00:00Le pape Léon XIV demande pardon pour le rôle du Vatican dans l'esclavage.
00:05Là, ce que vient de faire le pape Léon XIV, il faut en mesurer la portée.
00:11Parce qu'on ne parle pas seulement d'un pape qui dit, par exemple,
00:15des chrétiens ont participé à l'esclavage. Non, du tout.
00:17On parle d'un pape qui reconnaît le rôle du Saint-Siège lui-même,
00:23le rôle de l'institution, le rôle des textes, des décisions,
00:26des justifications religieuses dans la légitimation de formes de réduction en esclavage.
00:32Et ça, historiquement, c'est énorme.
00:35Dans son encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV reconnaît que l'Église
00:40a mis très longtemps à condamner l'esclavage de façon claire.
00:44Il écrit que le siège, le siège apostolique sollicité par des souverains européens,
00:49est intervenu à plusieurs reprises pour réglementer et légitimer certaines formes de soumission
00:55et même de réduction en esclavage des infidèles.
00:58Nous ne sommes plus dans une simple faute individuelle.
01:02On est dans une mécanique institutionnelle.
01:04Des bulles pontificales, des textes officiels,
01:07des mots sacrés utilisés pour justifier l'injustifiable,
01:11parce que l'esclavage colonial, ce n'était pas seulement des bateaux,
01:15des chaînes, des plantations ainsi que de l'argent.
01:17C'était aussi un récit.
01:19On disait quoi ?
01:20On conquit, on convertit, on civilise.
01:23Et derrière ces mots-là, il y avait des peuples arrachés, déshumanisés,
01:27vendus et même exploités.
01:29Et le pape Léon XIV va encore plus loin.
01:32Il reconnaît que l'Église ne peut nier, ne peut minimiser,
01:35le retard avec lequel elle a condamné ce fléau.
01:38Il faut attendre le XIXe siècle,
01:40notamment avec le pape Léon XIII en 1888,
01:43pour voir une condamnation formelle, absolue et universelle de l'esclavage.
01:481888, ça veut dire très tard,
01:51après des siècles de traite, de colonisation, de violence et de silence.
01:55Et ce geste est encore plus symbolique
01:59quand on sait que Léon XIV, le pape lui-même,
02:01est le premier pape né aux États-Unis,
02:04avec une histoire familiale liée à la fois à des personnes réduites en esclavage
02:09et à des propriétés à des esclaves.
02:11Donc ce pardon n'est pas seulement théologique,
02:13il touche aussi, je dirais, à une mémoire historique très concrète.
02:18Mais maintenant, attention !
02:20Un pardon, ce n'est pas une réparation.
02:22Une excuse, ce n'est pas une restitution.
02:25Une reconnaissance, ce n'est pas encore la justice.
02:28Mais la vraie question, qu'est-ce que c'est ?
02:30Qu'est-ce qu'on fait après cela ?
02:31Est-ce qu'on ouvre davantage les archives ?
02:34Est-ce qu'on enseigne cette histoire dans toute sa complexité ?
02:38Est-ce qu'on soutient réellement les descendants de peuples réduits en esclavage
02:43dans leur quête de vérité, de mémoire et de réparation ?
02:46Parce que si les excuses servent uniquement à dire
02:49c'est bon, nous avons reconnu, passons à autre chose très vite,
02:53alors elles deviennent une nouvelle manière de refermer le dossier.
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