00:00Ce matin, nous recevons une légende du sport français, deux fois championne du monde d'athlétisme en 400 mètres,
00:05trois fois championne olympique sur 200 et sur 400 mètres au JO de Barcelone et d'Atlanta.
00:10Bonjour Marie-José Pérec.
00:12Bonjour.
00:12Bonjour, bonjour à tous.
00:14Marraine, ce week-end d'une course importante d'un tout autre genre que celle auquel vous nous aviez habitués
00:20dans les années 90,
00:21Wings for Life, importante par son nombre de participants, des centaines de milliers,
00:25et importante parce qu'elle permet depuis plus de dix ans de chercher des remèdes aux lésions de la moelle
00:31épinière et à la paréplégie.
00:33Alors la devise de cette course Wings for Life, c'est courir pour ceux qui ne le peuvent pas,
00:39parce que tout le montant que les participants vont payer pour leur dossard, il va aller à la recherche.
00:43Cette devise, courir pour ceux qui ne le peuvent pas, elle vous touche particulièrement ?
00:48Moi ça me touche puisque dans le sport, on côtoie beaucoup de paralympiques.
00:54Depuis quelques années, on va dire à peu près 25 ans, nous on a un programme d'accompagnement pour les
01:02sportifs de haut niveau qui s'appelle les étoiles du sport,
01:04et le fait de côtoyer les gens qui sont en situation d'handicap, forcément on est touché,
01:12on se rend compte à quel point c'est difficile pour eux le quotidien, et donc on a envie de
01:18faire quelque chose.
01:20Et je trouve que c'est une belle manière d'accompagner, de venir, de passer du temps,
01:29et puis de pousser les gens aussi à ouvrir les yeux, à venir donner un peu de ce temps-là
01:41pour les autres.
01:42Et c'est d'autant plus important que vous, vous avez dit courir c'est être bien dans son corps,
01:47c'est bien vivre, c'est la vie, c'est la liberté, c'est important.
01:50Bah oui, et puis courir, faire du sport, faire une activité physique, c'est aujourd'hui, tout le monde le
01:57dit, c'est un médicament.
02:00Donc lorsqu'on vient faire toutes ces activités, on se fait du bien, et puis en même temps, on fait
02:08du bien aux autres.
02:08Et moi je trouve que c'est vertueux quoi.
02:12Il y a une phrase très belle que vous dites, on peut raconter une histoire par la course, j'adore.
02:18Quelles histoires est-ce que vous voulez raconter en courant cette course-là, ou d'autres par exemple ?
02:24En fait c'est le regard qu'on a sur l'autre, c'est la bienveillance qu'on a pour
02:33les gens qui sont peut-être moins bien que nous, qui traversent des moments durs.
02:42Donc moi je pense que c'est l'amour qu'on a pour l'autre.
02:47Oui, l'amour qu'on a pour l'autre, mais pas quand on est athlète comme vous par exemple, et
02:52qu'on est en compétition, quand on est aux Jeux Olympiques, et qu'on veut chercher la médaille d'or.
02:56Là pour le coup c'est une autre histoire.
02:59C'est alors, moi je vais vous raconter une petite anecdote.
03:03À Atlanta, quand je gagne le 200 mètres.
03:09En 96.
03:09Je suis heureuse, mais le fait de passer devant Merlène Hôté, j'avais un sentiment qui était assez mitigé, parce
03:20que j'étais heureuse.
03:21Mais en même temps je me disais, cette fille attend une médaille d'or depuis des années.
03:26Et en fait c'est sûrement sa dernière chance, parce qu'elle était déjà très âgée.
03:32Et en fait moi je viens presque lui voler cette chance, puisque ce n'était même pas ma discipline.
03:37Donc je pense que j'ai quand même toujours été dans cet état d'esprit.
03:42C'est dingue de penser à ça, de penser à ça quand on gagne.
03:46Alors il faut expliquer ce que cette course a de particulier Marie-Jo.
03:49La course que vous organisez, les coureurs sont éliminés à mesure qu'une voiture va les dépasser.
03:56Vous, vous êtes triple championne olympique, deux fois championne du monde.
04:00La ligne d'arrivée c'est ce qui symbolise la victoire.
04:03Ça vous fait quoi de courir, de concourir sans ligne d'arrivée ?
04:08Je trouve que c'est une toute autre façon de voir les choses.
04:13Puisqu'en fait on a cette voiture qui va partir après, et donc qui rattrape les coureurs.
04:20Qui rattrape tout le monde, sauf les derniers qui seront les vainqueurs.
04:23C'est ça, c'est ça.
04:24Donc moi je trouve que c'est une belle manière.
04:26Et puis en fait ça nous sort aussi de la compétition pure, jeu olympique, championnat du monde.
04:35Je trouve que c'est un beau concept.
04:37Et vraiment je suis ravie de faire partie de cette aventure parce que ça a du sens, ça a du
04:44fond.
04:44C'est quand même un sacré défi parce que ça veut dire pour les vainqueurs justement qu'ils vont courir
04:49des distances jusqu'à 60, 70 kilomètres.
04:53C'est énorme.
04:54Vous avez des conseils, vous avez même des astuces parce que vous allez participer.
04:59C'est surréaliste.
05:00Alors moi je dois quand même dire que moi je vais marcher.
05:04On va courir.
05:05Vous n'allez pas courir.
05:07Oui je vais marcher parce que je me suis fracturée une vertèbre en janvier.
05:13Donc je ne peux pas courir.
05:17Et alors vos astuces de championne pour ceux qui justement vont courir.
05:23Alors moi je crois qu'il faut prendre du plaisir.
05:26C'est un moment de partage.
05:29C'est un moment où on est avec l'autre, on passe du temps ensemble.
05:35Et puis on se dépasse aussi.
05:37Oui oui on fait du sport.
05:38Mais pour vous le plaisir il est toujours intact quand vous courrez.
05:42Ah oui moi je...
05:43En fait c'est quelque chose qui me fait du bien.
05:45Moi j'ai toujours...
05:46Au-delà de la douleur, au-delà des entraînements, au-delà de la perche.
05:50Oui oui en fait.
05:52Et puis après je pense que lorsqu'on s'entraîne pour un grand championnat.
05:56En fait on ne se rend même pas compte de tout ce que ça peut nous demander.
06:04Toute l'énergie, en fait tout cet effort parce qu'on est complètement...
06:11En fait on est happé par l'événement, par ce qu'on a envie de défendre par rapport à cet
06:22événement-là.
06:22Et c'est vrai qu'on connaît vos engagements et depuis toujours Marie-Jo et il y a quelque chose
06:27de très frappant.
06:28Il y a quelques semaines il y avait le marathon de Paris et donc cette barre mythique des deux heures
06:34qui a été explosée par Sao.
06:38Et ce qui est assez frappant c'est qu'en revanche on n'a pas vu du coup la performance
06:43des femmes.
06:44Maintenant que les hommes et les femmes courent séparément, l'éthiopienne Demise qui est arrivée à finir le marathon en
06:532h18,
06:54ce qui est extraordinaire, du coup elle est moins apparue ?
06:58Tout simplement parce qu'elle était à côté, ailleurs, invisibilisée vous diriez ?
07:01Oui exactement.
07:03En fait moi j'ai le sentiment qu'on n'en a pas parlé suffisamment puisque c'est la première
07:07fois que les femmes en fait elles courent séparément des hommes.
07:10C'est vraiment une perfe de folie et le fait qu'il y ait eu trois hommes qui ont couru
07:17en fait cette barre des deux heures.
07:21En dessous des deux heures.
07:23Exactement.
07:23En fait sa performance elle a été presque effacée et c'est dommage.
07:30Il y a des causes comme ça que vous soutenez ? La visibilité du sport féminin ?
07:36En tout cas c'est vrai que ça m'a beaucoup touchée parce que je pense qu'aujourd'hui, en
07:45fait on en parle tellement,
07:47on essaye de mettre pas mal d'actions en place justement pour que le sport féminin puisse être visible.
07:55Oui bien sûr et il sort de l'ombre.
07:57Parce qu'il y a des performances incroyables aussi.
07:59Oui il y a beaucoup de choses qui sont faites et là sur ce coup-là je me suis dit
08:02mais maman alors on est passé à côté de quelque chose quoi.
08:07Vous êtes une inspiration, vous êtes ce qu'on dit en anglais un rôle modèle pour tellement de petites filles,
08:14de jeunes filles, de femmes
08:15qui veulent se mettre à la compétition et qui ont du coup découvert l'athlétisme.
08:20Ce qui est frappant c'est qu'il y a une figure qui a beaucoup compté pour vous, elle fascinait
08:24votre grand-mère dont vous étiez très proche.
08:26C'est Mohamed Ali, un boxeur. Qu'est-ce qu'il y a de commun entre la boxe et la
08:30course Marie-Jo ?
08:32Qu'est-ce que la petite fille que vous étiez garde des matchs que vous regardiez à la télé ?
08:37Alors moi mon histoire elle a démarré avec Mohamed Ali, j'avais 6 ans, ma mamie elle nous avait fait
08:42tous venir parce qu'il y avait une retransmission à la radio,
08:46on n'avait pas de télé et mes frères et soeurs, mes cousins, mes cousines, elle nous avait dit vous
08:50vous asseyez à là et vous écoutez.
08:52Et donc c'était le match à Kinshasa, moi j'avais 6 ans et à partir de là en fait
08:59je me suis fait tout un truc dans la tête en me disant que j'allais devenir la petite Mohamed
09:04Ali de ma mamie.
09:05Et vous avez réussi ?
09:07J'ai réussi parce que j'ai allumé la vasque à Paris.
09:10C'est vrai, en 2024 ?
09:11C'était quelque chose qui me tenait à coeur en 1996 à Atlanta quand je fais le porte-drapeau de
09:19la délégation,
09:20quand je vois Mohamed Ali allumer la vasque, je me dis bon tu viens ici pour un doublé,
09:27ben tout s'aligne donc il va falloir que ce doublé que tu le réalises dans cette ville,
09:33qui est la ville de Martin Luther King et quand je le vois tout tremble au temps et enfin on
09:42a tous les images.
09:45Après ce match du siècle contre Forman qu'il gagne à Kinshasa.
09:49En fait on se dit mais quel décalage entre ce personnage et celui qu'on voit sur l'estrade pour
09:57allumer la vasque ?
09:59Pour moi c'est un moment qui est très fort mais c'est aussi un moment qui me donne vraiment
10:02beaucoup d'énergie
10:03pour réaliser ce que je vais réaliser derrière.
10:07Et on vous retrouve en 2024 avec Teddy Riner à allumer la vasque, ça c'est vraiment un aboutissement ?
10:12Ah ben c'est vraiment, moi je lui dis que c'est le plus beau cadeau en fait qu'on
10:18m'ait fait
10:18après toutes les histoires qu'il y a eu à Sydney, c'est une belle reconnaissance pour moi
10:24mais en fait aussi pour, je pense que pour toutes les populations qui sont invisibilisées
10:30qui en plus il y avait eu les élections législatives quelques semaines avant les Jeux
10:36donc en fait je pense que quand on est invisibilisé, quand on est noir, quand on est arabe,
10:44quand on est en fait un étranger en France, en fait les gens ont peur.
10:48Donc le fait d'avoir pris cette décision de faire allumer la vasque à Paris par deux personnes noires
10:56alors en plus deux Guadeloupéens.
10:57Mais françaises ! Evidemment !
11:00Oui !
11:01Portez-vous les couleurs du pays ?
11:03Ben moi je trouve que c'est un super beau message en fait qu'on envoie au monde
11:09puisque on sait le nombre de personnes qui regardent ce type d'événement
11:14donc c'est une très belle manière pour la France en fait de prendre la parole quoi
11:20c'était beau.
11:22Comme disait Mohamed Ali, Boumaïe !
11:24Ali Boumaïe !
11:26J'adore !
11:27On adore !
11:28A propos de messages au monde, vous avez été membre du club des champions de la paix
11:32c'est un club qui oeuvre pour une paix durable par le sport
11:36Quand vous voyez la situation actuelle, quand vous voyez ce qui se passe au niveau international
11:40l'Ukraine, l'Iran, vous vous dites que le sport là-dedans il peut jouer un rôle ?
11:45Ben moi je pense que le mouvement olympique doit continuer en fait à jouer un rôle
11:51alors en fait déjà de montrer aux gens
11:55parce que lorsqu'on est dans un village olympique
12:00lorsque moi je me rends compte que pendant une quinzaine de jours
12:03en fait on vit tous ensemble
12:06on se retrouve des jeunes du monde entier
12:10des quatre coins du monde
12:11qui vivent ensemble
12:14Dans l'harmonie ?
12:15Exactement
12:19quelles que soient leurs couleurs, leurs religions
12:22en fait on arrive à voir ce petit échantillon de la planète
12:28qui arrive à faire des choses extraordinaires
12:31mais pourquoi le monde en fait, enfin c'est très utopique tout ça
12:34mais pourquoi le monde ne vivrait pas comme ça ?
12:37Avec des histoires d'amour, on ne raconte pas ce qui se passe dans les villages olympiques
12:41Marie-Jo, mais il y a aussi de magnifiques passions amoureuses
12:46Marie-Josée Pérec, ma reine donc ce week-end de la course Wings for Life
12:51c'est à Paris, notamment à 13h au parc de Saint-Cloud
12:54ce dimanche vous allez y marcher
12:56mais ça sera aussi un peu partout dans le monde
12:57et aussi en France, à Angers, Toulouse, Annecy, Besançon
13:00je vous renvoie chers auditeurs au site internet de la course Wings for Life World Run.com
13:06Merci beaucoup Marie-Josée Pérec
13:07Merci, c'est un bonheur de vous recevoir
13:09C'est un bonheur de vous recevoir
13:10Merci à vous
13:11Et bonne course
13:12Merci
13:12Et venez nombreux
13:14Merci, c'est un bonheur de vous recevoir
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