00:00Il est 6h21, aider les pays pauvres est-il encore une priorité des pays les plus riches ?
00:05Un sommet du G7 consacré au développement se termine aujourd'hui à Paris, il se fait à l'échelon des
00:09ministres.
00:10Côté français, c'est vous qui menez les discussions, Léonore Carrois, bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Vous êtes la ministre déléguée chargée des partenariats internationaux.
00:17Alors dans les discours, on entend toujours le mot urgence, mais les actes ne suivent pas.
00:21Il y a de moins en moins d'argent pour les pays pauvres.
00:23L'aide publique au développement s'est effondrée de 23% l'an dernier à l'échelle de la planète.
00:28La France a réduit son budget de quasiment 11%.
00:30Ça reste une priorité, l'aide au développement pour la France ?
00:33Absolument.
00:34Et ce qui est intéressant, c'est que vous parliez d'aider les pays pauvres.
00:37Mais en réalité, quand vous investissez dans le développement, vous êtes évidemment en train de prévenir des crises,
00:41en train d'aider les pays les plus vulnérables, en train de traiter des sujets qui nous concernent tous.
00:46Mais vous êtes aussi en train de prévenir des crises qui vont avoir un impact sur vos concitoyens potentiellement.
00:51Vous êtes en train de prévenir le prochain Covid, vous êtes en train de stabiliser des régions.
00:56Alors pourquoi tout le monde réduit les budgets ?
00:57On le fait pour eux, on le fait pour nous.
00:59Alors il y a plusieurs raisons.
01:00Les Etats-Unis l'ont fait pour des raisons très largement idéologiques.
01:03Ils sont revenus dessus très largement d'ailleurs.
01:05C'est ça qui est assez intéressant.
01:06D'autres pays le font parce qu'ils ont des contraintes budgétaires.
01:08Mais on voit aujourd'hui...
01:10Et nous ?
01:10Et nous, on l'a fait notamment pour des contraintes budgétaires.
01:12Mais ce qu'on fait, c'est avoir plus d'impact, mobiliser des ressources partout et puis surtout s'assurer
01:18qu'on ne fait pas de l'aide des projets qui n'ont pas vocation à rester,
01:22mais qu'on mobilise aussi des ressources domestiques, y compris des fonds privés dans les pays qui reçoivent cet investissement,
01:28pour que ces projets soient pérennes.
01:29On va parler effectivement de cette forme que prend l'aide au développement.
01:33Mais juste pour rester, une dernière question sur les chiffres et sur les montants qui sont engagés.
01:38L'aide au développement ne représente plus aujourd'hui, pour la France, 0,42% du revenu national brut.
01:45L'objectif c'est 0,7%.
01:46C'est fixé par l'ONU depuis 50 ans.
01:48Et c'était un engagement du président Emmanuel Macron.
01:51Il avait dit on y sera à 0,7% en 2025.
01:54On est en 2026 et on n'y est clairement pas.
01:56En réalité, quand vous regardez à l'échelle du monde, on reste le cinquième bailleur au niveau international.
02:00Et surtout, on est dans les pays les plus vulnérables.
02:03Certes, il y a des pays qui augmentent, l'Espagne augmente.
02:05Oui, mais reste plus faible que nous au global.
02:07Donc en fait, ce qu'il faut dire, moi je veux bien qu'on ait des objectifs chiffrés,
02:10comme on a des objectifs du développement d'ici 2030.
02:13On n'aura pas atteint tous les ODD.
02:15Ce qui est important, c'est de voir qu'est-ce que l'on fait avec chaque euro qui est
02:18dépensé.
02:19Parce que rappelons que c'est de l'argent public.
02:20Rappelons qu'il y a aussi une petite musique assez idéologique et très polarisée
02:24sur le fait que l'aide au développement ou l'investissement dans le développement ne seraient pas nécessaires.
02:28On a fait un sondage d'ailleurs et vous avez une majorité des Français qui est favorable à l'aide
02:32au développement
02:32mais qui pense que ça représente, non pas comme vous le dites, 0,48% du budget de l'État
02:37mais qui pense que ça représente 20% du budget de l'État.
02:39Donc c'est vous dire à quel point les idées sur le développement sont déconnectées de la réalité.
02:45Avec ce montant très faible du budget de l'État, on arrive à faire énormément.
02:48On fait quoi alors ?
02:49Alors justement, on investit dans des projets de long terme, on cherche de l'impact, on mobilise des capitaux
02:54pour que ces projets-là soient pérennes.
02:56Vous savez, moi j'ai grandi en République Dominicaine à côté d'Haïti.
02:59Haïti qui a reçu des millions d'aides au développement
03:02et qui aujourd'hui est au plus bas dans une crise qui est vraiment multisectorielle.
03:07Donc c'est de l'argent mal utilisé ?
03:08Comment est-ce qu'on le rend pérenne ?
03:09On le rend pérenne quand on crée vraiment des politiques résilientes de développement,
03:13des systèmes de santé qui ne dépendent pas simplement de la construction d'un hôpital,
03:17d'un investissement à un moment donné,
03:20qui font que les pays sont véritablement souverains.
03:22Et c'est sur cela qu'on s'est mis d'accord avec les pays du G7 aussi.
03:25C'est sur une réforme en profondeur de l'architecture du développement.
03:28Mais ça veut dire quoi concrètement ? Avec des exemples de ce qu'on peut faire ?
03:30Là je vous donne un exemple.
03:32Typiquement, au lieu de faire des campagnes de vaccination seulement, ce qui est important,
03:35et on va les maintenir parce qu'on maintient une partie du fléchage de ces fonds publics
03:40là où justement on ne peut pas aller avec des fonds privés.
03:43Mais pour le reste, on s'engage à ce que chaque euro dépensé le soit aussi
03:47avec une mobilisation de fonds domestiques pour permettre que ces politiques restent dans la durée.
03:51Et c'est là où on veut rendre souverains ces pays qui le reçoivent.
03:54On veut aussi travailler sur des corridors régionaux,
03:57c'est-à-dire des réseaux pour permettre le développement.
04:00Regardez par exemple la santé.
04:01On s'est rendu compte avec le Covid que la santé en Afrique,
04:04la santé en Asie, en Amérique latine.
04:06C'est aussi notre santé, qu'il n'y a pas de frontières aux pandémies.
04:09Et donc on s'est aussi rendu compte qu'il faut rendre beaucoup plus résilients,
04:12beaucoup plus durables les systèmes de production de médicaments, de vaccins.
04:16On l'a tous vécu.
04:17Et c'est justement ce que l'on va faire plutôt que d'investir uniquement dans l'urgence.
04:21Et donc il faut gérer ces crises qui aujourd'hui nécessitent un investissement humanitaire.
04:25Et ça doit rester.
04:26Et en même temps, s'assurer que ce que l'on fait soit véritablement durable.
04:30Alors il y a un pays qui tire son épingle du jeu, c'est l'Ukraine.
04:32Parce que vraiment pour tous les pays, notamment en Afrique subsaharienne, l'aide est en baisse.
04:36Mais l'Ukraine, plus 18% du montant des aides.
04:39Alors certes, c'est un pays en guerre.
04:41Mais est-ce que c'est un pays qui a besoin d'aide au développement en tant que tel ?
04:44Justement, on parle toujours d'aide au développement.
04:46Mais parlons d'investissement dans le développement.
04:48Dans le développement, vous avez beaucoup de reconstruction.
04:51Moi hier, j'ai parlé d'Ukraine, y compris avec les Etats-Unis,
04:54qui s'étaient quand même très largement désengagés.
04:55J'ai réussi à les remobiliser.
04:57Et ils ont annoncé 100 millions pour le sarcophage de Tchernobyl.
05:01Alors ça rentre dans l'aide à l'Ukraine.
05:03Mais en réalité, ça nous concerne tous.
05:04Parce que si on a une catastrophe de radioactivité nucléaire,
05:08c'est un problème de sécurité qui va bien au-delà des frontières de l'Ukraine.
05:12Et donc, lorsque l'on regarde...
05:13Mais ce n'est pas de l'aide au développement en tant que tel ?
05:15Eh bien, justement, si.
05:16C'est de l'investissement dans le développement.
05:18C'est du développement sur le long terme,
05:19pour permettre justement la reconstruction.
05:22Et puis, on a eu par exemple hier, dans les différentes discussions
05:25qui n'étaient pas forcément évidentes,
05:26mais qui se sont tenues dans le cadre de cette ministérielle,
05:30un déjeuner sur la crise au Moyen-Orient.
05:32Il y a la réponse humanitaire immédiate.
05:34Et là aussi, nous sommes très mobilisés au G7.
05:37Le G7, ça représente deux tiers de l'investissement dans le développement,
05:41un peu plus même.
05:42Et par ailleurs, il y a eu des discussions sur les enjeux à long terme.
05:47Par exemple, cette crise, elle a des enjeux évidemment sur les engrais,
05:50donc sur l'alimentation.
05:5145 millions de personnes aujourd'hui, si la crise se prolonge,
05:54qui peuvent rentrer dans un état d'insécurité alimentaire vraiment aigu.
05:59Et donc, c'est aussi investir pour permettre à ces pays
06:01de produire leurs engrais, d'être moins indépendants
06:03de ces chaînes d'approvisionnement.
06:05Et sur la nature de l'aide, j'y reviens,
06:07vous l'avez évoqué, mais j'aimerais y revenir et terminer par ça.
06:11Il y a de plus en plus de pays donateurs, dont la France,
06:14qui disent qu'il faut que cette aide, finalement,
06:16favorise aussi nos intérêts économiques
06:17et fasse gagner aux entreprises françaises, en l'occurrence,
06:19des parts de marché.
06:21Est-ce que ça, ça correspond vraiment aux objectifs
06:23de l'aide internationale ?
06:24En fait, je vais vous le dire, non, c'est contraire
06:26au principe de l'OCDE qui dit que l'aide au développement
06:28doit être déliée, donc non conditionnée
06:31à la signature de contrat.
06:32Donc en fait, on fait de l'aide internationale,
06:34mais pour gagner de l'argent aussi ?
06:35On ne fait pas aujourd'hui de l'aide liée en France
06:38et pourtant d'autres pays qui sont en concurrence,
06:41et c'est important de le dire parce qu'on ne s'en rend pas
06:43forcément compte sur justement ces marchés
06:45de l'aide au développement, font du protectionnisme
06:47extrêmement fort.
06:49Par exemple, la Chine, vous avez d'autres pays...
06:51Oui, mais vous-même, vous êtes ministre des partenariats
06:53internationaux, vous n'êtes plus ministre de la coopération
06:55et du développement comme ça existait avant,
06:56même le terme a changé.
06:58Exactement, parce que les partenariats se sont trouvés
07:00justement les secteurs dans lesquels vous avez
07:02un intérêt, mais un intérêt, ça peut aussi être protéger
07:04la santé des Français, ça peut être protéger
07:06les Français contre le narcotrafic.
07:09Il faut qu'on y retrouve un intérêt.
07:10Non, mais de toute façon, quand on le fait,
07:13c'est parce qu'on a un intérêt, et même si on le fait
07:15dans des dons, dans les pays les plus éloignés,
07:17dans les pays les plus vulnérables, et d'ailleurs,
07:19une grande partie de ma ministérielle, c'est de maintenir
07:22ce critère de solidarité, de vulnérabilité,
07:24donc vraiment ce qu'on pourrait appeler de l'aide la plus pure,
07:27eh bien on y a un intérêt, parce que stabiliser les régions
07:29les plus éloignées, les plus en crise,
07:31eh bien finalement, ça a aussi un intérêt pour la protection
07:33des Françaises et des Français.
07:34Merci, Eléonore Caroua, ministre déléguée chargée
07:37des partenariats internationaux.
07:38Le sommet du G7 consacré au développement
07:41se termine ce soir à Paris.
07:42Merci, Eléonore Caroua, ministre déléguée chargée
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