00:02Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, pourquoi avoir attendu un drame comme celui-là pour
00:11faire ce que vous avez dit cet après-midi,
00:15de rouvrir 70 000 enquêtes ou je sais pas trop, c'est quand même affolant quoi.
00:21Et moi en fait, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, ce qui me donne envie
00:24de passer mon expression de gerber, c'est que ce monsieur, pour rester poli, vous me dites si je me
00:33trompe, il est en détention provisoire.
00:35En détention provisoire, son affaire est médiatisée et puis je pense que s'il allait en promenade avec les autres
00:41détenus au vu de son affaire, ça se passerait très mal pour lui, je pense.
00:45J'en suis même sûr, pour avoir travaillé pendant 6 ans dans l'administration pénitentiaire, je vois comment ça se
00:50passe.
00:52Moi ce qui me dérange c'est que, regardez cette image, la maman, regardez le visage de la maman, le
00:59visage de la petite, le visage de tout le monde.
01:02Ce mec-là, ce soir, et avant qu'il soit jugé, parce que ça va prendre je ne sais pas
01:08combien de temps encore une fois, il va dormir en prison, tranquille.
01:12Il aura une télé pour lui tout seul, il aura une cellule pour lui tout seul, il sera à l
01:16'isolement pour sa sécurité.
01:21Tout va bien.
01:22Si quelqu'un ici veut Canal+, chez lui, tous les mois, ça lui coûte 40 euros par mois, pour
01:27lui ça sera gratuit.
01:29Eurosport ça sera gratuit, Bainsport ça sera gratuit, il sera logé, il sera nourri.
01:33Il pourra travailler, il pourra être payé en prison.
01:38Donc, pourquoi ? Pourquoi ?
01:41Moi je pense que, et j'en suis même sûr, c'est aux responsables politiques de veiller au bon fonctionnement
01:47des appareils régaliens, je pense, j'en suis même sûr.
01:52Mais qu'est-ce que vous voulez demander à Gérald Darmanin concrètement ?
01:55Qu'est-ce que vous allez faire ?
01:58Il suffit, là maintenant, reste non verba, stop, arrêtons les paroles et les paroles, ça fait pas 10 ans, ça
02:06fait 30 ans, 40 ans qu'on les entend.
02:09Des paroles, des paroles, des paroles, des mots, des mots, des mots, mais stop les mots, ça suffit.
02:14Ça suffit, je vous le dis, je suis ancien surveillant pénitentiaire, j'ai vu comment ça se passait à l
02:21'intérieur, moi je parle surtout du système carcéral, j'ai vu comment ça se passait à l'intérieur, c'est
02:27une catastrophe.
02:29Le budget de la justice, il sert à quoi ?
02:37Donc qu'est-ce que vous allez faire, monsieur le ministre ?
02:39Gérald Darmanin, pour répondre à Clément.
02:41Vous étiez agent pénitentiaire, monsieur ?
02:42Vous étiez à quelle maison de détention ?
02:45J'ai commencé à la maison d'arrêt de Nice, qui, je précise, est un établissement qui tombe en ruine,
02:50et c'est ça aussi parfaitement scandaleux, mais c'est pas le sujet.
02:53Et après, j'ai été un an à la maison d'arrêt de Toulouse, Saïs.
02:57Et après, j'ai quitté l'administration parce que, entre autres, pour des affaires comme ça, le manque de soutien,
03:02le manque de moyens, le manque d'effectifs.
03:04Vous êtes parti quand de l'administration pénitentiaire ?
03:06Je suis parti il y a deux ans.
03:10Oui, deux ans.
03:11Deux ans. Donc, c'était pas vous aux commandes, c'était monsieur Dupond-Moretti.
03:15Je comprends que de passer derrière lui, c'est compliqué.
03:19Je me doute.
03:22Donc, mais bon, c'est pas une raison, quoi.
03:25D'abord, moi, monsieur Dupond-Moretti, j'ai des différences avec lui, mais il a obtenu une augmentation très importante
03:32du budget.
03:32Sans doute pas nécessaire, mais importante.
03:35Cependant, je pense que pour l'administration pénitentiaire, je pense que vous avez vu que ce que j'essaye de
03:39faire, et vos collègues, je crois, le disent.
03:40C'est vrai. C'est vrai. On me l'a dit. On me l'a dit. Excusez-moi, je vous
03:45coupe la parole. On me l'a dit. Des collègues me l'ont dit.
03:49Mais comme je disais tout à l'heure avec mes autres collègues, vos opérations XXL anti-fouille, anti-téléphone, anti
03:56-tout ça, c'est bien.
03:57Non, c'est bien. Il faut traiter le sujet, c'est bien. Mais là, je pense que là, maintenant, de
04:02suite, c'est pas la priorité.
04:03Parce qu'en fait, en France, maintenant, on est dans un pays où tu... Alors attention, le trafic de sup',
04:07je suis totalement contre aussi.
04:10Mais dans l'urgence, il y a des priorités. En France, on est dans un pays où on se fait
04:15choper avec une barrée de gîte, on prend deux ans fermes, et on passe dix ans...
04:20J'aimerais bien qu'on prenne deux ans fermes pour une barrée de gîte.
04:23Non, mais j'extrapose. C'est pas tout à fait le cas. C'est pas tout à fait le cas,
04:26mais... Beaucoup, mais... C'est la vérité.
04:29Un mec comme ça qui sévit depuis dix ans, il est dehors.
04:32Mais Clément, il faut que le ministre vous réponde sur deux points. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
04:36Et il y avait la question que posait Clément au tout départ, c'est-à-dire les 70 000 plaintes
04:39dont vous parlez.
04:40Pourquoi est-ce qu'il a fallu attendre ce drame ? C'était la question de Clément, précisément, pour aller
04:44les étudier ou les réétudier maintenant.
04:48D'abord, monsieur, il est vrai que le ministère de la Justice, c'est des urgences toute la journée,
04:52et qu'on a parfois du mal à répondre à un sous-investissement très important.
04:57Vous avez parfaitement raison. Et aux difficultés d'une société plus violente.
05:01Il y a de plus en plus, vous le savez, d'informations judiciaires, de condamnations pour viol.
05:05Il y a encore sept ans, il y avait 7% de détenus qui étaient pour viol en prison.
05:10Aujourd'hui, il y en a 21%. Et par ailleurs, on a multiplié par deux le nombre de trafiquants qui
05:15sont en prison pour les stups.
05:16Et quand je suis arrivé à la chancellerie, il y a un an, au ministère de la Justice,
05:19l'une des difficultés, c'est que vos collègues pénitentiaires avaient été assassinés en pleine journée au péage à Carville,
05:25par la Kadachnikov, parce que quelqu'un qui était en maison d'arrêt avait réussi, grâce à ses téléphones,
05:29grâce à la mauvaise organisation que nous avions collectivement, d'organiser sa sortie.
05:34C'était monsieur Amra. Quand je m'ai sorti, c'est évidemment du sang qui coule de vos collègues pénitentiaires.
05:39J'ai fait en 6 mois des prisons de haute sécurité pour empêcher que des gens communiquent de leur prison.
05:45Ça vous paraît le bon sens ? Ça me paraissait le bon sens.
05:48J'ai réussi à le faire en 6 mois pour qu'il n'y ait pas de téléphone, pas de
05:51clé USB, pas de communication extérieure
05:53pour des gens qui commandent à des gamins de 14 ans d'assassinés dans les rues de Marseille, des chauffeurs
05:57Uber ou des agents pénitentiaires.
05:59– Je n'ai pas dit, monsieur le ministre…
06:01– Non, non, je vous explique.
06:02– J'ai dit que là, ce n'est pas la priorité, là, maintenant, de suite.
06:05– Je pense que… – Il faut traiter le sujet.
06:06– Je pense qu'un grand ministère comme la Justice, la 7e puissance mondiale qu'à France, peut faire les
06:09deux.
06:10Elle peut à la fois lutter contre le narcotrafic et lutter contre les violeurs d'enfants.
06:13Je pense qu'elle peut le faire.
06:14– Oui.
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