00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Live, c'est notre invité ce matin, c'est Alexandre Stott.
00:04Bonjour, vous êtes économiste chez Goldman Sachs, on va regarder ensemble les conséquences et les répercussions économiques de la guerre
00:10en Iran,
00:11notamment sur l'économie américaine et européenne.
00:14On va commencer avec l'Europe parce qu'on parlait il y a quelques instants avec Étienne Braque de la
00:18Fed, la Fed qui temporise en Europe.
00:19On a Christine Lagarde qui nous dit qu'elle est prête à tout regarder et qu'elle est prête quasiment
00:24à réagir plus vite que lors de la dernière crise inflationniste.
00:29Qu'est-ce que vous attendez des banques centrales ? Est-ce que vous pensez qu'il pourrait y avoir
00:33une hausse des taux dans les prochaines semaines ?
00:36On avait à un moment donné, la semaine dernière, les marchés qui prisaient 3 hausses de taux dans l'année,
00:40c'est beaucoup. Comment vous regardez le marché ?
00:43Oui, c'est toujours le cas, les marchés pricent toujours 3 hausses de taux dans l'Europe.
00:47Je pense que tout d'abord, il faut reconnaître, un choc énergétique, un choc d'offres, c'est toujours un
00:51dilemme pour les banques centrales.
00:52Donc d'un côté, ça fait baisser la croissance que vous essayez de protéger, mais de l'autre côté, ça
00:55fait réaccélérer l'inflation, alors que votre mandat, c'est souvent l'instabilité des prix.
00:59Donc souvent, les banques centrales hésitent, ne font pas grand-chose, à moins que le choc soit important et se
01:03propage dans le reste de l'économie.
01:05Et je pense que c'est un peu la question que se pose la BCE en ce moment.
01:08Et clairement, ce qu'a indiqué Christine Lagarde la semaine dernière, c'est que dans le cas actuel, si l
01:12'augmentation des prix venait à être aussi importante qu'elle l'est actuellement,
01:15et à se prolonger un peu dans le temps, une réponse modérée, graduée serait appropriée.
01:20Et c'est quoi une réponse modérée et graduée ?
01:21Alors là est la question. Pour nous, ça veut sûrement dire deux à trois hausses de taux.
01:27Donc on trouverait bizarre que la BCE n'augmente les taux qu'une seule fois.
01:30Historiquement, elle l'a très peu fait. Donc d'habitude, quand elle part, quand elle change, quand elle infléchit sa
01:33politique monétaire, c'est pour bouger au moins deux fois.
01:36Aujourd'hui, on pense que la BCE va sûrement remonter ses taux à partir d'avril, puis en juin.
01:40Mais ça a raté un taux directeur de 2,50%.
01:43D'accord. Donc ça ferait quand même 50 points de base sur l'année. Quel impact sur une économie comme
01:49la nôtre, qui n'a pas franchement besoin de ça ?
01:53C'est-à-dire que vous, vous augmentez de 0,50% les taux. Ça a un impact direct sur
01:59l'offre de crédit ?
02:01Oui, ça va venir ralentir le cycle de crédit et ça aura un impact négatif sur la croissance.
02:05Mais je pense que ça sera quand même secondaire par rapport à ce qu'on voit sur les marchés de
02:07l'énergie.
02:09Donc là, l'augmentation des prix de l'énergie qu'on voit, selon nous, ça va réduire la croissance européenne
02:13déjà de 1,2% avant le début du conflit à maintenant 0,7%.
02:17Des pays comme la France devraient être un peu mieux protégés, car on est moins énergivores que nos voisins.
02:21On a une économie qui est un peu plus équilibrée entre services et industries.
02:24Et on a également le nucléaire qui protège un peu nos prix de l'électricité.
02:28Mais ça sera néanmoins un vent contraire à notre croissance et la politique modernitaire va sûrement venir ajouter un peu
02:33à ça.
02:35Ajouter un peu, c'est-à-dire que moi, je n'entends que sur ce plateau,
02:37des gens qui finissent par supplier la Banque Centrale Européenne de ne rien faire.
02:41C'est-à-dire que là, c'est clairement un robinet qui se ferme.
02:45Oui, mais il faut faire attention.
02:47L'impact sur la croissance d'un resserrement des taux de 50 points de base,
02:51je pense que ce sera secondaire par rapport à ce qui va venir du Moyen-Orient
02:53sous la forme de prix de l'énergie plus élevée.
02:55La BCE qui remonte ses taux de 50 points de base, la plupart des estimations vous diraient
02:58que ça va peut-être soustraire 0,1% de la croissance.
03:01Donc ce n'est pas ce qui va nous mettre au bord de la récession.
03:03Oui, mais ça ne va pas faire baisser les prix de l'énergie.
03:05Vous allez avoir les deux en fait d'un coup, vous êtes pris en étau
03:08entre les prix de l'énergie et la hausse des taux.
03:11Oui, absolument.
03:11Et c'est là où on revient au mandat de la BCE qui est unique, stabilité des prix.
03:15Je pense que ce que la BCE veut empêcher aujourd'hui,
03:17c'est qu'une hausse des prix de l'énergie qui est temporaire
03:19se propage dans le reste de l'économie.
03:20Et pour faire cela, elle va venir augmenter ses taux,
03:23envoyer un signal à toutes les personnes qui fixent les salaires, fixent les prix
03:26et essayer de réduire un peu la demande pour éviter que cette inflation...
03:29Mais elle s'intéresse quand même à la croissance, la BCE.
03:30Elle regarde les datas, elle regarde l'ensemble des données économiques des pays.
03:36Elle n'est pas obtue et obnubilée à ce point quand même.
03:39C'est vrai.
03:39Son mandat est très clair dans le traité, c'est stabilité des prix.
03:42Évidemment, il y a des objectifs secondaires
03:43et on ne peut pas penser à l'inflation dans deux ans
03:45sans faire attention à la croissance aujourd'hui.
03:47Donc c'est dans ce cadre-là qu'elle regarde.
03:49Mais comme je le disais, c'est un dilemme.
03:50Et aujourd'hui, je pense que le choix va s'orienter
03:52vers un léger resserrement de la politique monétaire,
03:53car stabiliser l'inflation sera plus important pour protéger la croissance.
03:56Vous ne voyez pas les prix de l'énergie redescendre
03:59d'ici les six prochains mois, l'année ?
04:02C'est-à-dire que vous dites quoi ?
04:03Qu'on est parti sur un baril au moins à 110, si ce n'est plus ?
04:06Oui, c'est entièrement dépendant de ce qui se passe au Moyen-Orient
04:09sous la forme du conflit militaire.
04:11Donc nous, on part sur l'hypothèse qu'on verra éventuellement
04:14dans les semaines qui suivent une réouverture du Détro d'Hormuz.
04:17Et si cela était le cas, je pense que les prix de l'énergie
04:19commenceraient graduellement à descendre.
04:21Donc nous, on table par exemple sur un baril du pétrole
04:23qui s'établirait à 80 dollars d'ici à la fin de l'année.
04:25Mais c'est conditionnel à une réouverture du Détro d'Hormuz,
04:27qui est très compliqué à prédire.
04:29Donald Trump dit cette nuit qu'il pourrait arrêter le conflit
04:32sans rouvrir le Détroit.
04:34Ce n'est pas possible.
04:35Je pense qu'il y a des signaux dans les deux sens.
04:38Il y a des signes d'une voie diplomatique
04:40qui serait tentée avec les autorités à Téhéran,
04:43les fameux 15 points.
04:44D'un autre côté, il y a un déploiement important
04:46d'actifs militaires dans la région.
04:47Donc c'est très compliqué de juger la direction qu'il va prendre.
04:49Mais je pense que c'est là-dessus
04:50que va se jouer l'évolution des prix du pétrole.
04:53Jérôme Powell, cette nuit, s'est voulu rassurant
04:55sur la question de l'inflation,
04:56en disant que pour l'instant, c'était trop tôt
04:58pour toucher au taux.
04:59Et sur la question du crédit privé,
05:01on a eu des alertes, des petits, des acteurs,
05:03puis au fur et à mesure, des plus gros acteurs
05:06avec des retraits qui sont impossibles
05:08pour ceux qui les demandent.
05:10Comment vous regardez le sujet de crédit privé aux États-Unis ?
05:14Je pense qu'il faut le remettre dans un contexte macro.
05:16Le crédit privé, ça reste un secteur qui est assez petit
05:20pour l'économie dans son ensemble
05:21où il y a relativement peu de levier.
05:23Alors oui, certes, c'est opaque.
05:24On ne sait pas exactement ce qu'il y a dans le crédit.
05:27Mais selon nous, même s'il y avait une augmentation,
05:30par exemple, des taux de défaut,
05:31le vent contraire à la croissance ne serait que limité.
05:33Je pense que la situation est quand même encore assez différente
05:35à ce qu'on avait vu, par exemple, au début du siècle.
05:37Et le fait que les gens demandent des retraits sur des produits
05:41qui sont illiquides au départ,
05:45ça, ce n'est pas inquiétant dans leur compréhension globale
05:47de ce que c'est, en fait, que le crédit privé ?
05:50Si, partiellement, après, les retraits qui peuvent être effectués
05:52dans ces classes d'actifs sont limités.
05:54Donc, ce n'est pas comme si on pouvait voir la classe entière
05:56qui est liquidée du jour au lendemain.
05:59C'est vrai que ce secteur s'était ouvert un peu au retail,
06:02au particulier.
06:02Et maintenant, on en voit le contre-effet.
06:07Mais encore, comme je le disais, d'un point de vue macroéconomique,
06:09on serait étonné si ces retraits-là
06:11menaient à une liquidation des actifs
06:13qui menaient à un fort ralentissement de la croissance.
06:15Pour nous, ça devrait être gérable.
06:17On aura tout de même, malgré la fermeture des marchés vendredi,
06:19les chiffres de l'emploi américain.
06:21Il y avait eu des chiffres sur février un peu inquiétants
06:24avec une remontée du chômage.
06:26C'est toujours difficile, avec le shutdown,
06:27d'avoir une évaluation correcte de l'emploi américain.
06:29Comment vous regardez ça ?
06:31Oui, nous, on pense que l'emploi va croître
06:34d'environ 70 000 personnes au mois de mars.
06:38On tablerait sur un chômage stable à 4,4 %.
06:40Après, la barre pour que le chômage augmente est assez faible
06:43parce que la deuxième décimale était de 4,44 %.
06:46Donc, c'est complètement probable,
06:47c'est complètement possible
06:48que le chômage augmente à 4,5 %.
06:49Mais on tablerait plutôt sur une stabilisation
06:51du marché de l'emploi.
06:52Après, pour revenir au choc énergétique
06:54qui vient du Moyen-Orient,
06:55c'est évidemment pour les États-Unis aussi.
06:56C'est quelque chose qui va venir peser sur la croissance,
06:59peut-être faire remonter un peu le chômage,
07:00faire accélérer l'inflation.
07:02Et donc, encore une fois, poser un dilemme
07:03pour la Banque centrale, la Fed, là-bas.
07:05Quel un double mandat.
07:06Mais sur l'activité américaine,
07:08vous êtes plutôt optimiste
07:10ou là, vous craignez un regain d'inflation ?
07:14Alors, on peut à la fois être optimiste sur la croissance.
07:16Nous, on prévoit 2,1 % de croissance
07:17dans les quatre semaines qui viennent.
07:19Quatre semaines qui viennent.
07:20Donc, c'est un plutôt bon chiffre.
07:22C'est proche de la tendance économique des États-Unis
07:24que nous, on dirait à 2 %.
07:26Et ça, c'est parce qu'en début d'année,
07:28en fait, vous avez encore des remporteurs.
07:29Vous avez la politique budgétaire de Trump,
07:31le taux de tarif qui redescend légèrement.
07:32Vous avez des conditions financières
07:33qui, en début d'année, étaient assez lâches.
07:35Bon, tous ces facteurs-là sont en train de s'inverser.
07:37Politique budgétaire qui ne va pas être en support
07:39de l'économie en deuxième partie d'année.
07:40Maintenant, hausse de l'inflation
07:41à cause des prix d'énergie.
07:43Conditions financières qui se resserrent.
07:44Donc, on ne serait pas étonné de voir
07:45un ralentissement séquentiel de la croissance
07:47en deuxième partie d'année.
07:48Mais malgré ça, dans son ensemble,
07:49ça devrait être une relativement bonne année
07:51pour l'économie.
07:52Après, sur l'inflation, c'est clair,
07:53ça va réaccélérer.
07:54Aujourd'hui, l'inflation aux États-Unis est à 3 %.
07:56Nous, on la verrait passer à 4 %
07:57d'ici la fin de l'année.
07:58Donc, principalement dû à la hausse
08:00des prix de l'énergie.
08:01L'inflation sous-jacente sans les prix de l'énergie,
08:02elle devrait rester proche de 3 ou 2,5 %.
08:05Mais pour la Fed, ça va sûrement être compliqué
08:07sur les prochaines réunions
08:09d'amorcer davantage de coupes de son taux directeur.
08:12Un mot sur le fait que vous travaillez
08:13dans une banque américaine
08:14parce qu'on a eu cette attaque déjouée
08:16devant le siège de Bank of America.
08:19C'était ce week-end.
08:21Est-ce qu'il y a des mesures de sécurité particulières,
08:23des directives qui ont été passées
08:25aux banques américaines
08:26qui pourraient être des cibles à Paris comme ailleurs ?
08:29Je pense que je ne suis pas la meilleure personne
08:30à qui demander.
08:30Je pense qu'il y a toujours des mesures
08:31de sécurité en place.
08:32Vous travaillez chez Goldman Sachs ?
08:33Oui.
08:34Il y a toujours des personnes devant l'entrée,
08:36que ce soit la semaine dernière ou cette semaine.
08:37Donc, je n'ai rien vu de particulier.
08:39Il n'y a pas eu de circulaire particulière ?
08:41Il y a par exemple des banques
08:42qui racontent qu'elles ont renforcé
08:44leur dispositif de sécurité.
08:45Je ne serai pas au courant.
08:47Merci beaucoup d'être venu,
08:48Alexandre Stott, économiste
08:49chez Goldman Sachs.
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