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  • il y a 6 semaines
Pio Marmaï interprète un jeune peintre veuf dans le Paris de la fin des années 1920 dans "La Vénus électrique" de Pierre Salvadori. Le film fera l'ouverture, mardi, de la 79e édition du Festival de Cannes. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-07-mai-2026-4571447
Transcription
00:00Benjamin Duhamel, vous recevez un comédien.
00:02Bonjour Pion Marmaille.
00:03Bonjour.
00:03On est très très heureux de vous recevoir ce matin sur France Inter pour un film formidable.
00:07Ça s'appelle La Vénus électrique, réalisé par Pierre Salvadori.
00:11Une comédie qui se déroule dans le Paris des années 20, que je vais tenter de résumer en une phrase.
00:15C'est pas évident et vous me corrigerez si je me trompe.
00:17Allez-y.
00:18Vous jouez un peintre veuf, Antoine, qui a perdu l'inspiration et voit surgir dans sa vie une foraine,
00:23jouée par Anaïs de Moustier, qui comme attraction s'électrocute sur scène en embrassant des badauds
00:28et va lui faire croire, pour gagner de l'argent, qu'elle peut ressusciter l'esprit de son épouse.
00:32Ça va ?
00:33Exactement ça.
00:34Bon, donc on est bon.
00:35C'est à la fois drôle, poétique et c'est le film d'ouverture du Festival de Cannes mardi soir
00:40prochain,
00:40le jour de sa sortie en salle.
00:42Alors j'ai lu Pion Marmaille dans une interview que vous n'aimiez pas vous voir à l'écran.
00:46Dans ce cas, les projecteurs de Cannes, c'est quoi ?
00:48C'est une angoisse, une fierté ou est-ce que c'est un peu des deux ?
00:51Non mais là c'est très singulier parce que quand on présente un film à Cannes,
00:54c'est vraiment dans le cadre, enfin c'est un cadre tellement beau, un peu sacré.
01:00C'est-à-dire que c'est quand même une sorte de temple du cinéma.
01:02Et puis là on arrive avec un film qui est une comédie.
01:04Le fait d'avoir cette relation avec Pierre depuis quatre films, dans cette continuité-là,
01:09c'est quand même quelque chose d'assez rare.
01:11Donc non, ce n'est pas une angoisse mais disons que ce n'est pas ce que je préfère voir.
01:14Je pense que l'humain n'est pas fabriqué pour s'observer sur un écran de 40 mètres de large.
01:19Enfin sauf si évidemment ça arrive, c'est qu'il y a un problème.
01:22Oui parce qu'il y a sans doute des acteurs qui aiment ça.
01:24Oui mais ce n'est pas mon cas, en tout cas pas pour l'instant.
01:26Ok, vous vous retrouvez, vous le disiez, Pio Marmaille, Pierre Salvadori pour la quatrième fois,
01:31qui vous offre un rôle génial parce qu'il inverse les codes traditionnels
01:35qu'on a parfois l'habitude de voir dans le cinéma entre les hommes et les femmes.
01:39C'est vous qui vous faites manipuler par Anaïs de Moustier, la Vénus électrique.
01:43Ce sont les deux personnages féminins joués par Anaïs de Moustier mais aussi Vima Laponce
01:47qui vous séduisent, qui vous désirent.
01:50Comment est-ce que vous décririez ce personnage, ce peintre un peu dupe ?
01:55Est-ce que c'est quoi ? C'est un homme déconstruit au fond ?
01:57Non, je ne sais pas s'il est déconstruit.
01:59En tout cas, ce qui est sûr, c'est que c'est une personne qui est au début du film
02:02désespérée,
02:02qui vient de perdre sa femme, qui est alcoolique.
02:06Donc c'est quelqu'un qui dit, et c'est quelque chose que je répète très souvent dans le film,
02:10c'est quelqu'un qui n'est ni mort ni vivant, qui est un peu dans les limbes.
02:13Donc ce n'est pas un état qui est facile à jouer.
02:16En revanche, c'est vrai qu'il devient un peu l'objet du désir,
02:18ce qui est assez paradoxal avec un peintre.
02:20C'est-à-dire un peintre qui a plutôt l'habitude de croquer quelqu'un,
02:22en tout cas sur un tableau, de devenir lui-même un objet effectivement de désir.
02:28C'est une sorte d'inversion qui est plutôt rigolote.
02:30Surtout que Pierre amène toujours un espèce de souffle et un regard tellement drôle.
02:35Il y a un rythme vraiment génial.
02:36Donc il arrive à casser des situations qui peuvent être assez classiques.
02:42Et oui, donc moi, si vous voulez, en tout cas je sais que c'était un rôle qui n'était
02:45pas forcément évident,
02:46parce qu'il faut arriver, c'est la seule personne qui ne sait pas qui est le nerf de la
02:53fantaisie, de la farce.
02:55Mais vous dites que ce n'est pas évident.
02:56J'ai lu que vous aviez dit dans une interview qu'il y a dix ans,
02:58vous n'auriez pas été capable d'accepter un rôle pareil.
03:01Pourquoi ? Qu'est-ce qui était le plus difficile à jouer dans ce rôle ?
03:05Je pense que c'est arriver à plonger dans des états assez...
03:10En tout cas, jouer le désespoir, ce n'est pas quelque chose d'évident.
03:14C'est-à-dire qu'il faut faire confiance aussi aux cinéastes avec qui on travaille.
03:17Et en même temps, quand je parle de désespoir, c'est quelque chose qui est assez en filigrane dans le
03:21film.
03:21Mais c'est vrai que c'est tellement drôle et c'est amené avec tellement d'humour dans ce film
03:25-là
03:25qu'il faut à la fois plonger dedans et se rendre compte que ça va générer du rire chez le
03:30public.
03:30Donc c'est une espèce d'entre-deux.
03:32Il faut plonger tête bêche dans cet état-là et en même temps se rendre compte que ça va générer
03:38de la comédie.
03:38Comme souvent, Pierre Marmaille, vous mettez une intensité assez stupéfiante dans toutes les scènes.
03:42Stupéfiante.
03:43Ah, assez stupéfiante.
03:44Là, c'est stupéfiant.
03:44C'est qualifié, je ne sais pas si c'est dans les années 80 qu'on disait ça, mais c
03:47'est assez stupéfiant.
03:48Il y a notamment cette scène d'ouverture où vous êtes totalement sous.
03:51Oui.
03:52Vous débarquez dans la roulotte de la voyante pour tenter cette séance de divination.
03:57Et là, vous avez expliqué, j'ai lu ça, que vous étiez particulièrement angoissé parce que c'est dur de
04:02jouer l'ivresse quand on est un acteur.
04:03D'ailleurs, il y avait une sorte de préparation assez spécifique pour jouer cette scène, non ?
04:07Oui.
04:09Évidemment, quoi qu'on produit sur un plateau, il ne faut absolument pas boire.
04:13C'est vraiment un état.
04:14Surtout que là, ce n'est pas quelqu'un qui a juste bu un verre de blanc.
04:16C'est quelqu'un qui ne sait même plus ça, qu'on ne comprend à peine ce qu'il dit.
04:20Donc techniquement, c'est comme une sorte de musicalité qu'il faut trouver.
04:24Et ça m'a particulièrement angoissé.
04:27Enfin, angoissé, je ne parle que de mes angoisses depuis tout à l'heure.
04:29Je suis mal, je suis mal, je souffre.
04:31Tout va très bien, je vous rassure.
04:32Tout va très bien.
04:33Et vous vous êtes entraîné.
04:35Détends-toi, puis ça va bien.
04:36Tout va bien se passer.
04:37Et vous vous êtes entraîné en buvant.
04:40Non, non, pas du tout.
04:42C'est ce que vous avez raconté, vous avez expliqué que vous étiez filmé.
04:45Ça m'est arrivé à des moments, évidemment, de boire un verre.
04:48Et donc je me disais, mais tiens, Pio, est-ce que ce ne serait pas l'occasion d'essayer de
04:51faire en sorte que cet apéritif, par exemple, devienne une séance de travail ?
04:54Erreur grave, ça ne mène absolument pas à une séance de travail.
04:57Et donc j'ai essayé de m'enregistrer en parlant.
05:00Et c'était ridicule, en fait.
05:01Ce n'est pas du tout ce que j'ai fait dans le travail.
05:03Mais en tout cas, j'ai essayé de trouver cette espèce de musicalité.
05:06Et c'était un moment pas évident à trouver.
05:07Mais bon, je vous dirais.
05:10Et c'est très réussi.
05:11Il y a cette scène d'ouverture.
05:12Et puis, il y a cette scène géniale dont, évidemment, tout le monde va parler.
05:16Si je dois la décrire pour que nos auditeurs puissent s'imaginer à quoi elle ressemble.
05:18Il faut vous figurer Pio Marmaille, complètement nu, en dieu Hermès, avec des petites ailes d'anges dorées au pied.
05:26Le tout reluqué par Vima Laponce.
05:30Il y a quelque chose d'absolument jubilatoire quand on est derrière l'écran et qu'on a la chance
05:33de voir cette scène.
05:34Est-ce que c'est aussi jubilatoire pour le comédien que vous êtes ?
05:37Oui, alors c'est-à-dire qu'il faut se figurer le truc.
05:40Il est 7h30 du matin.
05:41Je me retrouve suspendu à des petites ficelles devant 80 personnes.
05:45Ce n'est pas forcément le moment où je me sens le plus à l'aise.
05:47Mais je sais que c'est à travers le regard de Pierre Savadori.
05:50Donc, c'est quelque chose de très bienveillant, de très drôle, de délicieux.
05:53Donc, évidemment, je sais que c'est au service de la narration du film.
05:57Et oui, moi, ça m'amuse.
05:59Ça m'amusait.
06:00Pas besoin de répétition.
06:01Ça ne sert à rien de se filmer soi-même nu chez soi, suspendu à des ficelles.
06:04Je vous le rassure, ça ne sert à rien.
06:06Je l'ai fait sur le coup.
06:08Je n'avais pas prévu de le faire.
06:10En tout cas, c'était très drôle.
06:11Et c'est un, effectivement, on rit beaucoup.
06:14On rit beaucoup.
06:14Et il y a cette tristesse.
06:15Moi, en voyant le film et notamment en voyant ces scènes de désespoir chez votre personnage,
06:19on ne peut pas ne pas penser à l'attachement.
06:21Ce film magnifique réalisé par Karim Tardieu qui a triomphé au César l'année dernière.
06:26Où est-ce que vous trouvez cette vulnérabilité ?
06:29Parce que là encore, dans l'attachement, le point de départ du film, c'est que vous jouez un veuve
06:33qui vient de perdre sa femme qui est morte en accouchant.
06:37Cette vulnérabilité-là, où est-ce que vous allez la chercher ?
06:41Je suis un peu référent à la question que vous m'avez posée tout à l'heure.
06:44C'est-à-dire que quand j'ai dit qu'il y a dix ans, je n'aurais pas été
06:46capable de jouer ça,
06:48je pense que le film de Karim fait partie aussi des éléments fondateurs dans mon rapport au travail.
06:52C'est-à-dire, moi, je parle souvent d'abandon, c'est-à-dire ces moments un peu de flottement
06:57où on ne sait plus trop, enfin, en tout cas, il faut s'abandonner émotionnellement à des gens
07:00parce que c'est toujours la même chose.
07:02On est observé par des gens.
07:03Ce n'est pas simplement pleurer ou quoi, c'est juste jouer à un endroit de fébrilité totale.
07:07Et ça, ce n'est pas forcément facile parce qu'il faut donner quelque chose
07:10sans pour autant se répandre.
07:13Dans le pâteau, ça n'intéresse absolument personne.
07:16Mais oui, je pense que j'ai eu la chance, en tout cas.
07:18C'est toujours des petits moments comme ça dans ma carrière,
07:20des films qui m'ont juste fait du bien au bon moment,
07:23je ne sais pas, qui ont été déclencheurs.
07:25Peut-être que le film de Karim l'a été,
07:27le film de celui-ci aussi, mais dans un autre registre.
07:29Mais c'est souvent, enfin, c'est une chance que je peux avoir à des moments,
07:32je ne sais pas pourquoi c'est comme ça.
07:33Et du coup, j'y plonge, quoi.
07:35Ce qui revient quand on parle de vous, Pio Marmaille, et de votre jeu,
07:38c'est l'énergie, l'intensité.
07:40Le surpoids, le surpoids.
07:40Non, le surpoids.
07:41Au contraire, non, non, il faudra voir cette scène de nu.
07:43Je l'ai dit, c'est ma matinée.
07:45Mais c'est une espèce de scanning de ma propre personne à 7h30 du matin.
07:49Ça ne va pas.
07:49Peut-être que vous n'êtes pas ce matin.
07:51Vous êtes magnifique dans cette scène de nu.
07:54Je lisais un portrait de vous dans les échos.
07:57Il était écrit l'acteur anti-bling-bling du cinéma français.
08:00Est-ce que ça vous convient ?
08:02Est-ce que vous trouvez que ça vous correspond, cette appellation-là ?
08:05Je ne suis vraiment pas compte.
08:07En tout cas, j'essaie toujours de me rendre compte que j'ai de la chance de travailler.
08:12En tout cas, je me rends compte.
08:13J'essaie toujours de célébrer.
08:14En tout cas, quand c'est heureux, je le dis.
08:16Je n'ai pas envie de rentrer dans un moment, dans une sorte de...
08:18Mais vous n'avez pas la grosse tête.
08:19J'ai lu par exemple cette autre phrase dans une interview au magazine Trois Couleurs.
08:22Vous dites, on peut s'amuser, faire la fête et kiffer les grands auteurs.
08:25On peut aimer pleurer devant Titanic et regarder piège de cristal chaque année.
08:28Il y a de la place pour tout ça.
08:29Elle est géniale, cette phrase.
08:30Je ne suis pas certain que tous les grands acteurs du cinéma français pourraient la dire.
08:34Non, mais après, je me rends compte.
08:35C'est quand même fabriqué d'un objet.
08:37Il faut que ce soit ludique.
08:38Si ça ne l'est pas, ça ne sert à rien.
08:40Après, je me rends compte que je ne travaille pas non plus à l'ONU.
08:43Il faut se rendre compte qu'il y a des problématiques qui ne m'appartiennent pas.
08:47J'essaie juste de fabriquer des films avec des gens qui me font du bien.
08:50C'est tout.
08:50Après, il faudrait essayer de le faire correctement.
08:52Mais je n'ai pas d'autre potentiel que ça.
08:54Et si il ne faudrait pas que je m'achète une voiture surpuissante, je ne sais pas.
08:57En tout cas, ça ne m'intéresse pas pour l'instant.
08:59Après, je n'ai pas encore 50 ans.
09:01Je n'ai pas la Rolex.
09:02Je ne sais pas.
09:02Je ne peux vous dire.
09:03Ça viendra peut-être.
09:06On verra.
09:06C'est ça.
09:07Un tout dernier mot, Pio Marmaille.
09:08Je vais faire quelque chose que je fais assez rarement.
09:10Je vais révéler les coulisses de ce qui peut arriver ici à France Inter.
09:13Il y a un mois, on a reçu deux réalisateurs que vous connaissez bien,
09:16qui s'appellent Eric Toledano et Olivier Nakache,
09:19qui étaient venus pour parler de leur film Juste une illusion.
09:21Et juste avant de faire l'interview, ils nous ont dit,
09:23puisqu'ils s'apprêtaient à rencontrer Florence Paracolo, c'est moi-même,
09:26ils nous ont dit, alors il y en a un qui est totalement, je ne vais pas dire obsédé,
09:30mais en tout cas qui a quelque chose avec Florence Paracolo, c'est Pio Marmaille.
09:32Parce qu'il a, je ne sais pas si on peut dire une tendance ou une névrose
09:36sur les plateaux de tournage à crier Florent Paracolo.
09:38Est-ce qu'on peut juste savoir quelle est la réalité de cette histoire-là ?
09:42Il faut que je remette un peu de cadre dans cette anecdote.
09:44Il n'y a pas de cri.
09:45Je suis très heureux de vous rencontrer, Florence.
09:47Je pense que c'est né depuis des années avec Olivier, je crois, Eric.
09:53Je ne sais pas pourquoi, parce qu'Olivier a une tendance à imiter tout le monde,
09:55ce qui me fait beaucoup rire.
09:57Et en fait, on imitait toujours les voyages, tac, en direct avec Florence Paracolo.
10:00Et c'est quelque chose qui revenait.
10:02Et je ne sais pas pourquoi, votre nom est revenu dans des imitations.
10:05Et du coup, j'ai fait une sorte de fixette.
10:07Je ne sais pas vous dire pourquoi.
10:08Et c'est pour ça que je suis très heureux de vous rencontrer.
10:10Et bien voilà, moi aussi.
10:10Donc la rencontre, ça me fait un bien.
10:13La rencontre est faite.
10:14Merci beaucoup Pio Marmaille.
10:16La Vénus électrique, ça sort le 12 mai.
10:18C'est génial.
10:18On rappelle le casting formidable.
10:20Anaïs de Moustier, Viméa Laponce.
10:21Gilles Lelouch, qui est formidable aussi en marchand d'art véreux.
10:24Le tout réalisé par Pierre Salvadori.
10:25Merci beaucoup.
10:26Merci beaucoup.
10:26Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel.
10:28On se retrouve pour le grand entretien.
10:29Il est 7h59 sur Inter.
10:31France.
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