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  • il y a 7 semaines
La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique précise les contours des 200 millions d'euros débloqués par Sébastien Lecornu après la cyberattaque contre l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Elle reconnaît que cette mesure "ne suffira pas". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-lundi-04-mai-2026-1463318

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00:00France Inter
00:04Mathilde Munoz
00:07Le 5-7
00:08Il est 6h21, à quoi vont servir les 200 millions d'euros promis par le Premier ministre pour lutter contre
00:14les cyberattaques ?
00:15A qui sont-ils destinés ? Comment vont-ils être utilisés ?
00:18Sébastien Lecornu s'est montré très vague jeudi dernier, il a juste dit que l'argent serait débloqué.
00:22Cette semaine, nous y sommes.
00:24Bonjour Anne Lehenna.
00:25Bonjour.
00:26Vous êtes la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique.
00:29Alors, qui va recevoir cet argent ? Quand et pour faire quoi ?
00:32Alors, le rendez-vous que nous avons eu avec Sébastien Lecornu la semaine dernière à la NTS,
00:37qui a été victime d'une cyberattaque, avait pour...
00:39Qui est l'agence qui émet les cartes d'identité et les permis de conduire.
00:41Exactement, qui est une agence extrêmement importante pour les Français.
00:45Eh bien, était l'occasion, je dirais, déjà de soutenir les agents qui ont vécu cette cyberattaque,
00:50qui est quelque chose quand même de dramatique et de grave.
00:53Et puis ensuite, de faire des annonces.
00:55Les 200 millions, c'est une des annonces.
00:56Effectivement, c'est l'urgence, c'est de débloquer des fonds très rapidement
01:00pour permettre au ministère, à l'administration centrale, de se mettre à niveau de sa cybersécurité,
01:08c'est-à-dire protéger les systèmes d'information, les réseaux, mais également les données,
01:13et particulièrement les données des Français.
01:16Mais ça, c'est pas quelque chose qui est déjà fait ?
01:17Mais l'organisation aujourd'hui de la cybersécurité en France dans l'administration centrale est faite en silo.
01:22C'est-à-dire que chaque ministère a sa propre DSI et un directeur informatique avec ses équipes.
01:27Finalement, c'est lui qui est compétent pour décider du niveau de cybersécurité.
01:31Force est de constater que depuis 20-30 ans que nous modernisons l'administration,
01:35y compris pour faire justement des déclarations en ligne,
01:38pour faire une carte d'identité, pour faire un passeport ou encore une carte grise,
01:43eh bien il y a des couches qui se sont successivement rajoutées les unes aux autres,
01:47qui fait que les systèmes ne sont pas homogènes,
01:50qu'il y a une disparité d'un ministère à l'autre.
01:53Certains sont numérisés, d'autres moins.
01:55Le Premier ministre a pris une décision, et je dirais que c'est ce qu'il faut retenir de son
01:58déplacement,
01:59je pense, parmi les différentes annonces qu'il a faites,
02:01c'est qu'il a décidé de mettre la cybersécurité comme une priorité régalienne de son action
02:06et de créer une autorité à sa main, je dirais, directement sous son contrôle à Matignon,
02:14qui va mettre en œuvre une politique de cybersécurité homogène pour tous les ministères de France.
02:19Qui va mettre du lien, mais il y a déjà une direction interministérielle du numérique,
02:23et il y a tout un tas de structures, je ne vais pas les détailler,
02:26mais il y a l'Anne Silofac, Vigénum et Jean Passe,
02:28qui ont chacune d'ailleurs des prérogatives bien particulières.
02:30Il faut vraiment une structure de plus ?
02:32Alors ce n'est pas une structure de plus, puisque la DINUM, l'agence dont vous parlez,
02:36va fusionner...
02:37Direction interministérielle du numérique.
02:38La direction interministérielle du numérique, qui est un peu le service informatique de l'État,
02:42va fusionner avec la direction de la modernisation de la fonction publique,
02:50et va remonter à un échelon supérieur, beaucoup plus régalien, Matignon,
02:54donc sous le contrôle du Premier ministre, une fusion,
02:57avec un double objectif, à la fois moderniser et continuer,
03:01c'est essentiel de moderniser l'État, mais en parallèle de monter le niveau de cybersécurité
03:08et de protection finalement des systèmes d'information et des données des Français.
03:12Je suis désolée, mais je ne comprends pas bien pourquoi ça va permettre ça,
03:15de créer cette structure régalienne au-dessus de toutes les autres ?
03:20Pourquoi ce n'est pas possible de le faire maintenant ?
03:22Pourquoi ce n'est pas possible de mieux utiliser l'argent aujourd'hui ?
03:25Alors, on utilise le mieux qu'on peut, chaque ministère, l'argent,
03:29mais justement, la fragilité de notre organisation aujourd'hui, c'est qu'elle est fragmentée.
03:35Par exemple, moi je suis...
03:36Et parce que les structures ne se parlent pas entre elles ?
03:37Eh bien disons que c'est un silo, comme beaucoup, beaucoup d'organisations en France, malheureusement,
03:40et là, la vocation et la décision qui a été prise par le Premier ministre,
03:43c'est justement de casser les silos, et grâce à cette structure,
03:47l'Autorité nationale pour le numérique, l'IA, au contraire, va casser les silos,
03:51et de la même manière, de manière homogène et efficace,
03:54beaucoup plus simple, beaucoup plus visible,
03:56les feuilles de route qui seront transmises à tous les ministères seront les mêmes,
04:01et chaque DSI qui sera maintenu évidemment dans chaque ministère
04:03aura obligation de monter le niveau de cybersécurité de chaque ministère.
04:08Je reviens aux 200 millions, ça va servir à quoi ?
04:10Est-ce que vous allez recruter davantage justement d'informaticiens, de personnels,
04:14dans ces structures pour renforcer la cybersécurité ?
04:17Alors, 200 millions, c'est une mesure d'urgence, ça ne suffira pas.
04:20Aujourd'hui, les budgets consacrés à la cybersécurité,
04:23ça peut aller dans certains ministères de 1%,
04:26autant dire que c'est très, extrêmement faible,
04:29jusqu'à des montants qui vont jusqu'à 5%,
04:32ce qui n'est également pas énorme.
04:34On dit que pour assurer la cybersécurité, je dirais, du quotidien,
04:39et de rester dans le niveau minimum exigé,
04:42il faut 10% d'un budget informatique pour être à niveau.
04:45Donc les 200 millions, c'est une mesure d'urgence, ça va servir à quoi ?
04:48Par exemple, à faire des audits de flash.
04:50Avec ces 200 millions,
04:51chaque ministère aura la possibilité de mesurer ses vulnérabilités.
04:55Ça, c'est une mesure d'urgence.
04:56Ça veut dire qu'aujourd'hui, les ministères ne connaissent pas leurs vulnérabilités.
04:59Le vôtre, par exemple, ne les connaît pas.
05:00Alors, Bercy, je dirais, je croise les doigts,
05:02Bercy, on a pris les choses à bras le corps depuis que je suis là,
05:07et notamment sous l'impulsion de Roland Lescure également,
05:12et de David Amiel, on a mis des marches en place avec l'ensemble des directions de Bercy
05:18pour appliquer la feuille de route.
05:21Et ça passe par deux choses essentielles pour monter la cybersécurité dans toute organisation,
05:26qu'elle soit étatique ou privée.
05:28C'est un, sensibiliser les agents,
05:31et deux, faire des audits de flash, ce qu'on a commencé à faire pour mesurer les vulnérabilités.
05:34Parce qu'en fait, les vulnérabilités, ça change.
05:36Tous les jours, les cyberattaquants utilisent des nouvelles failles.
05:40Et elles tiennent aussi, ces vulnérabilités, à notre dépendance, notamment au GAFA.
05:44Mais ça aussi, c'est le Premier ministre qui l'a dit, il redoute un blackout numérique.
05:47Si jamais, je ne sais pas, si Microsoft, du jour au lendemain, coupe le robinet,
05:51et il demande à ce que soient réalisés des scénarios de crise, comme des crash-tests.
05:55Il se passe quoi si Microsoft coupe le robinet du jour au lendemain ?
05:57On n'est clairement pas prêts si ça se passe aujourd'hui ?
05:59Alors, on a en tout cas conscience du risque.
06:04Il faut toujours avoir une approche par le risque.
06:06C'est exactement ce que nous avons.
06:07Mais si ça se passe aujourd'hui, c'est quoi ?
06:08Si ça se passe aujourd'hui, c'est extrêmement grave et dangereux pour nos systèmes d'information.
06:13Mais je dirais que nous ne serions pas les seules victimes.
06:17Les entreprises le seraient, les collectivités locales, les hôpitaux.
06:20Donc bref, c'est une prise de conscience nationale qu'on a prise également à bras le corps,
06:24puisque nous sommes en train de réduire nos dépendances au niveau de l'État,
06:28par rapport notamment aux opérateurs extraterritoriaux, extra-européens,
06:32avec une volonté et une politique très forte de développer des systèmes,
06:38soit en open source, comme c'est le cas à Bercy avec la Dynum justement qui va passer sur Linux,
06:43mais aussi de mesurer nos dépendances pour les réduire et de pousser nos acteurs français et européens.
06:48Ça fait 20 ans quand même que les gouvernements disent qu'il faut mettre en place une architecture souveraine.
06:52On l'a dit peut-être depuis 20 ans, mais nous, à la différence, c'est qu'on le fait
06:55aujourd'hui.
06:55Une dernière chose, j'aimerais quand même qu'on parle du site Coco, c'est très important.
06:58Site fermé par la justice il y a deux ans, accusé d'être un repère de pédocriminel.
07:02Il est cité dans 23 000 procédures pénales.
07:05Qui est de nouveau accessible en France, ce site, ce forum de discussion,
07:08sous un autre nom pas très éloigné, Coco Land ?
07:10Même interface, même type de profil.
07:12Comment c'est possible que ce site puisse réapparaître ?
07:14Alors c'est ça, c'est une des caractéristiques des plateformes.
07:17Elles ont un temps d'avance sur nous, elles vont rapidement, elles ont de l'argent,
07:21elles ont beaucoup d'idées, un esprit créatif qui dépasse évidemment les règles qui sont les nôtres
07:27et notre compréhension.
07:28C'est l'objectif aujourd'hui aussi, fermeté totale.
07:33Nous sommes si fermeté, mais on est démunis pour le moment.
07:35Non, on n'est pas démunis puisque le site Coco a été fermé en 2024.
07:39C'est exactement la position que nous avons aujourd'hui.
07:41Coco Land et sous-surveillance, à la moindre comportement illicite
07:48mis en danger des enfants ou des femmes, ce site sera fermé comme nous l'avons fait en 2024.
07:53Anne Le Hénanf, ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique,
07:56vous étiez l'invité du 5-7.
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