00:00Benjamin Duhamel, vous recevez un comédien.
00:02Bonjour Pion Marmaille.
00:03Bonjour.
00:03On est très très heureux de vous recevoir ce matin sur France Inter pour un film formidable.
00:07Ça s'appelle La Vénus électrique, réalisé par Pierre Salvadori.
00:11Une comédie qui se déroule dans le Paris des années 20, que je vais tenter de résumer en une phrase.
00:15C'est pas évident et vous me corrigerez si je me trompe.
00:17Allez-y.
00:18Vous jouez un peintre veuf, Antoine, qui a perdu l'inspiration et voit surgir dans sa vie une foraine,
00:23jouée par Anaïs de Moustier, qui comme attraction s'électrocute sur scène en embrassant des badauds
00:28et va lui faire croire, pour gagner de l'argent, qu'elle peut ressusciter l'esprit de son épouse.
00:32Ça va ?
00:33Exactement ça.
00:34Bon, donc on est bon.
00:35C'est à la fois drôle, poétique et c'est le film d'ouverture du Festival de Cannes mardi soir
00:40prochain,
00:40le jour de sa sortie en salle.
00:42Alors j'ai lu Pion Marmaille dans une interview que vous n'aimiez pas vous voir à l'écran.
00:46Dans ce cas, les projecteurs de Cannes, c'est quoi ?
00:48C'est une angoisse, une fierté ou est-ce que c'est un peu des deux ?
00:51Non mais là c'est très singulier parce que quand on présente un film à Cannes,
00:54c'est vraiment dans le cadre, enfin c'est un cadre tellement beau, un peu sacré.
01:00C'est-à-dire que c'est quand même une sorte de temple du cinéma.
01:02Et puis là on arrive avec un film qui est une comédie.
01:04Le fait d'avoir cette relation avec Pierre depuis quatre films, dans cette continuité-là,
01:09c'est quand même quelque chose d'assez rare.
01:11Donc non, ce n'est pas une angoisse mais disons que ce n'est pas ce que je préfère voir.
01:14Je pense que l'humain n'est pas fabriqué pour s'observer sur un écran de 40 mètres de large.
01:19Enfin sauf si évidemment ça arrive, c'est qu'il y a un problème.
01:22Oui parce qu'il y a sans doute des acteurs qui aiment ça.
01:24Oui mais ce n'est pas mon cas, en tout cas pas pour l'instant.
01:26Ok, vous vous retrouvez, vous le disiez, Pio Marmaille, Pierre Salvadori pour la quatrième fois,
01:31qui vous offre un rôle génial parce qu'il inverse les codes traditionnels
01:35qu'on a parfois l'habitude de voir dans le cinéma entre les hommes et les femmes.
01:39C'est vous qui vous faites manipuler par Anaïs de Moustier, la Vénus électrique.
01:43Ce sont les deux personnages féminins joués par Anaïs de Moustier mais aussi Vima Laponce
01:47qui vous séduisent, qui vous désirent.
01:50Comment est-ce que vous décririez ce personnage, ce peintre un peu dupe ?
01:55Est-ce que c'est quoi ? C'est un homme déconstruit au fond ?
01:57Non, je ne sais pas s'il est déconstruit.
01:59En tout cas, ce qui est sûr, c'est que c'est une personne qui est au début du film
02:02désespérée,
02:02qui vient de perdre sa femme, qui est alcoolique.
02:06Donc c'est quelqu'un qui dit, et c'est quelque chose que je répète très souvent dans le film,
02:10c'est quelqu'un qui n'est ni mort ni vivant, qui est un peu dans les limbes.
02:13Donc ce n'est pas un état qui est facile à jouer.
02:16En revanche, c'est vrai qu'il devient un peu l'objet du désir,
02:18ce qui est assez paradoxal avec un peintre.
02:20C'est-à-dire un peintre qui a plutôt l'habitude de croquer quelqu'un,
02:22en tout cas sur un tableau, de devenir lui-même un objet effectivement de désir.
02:28C'est une sorte d'inversion qui est plutôt rigolote.
02:30Surtout que Pierre amène toujours un espèce de souffle et un regard tellement drôle.
02:35Il y a un rythme vraiment génial.
02:36Donc il arrive à casser des situations qui peuvent être assez classiques.
02:42Et oui, donc moi, si vous voulez, en tout cas je sais que c'était un rôle qui n'était
02:45pas forcément évident,
02:46parce qu'il faut arriver, c'est la seule personne qui ne sait pas qui est le nerf de la
02:53fantaisie, de la farce.
02:55Mais vous dites que ce n'est pas évident.
02:56J'ai lu que vous aviez dit dans une interview qu'il y a dix ans,
02:58vous n'auriez pas été capable d'accepter un rôle pareil.
03:01Pourquoi ? Qu'est-ce qui était le plus difficile à jouer dans ce rôle ?
03:05Je pense que c'est arriver à plonger dans des états assez...
03:10En tout cas, jouer le désespoir, ce n'est pas quelque chose d'évident.
03:14C'est-à-dire qu'il faut faire confiance aussi aux cinéastes avec qui on travaille.
03:17Et en même temps, quand je parle de désespoir, c'est quelque chose qui est assez en filigrane dans le
03:21film.
03:21Mais c'est vrai que c'est tellement drôle et c'est amené avec tellement d'humour dans ce film
03:25-là
03:25qu'il faut à la fois plonger dedans et se rendre compte que ça va générer du rire chez le
03:30public.
03:30Donc c'est une espèce d'entre-deux.
03:32Il faut plonger tête bêche dans cet état-là et en même temps se rendre compte que ça va générer
03:38de la comédie.
03:38Comme souvent, Pierre Marmaille, vous mettez une intensité assez stupéfiante dans toutes les scènes.
03:42Stupéfiante.
03:43Ah, assez stupéfiante.
03:44Là, c'est stupéfiant.
03:44C'est qualifié, je ne sais pas si c'est dans les années 80 qu'on disait ça, mais c
03:47'est assez stupéfiant.
03:48Il y a notamment cette scène d'ouverture où vous êtes totalement sous.
03:51Oui.
03:52Vous débarquez dans la roulotte de la voyante pour tenter cette séance de divination.
03:57Et là, vous avez expliqué, j'ai lu ça, que vous étiez particulièrement angoissé parce que c'est dur de
04:02jouer l'ivresse quand on est un acteur.
04:03D'ailleurs, il y avait une sorte de préparation assez spécifique pour jouer cette scène, non ?
04:07Oui.
04:09Évidemment, quoi qu'on produit sur un plateau, il ne faut absolument pas boire.
04:13C'est vraiment un état.
04:14Surtout que là, ce n'est pas quelqu'un qui a juste bu un verre de blanc.
04:16C'est quelqu'un qui ne sait même plus ça, qu'on ne comprend à peine ce qu'il dit.
04:20Donc techniquement, c'est comme une sorte de musicalité qu'il faut trouver.
04:24Et ça m'a particulièrement angoissé.
04:27Enfin, angoissé, je ne parle que de mes angoisses depuis tout à l'heure.
04:29Je suis mal, je suis mal, je souffre.
04:31Tout va très bien, je vous rassure.
04:32Tout va très bien.
04:33Et vous vous êtes entraîné.
04:35Détends-toi, puis ça va bien.
04:36Tout va bien se passer.
04:37Et vous vous êtes entraîné en buvant.
04:40Non, non, pas du tout.
04:42C'est ce que vous avez raconté, vous avez expliqué que vous étiez filmé.
04:45Ça m'est arrivé à des moments, évidemment, de boire un verre.
04:48Et donc je me disais, mais tiens, Pio, est-ce que ce ne serait pas l'occasion d'essayer de
04:51faire en sorte que cet apéritif, par exemple, devienne une séance de travail ?
04:54Erreur grave, ça ne mène absolument pas à une séance de travail.
04:57Et donc j'ai essayé de m'enregistrer en parlant.
05:00Et c'était ridicule, en fait.
05:01Ce n'est pas du tout ce que j'ai fait dans le travail.
05:03Mais en tout cas, j'ai essayé de trouver cette espèce de musicalité.
05:06Et c'était un moment pas évident à trouver.
05:07Mais bon, je vous dirais.
05:10Et c'est très réussi.
05:11Il y a cette scène d'ouverture.
05:12Et puis, il y a cette scène géniale dont, évidemment, tout le monde va parler.
05:16Si je dois la décrire pour que nos auditeurs puissent s'imaginer à quoi elle ressemble.
05:18Il faut vous figurer Pio Marmaille, complètement nu, en dieu Hermès, avec des petites ailes d'anges dorées au pied.
05:26Le tout reluqué par Vima Laponce.
05:30Il y a quelque chose d'absolument jubilatoire quand on est derrière l'écran et qu'on a la chance
05:33de voir cette scène.
05:34Est-ce que c'est aussi jubilatoire pour le comédien que vous êtes ?
05:37Oui, alors c'est-à-dire qu'il faut se figurer le truc.
05:40Il est 7h30 du matin.
05:41Je me retrouve suspendu à des petites ficelles devant 80 personnes.
05:45Ce n'est pas forcément le moment où je me sens le plus à l'aise.
05:47Mais je sais que c'est à travers le regard de Pierre Savadori.
05:50Donc, c'est quelque chose de très bienveillant, de très drôle, de délicieux.
05:53Donc, évidemment, je sais que c'est au service de la narration du film.
05:57Et oui, moi, ça m'amuse.
05:59Ça m'amusait.
06:00Pas besoin de répétition.
06:01Ça ne sert à rien de se filmer soi-même nu chez soi, suspendu à des ficelles.
06:04Je vous le rassure, ça ne sert à rien.
06:06Je l'ai fait sur le coup.
06:08Je n'avais pas prévu de le faire.
06:10En tout cas, c'était très drôle.
06:11Et c'est un, effectivement, on rit beaucoup.
06:14On rit beaucoup.
06:14Et il y a cette tristesse.
06:15Moi, en voyant le film et notamment en voyant ces scènes de désespoir chez votre personnage,
06:19on ne peut pas ne pas penser à l'attachement.
06:21Ce film magnifique réalisé par Karim Tardieu qui a triomphé au César l'année dernière.
06:26Où est-ce que vous trouvez cette vulnérabilité ?
06:29Parce que là encore, dans l'attachement, le point de départ du film, c'est que vous jouez un veuve
06:33qui vient de perdre sa femme qui est morte en accouchant.
06:37Cette vulnérabilité-là, où est-ce que vous allez la chercher ?
06:41Je suis un peu référent à la question que vous m'avez posée tout à l'heure.
06:44C'est-à-dire que quand j'ai dit qu'il y a dix ans, je n'aurais pas été
06:46capable de jouer ça,
06:48je pense que le film de Karim fait partie aussi des éléments fondateurs dans mon rapport au travail.
06:52C'est-à-dire, moi, je parle souvent d'abandon, c'est-à-dire ces moments un peu de flottement
06:57où on ne sait plus trop, enfin, en tout cas, il faut s'abandonner émotionnellement à des gens
07:00parce que c'est toujours la même chose.
07:02On est observé par des gens.
07:03Ce n'est pas simplement pleurer ou quoi, c'est juste jouer à un endroit de fébrilité totale.
07:07Et ça, ce n'est pas forcément facile parce qu'il faut donner quelque chose
07:10sans pour autant se répandre.
07:13Dans le pâteau, ça n'intéresse absolument personne.
07:16Mais oui, je pense que j'ai eu la chance, en tout cas.
07:18C'est toujours des petits moments comme ça dans ma carrière,
07:20des films qui m'ont juste fait du bien au bon moment,
07:23je ne sais pas, qui ont été déclencheurs.
07:25Peut-être que le film de Karim l'a été,
07:27le film de celui-ci aussi, mais dans un autre registre.
07:29Mais c'est souvent, enfin, c'est une chance que je peux avoir à des moments,
07:32je ne sais pas pourquoi c'est comme ça.
07:33Et du coup, j'y plonge, quoi.
07:35Ce qui revient quand on parle de vous, Pio Marmaille, et de votre jeu,
07:38c'est l'énergie, l'intensité.
07:40Le surpoids, le surpoids.
07:40Non, le surpoids.
07:41Au contraire, non, non, il faudra voir cette scène de nu.
07:43Je l'ai dit, c'est ma matinée.
07:45Mais c'est une espèce de scanning de ma propre personne à 7h30 du matin.
07:49Ça ne va pas.
07:49Peut-être que vous n'êtes pas ce matin.
07:51Vous êtes magnifique dans cette scène de nu.
07:54Je lisais un portrait de vous dans les échos.
07:57Il était écrit l'acteur anti-bling-bling du cinéma français.
08:00Est-ce que ça vous convient ?
08:02Est-ce que vous trouvez que ça vous correspond, cette appellation-là ?
08:05Je ne suis vraiment pas compte.
08:07En tout cas, j'essaie toujours de me rendre compte que j'ai de la chance de travailler.
08:12En tout cas, je me rends compte.
08:13J'essaie toujours de célébrer.
08:14En tout cas, quand c'est heureux, je le dis.
08:16Je n'ai pas envie de rentrer dans un moment, dans une sorte de...
08:18Mais vous n'avez pas la grosse tête.
08:19J'ai lu par exemple cette autre phrase dans une interview au magazine Trois Couleurs.
08:22Vous dites, on peut s'amuser, faire la fête et kiffer les grands auteurs.
08:25On peut aimer pleurer devant Titanic et regarder piège de cristal chaque année.
08:28Il y a de la place pour tout ça.
08:29Elle est géniale, cette phrase.
08:30Je ne suis pas certain que tous les grands acteurs du cinéma français pourraient la dire.
08:34Non, mais après, je me rends compte.
08:35C'est quand même fabriqué d'un objet.
08:37Il faut que ce soit ludique.
08:38Si ça ne l'est pas, ça ne sert à rien.
08:40Après, je me rends compte que je ne travaille pas non plus à l'ONU.
08:43Il faut se rendre compte qu'il y a des problématiques qui ne m'appartiennent pas.
08:47J'essaie juste de fabriquer des films avec des gens qui me font du bien.
08:50C'est tout.
08:50Après, il faudrait essayer de le faire correctement.
08:52Mais je n'ai pas d'autre potentiel que ça.
08:54Et si il ne faudrait pas que je m'achète une voiture surpuissante, je ne sais pas.
08:57En tout cas, ça ne m'intéresse pas pour l'instant.
08:59Après, je n'ai pas encore 50 ans.
09:01Je n'ai pas la Rolex.
09:02Je ne sais pas.
09:02Je ne peux vous dire.
09:03Ça viendra peut-être.
09:06On verra.
09:06C'est ça.
09:07Un tout dernier mot, Pio Marmaille.
09:08Je vais faire quelque chose que je fais assez rarement.
09:10Je vais révéler les coulisses de ce qui peut arriver ici à France Inter.
09:13Il y a un mois, on a reçu deux réalisateurs que vous connaissez bien,
09:16qui s'appellent Eric Toledano et Olivier Nakache,
09:19qui étaient venus pour parler de leur film Juste une illusion.
09:21Et juste avant de faire l'interview, ils nous ont dit,
09:23puisqu'ils s'apprêtaient à rencontrer Florence Paracolo, c'est moi-même,
09:26ils nous ont dit, alors il y en a un qui est totalement, je ne vais pas dire obsédé,
09:30mais en tout cas qui a quelque chose avec Florence Paracolo, c'est Pio Marmaille.
09:32Parce qu'il a, je ne sais pas si on peut dire une tendance ou une névrose
09:36sur les plateaux de tournage à crier Florent Paracolo.
09:38Est-ce qu'on peut juste savoir quelle est la réalité de cette histoire-là ?
09:42Il faut que je remette un peu de cadre dans cette anecdote.
09:44Il n'y a pas de cri.
09:45Je suis très heureux de vous rencontrer, Florence.
09:47Je pense que c'est né depuis des années avec Olivier, je crois, Eric.
09:53Je ne sais pas pourquoi, parce qu'Olivier a une tendance à imiter tout le monde,
09:55ce qui me fait beaucoup rire.
09:57Et en fait, on imitait toujours les voyages, tac, en direct avec Florence Paracolo.
10:00Et c'est quelque chose qui revenait.
10:02Et je ne sais pas pourquoi, votre nom est revenu dans des imitations.
10:05Et du coup, j'ai fait une sorte de fixette.
10:07Je ne sais pas vous dire pourquoi.
10:08Et c'est pour ça que je suis très heureux de vous rencontrer.
10:10Et bien voilà, moi aussi.
10:10Donc la rencontre, ça me fait un bien.
10:13La rencontre est faite.
10:14Merci beaucoup Pio Marmaille.
10:16La Vénus électrique, ça sort le 12 mai.
10:18C'est génial.
10:18On rappelle le casting formidable.
10:20Anaïs de Moustier, Viméa Laponce.
10:21Gilles Lelouch, qui est formidable aussi en marchand d'art véreux.
10:24Le tout réalisé par Pierre Salvadori.
10:25Merci beaucoup.
10:26Merci beaucoup.
10:26Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel.
10:28On se retrouve pour le grand entretien.
10:29Il est 7h59 sur Inter.
10:31France.
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