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[#Reportage] Gabon : après les médias, qui sera le prochain secteur sacrifié ?

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00:01Quatre mois après la suspension des réseaux sociaux décidés par la Haute Autorité de la Communication,
00:07les conséquences économiques continuent de frapper durement les médias numériques gabonais.
00:11Chute des audiences, effondrement des revenus publicitaires, fragilisation des emplois, ralentissement de l'activité économique.
00:18Derrière une mesure présentée comme temporaire se dessine désormais une question plus fondamentale.
00:22L'État peut-il durablement affaiblir un secteur économique sans envisager les mécanismes nécessaires à sa survie ?
00:29L'histoire économique enseigne une règle simple.
00:32Lorsqu'une décision publique provoque un choc sur un secteur d'activité,
00:35l'État a le devoir d'en mesurer les conséquences et d'en atténuer les effets.
00:40Or, depuis le 17 février 2026, date de la suspension des réseaux sociaux sur l'ensemble du territoire national,
00:46cette question semble avoir disparu du débat public.
00:49Pourtant, les dégâts sont bien réels.
00:52Ils sont visibles, ils sont quantifiables et surtout, ils continuent de s'aggraver.
00:57Car contrairement à certaines idées reçues, les réseaux sociaux ne constituent plus, depuis longtemps,
01:02de simples espaces de divertissement ou de conversation.
01:04Ils sont devenus des infrastructures économiques.
01:07Pour les médias numériques, Facebook, YouTube, WhatsApp, Instagram ou encore X,
01:12sont des outils de diffusion, de visibilité, de commercialisation, de promotion et parfois même de coordination interne.
01:20Suspendre ces canaux pendant plusieurs mois revient à demander à une compagnie aérienne de continuer à fonctionner sans aéroport
01:26ou à une entreprise de transport de poursuivre son activité sans route.
01:30La conséquence a été immédiate, les audiences ont chuté, les contenus ont perdu une partie importante de leur visibilité,
01:35les campagnes publicitaires ont diminué, les annonceurs ont réduit leurs investissements,
01:39les revenus se sont contractés et derrière ces chiffres, ce sont des entreprises qui se retrouvent aujourd'hui en difficulté.
01:46Des rédactions qui peinent à maintenir leurs effectifs, des salaires qui deviennent plus difficiles à honorer,
01:50des loyers qui continuent de tomber, des charges fiscales et sociales qui, elles, n'ont connu aucune suspension.
01:57L'État a suspendu les réseaux sociaux, mais il n'a suspendu ni les impôts, ni les cotisations sociales,
02:02ni les loyers, ni les échéances bancaires. Voilà toute la contradiction.
02:07La question n'est pas de savoir si la décision de la Haute Autorité de la Communication était justifiée ou
02:11non.
02:11Le débat est ailleurs. Une mesure publique, même légitime, produit nécessairement des conséquences économiques.
02:18Et lorsqu'un secteur entier se retrouve fragilisé par une décision prise dans l'intérêt général,
02:22la solidarité nationale doit également s'exprimer. C'est un principe élémentaire de gouvernance.
02:27Partout dans le monde, lorsque des activités économiques sont affectées par des mesures administratives exceptionnelles,
02:33des mécanismes compensatoires sont envisagés.
02:35Subvention temporaire, report fiscaux, échéanciers de paiement, exonération ciblée,
02:40accompagnement sectoriel. Pourquoi cette réflexion semble-t-elle absente lorsqu'il s'agit des médias gabonais ?
02:47L'une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer les médias comme de simples acteurs du débat public.
02:52Les médias sont aussi des entreprises. Ils emploient des journalistes, des techniciens, des commerciaux,
02:56des graphistes, des vidéastes, des développeurs, des chauffeurs, des agents administratifs.
03:01Derrière chaque rédaction, il existe des familles, des crédits immobiliers, des loyers, des enfants scolarisés,
03:07des engagements financiers. Lorsqu'un média s'effondre, ce ne sont pas seulement des articles qui disparaissent,
03:12ce sont des emplois, des compétences, des parcours de vie, des projets.
03:17Cette situation interpelle directement les autorités.
03:20Depuis plusieurs années, le discours officiel met en avant l'entrepreneuriat national.
03:23L'économie numérique, l'innovation et la diversification économique,
03:27cette ambition est légitime, elle est même nécessaire, mais elle impose une cohérence.
03:32Car on ne peut pas appeler les jeunes à entreprendre tout en restant indifférents
03:36lorsque leur environnement économique est brutalement bouleversé.
03:39On ne peut pas promouvoir l'économie numérique tout en ignorant les conséquences économiques
03:43d'une décision qui affecte directement ses principaux outils de fonctionnement.
03:47La crédibilité d'une politique publique se mesure précisément dans sa capacité
03:51à protéger les acteurs qu'elle encourage.
03:53Au-delà des entreprises concernées, c'est toute la qualité du débat public
03:56qui est en jeu.
03:58Un média économiquement affaibli devient un média vulnérable,
04:00vulnérable aux pressions, vulnérable aux influences, vulnérable aux dépendances.
04:06Or, une démocratie saine a besoin exactement de l'inverse.
04:09Elle a besoin de médias économiquement solides, éditorialement indépendants
04:13et capables d'exercer librement leur mission d'information.
04:17L'affaiblissement actuel du secteur ne constitue donc pas seulement un problème économique.
04:21Il représente également un risque démocratique.
04:24Quatre mois après la suspension des réseaux sociaux, le moment n'est plus à l'observation,
04:28il est à l'action.
04:29Le gouvernement, le Parlement, les autorités de régulation, les organisations patronales
04:33et les acteurs du secteur doivent ouvrir sans délai une réflexion nationale
04:37sur la viabilité économique des médias.
04:40Car la question n'est plus seulement de savoir comment sauver les entreprises de presse,
04:43la véritable question est de savoir quel espace informationnel le Gabon souhaite encore avoir demain.
04:48Et surtout, combien de médias seront encore debout lorsque cette crise prendra fin.
04:53Car une démocratie peut survivre à une crise économique,
04:56elle survit beaucoup plus difficilement à la disparition progressive de ces médias.
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