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  • il y a 3 semaines
Chères lectrices, chers lecteurs,

Jeudi 7 Mai, nous avons eu le plaisir de recevoir Frédéric Beigbeder (Prix Renaudot 2009 pour Un roman français), et qui signe cette année aux éditions Albin Michel, anthologie de textes inédits ou déjà parus dans la presse.

🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.

Vous souhaitant de belles lectures,

L'écume 🌊

La Quatrième : F.Beigbeder brosse avec une drôlerie irresistible le tableau triste d'un monde qui chavire. Quel talent ! Le Figaro

« Nous ne savions pas que les années 1990 seraient nos plus belles années. Nous avions entre vingt et trente ans. Un siècle se terminait, un monde nouveau allait naître. Comment aurions-nous pu deviner que notre liberté était provisoire ? La "décennie dorée" (1989-2001) fut le dernier instant d’humanité avant le World Wide Web. On se demandait ce que le troisième millénaire nous réservait : la réponse fut Google, Tinder, Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Netflix, YouPorn, Spotify, WhatsApp et ChatGPT. »

Frédéric Beigbeder
Transcription
00:03et bien
00:18bonsoir à toutes et à tous et bienvenue merci beaucoup d'être venu ce soir pour la présentation
00:23du nouvel ouvrage de monsieur Frédéric Becbédé, Ibiza a beaucoup changé, bonsoir Frédéric Becbédé
00:29merci beaucoup d'avoir accepté votre invitation, vous revenez donc cette année avec une anthologie
00:35de textes, ce n'est pas vraiment un recueil de nouvelles, c'est pas vraiment une anthologie
00:40de textes soit inédits soit déjà parus dans la presse du monde d'avant comme vous l'appelez
00:44donc la NRA, Libération entre autres titres et vous faites revenir notamment un de vos
00:50narrateurs Octave Parango qu'on avait rencontré dans 99 francs où il travaille dans la publicité
00:57autour de l'an 2000 puis dans Au secours pardon où il est talent scout qui recrute des mannequins
01:03en Russie pour l'idéal, un empire cosmétique et ensuite pour l'homme qui meurt de rire
01:09qui pleure, qui pleure de rire pardon, c'est un meilleur titre le vôtre, c'est l'emoji
01:18en tout cas, où votre narrateur est désormais chroniqueur sur France Publique et une grande
01:24radio nationale et donc ma première question c'était parce qu'en tant que temps vous avez
01:29écrit votre nom, vous avez écrit Renaudot pour un roman français, vous avez écrit aussi
01:34sous le nom de Marc Marronnier, notre premier éthéronine des années 80 et donc ma première
01:39question était pourquoi avoir fait revenir Octave Parango aujourd'hui ?
01:45Voulez-vous que j'utilise votre micro ?
01:47Vous en avez un si vous avez un micro.
01:48Ah, oh mais oui, pardon.
01:52Bonsoir tout le monde.
01:55Bonsoir tout le monde et merci à Vincent Bolloré pour sa tolérance de m'accepter chez lui
02:03malgré tout ce qui a été dit et écrit par moi et mes 250 amis depuis le 15 avril.
02:11C'est un personnage dont j'essaie de me débarrasser, Octave Parango, j'essaie de ne plus lui ressembler,
02:20de ne plus le fréquenter et moins je le vois, mieux je me porte.
02:24À chaque fois que je fais revenir Octave, j'espère que ce sera la dernière fois, donc en 2020 avec
02:32l'homme qui pleure de rire,
02:34j'estimais lui avoir réglé son compte définitivement puisqu'à la fin du livre, il s'installe au Pays Basque
02:40avec femme et enfant.
02:41Je pensais qu'il n'avait visiblement plus aucun intérêt.
02:46Et puis, il revient de titiller, je ne sais pas pourquoi, périodiquement.
02:53Et là, oui, je ne sais pas si ce sont des...
02:56Si, je pense que c'est quand même un recueil de nouvelles, même s'il y a certains textes qui
02:59sont plus polémiques ou qui sont...
03:04Le deuxième, notamment, il est plus une suite de réflexion intérieure, donc il n'y a pas forcément toujours de
03:11la fiction dans ce livre,
03:12mais oui, Octave revient quand je suis énervé, quand je suis inquiet et en fait, il m'amuse beaucoup.
03:23Je suis passé par l'autobiographie, effectivement, et mon livre précédent, Un homme seul, est un livre plus intime.
03:31Et de temps en temps, ça fait du bien aussi d'avoir un connard, un alter ego absolument exubérant, insupportable,
03:40qui me permet de m'exprimer le plus librement du monde.
03:45Et je crois que c'est, d'après les retours que j'ai, ce que les gens apprécient.
03:50C'est-à-dire, ils voient que quand Octave revient, il n'y a plus aucun contrôle.
03:59Ce sont des livres qui sont irresponsables.
04:03Et j'aime beaucoup cette idée, finalement, qu'un écrivain n'est pas quelqu'un qui doit être exemplaire.
04:11Je vois beaucoup à la télévision des écrivains qui s'expriment comme s'ils étaient des hommes politiques,
04:15en campagne électorale, qui veulent être aimés le plus possible,
04:19et séduire et dire des propos rassurants, chaleureux, consolateurs, réparateurs.
04:27Et en réalité, moi, les écrivains que j'aime sont des gens irresponsables, inconséquents, maladroits,
04:36désagréables, qui ont tous les défauts de la terre.
04:40Et ce personnage d'Octave me permet d'être très libre, beaucoup plus libre que je ne suis devant vous
04:46ou dans la vie.
04:48Je demande au livre de me choquer.
04:51Je demande au livre de me raconter des histoires que je n'oserais pas vivre ou de proférer des insanités.
05:00– Justement, Octave, en tant que presque lecteur, vous écrivez en conclusion d'une de vos nouvelles,
05:05« Je préférais avoir tort avec Bratissonelli que d'avoir raison avec Emmanuel Carrère ».
05:12– J'aime les deux, mais ces deux écrivains, sans le vouloir, sont devenus des symboles, tous les deux faux.
05:20C'est-à-dire que Bratissonelli symbolise la jeunesse dorée, californienne, droguée et décadente,
05:26alors qu'il a arrêté de boire il y a longtemps et qu'il vit en couple.
05:32Et probablement, je ne lui souhaite plus du tout comme cette image qu'il a.
05:39Emmanuel Carrère, récemment, a écrit un livre qui s'intitulait Yoga,
05:45où il faisait de la méditation bouddhiste et il était quelqu'un qui était dépressif et qui se soignait.
05:52Et ces deux images sont fausses, mais disons, pour pasticher une phrase célèbre,
05:59je préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aaron, adaptée à ma génération, qui est la génération X,
06:07cette phrase-là, elle me paraissait résumer un dilemme.
06:13Comme je l'avais dit dans L'Homme qui pleure de rire, un texte qui est devenu une chanson de
06:18bon entendeur,
06:20voilà, jamais, enfin, si on m'avait dit qu'un jour j'attacherais ma ceinture de sécurité à l'arrière
06:25des taxis,
06:26je ne l'aurais pas cru.
06:26Et donc, c'est l'évolution de ma génération qui est passée de l'inconséquence à l'hygiénisme,
06:36et une génération d'irresponsables qui sont devenus sécuritaires et inquiets.
06:43Donc, c'est tout ça que je veux résumer dans cette phrase, quoi.
06:46Et c'est, justement, est-ce que, justement, docteur Parango, c'est pas ce qui permet,
06:50enfin, une quête de sens et de morale pour votre génération, qui était hédoniste,
06:54enfin, comme vous dites dans le livre, justement, on n'avait que le plaisir et une forme de cynisme, presque.
06:58Il y a un essai qui est sorti, justement, sur le cynisme dans votre œuvre et dans l'œuvre de
07:01Dépente, en parallèle, cette année.
07:03Est-ce que ce cynisme n'est pas, justement, assez moral pour le lecteur ?
07:09Oh là là ! C'est un mot que j'ai du mal à accepter en littérature, le mot «
07:14moral ».
07:15Je pense que dans la vie, il faut être moral.
07:18Dans la vie, il faut se comporter le mieux possible avec nos proches, avec les gens,
07:23et je suis très moral dans ma manière d'éduquer mes enfants, si vous voulez.
07:28Mais quand j'écris, surtout pas de morale.
07:30Ah non, il faut écrire ce qui nous passe par la tête.
07:35Et encore une fois, si les personnages de romans sont imparfaits,
07:40c'est plus intéressant que s'ils sont moraux et qu'ils ont un message bienfaisant à nous transmettre.
07:48Les romans ne sont pas des œuvres de charité, ce ne sont pas des ligues de vertus.
07:54Je crois que depuis l'origine, si on lit des livres, c'est parce qu'ils nous dérangent, depuis Rabelais.
07:59Donc je fais partie des gens qui veulent vraiment séparer la vertu de la littérature.
08:08Certains disent qu'il faut absolument plonger au cœur du mal.
08:13Je ne vais pas jusque-là.
08:14Mais un livre où on sait à l'avance que le héros va corriger ses défauts et devenir quelqu'un
08:24de bien,
08:25ça m'ennuie profondément.
08:29Est-ce que vous pensez, vous qui avez écrit, soit des fictions pures, soit des satires,
08:34que la confusion aujourd'hui avec l'histoire de l'autofiction notamment,
08:37et l'autofiction romanesque ou plus littéraire,
08:41justement, jette le doute sur la dimension morale d'une œuvre.
08:45Excusez-moi, il y a Vincent Bolloré qui m'appelle.
08:48Il a vu la vidéo.
08:50Je vais essayer d'éteindre ça.
08:55Non. Ah oui, j'ai réussi.
08:58Ça ne m'épatte.
09:01Pardon, qu'est-ce que vous disiez, Léo ?
09:03C'était une question très sérieuse, non ?
09:07Oui, justement, vous qui avez écrit de l'autofiction,
09:10en votre nom, en tant que plusieurs hétéronis,
09:12type Octave Rango, Marc Marronnier,
09:14ou en tant que chroniqueur, donc dans la presse,
09:18est-ce que vous trouvez justement qu'il y a peut-être un flou
09:21qui s'est développé ces dernières années sur la place du roman ?
09:24Oui, alors le roman d'imagination pure,
09:26le roman de fiction,
09:30est un petit peu moins à la mode en ce moment, disons.
09:34Et j'y vois une explication,
09:37c'est l'essor de cette technologie numérique
09:40qui fait que tout le monde, finalement, devient tellement narcissique
09:44qu'au fond, le roman aussi, c'est une carte de visite d'une personne.
09:50On veut rencontrer un être humain et rentrer dans son cerveau.
09:53Pourquoi pas ?
09:53Cela dit, c'est très ancien.
09:55Je veux dire, il y a déjà ça chez Montaigne,
09:58chez Saint-Augustin, donc ça n'a absolument rien de nouveau.
10:02Et en plus, c'est une réponse aussi aux IA, je pense.
10:07C'est-à-dire que plus on ira dans la sincérité,
10:09dans la direction de la première personne du singulier,
10:14exposer ses contradictions humaines,
10:19plus on échappera à la possibilité d'être remplacé par un robot.
10:23Ce qui est un des espoirs du livre.
10:27Et en se confiant, en disant, voilà qui je suis,
10:35eh bien, j'espère qu'on est différent de Tchad-GPT.
10:40C'est une de vos grandes...
10:42Oui, ce n'est pas certain.
10:43Vous le dites dès le verso de la couverture,
10:46vous dites, tel est le destin des hommes de la seconde partie du XXe siècle,
10:50faire la fête en sachant qu'on est obsolète
10:51et qu'on sera remplacé par, un, les femmes, deux, les machines.
10:54Oui, je suis convaincu que le grand remplacement existe,
11:00mais ce n'est pas celui de Renaud Camus.
11:02Il s'est trompé.
11:04C'est que, bien sûr, il y a...
11:07Et c'est nécessaire, le fait que la littérature est dominée par les hommes
11:13pendant 2000 ans et que maintenant,
11:16il fallait faire plus de place aux femmes.
11:18Donc ça, c'est une réalité.
11:22Et ce qui est dommage pour cette lutte féministe,
11:26c'est que ça a duré à peine une vingtaine d'années
11:29et que déjà, ce sont des algorithmes qui vont remplacer
11:32les femmes qui ont remplacé les hommes.
11:35Ça, c'est très cruel, je trouve.
11:37Cette idée que ça n'a été que provisoire
11:39et que finalement, des robots vont remplacer tous les humains.
11:42Alors, je milite contre cela.
11:44C'est un des textes du livre, d'ailleurs,
11:45où vous reprenez le titre de Bernanos,
11:47la France contre les robots.
11:49Oui, je pense que la France pourrait trouver là une raison d'exister,
11:55qui serait d'être le pays où on refuse les robots,
11:58le pays qui défend un mode de vie, un art de vivre,
12:02une civilisation allergique à la robotique
12:05et à la vie non humaine.
12:12Ce qui est intéressant,
12:12c'est qu'on est très loin du cynisme de vos personnages,
12:15quand même, quand on vous entend.
12:16Non, c'est vrai.
12:17Il y a beaucoup d'espoir.
12:18Et même à la fin de L'homme qui pleurait de rire,
12:21je crois que c'est dans un train
12:21et la solution était que tout le monde fume des pétards.
12:23Enfin, il y a toujours un peu cette lancée finale,
12:26grand espoir.
12:27Oui, c'est vrai.
12:28C'est un défaut que j'ai emprunté à Chaplin.
12:31Chaplin faisait rire les gens pendant une heure et quart.
12:33Et puis souvent, à la fin de ses films,
12:36il craque et il devient tendre et il ouvre son cœur.
12:41À la fin du Dictateur, il y a un discours pour la paix dans le monde
12:45qu'on lui a beaucoup reproché d'ailleurs.
12:48Mais enfin, c'est vrai que quand j'écris avec cynisme,
12:52c'est très jouissif.
12:54C'est très, très agréable à faire.
12:56C'est-à-dire de dire de manière laconique
12:58des horreurs, des provocations,
13:02d'écrire des choses abjectes,
13:05c'est un immense plaisir pour l'écriture.
13:10Donc, je n'ai pas du tout l'intention d'arrêter ça.
13:12Surtout s'il y a un essai littéraire
13:15qui m'adoube en même temps que Virginie Despentes.
13:18C'est classique Garnier.
13:19Oui, oui.
13:20Donc, on vit dans un monde qui est cynique.
13:26C'est un monde qui est gouverné par des oligarques
13:29qui sont des gens très, très cyniques.
13:32Et dans les films, on comprenne moins cette provocation
13:34que vous avez dans votre style aujourd'hui ?
13:37Enfin, ce qui vous est reproché.
13:39Qu'on le comprenne moins, ça me réjouit.
13:42Vous savez ce que disait Oscar Wilde ?
13:43Je vis dans la terreur de ne pas être incompris.
13:47C'est un plaisir d'être incompris.
13:51Et j'ai cultivé ce malentendu aussi.
13:54J'en suis partiellement responsable.
13:58Personne ne m'a obligé à écrire mes livres.
14:00J'aurais pu écrire des livres de David Fuentinos,
14:03mais je n'ai pas souhaité le faire.
14:05Et je le regrette d'ailleurs pour le nombre d'exemplaires.
14:09C'est pas en reste.
14:13Et je me rie par rapport toujours à Octave Parango, Marc Marronnier.
14:16Vous pouvez être venu à Marc Marronnier dans une des nouvelles,
14:18Le Mauvais Choix, que Octave Parango croise.
14:23En fait, ça m'amusait que mes deux personnages se disputent une femme.
14:28Ils vont dans une soirée, ils rencontrent la plus jolie fille de la terre,
14:32ils tombent tous les deux amoureux en même temps de la même.
14:34Elle fait un choix, elle choisit Octave, et c'est le mauvais.
14:38Il fallait choisir Marc.
14:40Et je trouve que c'était, voilà, ce sont des petits clins d'œil
14:43où je me fais plaisir uniquement à moi-même.
14:45Je ne sais pas qui ça peut intéresser d'autre.
14:47Donc c'est entre vos doubles, enfin...
14:49Oui.
14:50Donc vous faites une introspection.
14:51Et je pense toujours que l'amour n'est qu'une chance.
14:55Ce sont des hasards.
14:57Et que si vous, dans une soirée, vous rencontrez quelqu'un
15:01et que vous allez ensuite passer 20 ans de votre vie avec cette personne,
15:04c'est une vraie question passionnante de se demander
15:07mais que se serait-il passé si je n'étais pas venu,
15:09ou si j'étais arrivé en retard,
15:11ou si j'avais parlé à quelqu'un d'autre.
15:14Et ce sont des gouffres fascinants, les vies parallèles.
15:19Toutes ces vies que nous n'avons pas vécues.
15:21C'est là que la littérature va se nicher.
15:26C'est précisément pour vivre ces vies que nous n'avons pas vécues
15:29que nous lisons des livres.
15:31Et que vivrait Octave Parangot, du coup, là, dans ses nouvelles,
15:35on apprend peu, finalement, sur sa vie privée.
15:38Oui, je trouve ça...
15:39Je n'ai jamais beaucoup décrit Octave.
15:42Ça m'ennuie, les descriptions de personnages.
15:45Je le décris par la manière dont il est habillé,
15:47les endroits où il va, les dialogues.
15:51Et on doit se l'imaginer.
15:54Je suis trop paresseux pour me fatiguer à décrire mes personnages.
16:00Mais en revanche, j'espère que dans leur façon de s'exprimer,
16:03dans leurs gestes, dans les endroits où ils sont,
16:07on se reconnaît.
16:09On reconnaît des gens.
16:11Et je prends beaucoup de plaisir, finalement, avec Octave,
16:16parce que c'est un anti-héros.
16:19Et dans mes lectures, j'adore les anti-héros.
16:24Depuis toujours, de Meursault à Roquentin dans la Nausée,
16:29à Bardamu, chez Céline.
16:30Finalement, les meilleurs romans, ce sont des histoires de pauvres types.
16:34Ce sont des pauvres types qui sont égarés sur terre,
16:38qui ne savent pas ce qu'ils foutent là, qui n'ont pas vraiment de boulot,
16:41qui traînent, qui font les mauvais choix.
16:46Et ce sont les romans que je préfère.
16:48Parce que je trouve qu'il y a une liberté chez les anti-héros
16:52et qu'on les trouve absolument attachants.
16:56Plus attachants que des héros admirables.
17:01Noble.
17:06Et cet attachement, du coup, c'est aussi un besoin de liberté
17:12que vous éprouvez.
17:15Par rapport au premier roman, on a l'impression que c'était plus un règlement de compte.
17:18Avec la publicité, le milieu de la mode ou la radio publique.
17:22C'est vrai que là, on sent que Octave Rangaud est...
17:25Oui, il a vieilli, il a bientôt la soixantaine, il est complètement...
17:31Il ne comprend rien en réalité.
17:33Ce livre montre un passage, qui est le passage du XXe siècle au XXIe siècle.
17:37Je pense qu'au XXe siècle, Octave était vraiment bien en place,
17:41bien au pouvoir, que ce soit dans une agence de publicité,
17:45où il disait, jamais crétin irresponsable n'a eu autant de pouvoir que moi depuis 2000 ans.
17:51Et puis, dans « Au secours pardon », recruteur de mannequins à Moscou,
17:56le métier de rêve, dans « L'homme qui pleure de rire »,
18:01déjà, il commençait à être un peu plus ringard,
18:02mais enfin, humoriste sur France publique, c'est un lieu de pouvoir.
18:07Donc, on l'a vu évoluer dans des endroits où les gens sont arrogants.
18:14Et j'aime bien aussi décrire des gens arrogants,
18:17des gens prétentieux.
18:21Et les ridiculiser, si possible.
18:23Et puis, maintenant, on est en 2026,
18:26ça fait 26 ans qu'on est dans ce nouveau siècle,
18:29et Octave n'y comprend plus rien.
18:30C'est ça que j'aime.
18:32On le voit au début à Londres,
18:33puis il passe un peu à l'arrière-plan à Saint-Trope, à Ibiza.
18:40Et il est dans ces endroits qui étaient des utopies, au fond.
18:43Et puis, l'utopie de la finance, l'utopie de la fiesta permanente.
18:49Et puis, vers la fin, il est un père de famille qui va à Sinter Park promener ses enfants.
18:57Et à la fin, son petit-fils devient le dernier homme sur terre.
19:01Non, je ne dis pas que c'est cohérent,
19:03mais on voit une sorte d'évolution de ma génération.
19:09Et une autre génération comprend le 21e siècle.
19:12Mais c'est normal qu'on soit dépassé.
19:15C'est l'évolution normale des êtres humains.
19:18C'est d'être naïf, puis dans le cou,
19:23puis complètement à côté de la plaque.
19:25Et après, à ce moment-là, en général, on meurt.
19:28C'est ce qui est très touchant, d'ailleurs, dans le recueil.
19:31La nouvelle d'une nuit au Sinter Park, justement,
19:34ça ressemble à du Houellebecq.
19:36C'est un hommage avant d'arriver sur le dernier homme,
19:39où c'est une sorte de projection, comme dans la possibilité du Nil, un peu.
19:43Que deviendrons-nous ?
19:45Oui, il y a aussi cette scène à l'hôtel Meurice,
19:48où Paris est sous les eaux.
19:49On est en 2035, il y a eu deux rats de marée,
19:52deux tsunamis géants qui ont recouvert Paris.
19:55Chose qu'on nous annonce périodiquement,
19:58puisque ça a eu lieu en 1910,
20:00donc ce n'est pas du tout impossible.
20:01La ville est sous les eaux,
20:03et on va en bateau sur la rive droite
20:06pour aller assister à une fête sur un toit,
20:10qui est le toit par lequel les nazis ont fui à la libération de Paris.
20:19Et donc, on se retrouve là.
20:21Je ne sais pas, ce sont comme des visions.
20:24Et j'adore les nouvelles pour ça.
20:26Je dois dire que peut-être que les auteurs que je préfère,
20:28ce sont ceux qui ont écrit des nouvelles,
20:29parce que je déteste l'ennui.
20:32Et je trouve qu'on peut installer assez vite un décor,
20:34sans trop expliquer,
20:37quelques dialogues amusants,
20:39et puis sans s'apesantir.
20:42À un moment, quand j'en ai marre,
20:44je passe à une histoire, à l'histoire suivante.
20:46Et si l'auteur est comme ça,
20:48le lecteur en profite, je crois.
20:50C'est-à-dire que si l'auteur déteste l'ennui,
20:54le lecteur, j'espère, n'en ressentira pas.
21:00Et dans un moment de notre société,
21:04où il est de plus en plus compliqué
21:05de trouver du temps pour lire,
21:08je pense que la nouvelle devrait être un genre
21:10qui se redéploie, qui se multiplie.
21:13Et voilà, vous prenez ce livre,
21:18vous lisez, ça fait 8, 10, maximum 20 pages.
21:23Et puis, on passe à la suite.
21:26C'est comme des visions, des petites flashes,
21:30des instantanées de différentes époques,
21:32étalées sur une trentaine d'années.
21:34C'est ça qui est original aussi
21:35dans la composition de ces petits textes,
21:37c'est qu'il y a une partie, il y a 30 ans,
21:39on peut clairement dater au t-shirt
21:41« Fuck me, I'm famous » de David Guetta
21:43que c'est au début des années 2000,
21:44enfin au milieu des années 2000,
21:46puis une partie sur le Covid,
21:48pour le prix de Flore,
21:49puis une partie un peu en science-fiction,
21:52enfin en récidanticipation.
21:54C'est comme feuilleter un album de photos,
21:57c'est comme scroller sur Instagram,
22:01j'espère, avec un peu plus de style.
22:02Et du coup, il ne peut pas y avoir
22:04d'anti-héros le temps d'un roman
22:07qui soit posé sur la Côte-Basque
22:09qui ne recrutent pas de mannequins,
22:10ni ne travaillent dans la pub,
22:11ni une phase de chronique.
22:13Et là, j'enlève Octave et ça devient Frédéric.
22:16Oui.
22:16C'est ce que j'ai fait, ça m'est arrivé.
22:18Et j'espère que je continuerai aussi
22:20à faire ces récits plus personnels,
22:24où je m'expose davantage.
22:28mais Octave, c'est comme un, je dirais,
22:31une armure de super-héros, quoi.
22:33C'est Iron Man.
22:34Il a toujours réponse à tout.
22:38Il est plus courageux,
22:40il est plus dangereux aussi.
22:42J'aime bien ça.
22:44J'aime bien être épaté par les romans
22:50et mélanger différents genres aussi.
22:53Il y a des scènes qui sont des scènes de drague,
22:55il y a aussi de la science-fiction.
23:00Il peut y avoir une tentative
23:02de faire une nouvelle à la Pérec,
23:06qui s'appelle
23:07« Tentative d'épuisement d'un aéroport parisien ».
23:11Lui avait épuisé la place Saint-Sulpice.
23:14Moi, je prends le terminal 2E
23:16de Roissy-Charles de Gaulle.
23:18Et c'est pour dire qu'en fait,
23:21la nouvelle est extrêmement libre.
23:22C'est un genre beaucoup plus libre.
23:24C'est vraiment comme de zapper
23:27sur sa télé.
23:28On regarde un coup, un petit peu BFM.
23:31Ah, c'est toujours la guerre en Iran.
23:33Boring !
23:34Hop, quelque chose d'autre.
23:35C'est toujours la guerre en Iran.
23:40C'est pour ça que je trouve,
23:42moi, très sincèrement,
23:44les nouvelles, c'est un genre
23:46pour lequel j'ai un respect immense.
23:49Si vous aviez deux ou trois auteurs de nouvelles,
23:51bon, Fitzgerald, non ?
23:52Bien sûr, Scott Fitzgerald,
23:54bien sûr, Catherine Mansfield,
23:57La Garden Party,
23:58les nouvelles de Maupassant,
24:01les nouvelles de Chekhov,
24:04je dirais,
24:05Hemingway aussi,
24:06vous connaissez la plus courte nouvelle
24:08de toute l'histoire de la littérature,
24:10elle fait six mots.
24:13À vendre,
24:15chaussures bébés,
24:17jamais portées.
24:18Voilà, c'est tout.
24:20Et je trouve qu'une nouvelle réussie
24:22doit avoir une attaque fulgurante
24:25et une chute surprenante.
24:28C'est vraiment ce qui caractérise
24:30chaque texte du livre,
24:31c'est l'art de la chute.
24:33Enfin, chaque dernier paragraphe,
24:34vous voyez, soigné.
24:35Oui, parce qu'on croit que la nouvelle,
24:36c'est très libre.
24:37Ce n'est pas libre du tout.
24:38C'est compliqué parce que c'est l'art
24:40d'amener la chute.
24:41Le lecteur commence,
24:43il dit, ah bon,
24:44il y a un con qui drague une meuf,
24:45OK,
24:46qu'est-ce qui va se passer
24:47pour qu'à la fin,
24:48ça soit étonnant ?
24:50Et donc, il faut se surprendre soi-même.
24:53C'est vraiment un exercice de funambunisme.
24:58Il faut que ce soit ramassé,
25:01il faut que les phrases soient brèves,
25:03que le lecteur a quand même envie
25:05de savoir ce qui va se passer
25:07et qu'il ne s'y attende pas
25:09à ce qui va se passer.
25:12Mais j'oublie dans les références,
25:14sans doute un des meilleurs
25:16du 20e siècle,
25:17c'est Salinger
25:18avec les Nine Stories,
25:20les nouvelles de J.D. Salinger,
25:22disponibles à l'écume des pages.
25:25Il y a dans ces neuf histoires
25:27vraiment un condensé
25:28de ce qu'on peut faire de mieux.
25:30Ce sont des nouvelles
25:32très drôles,
25:33très émouvantes,
25:34très originales,
25:36où il fait naître
25:37et observe une famille.
25:39et les noms reviennent.
25:41C'est la famille Glace.
25:43Et ensuite,
25:44dans deux autres livres,
25:45il a continué de développer
25:46cette famille.
25:47Cette idée qu'on peut avoir
25:48le même personnage
25:50dans plusieurs nouvelles,
25:51non connecté entre elles,
25:52sauf par cet être humain,
25:56ça, je l'ai piqué
25:56à Jérôme David.
26:01Non, mais oui,
26:02La Garden Party,
26:03je ne sais pas si vous avez lu
26:04La Garden Party de Catherine Mansfield,
26:05c'est un sommet de littérature,
26:07vraiment.
26:07C'est simplement une fête,
26:09organisée par des riches
26:10aux États-Unis,
26:12ou peut-être en Nouvelle-Zélande,
26:13parce qu'elle venait de là-bas.
26:15Enfin,
26:15ils organisent une fête
26:16et ils apprennent
26:18que les voisins,
26:19chez les voisins,
26:20le papa est mort.
26:22Chez des voisins
26:23un peu plus pauvres,
26:24le père est mort,
26:25donc c'est...
26:26Ils se disent,
26:27est-ce qu'on maintient
26:27cette soirée
26:29qui va faire du bruit
26:30avec un orchestre,
26:31avec de la musique,
26:32alors que chez les voisins,
26:33ils sont en deuil.
26:34et puis c'est trop tard
26:35pour annuler,
26:36donc ils continuent,
26:37ils font cette fête
26:38et la fille de la famille,
26:41les riches,
26:41va apporter des choux à la crème
26:43à la veuve,
26:44la voisine,
26:47comme ça,
26:48avec apitoiement,
26:49à la fin,
26:50dans cette famille
26:51qui pleure,
26:51qui ont cinq enfants
26:52et qui pleure,
26:53le père qui vient de mourir
26:54et qui a entendu de la musique
26:55toute la soirée.
26:57Et voilà,
26:58les choux à la crème
26:59à la fin,
26:59c'est exceptionnel.
27:01C'est-à-dire que
27:04on peut faire ça
27:05dans un roman.
27:06Vous pouvez avoir un chapitre
27:07avec une histoire comme ça,
27:09mais écrire une nouvelle
27:12qui fait une trentaine de pages
27:14et qui arrive à vous émouvoir
27:16comme ça
27:16et à vous montrer
27:18tout,
27:19il y a tout.
27:20Il y a la belle soirée,
27:22il y a la culpabilité
27:24du plaisir,
27:25il y a la honte finale
27:26de la fille,
27:28il y a la peine,
27:29le deuil des voisins,
27:30il y a tout
27:30en très peu de temps
27:31et en très peu de mots.
27:32Et ça, je trouve
27:33que c'est un sommet.
27:35Et votre prochain projet,
27:36c'est donc un recueil
27:37de nouvelles encore ?
27:39Si je lis la presse,
27:40franchement,
27:40on m'encourage beaucoup
27:41dans ce sens en ce moment.
27:43Alors, on n'est pas là
27:43pour obéir aux journalistes,
27:44mais ça fait plaisir.
27:46Et en plus,
27:47un des arguments des éditeurs,
27:49c'est de dire
27:50les nouvelles,
27:50ça ne se vend pas.
27:52Moi, je suis désolé
27:53de me vanter,
27:54mais Nouvelles sous extasie
27:55chez Gallimard
27:57il y a 27 ans,
27:58c'est un grand,
27:59grand succès
28:00qui continue
28:01de se vendre en folio.
28:02Vraiment,
28:03on a dépassé
28:03les 100 ou 150 000
28:05exemplaires de nouvelles.
28:07Et là,
28:08celui-ci marche
28:09beaucoup mieux
28:10que le précédent
28:11et on en est déjà
28:12à pas mal d'exemplaires,
28:14ce qui est une surprise.
28:15Mais donc,
28:16dire que les nouvelles
28:17ne marchent pas,
28:17c'est faux.
28:18Je pense que les gens
28:19ont compris.
28:20Ils n'ont plus le temps,
28:22malheureusement,
28:22il faut beaucoup de temps
28:24pour arriver à lire
28:24Guerre et Paix.
28:26Je le recommande,
28:28mais si on n'y arrive pas,
28:30butiner des textes brefs,
28:32des petites émotions
28:33et des petites observations
28:36ou simplement
28:37des histoires de cul,
28:38c'est très bien aussi.
28:39Il faut qu'on puisse,
28:41il faut que les livres
28:41continuent de,
28:43comment dire,
28:44de s'adapter
28:44à notre environnement.
28:46Au fond,
28:46c'est possible
28:47de défendre la littérature
28:48partout,
28:49y compris dans le métro
28:51ou à l'arrière d'un taxi
28:55en ayant préalablement
28:56attaché sa ceinture,
28:57bien sûr.
28:58Et pas qu'oblige.
29:00Merci beaucoup.
29:02Je vous en prie.
29:02Est-ce que vous avez
29:03des questions dans le public ?
29:05Je peux avoir un autographe.
29:08Ça, c'est après.
29:14Je me posais la question
29:15par rapport justement
29:16au processus créatif.
29:18Par quoi est-ce que vous commencez ?
29:19Est-ce que vous commencez par la chute ?
29:24Est-ce que ça commence par la télévision ?
29:26Après, vous écrivez en G,
29:30après vous éditez,
29:31un peu comme les vitres.
29:33Est-ce que vous faites autre chose ?
29:34Est-ce que ça change aussi ?
29:36Est-ce que vous avez une discipline ?
29:39Alors, beaucoup de ces textes
29:41ont été commandés
29:41par des magazines ou des revues
29:43et à chaque fois,
29:44il faut partir d'une idée.
29:45Donc, soit on a une idée
29:47et à ce moment-là,
29:48ça se construit un peu
29:49avant de commencer à écrire.
29:51Tiens, ça pourrait être
29:52Paris est inondé
29:54et je suis invité à une soirée
29:56et je vais en tenue de plongée
29:58à une soirée.
29:58Ou bien, ça peut être,
30:02oui, ce type qui drague
30:04une banquière à Londres
30:06et elle refuse de lui dire
30:09son nom
30:09ni son numéro.
30:11Évidemment, il repense
30:13à cette femme pendant 20 ans.
30:15Donc, c'est...
30:16Une fois qu'on a cette idée-là,
30:18il faut écrire assez vite,
30:19je crois.
30:20Il faut vraiment,
30:21non pas bâcler,
30:22mais écrire,
30:24comme disait Fils Gérald,
30:25comme si on était en apnée,
30:27comme si on nageait sous l'eau.
30:29Il faut aller assez vite
30:30à la fin.
30:31Et puis après,
30:32c'est relire et corriger,
30:34bien sûr,
30:34mais c'est un genre différent.
30:37Et j'en profite pour répondre
30:41à un reproche
30:42qui m'est fait parfois.
30:44Oui, alors vous rassemblez
30:45vos textes,
30:46comme ça,
30:46vous êtes paresseux.
30:47D'une part,
30:48c'est vrai que je suis paresseux.
30:50C'est pour ça que j'aime bien
30:51les textes courts.
30:51Même mes romans sont courts.
30:54Mais aussi,
30:56n'oublions pas que si
30:57on n'avait pas rassemblé
30:58des nouvelles,
30:59par exemple,
31:00de Fils Gérald,
31:01qu'il avait publiées
31:02dans tous les magazines,
31:03on n'aurait pas ce matériau-là.
31:06Donc, c'est tout à fait...
31:07Il faut faire ça.
31:08Il faut faire ce travail
31:09de rassembler en livre
31:11ce qui est...
31:13À un moment,
31:14je dis parfois
31:15qu'on...
31:16Un moment
31:17qui nous paraît futile
31:18peut être le sommet
31:19de notre existence.
31:20Et peut-être que
31:21des textes
31:21qui ont été bâclés
31:22dans des journaux méconnus
31:24sont le sommet de mon œuvre.
31:26On n'en sait rien.
31:26C'est difficile de le savoir.
31:28Et, par exemple,
31:31la fêlure
31:31de Scott Fils Gérald,
31:33qui est, à mon avis,
31:34ce qu'il a fait de plus beau
31:35avec Gatsby.
31:37La fêlure,
31:38c'est trois articles
31:38publiés dans Esquire
31:40en 1936,
31:41où il parle de sa dépression,
31:43de l'alcool,
31:44de sa difficulté
31:45à tout simplement
31:46à respirer,
31:47où il se compare
31:48à une assiette cassée.
31:50Et il a écrit ça
31:51vite fait
31:52pour un magazine
31:55américain.
31:56Et d'ailleurs,
31:57Hemingway s'est moqué
31:57de lui à l'époque
31:58parce que c'était
32:00obscène
32:01de parler de soi
32:01et de ses problèmes
32:04d'alcool
32:05dans un journal.
32:06Ça ne se faisait pas
32:06du tout à l'époque.
32:07Aujourd'hui,
32:08on ne fait plus que ça.
32:10mais c'était
32:10un précurseur
32:11de ce côté-là.
32:13C'était la première
32:14victimisation
32:15de l'histoire
32:15de la littérature,
32:16la fêlure.
32:17C'est vrai,
32:18mais c'est sublime.
32:20C'est extrêmement drôle
32:21et très original.
32:22La manière
32:22dont il se plaint
32:23est très comique.
32:25Mais voilà,
32:25on n'aurait pas
32:26la fêlure
32:27si on n'avait pas
32:27rassemblé
32:28des articles
32:28de journal.
32:29Si quelqu'un
32:29n'avait pas eu l'idée
32:30de dire,
32:30tiens ça,
32:31agrafons-le
32:32et faisons un bouquin
32:33avec ça.
32:33Pour me défendre
32:35contre ces gens
32:36qui croient
32:37que je suis
32:37un recycleur,
32:39évidemment que oui,
32:40mais parce que
32:41je pense que
32:42c'est un choix,
32:44c'est un choix de texte.
32:45Je ne republie pas
32:46tout ce que j'écris
32:47dans la presse,
32:47loin de là,
32:48mais je pense que là,
32:50j'ai mis beaucoup
32:51de soin
32:52à ordonner
32:53les textes,
32:55à ce qu'ils se répondent,
32:57à ce qu'on voit
32:59l'évolution
32:59du personnage.
33:01Et je...
33:03Voilà,
33:04je vais arrêter
33:05de me vanter.
33:06On voit,
33:07il y a une réelle
33:08composition du recueil
33:10où c'est vrai
33:10qu'on le lit,
33:13enfin,
33:13sans picorer justement
33:14mais in extenso,
33:15on voit l'évolution
33:17d'un passage
33:18de l'autre
33:18et justement
33:19les chutes répondent
33:21au chapitre suivant.
33:22Oui,
33:23puis on voit
33:24qu'au début,
33:25les gens s'autodétruisaient
33:26dans l'allégresse
33:27et que vers la fin,
33:28ils font attention
33:28à leur bilan
33:30de santé.
33:33On voit,
33:33on se suscite
33:34par dépit.
33:35Le monde a changé
33:36mais nous aussi
33:37nous avons changé
33:38et Ibiza
33:39a beaucoup changé.
33:41Oui,
33:41extrait de la nouvelle
33:43pendant le Covid.
33:53attendez,
33:54attendez,
33:54attendez,
33:54attendez un micro.
34:04vous avez une vie
34:05qui est très remplie.
34:06Dans votre processus
34:07d'écriture,
34:07vous écrivez quand ?
34:09Le matin,
34:10le soir ?
34:11Comment vous écrivez ?
34:12Ça a beaucoup évolué.
34:14J'ai écrit sur des banquettes
34:17de discothèques
34:18pendant longtemps
34:19ou dans des chambres d'hôtel,
34:23dans des états
34:24de grande fatigue.
34:26Et puis,
34:27aujourd'hui,
34:28je suis discipliné,
34:29je me lève tôt
34:31et au moment où j'ai enfin
34:33une minute de tranquillité,
34:36je m'y mets.
34:38donc ça dépend.
34:39Je dirais,
34:40les textes du début du livre
34:41ont été écrits,
34:43je ne me souviens même pas comment,
34:47mais à la fin,
34:48ils sont peut-être plus disciplinés,
34:53plus matinaux aussi.
34:55J'ai découvert l'existence des matins
34:56assez récemment.
34:59Oui,
35:00c'est très beau le matin.
35:03Si on m'avait dit
35:04que c'était intéressant,
35:05personne ne me l'a dit.
35:06Dans les années 90,
35:07on ne s'intéressait pas
35:09peu au matin.
35:17Oui.
35:18Comment vous êtes passé
35:19de l'écriture
35:20d'une accroche publicitaire
35:21en dix mots
35:22à un roman de 300 pages ?
35:24Oui.
35:2799 francs m'a aidé
35:28parce que j'étais à l'époque
35:31rédacteur dans une agence de pub
35:32et effectivement,
35:33je n'avais pas tellement plus
35:34que dix mots.
35:34Même dix mots,
35:35c'est déjà beaucoup.
35:35Des vides normales.
35:36Oui.
35:39Et j'ai trouvé le moyen
35:43de mettre beaucoup
35:44d'accroches publicitaires
35:46dans ce roman-là.
35:47Et du coup,
35:49c'était une solution.
35:50Mes livres précédents,
35:52il y en avait,
35:52il y avait La Mordure 3 ans avant
35:54et d'autres,
35:55ils étaient très, très brefs.
35:56C'était pratiquement
35:57des collages de fragments,
35:59comme des carnets notés.
36:02Des carnets notés
36:03et puis j'essayais
36:04de créer une vague histoire.
36:06Mais enfin,
36:08c'est plus réussi
36:09dans La Mordure 3 ans
36:10que dans
36:10Dans le coma, par exemple.
36:12Mais la réponse à votre question,
36:16c'est vraiment, je crois,
36:17à partir de 99 francs,
36:18où là, je fais en sorte
36:23de décrire un métier.
36:24Et donc,
36:25j'étais bien obligé
36:26de construire.
36:27Et donc,
36:28dans le livre,
36:28on voit un personnage
36:30qui doit créer une campagne.
36:32et alors,
36:32il présente différents projets,
36:34on lui jette à la gueule
36:35et puis,
36:37progressivement,
36:37il arrive à vendre une idée
36:39puis ensuite,
36:39il va tourner le film,
36:40etc.
36:41Ça permettait,
36:42en suivant la fabrication
36:43d'une pub,
36:45d'avoir une ligne narrative,
36:49comme on dit,
36:49un art narratif.
36:51C'est là que je suis devenu romancier,
36:52en fait,
36:52avec ce roman-là.
37:01Mais en fait,
37:01je n'aime pas tellement
37:02les livres trop bien faits.
37:04Les livres trop,
37:05vous voyez,
37:06trop bien structurés.
37:08Les livres de gens
37:09qui ont fait trop
37:10de creative writing,
37:14qui soignent tout comme il faut
37:16avec une exposition,
37:17avec tout ça,
37:18avec des arches de personnages.
37:21Je trouve que
37:22beaucoup de romans
37:23contemporains
37:24ressemblent à des programmes
37:26de Netflix maintenant.
37:27Et moi,
37:28je n'en peux plus,
37:29j'aime la maladresse,
37:30j'aime,
37:31encore une fois,
37:32des défauts.
37:32J'adore les digressions.
37:34Quand un auteur
37:35a envie de me parler
37:36d'autre chose
37:37que de son roman,
37:39c'est généralement
37:39les meilleures pages du livre.
37:41Donc,
37:42n'oublions pas ça aussi.
37:44Ne devinons surtout pas
37:46des écrivains professionnels.
37:51qu'est-ce que
37:53l'octave
37:54et le théorique
37:58dès le début
37:59et de maintenant,
38:01parce que la société
38:02a changé,
38:04qu'on serait
38:05de celui
38:07que j'ai aimé,
38:08et c'est
38:10uniquement personnel,
38:11équitable,
38:14qui est
38:15Hell.
38:16Ah,
38:17Lolita ?
38:17Oui.
38:19Oh,
38:19je suis sûr
38:20qu'octave
38:21aurait adoré
38:22Hell,
38:22bien sûr.
38:23Oui,
38:23oui.
38:24Mais le livre
38:25d'avant
38:25et de l'autre.
38:26Oui.
38:27Mais quand un livre
38:32brille,
38:33il ne vieillit pas.
38:35Moi,
38:35je n'ai pas de problème
38:37à relire Hell.
38:38Je ne l'ai pas fait
38:39depuis longtemps,
38:39mais je veux dire,
38:41je me souviens
38:42de cette phrase
38:42« Si les riches
38:44ne sont pas heureux,
38:45c'est que le bonheur
38:46n'existe pas. »
38:48Et je trouve
38:48qu'elle avait saisi
38:49quelque chose
38:50de sa génération,
38:51de son temps,
38:52de la drogue,
38:54ça parle de beaucoup
38:55de sujets graves,
38:56avec une extrême arrogance,
38:58encore une fois.
38:59Comme j'aime
38:59les personnages
39:01imbuvables,
39:02j'aimais beaucoup
39:03Hell.
39:04Elle était,
39:06on comprend aujourd'hui
39:08avec l'évolution
39:08de Lolita Peel,
39:11finalement,
39:12elle souffrait énormément
39:14à l'époque.
39:15C'était une jeune femme
39:16qui avait été violée,
39:17qui avait dû avorter.
39:18Dans le livre,
39:19ce qui est extraordinairement
39:20élégant,
39:20c'est justement
39:21qu'elle parle très peu
39:22de ça.
39:24On voit juste
39:24quelqu'un
39:25qui n'est pas heureux
39:26et qui ne se plaint jamais,
39:28qui préfère
39:30se faire du mal
39:32et dire du mal
39:33de tout le monde.
39:34Et au fond,
39:36il n'y a pas de différence
39:37entre Lolita Peel
39:38et Dorothy Parker,
39:39qui est mon idole.
39:41C'est des personnes
39:42qui ne vont pas bien.
39:44Encore une fois,
39:44pour moi,
39:45les meilleurs écrivains,
39:46ce sont les écrivains
39:49qui sont comme
39:50des assiettes cassées.
39:53du coup,
39:54ça me permet
39:54un rebouissement.
39:56Est-ce que
39:58vous savez,
40:00parmi celui-ci,
40:01c'est une femme de Parcelaine,
40:03une femme de Parcelaine,
40:04une femme de Parcelaine,
40:05une femme de Parcelaine,
40:08qui est de la même époque
40:11que l'Église,
40:15est-ce que
40:17est-ce que
40:19je n'aime pas
40:19que l'Église
40:21de l'Église
40:21de l'Église
40:22de l'Église
40:23de l'Église
40:23pourrait être reçue
40:26de sa vie
40:26de son atelier ?
40:27Ah, mais bien sûr.
40:29Alors, Lolita,
40:30je l'ai invitée,
40:30mais c'est elle
40:31qui a refusé.
40:34Lolita,
40:35je voulais qu'elle vienne.
40:36Je ne sais pas pourquoi
40:37elle a eu peur.
40:39Je pense que
40:39si elle ne va pas
40:40très bien,
40:41voilà,
40:42donc c'est...
40:43Et puis,
40:43personne n'est obligé
40:44de venir chez moi.
40:48Quant à l'autre auteur,
40:49non,
40:49j'ai croisé
40:50Virginie de Closade
40:51il y a longtemps,
40:52mais je n'ai pas lu
40:53son livre,
40:53donc voilà.
40:54Il n'y a pas longtemps,
40:55elle joue au gars
40:57une pièce
40:57d'amont d'arrivée.
40:59D'accord,
41:00très bien.
41:02Non,
41:03mais j'ai reçu
41:04beaucoup de romancières.
41:06Là,
41:07ça fait quelques émissions
41:08qu'il n'y a que des messieurs,
41:09donc il faut que je fasse
41:10un petit effort
41:11pour féminiser,
41:12mais j'ai eu la chance
41:14d'avoir Clarisse Gorokoff,
41:16qui d'autre
41:17j'ai reçu récemment ?
41:19Marie-Hélène Laffont.
41:19Oui,
41:20Marie-Hélène Laffont,
41:21c'était formidable,
41:22formidable,
41:23précisément parce qu'on n'écrit
41:24pas du tout
41:24la même chose
41:25et que c'était
41:27absolument délicieux
41:28et très agréable,
41:29un très bon moment
41:30avec elle.
41:31Non,
41:31bien sûr,
41:31je suis très heureux
41:35d'ailleurs
41:35que les femmes
41:37se soient imposées
41:39dans la littérature vivante
41:41et qu'on ait
41:42vraiment un maximum
41:44de,
41:45je dis,
41:45romancières
41:46pour éviter
41:46écrivaines
41:47ou autrices.
41:48Moi aussi,
41:49je suis...
41:50En fait,
41:50on s'en fout,
41:51ce n'est pas très grave.
41:52Vous savez,
41:52j'ai reçu Christine Angot
41:53et alors là-dessus,
41:55je lui ai dit,
41:55mais vous avez changé
41:56parce qu'elle refusait
41:57de dire écrivaine
41:58il y a 20 ans
42:00et maintenant,
42:00elle dit écrivaine.
42:01Et elle m'a dit,
42:02mais ce n'est pas
42:03à nous de décider.
42:04Si la société a choisi
42:06qu'on disait écrivaine,
42:07eh bien,
42:07on dit écrivaine.
42:08Et j'ai dit,
42:08je suis d'accord.
42:09Au fond,
42:10ce n'est pas la peine
42:10d'en faire un combat
42:11non plus.
42:12Ce n'est pas très important.
42:14Ce qui compte,
42:15c'est que la langue,
42:17elle nous a à l'usure,
42:18la langue.
42:19Et je n'aime pas autrice,
42:22mais écrivaine,
42:23pourquoi pas ?
42:25La question.
42:28Du coup,
42:29il suffit de montrer
42:30la langue.
42:30Est-ce que tu finiras
42:31par recevoir
42:32Virginie Despentes ?
42:34Ah oui,
42:34parce que ce serait
42:35l'occasion
42:35que vous avez
42:36un livre en commun.
42:38Oui, c'est vrai.
42:38J'aimerais beaucoup,
42:40bien sûr.
42:40Et elle a...
42:41Tu l'as invité,
42:43elle a récouté.
42:44Il n'y a pas d'actualité,
42:45je préfère avoir
42:46une nouveauté.
42:47Vas-y,
42:47votre actualité à tous les jours.
42:48L'actualité d'avoir signé
42:49une pétition,
42:50ça ne suffit pas,
42:51mais je vais sûrement
42:53la voir aux états généraux
42:54des écrivains.
42:55Là,
42:56nous allons dans un théâtre
42:57le 13 mai,
42:59nous réunir,
43:00tous ceux qui sont partis
43:01de la maison Grasset.
43:04Donc,
43:05on va se réunir
43:06pour voir comment
43:07ce mouvement
43:09peut évoluer.
43:10Et il y aura sûrement
43:11Virginie,
43:11je me réjouis de la voir,
43:12mais je dirais que...
43:16j'attends,
43:17j'attends qu'elle publie
43:18un nouveau livre.
43:19Bien sûr.
43:24Oui ?
43:26Dans ce livre-là
43:27et dans votre confession,
43:30vous semblez aller
43:30vers une forme
43:32d'apaisement.
43:33Et il me semble
43:34que vous êtes souvent
43:35exprimés sur les œuvres
43:37de littérature
43:38que vous avez,
43:39les auteurs préférés,
43:40votre paniste,
43:41les écrivains.
43:43et je me demandais
43:44si,
43:44je crois me souvenir
43:45que votre père
43:46avait des œuvres préférés
43:48Plotin
43:48et je me demandais
43:50si vous,
43:50vous avez des œuvres
43:52préférés
43:52à parler masculin.
43:58J'ai essayé
43:59de le dire Plotin,
43:59mais je n'ai jamais
44:00rien compris.
44:03Et en plus,
44:04je le trouvais vexant
44:05parce que mon père
44:07disait toujours
44:08la devise de Plotin,
44:10fuir seul vers l'un,
44:13et comme c'était un père
44:14qui ne s'occupait pas
44:15beaucoup de mon frère
44:16et moi,
44:17évidemment,
44:17j'en voulais personnellement
44:19à Plotin.
44:21Mais,
44:26chez les philosophes,
44:27j'ai du mal
44:28à me concentrer,
44:29comme je vous l'ai dit,
44:30je suis un petit peu un,
44:32je n'aime pas m'apesantir,
44:33il y a des philosophes
44:34qui sont comme moi.
44:36Je pense à Nietzsche,
44:38par exemple,
44:39qui a fait certains livres
44:41qui sont presque
44:41comme des recueils
44:42d'aphorismes,
44:43et de chez Homo,
44:44ou bien
44:47les recueils d'aphorismes
44:48de Sioran.
44:49Est-ce un philosophe,
44:50Sioran ?
44:50C'est quelqu'un
44:51qui écrit de l'inconvénient
44:52d'être né,
44:54ou les syllogismes
44:55de l'amertume,
44:56c'est du plaisir pur.
44:58Ça fait énormément penser.
44:59On se sent plus intelligent
45:02vers la fin qu'au début.
45:04C'est très drôle.
45:05Et voilà,
45:07c'est là que je trouve
45:09beaucoup de plaisir
45:10à lire un penseur.
45:12Je suis ami
45:14avec un philosophe biarro,
45:16qui est Frédéric Schifter,
45:17qui lui aussi
45:18a la grande décence
45:20de ne jamais faire
45:21des livres épais.
45:23Et sa petite philosophie
45:25du surf
45:25m'a beaucoup séduit.
45:29Non, c'est ça.
45:29Et puis surtout,
45:30un auteur,
45:31Schifter,
45:31il a publié un livre
45:33sur le blabla
45:33et le chichi
45:34des philosophes.
45:35Alors là,
45:36je ne peux qu'adhérer.
45:38Ce qui compte,
45:39au fond,
45:39dans un livre,
45:41comme dit Oscar Wilde,
45:42c'est pas qu'il soit
45:46moral ou immoral,
45:48c'est qu'il soit
45:49bien écrit.
45:50C'est tout ce qu'on demande,
45:51au fond,
45:52à un livre.
45:53Et il y a des philosophes,
45:55ils sont rares,
45:56mais qui écrivent bien.
45:59Vous disiez que
46:00la femme était
46:00votre grand écrivain.
46:03Oui ?
46:08Oui,
46:09j'aurais bien aimé
46:10rencontrer Socrate.
46:12De loin,
46:13mais quand même,
46:16cette façon
46:17de relancer
46:17la conversation
46:18sans arrêt,
46:19c'est quand même,
46:20voilà,
46:21tout animateur
46:22d'émissions littéraires
46:24doit tout
46:24à Socrate.
46:26Eh bien,
46:27nous aurons peut-être
46:28le plaisir
46:29de dire le dialogue
46:30imaginé entre Socrate
46:31et Octave Parango
46:32tout bientôt.
46:35Et nous tenons
46:36à vous remercier.
46:37Merci encore,
46:38M. Leclerc.
46:39Merci à vous.
46:40Merci.
46:40Merci.
46:42Merci.
46:42Merci.
46:44Merci.
46:45Merci.
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