00:00C'est l'édito politique Patrick Cohen, le procès en appel de l'affaire Sarkozy-Kaddafi entre dans sa dernière
00:05phase
00:06avec les réquisitions à partir de lundi et vous vous étonnez qu'on en parle aussi peu.
00:12Ben oui, rendez-vous compte, on est en train de rejuger l'affaire qui a conduit un ancien président de
00:16la République en prison,
00:17une décision inouïe, historique.
00:19On a entendu celui qui a été le premier des Français dénoncer un complot,
00:23affirmer que toutes les limites de l'état de droit ont été violées.
00:26On a donc sous nos yeux l'expression d'un pouvoir aux prises avec un contre-pouvoir,
00:31c'est une sorte de crash test démocratique, un affrontement qui ne laisse que deux issues.
00:35Soit la justice s'est complètement fourvoyée en envoyant un illustre innocent en prison,
00:40et comme le dit Nicolas Sarkozy, c'est très grave,
00:43soit il est avéré qu'un ministre de l'Intérieur a accepté ou sollicité les millions d'un dictateur
00:49pour financer la campagne qu'il a portée au sommet de l'État, et c'est encore plus grave.
00:53Un tel enjeu devrait logiquement susciter une très large curiosité citoyenne.
00:58On aurait pu imaginer que l'événement soit scruté, disséqué au quotidien
01:01par une forêt de reporters et de chroniqueurs judiciaires, mais non, pas vraiment,
01:06même si France Inter fait partie des quelques assidus,
01:08ce qui n'empêchera pas, comme au premier procès,
01:11ceux qui n'ont rien suivi de crier au scandale si le jugement ne leur plaît pas.
01:15Mais qu'est-ce qu'on a appris de neuf, Patrick, de toutes ces semaines d'audience ?
01:18Beaucoup de choses, et notamment ceci, qui est énorme, sans que cela ne préjuge de la culpabilité de Nicolas Sarkozy,
01:24la Libye de Kadhafi a bel et bien versé des fonds pour sa campagne présidentielle de 2007,
01:30au moins 6 millions d'euros, plus personne ne le nie,
01:34la tentative de corruption, je dis la tentative, est avérée.
01:37L'ancien président prétend qu'il n'a rien demandé, qu'il n'avait pas besoin de ces millions,
01:41qu'une partie d'entre eux est retournée dans des poches libyennes,
01:43il répète que pas un centime n'est allé dans sa campagne,
01:46de même qu'il jure n'avoir rien vu et rien su des manigances de ces deux plus proches,
01:51Claude Guéant et Brice Hortefeux, auprès du plus proche de Kadhafi,
01:55un chef terroriste réclamé par la justice française,
01:58ignorance que Guéant désormais conteste, et ça non plus, ça n'est pas rien,
02:02un ancien secrétaire général de l'Elysée qui suggère que le président,
02:05qu'il a servi pendant 10 ans, ment sur ce qu'il savait des rendez-vous secrets de son entourage
02:10et des exigences libyennes.
02:11Si on veut mesurer le chemin parcouru, il suffit de se souvenir de ce que Nicolas Sarkozy disait avant qu
02:19'il soit jugé.
02:20Une fable, une calomnie, une construction intellectuelle, un dossier vide,
02:24et aussi en août 2023 au Figaro Magazine,
02:26les Français seraient bien en peine de résumer ce qu'on me reproche,
02:30personne n'y comprend rien.
02:32Mediapart avait fait de cette dernière phrase le titre d'un documentaire à succès,
02:36personne n'y comprend rien, et Nicolas Sarkozy aurait pu ajouter
02:39personne n'y croit, ou presque personne, tant l'accusation paraissait alors extravagante.
02:45Deux procès plus tard, il lui serait sans doute difficile de refaire ce constat aujourd'hui.
02:50Merci Patrick Cohen.