviens ? »
30:14Et elle lui dit
30:14« Mais comment ça ?
30:15De quoi je me souviens ? »
30:16Et il lui aurait dit
30:17« Mais on a couché ensemble ? »
30:18Elle dit « Mais non, pas du tout. »
30:19Il dit « Mais si, bien sûr
30:20qu'on a couché ensemble. »
30:21Donc là,
30:22elle l'accuse de faits extrêmement graves,
30:25d'avoir abusé d'elle
30:27alors qu'elle était mineure
30:28et en plus avec une notion
30:29de soumission chimique,
30:31ce qui, je précise,
30:32ne pourra jamais être prouvé
30:33puisque si on n'a pas
30:35les analyses toxicologiques immédiates,
30:38ça ne pourra jamais être prouvé.
30:41Et alors que jusqu'ici,
30:42Patrick Bruel n'avait jamais réagi
30:43à aucune accusation
30:44qu'il le visait,
30:45il sort du silence
30:46sur les réseaux sociaux.
30:48« J'ai rencontré Flavie Flamand
30:50dans les années 90.
30:52Nous nous sommes croisés,
30:53nous nous sommes revus quelquefois,
30:55nous avons eu ensemble
30:56une brève histoire.
30:57Cette relation ne fut ni violente,
30:59ni contrainte,
31:00ni sournoise.
31:01Il n'y eut ni viol,
31:03ni drogue. »
31:04« Lui, en fait,
31:04sa position sur tous les dossiers,
31:07il dit « Je n'ai jamais forcé
31:09qui que ce soit
31:10à avoir une relation intime avec moi. »
31:14Voilà, sur l'intégralité
31:16des faits qui peuvent lui être reprochés.
31:18« Pour moi, c'est symptomatique
31:19que Patrick Bruel
31:20il ne réagit qu'au témoignage
31:21de Flavie Flamand.
31:23Pour moi, je ne sais pas
31:24qui sont ses conseillers,
31:25mais c'est une maladresse de sa part.
31:27Parce que c'est comme si
31:28les autres ne comptaient pas.
31:30C'est juste, Flavie Flamand,
31:32« Ah non, là, je ne suis pas d'accord,
31:33non, non, on a vécu quelque chose, etc. »
31:36Cette ligne de défense hasardeuse
31:38va être complètement étriée
31:39par Flavie Flamand.
31:40« Vous imaginez, en fait,
31:42pour une victime mineure
31:43de s'entendre dire
31:44qu'elle était consentante
31:45au mal qu'on lui a fait,
31:46au drame qu'elle a subi,
31:48qui a piétiné
31:49et ravagé son adolescence.
31:51Ces allégations,
31:52cette diffamation,
31:53elle est absolument épouvantable.
31:54Je n'ai jamais eu
31:56de relation sexuelle
31:57consentie avec Patrick Bruel. »
32:00Sur le plateau de Cyril Hanouna,
32:01l'avocat de Bruel
32:02est venu rappeler
32:03la ligne de défense
32:04de son client.
32:05« Il est accusé
32:07de l'avoir droguée,
32:10il est accusé
32:11d'avoir abusé d'elle.
32:13Notre client dit
32:14que c'est absolument faux,
32:15que la relation
32:16qui a existé,
32:17qui est une relation
32:18qui s'est étalée
32:19au fil des ans,
32:20était une relation
32:21parfaitement consentie.
32:22Je suis désolé
32:24d'avoir à la contredire
32:25et je suis désolé
32:25qu'elle le prenne mal.
32:26Mais ce n'est pas
32:27parce qu'elle le dit
32:28qu'on doit considérer
32:29que c'est exact. »
32:31La défense a été,
32:32pour dire les choses
32:35gentiment,
32:36assez maladroite
32:37puisque la défense
32:39a parlé d'une relation
32:41épisodique
32:42avec cette jeune fille
32:43qui avait à l'époque
32:4516 ans
32:46alors que l'artiste
32:48en avait 32.
32:49Donc là,
32:49les journalistes
32:50ont dit
32:50« Mais comment ça,
32:51épisodique,
32:5216 ans,
32:5232 ans,
32:53il y a quand même
32:54un problème ? »
32:56Et là,
32:57la défense a répondu
32:58« Oui,
32:58mais lui avait l'air
32:58beaucoup plus jeune,
32:59il avait l'air
33:00d'avoir 25 ans. »
33:02Depuis que cette histoire
33:03fait la une de l'actualité,
33:05des archives sont ressorties
33:06et démontrent
33:07selon certains
33:08une évidente proximité
33:09entre Flavie Flamand
33:10et Patrick Bruel.
33:12« Justement,
33:12à propos de ce que vous disiez… »
33:14« Mais qu'est-ce qui te prend
33:15de vous voyer comme ça ? »
33:17« Mais je vais te dire tu,
33:18finalement,
33:18c'est plus sympa. »
33:19« C'est une bonne idée. »
33:19« Qu'est-ce qu'on attend
33:20pour se tutoyer,
33:21finalement ? »
33:21« Qu'est-ce qu'on attend ? »
33:26« C'est parce qu'elle a déjà
33:26vécu le même genre de drame
33:28quelques années plus tôt. »
33:29« Ça fait deux fois
33:30qu'elle est victime de viol
33:31parce qu'il faut savoir
33:31que Flavie Flamand
33:33avait dénoncé aussi
33:35des viols de David Hamilton
33:37qui est un photographe
33:38qui photographiait
33:39des très jeunes filles mineures,
33:41on appelait ça à l'époque
33:42des nymphettes,
33:43dans des pauses suggestives
33:45et elle l'accuse
33:46de l'avoir violée
33:47quand elle avait 13 ans.
33:48Donc là,
33:48les gens ont dit
33:49« Mais attendez,
33:50comment ça ?
33:50Elle s'est aussi fait violer
33:51par Patrick Bruel ? »
33:52Alors oui,
33:53sauf que
33:54toutes les études
33:55et les psys le racontent très bien,
33:57quand on a été violé
33:58une première fois,
33:59surtout quand on est mineur,
34:01il y a eu un tel trauma,
34:02une telle effraction
34:04dans l'intimité
34:05que ça abolit
34:07la capacité à dire non
34:08l'estime de soi
34:09et que très souvent,
34:10les victimes d'abus sexuels mineurs,
34:12c'est ce qu'on appelle
34:14la polyvictimation,
34:15ça peut arriver encore
34:17à l'âge adulte.
34:20Quoi qu'il en soit,
34:21ce témoignage
34:21a donné un coup
34:22de projecteur inédit
34:23à cette affaire
34:24et a même réussi
34:25à faire bouger les lignes
34:26d'un point de vue judiciaire.
34:27À partir du moment
34:28où Flavie Flamand témoigne,
34:30il y a un électrochoc
34:31dans la chaîne d'enquête.
34:32Tout d'un coup,
34:33le parquet de Nanterre
34:34en France se dit
34:35« Ah, mais on va regrouper
34:36toutes les plaintes
34:37et on va faire une seule enquête. »
34:38Selon la journaliste
34:39de Mediapart,
34:40l'ouverture
34:41de cette enquête judiciaire
34:42doit beaucoup
34:43au travail des journalistes.
34:44Je remarque
34:45que sans le travail
34:45de la presse,
34:47cette enquête judiciaire
34:48n'existerait sans doute pas.
34:50Pourquoi ?
34:50Parce que c'est la révélation
34:52d'abord de huit témoignages
34:53dans Mediapart
34:53qui met en marche
34:55un certain nombre
34:55de témoignages
34:56qui entraînent
34:56des dépôts de plainte
34:57et notamment
34:58le témoignage
34:59de l'animatrice
35:00Flavie Flamand
35:01qui, en deux jours,
35:02entraîne la prise de parole
35:03de la procureure
35:04de la République de Paris
35:05qui annonce l'ouverture
35:06d'une grande enquête
35:07centralisée à Nanterre
35:09en raison du lieu
35:09de domicile de Patrick Bruel.
35:11Est-ce qu'aujourd'hui,
35:11sans ce travail de la presse,
35:13il y aurait cette enquête
35:13judiciaire ouverte ?
35:15C'est une question
35:15qu'on peut poser.
35:16Pourtant,
35:17au début des années 2020,
35:18des procédures judiciaires
35:20concernant des agressions
35:21sexuelles présumées
35:22de Patrick Bruel,
35:23le parquet en a ouvert
35:23plusieurs
35:24qui ont toutes
35:25été classées sans suite.
35:26Alors, ça a été
35:27classé sans suite
35:28pour infraction
35:31insuffisamment caractérisée.
35:32C'est l'expression
35:33consacrée de la justice française.
35:35C'est-à-dire qu'on ne dit
35:37pas que c'est faux,
35:38on dit simplement
35:39qu'il n'y a pas
35:40assez d'éléments
35:41pour dire
35:42si oui ou non
35:43il y a eu infraction.
35:45Mais c'est typique
35:46des infractions sexuelles,
35:48c'est-à-dire que
35:48le plus souvent,
35:50ça se déroule
35:50dans un huis clos,
35:51donc souvent,
35:52ça tourne
35:53à parole contre parole
35:54et c'est pour ça
35:55qu'en France,
35:56en tout cas,
35:5786%
35:58des agressions sexuelles
36:00sont classées sans suite.
36:02Nous sommes en 2019
36:03et plusieurs masseuses
36:05vont successivement
36:06porter plainte contre
36:07l'artiste.
36:08C'est une masseuse corse
36:09qui fait un premier signalement
36:11en août 2019.
36:12Ce signalement,
36:13il déclenche une enquête
36:15judiciaire pour
36:16exhibition sexuelle
36:16et agression sexuelle
36:17et harcèlement sexuel.
36:19D'autres femmes
36:20vont se manifester
36:21après la médiatisation
36:22de ce signalement.
36:24Des femmes qui sont
36:24essentiellement pour la plupart
36:26des masseuses également
36:27et qui ont eu l'impression
36:28de voir exactement
36:29leur témoignage.
36:30Et à chaque fois,
36:31c'est à peu près
36:31le même scénario,
36:32c'est-à-dire qu'il imagine,
36:34d'après les masseuses,
36:36que le massage
36:39inclut des prestations sexuelles
36:42mais clairement,
36:43si c'est le cas,
36:44il s'est trompé d'adresse.
36:45Parmi ces femmes,
36:47l'une des clientes
36:47de Maître Billaire
36:48qui est officiée
36:49dans un hôtel de luxe
36:50à Perpignan.
36:51Et elle va déposer plainte
36:52en septembre
36:53pour relater
36:54la session de massage
36:54qu'elle a prodiguée
36:55à M. Bruel
36:56en juillet 2019.
36:58Elle relate
36:59un environnement
37:00très confiné.
37:01Évidemment,
37:02c'est une cabine de soins
37:02fermée
37:03et M. Bruel
37:04totalement dénudé,
37:06en tout cas,
37:06repoussant la serviette
37:07systématiquement,
37:08ayant des propos
37:08à connotation sexuelle,
37:10allant jusqu'à lui
37:11caresser les fesses
37:12comme pour la rapprocher
37:14de la table de massage.
37:15Et puis,
37:16à l'issue,
37:16il va l'enlacer
37:18avant de sortir
37:19de la cabine de soins
37:20et lui dire
37:20que ça resterait entre eux.
37:23Classée sans suite
37:24en 2020,
37:25cette affaire
37:26a eu de lourdes conséquences
37:27sur la victime présumée.
37:28Pour elle,
37:29au niveau professionnel,
37:30c'est extrêmement compliqué
37:31parce qu'elle se sent
37:32totalement larguée
37:35et pas assez entendue
37:37par sa direction.
37:38Et elle fait
37:38un burn-out professionnel.
37:41Donc,
37:41elle a de lourdes,
37:43lourdes répercussions
37:43au niveau psychologique.
37:45Bien qu'elle se soit déroulée
37:46dans l'ère post-MeToo,
37:47toutes les autres procédures judiciaires
37:49intentées par des masseuses
37:50contre la star
37:51n'aboutiront pas non plus.
37:53On dit qu'il y a un grand tournant
37:54avec MeToo
37:55et qu'on a appréhendé différemment
37:56la parole des victimes.
37:57Bon,
37:57en l'occurrence,
37:58à l'époque,
37:59non.
38:00En tout cas,
38:00ça n'a pas suffi.
38:01Peut-être que le recueil
38:02d'investigation
38:04n'était pas suffisant
38:05à l'époque.
38:07Et dernièrement,
38:08suite à l'emballement médiatique
38:09créé par la multiplication
38:10des témoignages,
38:11le parquet de Nanterre
38:13a annoncé relancer
38:14cette procédure
38:14comme beaucoup d'autres.
38:15En 2021,
38:17Ophélie Fachefer,
38:18une jeune femme de 25 ans,
38:19accuse le chanteur
38:20de l'avoir violée
38:21six ans plus tôt.
38:22L'enquête,
38:22classée sans suite
38:23dans un premier temps,
38:24vient également d'être
38:25réouverte par le parquet.
38:26Et c'est l'avocate
38:27de la plaignante
38:28qui nous rappelle les faits.
38:29Je rappelle que
38:30dans notre pays,
38:31la présomption d'innocence
38:33est très importante
38:34et que M. Bruel
38:36est innocent
38:38jusqu'à preuve du contraire.
38:39Nous sommes en 2015
38:40et après l'avoir rencontrée
38:42sur le tournage
38:42d'un clip des Enfoirés,
38:43Ophélie Fachefer a sollicité
38:45Patrick Bruel
38:46pour l'aider à se faire
38:47un nom dans l'industrie musicale
38:48et pour lui donner
38:49des conseils.
38:50Le chanteur l'invite
38:51dans sa villa
38:51de l'île sur la Sorgue.
38:53Dans un premier temps,
38:54ça va bien se passer
38:54puisqu'il va effectivement
38:56l'emmener dans sa grange
38:57où il y a le piano.
38:58Elle va jouer,
39:00chanter,
39:01il va lui donner des conseils.
39:02Il va même la féliciter
39:04pour sa voix,
39:04lui dire qu'il y a
39:05un potentiel.
39:06Et ensuite,
39:07il va lui proposer
39:08de faire le tour
39:08de sa propriété
39:09en voiturette de golf.
39:10Il a une grande propriété
39:12avec des chants d'oliviers
39:13et voilà.
39:14À la fin du tour
39:15en voiturette de golf,
39:16la star aurait complètement
39:18changé d'attitude.
39:19Et là,
39:20elle découvre une autre personne
39:22en fait.
39:22Dès la descente
39:23de la voiturette de golf,
39:25il aurait été
39:26très entreprenant
39:29à vouloir la prendre
39:30dans ses bras,
39:31l'embrasser
39:31et elle lui dit non.
39:34Elle refuse.
39:36Elle a 19 ans,
39:37il en a 56.
39:38Et en plus,
39:40ça c'est un autre pan
39:41de la vie d'Ophélie.
39:42C'est une jeune femme
39:44qui est très croyante,
39:44qui a la foi
39:46et qui n'a jamais eu
39:47de relation amoureuse
39:49parce qu'elle souhaite
39:50se préserver
39:50pour son élu.
39:52Elle réussit à lui dire non
39:53une première fois,
39:54une deuxième fois.
39:55Il fait les allers-retours
39:56sur elle.
39:56Il va arriver à obtenir
39:58un baiser d'elle
39:58mais pas la contrainte.
40:01Donc,
40:01ce sera son premier baiser.
40:02Par la suite,
40:04Bruel aurait ordonné
40:04à la jeune femme
40:05de venir dans la piscine
40:06en sous-vêtements,
40:07ce qu'elle va refuser
40:08dans un premier temps.
40:09Face à ce nom,
40:11lui va commencer
40:12à parler plus violemment,
40:14à lui dire
40:14puisque c'est sa casse-toi,
40:16à taper avec sa main
40:17sur la surface de l'eau
40:18et là,
40:20elle est tétanisée.
40:21Elle se dit
40:21mais qu'est-ce que je fais ?
40:24Elle a peur.
40:25Là, ça y est,
40:26la peur commence à arriver
40:27et elle rentre dans la piscine
40:28et là,
40:29il va la coincer
40:31contre le mur.
40:31Elle va sentir
40:33son pénis en érection.
40:34Elle n'a jamais vu de pénis
40:36donc voilà,
40:38ça va la dégoûter.
40:39Et c'est à ce moment-là
40:41qu'Ophélie Fachefer
40:42aurait subi un viol.
40:43Il va lui faire
40:43une pénétration digitale.
40:45Elle va lui dire
40:45mais en fait,
40:46j'ai mal Patrick,
40:47ça ne va pas
40:47donc là,
40:47il va retirer sa main
40:48et là,
40:49elle me dit
40:49j'essaye
40:50des superfuges
40:53pour le dissuader.
40:55C'est-à-dire,
40:55je lui dis
40:55mais Patrick,
40:56je suis vierge en fait
40:57et alors il lui dit
40:58ah ben super,
40:59je serai ton premier.
41:00Elle me dit
41:00je ne sais pas
41:01comment on sort de la piscine
41:02mais on se retrouve
41:02sur un transat
41:03où il est sur moi.
41:05je suis toujours
41:06en sous-vêtements,
41:06mouillée.
41:08Il m'enlève le haut,
41:09il m'aspire le téton.
41:10Je ne sais plus
41:11où j'en suis en fait.
41:12Sa seule obsession
41:13à ce moment-là,
41:14c'est il faut que je préserve
41:15ma virginité.
41:16C'est vraiment
41:16très important pour elle.
41:18Et donc,
41:18elle me dit
41:18l'instinct m'a poussé
41:19à le masturber
41:22et à me dire
41:23si je lui fais du bien,
41:26s'il a ce qu'il veut,
41:28sa jouissance,
41:29il ne va pas m'enlever
41:31ma virginité,
41:32il va se calmer.
41:34Et effectivement,
41:35après,
41:36elle retrouve le Patrick Daman,
41:38c'est-à-dire,
41:39une fois que c'est terminé,
41:40il s'essuie,
41:42il lui dit
41:43allez,
41:44rabis-toi
41:44et il reparte
41:46à l'intérieur de la maison
41:47et il lui fait des pâtes
41:48comme si de rien n'était.
41:50Et elle,
41:50elle me dit
41:51moi je suis en état de choc,
41:52je ne sais plus
41:53ce qui m'est arrivé
41:54mais en même temps,
41:55elle me dit
41:55mais est-ce que j'ai vraiment
41:56été agressée ?
41:57Elle ne sait plus
41:57ce qu'elle a vécu,
41:58elle est bouleversée.
42:01Ophélie va mettre du temps
42:02à réaliser pleinement
42:03ce qui lui est arrivé
42:03mais finira par porter plainte
42:05six ans plus tard
42:06en 2021
42:06et lors de la confrontation
42:08devant les enquêteurs,
42:10Patrick Bruel
42:10niera farouchement
42:11les accusations
42:12de la jeune femme
42:13comme il l'a fait
42:14dans toutes les autres procédures.
42:16Il peut m'arriver
42:16d'être de mauvaise foi
42:17évidemment bien sûr,
42:18certainement,
42:19je me gîte comme tout le monde
42:19j'espère,
42:20sinon ce ne serait pas charmant
42:21à la vie.
42:21Les personnes qui sont
42:23dans la toute puissance,
42:24ils n'accèdent même pas
42:26à la culpabilité.
42:28Ils ne peuvent pas
42:29parce que
42:30comme ils se croient
42:31littéralement tout permis,
42:33le fait de savoir
42:34que c'est interdit,
42:36ça ne fait juste pas
42:37partie de leur univers.
42:39L'affaire sera une nouvelle fois
42:41classée sans suite
42:41par la justice.
42:43Une décision aux lourdes conséquences
42:45pour la victime présumée.
42:46Elle, elle va vraiment
42:47le vivre de façon
42:47très violente.
42:49C'était impossible
42:50à gérer psychiquement.
42:52Comme si on lui avait
42:54arrêté sa vie en fait.
42:56Et c'est ainsi
42:57qu'elle a décidé
42:58de mettre fin à ses jours
42:59en 2023.
43:00Selon le corps médical,
43:02après avoir avalé
43:03cinq boîtes de Doliprane,
43:05Ophélie s'en sort
43:06miraculeusement.
43:07Et c'est à ce moment-là
43:08qu'elle va se dire
43:09si je devais vivre,
43:11c'est bien pour une raison
43:12et je vais continuer
43:13à porter ma parole.
43:15Le point commun
43:15de toutes les procédures
43:16intentées à ce jour
43:17contre Patrick Bruel,
43:19les anciennes comme les nouvelles,
43:20le statut social
43:21des supposées victimes,
43:23bien inférieures aux siens.
43:24Bruel, il a une position
43:25qui n'est pas la position
43:26de n'importe quel homme.
43:27Il est la star
43:28face à ses attachés de presse,
43:30face à ses masseuses,
43:32face à ses techniciennes,
43:34face à ses fans.
43:35Et je pense qu'aujourd'hui,
43:37plus que jamais,
43:37il faut se dire
43:39que quand on est une star
43:40comme Patrick Bruel,
43:41on a un pouvoir.
43:43Et donc, d'office,
43:44il y a quand même
43:45un rapport de force
43:47qui s'exerce.
43:48Nul besoin d'être
43:49un grand maître
43:51au barreau de Paris
43:52pour savoir
43:54ce que ça induit
43:55quand il y a
43:56un lien de subordination.
44:02Alors, dans l'hypothèse
44:03où Patrick Bruel
44:04serait réellement coupable
44:05des faits
44:05qui lui sont reprochés,
44:06sa relation aux femmes
44:08soulève une interrogation.
44:09Qu'est-ce qui aurait poussé
44:10la star à de telles dérives ?
44:13Une partie de la réponse
44:14est sans doute
44:15à aller chercher
44:15dans l'ascension fulgurante
44:17du chanteur.
44:17Nous sommes à l'orée
44:19des années 90,
44:20au début d'un phénomène
44:21hors norme,
44:21la Bruelmania.
44:32La Bruelmania,
44:34ça a été un phénomène
44:35de société,
44:36un phénomène
44:37d'hystérie collective.
44:42Ces salles de filles
44:44qui hurlent
44:45le fameux Patrick
44:46avec trois i.
44:47C'est ça,
44:48la Bruelmania.
44:51C'est une espèce
44:52d'ébullition
44:53autour d'une personnalité
44:55émergente
44:55qui est Patrick Bruel,
44:56qui est ce gars
44:57plutôt sympatoge,
44:58qui chante des chansons
45:00engagées,
45:01avec son perfecto,
45:03qui est donc
45:03vraiment l'incarnation
45:04d'une époque.
45:05C'est-à-dire
45:05qu'à partir du moment
45:06où il sort un album
45:07qui s'appelle
45:08Alors, regarde,
45:08on est en 1989
45:12et d'un seul coup,
45:14toutes les jeunes filles
45:15s'intéressent
45:17à ce jeune premier
45:19qui est brûlant
45:20de séduction
45:21et puis surtout,
45:23il rencontre enfin
45:24sa chanson,
45:25Casser la voix,
45:26qui va l'installer
45:28définitivement
45:29sur la route du succès.
45:46Les paroles de Casser la voix,
45:48c'était des paroles
45:49ce qu'on appelle viriles.
45:50Les filles percevaient
45:52chez lui
45:52une forme de sexualité,
45:54de masculinité
45:55qu'il a imposée
45:58définitivement
45:59auprès de la jante féminine.
46:02Avec cette chanson
46:03tirée de l'album
46:04Alors, regarde,
46:05qui reste jusqu'à aujourd'hui
46:06son plus grand succès,
46:08le chanteur s'impose
46:09comme un véritable sex-symbole,
46:10adulé par des millions
46:11de jeunes femmes.
46:21Sur l'album
46:22Alors, regarde,
46:23il n'y aura pas moins
46:24de cinq tubes
46:25qui racontent
46:26le désespoir amoureux
46:27d'un jeune homme,
46:28la rupture d'un jeune homme
46:30avec une fille,
46:31avec Gérard Presquervic,
46:32ils ont fait
46:33du cousu humain
46:33qui correspondait totalement
46:35aux attentes
46:36de la société féminine
46:38à la fin des années 80.
46:40Le phénomène
46:41prend une telle ampleur
46:42qu'il hisse Bruel
46:43au rang des plus grands.
46:45Depuis Claude-François
46:46et Johnny Hallyday,
46:47on n'avait pas connu
46:47cette hystérique collectif
46:49dans les salles.
46:50C'est-à-dire,
46:50quand il arrivait,
46:53les filles étaient en trance.
46:54C'est-à-dire qu'on n'a plus
46:56ça aujourd'hui.
46:57Ça appartient
46:58à un autre monde,
46:59tout ça.
47:05C'est hallucinant
47:06et je ne suis pas sûr
47:07qu'on retrouve ça aujourd'hui,
47:09en tout cas en francophonie.
47:10C'est un immense artiste Bruel,
47:12évidemment,
47:12grand interprète.
47:13Il incarne ses chansons,
47:15mais en même temps,
47:15le spectacle était dans la salle.
47:22Les filles s'évanouissaient
47:23quand elles étaient
47:24trop comprimées
47:24contre les barrières.
47:31Que ce soit un Clo-Clo,
47:32un Johnny,
47:33un Mike Brandt
47:33ou un Bruel,
47:34ils n'y sont pour rien
47:35parce qu'ils ne pensent pas
47:36qu'à un moment donné,
47:37ils vont avoir
47:38un tel impact sur le public.
47:39Seulement,
47:40ils ont une force de frappe
47:41plus que trois autres
47:43qui font le même métier qu'eux.
47:44On ne sait pas pourquoi,
47:45c'est en eux
47:47A l'époque,
47:48Patrick Bruel lui-même
47:49a du mal à appréhender
47:50ce succès foudroyant
47:51qu'il a fait devenir
47:52en seulement quelques années
47:53l'idole de toute une génération.
47:56Il y a des gens
47:56qui s'identifient,
47:57qui se retrouvent
47:58dans ce que vous êtes
47:59ou dans ce que vous faites,
48:00c'est bien.
48:02Au-delà d'une certaine limite,
48:05il faut être un petit peu
48:06plus vigilant,
48:06faire attention
48:06à ce qu'on dit,
48:07à ce qu'on fait.
48:08Qui a le droit ?
48:12Qui a le droit ?
48:14Qui a le droit ?
48:19Car l'hystérie collective
48:21provoquée par Patrick Bruel
48:22s'étendait bien au-delà
48:24des salles de concert.
48:25À cette période,
48:26le chanteur était très fréquemment
48:28poursuivi par ses fans.
48:29D'un seul coup,
48:30les filles,
48:31elles attendent
48:31en bas de chez lui.
48:32Ce que n'avait pas Alain Souchon,
48:33ce que n'avait pas Roquevoisin,
48:35ce que n'avait pas
48:36William Scheller,
48:37ils n'ont jamais eu
48:3820 ou 25 filles
48:39devant la porte de l'immeuble.
48:40Jamais.
48:40Patrick Bruel,
48:41oui.
48:42Je pense que
48:42pour avoir lu des interviews
48:44de lui à l'époque,
48:46il est aussi,
48:46lui, un peu chamboulé
48:48par cette ferveur gigantesque.
48:50Les fans en bas de chez moi,
48:52ça, ça a été
48:53ma vraie dernière colère.
48:55J'aurais dit
48:57pas en bas de chez moi.
48:58Pas en bas de chez moi.
48:59Pas dans mes escaliers,
49:00pas devant ma porte.
49:01Pas toute la journée là.
49:02Parce que ça,
49:03c'est pas respectueux,
49:03c'est pas élégant.
49:10Selon certains observateurs,
49:12l'extrême fascination
49:13dont il a fait l'objet
49:14auprès des femmes
49:15aurait pu contribuer
49:16à faire perdre
49:17à Patrick Bruel
49:18le sens des réalités.
49:19À travers ce filtre
49:21de la fascination,
49:23l'artiste n'est plus
49:24du tout perçu
49:25comme un être humain.
49:27Patrick Bruel,
49:28peut-être,
49:29n'a pas été suffisamment
49:30aussi entouré
49:33pour lui permettre
49:34toujours
49:35de faire la part
49:37des choses
49:38entre lui,
49:39l'être,
49:40Patrick Bruel,
49:41et le produit
49:43de consommation
49:44artistique,
49:46médiatique
49:46qu'il était devenu,
49:48et du coup,
49:48il s'est littéralement
49:49pris
49:51pour Patrick Bruel,
49:53autorisé
49:54à faire tout
49:55et n'importe quoi.
50:02Malgré l'emballement
50:03médiatique créé
50:04par la trentaine
50:04de témoignages
50:05de femmes
50:05se disant victimes
50:06du chanteur,
50:07une grande partie
50:08de ses fans
50:09le soutient toujours
50:10aujourd'hui.
50:10Je pense que c'est
50:11très dur pour les fans
50:12de mettre de côté
50:13quelque chose
50:14qui vous a construit,
50:16quelqu'un qui fait partie
50:17de votre quotidien
50:18depuis des dizaines
50:18d'années.
50:19C'est un deuil en fait,
50:20c'est vraiment un deuil
50:20comme quand on découvre
50:21que quelqu'un de sa famille
50:23a fait de grosses bêtises
50:26pour ne pas dire
50:27des délits
50:27et des crimes
50:28et je pense qu'en effet
50:30les fans
50:31de longue date
50:32de Patrick Bruel
50:33qui ont grandi
50:34et qui ont passé
50:35leur adolescence
50:36à écouter sa musique
50:37et à aller le voir
50:39en concert
50:39et à le voir
50:40sur leur mur
50:41chez eux
50:42et chez elles surtout.
50:43C'est très difficile
50:44de s'en débarrasser.
50:46Comment les fans
50:46vivent cette affaire ?
50:48Pour eux,
50:48c'est cataclysmique.
50:49Ça ne correspond pas
50:50à l'image qu'elles ont
50:52de leur idole
50:52parce que pour elles,
50:54il faut imaginer
50:55l'ascenseur émotionnel
50:56terrifiant que c'est.
50:58Elles ont idolâtré,
51:00elles ont adoré
51:01un artiste
51:02pendant 30 ans
51:03et elles se retrouvent
51:04face à plus de 30 femmes
51:06qui témoignent d'agression.
51:08Elles n'arrivent pas
51:09à faire coïncider
51:11la star sympa
51:12et le prédateur.
51:14Les deux ne se superposent pas
51:15donc il y a comme une scission,
51:17il y a comme un bug psychologique
51:18pour ces fans.
51:19Quelle que soit
51:20la décision de justice,
51:21je pense que ça va être
51:22difficile pour lui
51:23de continuer sa carrière
51:25telle qu'elle était.
51:27Et a priori,
51:29Patrick Bruel
51:29en serait parfaitement conscient.
51:31Il s'est retiré
51:33dans sa propriété.
51:35Il aurait dit
51:36à des proches,
51:37ça c'est Paris Match
51:39qui a révélé ça,
51:40qui considéraient
51:41que sa carrière
51:41était terminée.
51:42Et en ce sens,
51:43le chanteur a d'ores et déjà
51:45annulé sa tournée de concert
51:46prévue cet été.
51:47En Belgique,
51:48en attendant la vérité judiciaire,
51:50plusieurs décisions
51:51ont déjà été prises
51:52à l'encontre
51:52de Patrick Bruel,
51:53à l'image de celle
51:54du bourgmestre de Liège
51:55qui a décidé de suspendre
51:57son statut de citoyen d'honneur.
51:58Parce qu'il dit voilà,
52:00ce qui se passe
52:00autour de Patrick Bruel,
52:01ce n'est pas en adéquation
52:02avec les valeurs de la ville.
52:03L'RTL,
52:04les radios de la RTBF
52:05ont décidé
52:06de ne plus diffuser
52:08Patrick Bruel.
52:10Encore une fois,
52:10de suspendre
52:11la diffusion de ses titres.
52:12En tout cas,
52:13de se dire,
52:14tant que l'affaire n'est pas réglée,
52:15on suspend.
52:16C'est vrai qu'il y a un débat
52:18qui dit que c'est la cancel culture
52:21à l'américaine
52:23et qu'on va complètement
52:25l'effacer des radars.
52:27C'est vrai qu'on le répète,
52:29il est présumé innocent
52:30et que sur le papier,
52:31il n'y a rien qui l'empêche
52:33de travailler.
52:34Sauf que,
52:35ce n'est quand même pas
52:36un travail comme les autres,
52:38c'est un travail qui consiste,
52:40notamment pour ce qui est
52:41des concerts,
52:42à aller sur scène
52:43et à se présenter
52:45devant des milliers
52:47de personnes,
52:48se faire applaudir,
52:49acclamer,
52:50adorer.
52:51Donc,
52:52est-ce qu'on peut
52:53rendre de tels hommages
52:55à quelqu'un
52:55qui est visé
52:56par 30 témoignages,
52:5812 ou 13 plaintes
52:59par 4 enquêtes judiciaires
53:01dans une société
53:03qui a un seuil de tolérance
53:04de plus en plus bas
53:05pour les crimes sexuels ?
53:07C'est quand même compliqué.
53:13D'autant plus qu'en se référant
53:14aux journalistes
53:15qui enquêtent sur l'affaire,
53:16elles seraient encore loin
53:17d'être terminées.
53:18La journaliste de Mediapart
53:20nous a dit
53:20qu'elle travaillait
53:21sur de nouveaux témoignages,
53:22donc ça veut dire
53:23que ce n'est pas fini.
53:24Donc,
53:24on est quand même
53:25devant une affaire
53:26qui est énorme.
53:28Pour l'instant,
53:28on est sur une trentaine
53:30de femmes qui témoignent.
53:31S'il y en a d'autres
53:31qui viennent s'ajouter,
53:32on va s'arrêter
53:33à combien ?
53:3350 ?
53:34C'est inédit.
53:47C'est un des derniers
53:50grands artistes populaires français.
53:52C'est toute une génération
53:53qui doit faire le deuil
53:53de cette histoire.
53:55C'est comme d'avoir regardé
53:56un film et de découvrir
53:57à la fin du film
53:58qu'en fait,
53:58le gars qu'on pensait
53:59être le héros
54:00est le méchant de l'histoire.
54:01C'est vertigineux.
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