- il y a 5 mois
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).
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00:00Avec nous pour évoquer cette journée mondiale contre le cancer, bonjour monsieur Kayat.
00:06Bonjour.
00:06On va être ensemble dans la dernière partie de l'émission, mais on va évoquer, évidemment, vous êtes oncologue,
00:11on va évoquer le cancer, et ce qui est toujours intéressant lorsqu'on vous reçoit, c'est le progrès,
00:17parce que vous, ça fait combien de temps que vous regardez le cancer ?
00:19Ça fait 40 ans que je traite le cancer.
00:22Et peut-être que vous allez, lorsque vous disparaîtrez, peut-être qu'on pourra guérir tous les cancers ?
00:28Enfin, à moins que je disparaisse dans longtemps, non.
00:32Mais par contre, un jour, oui.
00:33Rien ne résiste à l'intelligence humaine, surtout quand on met les moyens,
00:36qu'on met les acteurs de la lutte contre le cancer ensemble,
00:39les énergies qui sont là, les moyens qui sont là, les engagements.
00:43Je suis persuadé qu'un jour ou l'autre, il n'y aura plus de cancer,
00:46en tout cas, plus de mortalité par cancer sur la Terre.
00:49Ceci dit, si la question c'est est-ce que je verrai la disparition des cancers dans le temps probable de ma vie,
00:55la réponse est non.
00:55Il y a beaucoup de papiers sur l'intelligence artificielle, aujourd'hui précisément.
01:01Qu'est-ce qu'elle change, cette intelligence artificielle, dans la prévention ?
01:04Alors, elle est en train de tout changer.
01:06Mais ça ne va pas se faire en un jour.
01:08Alors, elle change.
01:09Par exemple, il y a deux professions qui vont,
01:12peut-être, je ne vais pas disparaître parce que ça va les énerver,
01:14mais qui vont se retrouver très en compétition avec l'intelligence artificielle.
01:18C'est la radiologie et c'est l'anapath, c'est-à-dire le fait de regarder une biopsie
01:23ou une tumeur au microscope.
01:25Ce sont, aujourd'hui déjà, sur la radiologie,
01:29la plupart des cabinets de radiologie se font aider dans le diagnostic,
01:33sur les images, quand ils font un scanner, un IRM, ils ont des images,
01:37et ils se font, et la mammo, surtout la mammographie,
01:39ils se font aider par une intelligence artificielle qui leur dit,
01:42tiens, tu ne l'as pas vue, mais là, sur le côté droit,
01:45il y a une petite image, tu devrais la regarder.
01:46Donc ça, c'est un système expert qui apporte de l'expertise
01:51en plus de celle de l'être humain qui regarde les radios.
01:54Et sur l'anapath, c'est pareil,
01:55parce que l'anapath, c'est regarder des cellules fixées avec des colorants
01:58à travers le microscope,
02:00et là, naturellement, il y a une interprétation par l'expérience,
02:04par les images des bouquins et tout,
02:06et l'intelligence artificielle, elle a tout ça.
02:08Bon, ça, c'est le premier point.
02:09Demain, il est vraisemblable qu'elle fera toute seule
02:11ces deux diagnostics, le diagnostic d'imagerie,
02:14le diagnostic anatomopathologique.
02:17À part ça, elle aide à la recherche.
02:19Pourquoi ? Parce que, comment on cherche un médicament anticancéreux ?
02:22On va acheter,
02:23les industries pharmaceutiques vont acheter
02:25un million de molécules fabriquées par
02:27un chimiste.
02:29Et ce million de molécules, ils vont le tester
02:31sur des cellules cancéreuses en culture pour voir lesquelles meurent
02:34et lesquelles ne meurent pas.
02:35Celles qui meurent avec le produit chimique
02:37qu'on a mis dessus, c'est peut-être un anticancéreux.
02:39Donc, il y a, c'est ce qu'on appelle du screening à haute densité.
02:43On marque une pause.
02:43Le professeur David Cayette est avec nous.
02:52Il est oncologue.
02:52On est toujours avec Sabrina Meljeber, Eric Revelle,
02:54Georges Fenech, Gauthier Le Brette et Olivier Guenek.
02:56Et il se trouve que c'est la journée mondiale du cancer.
02:59Et il se trouve également que vous allez écrire,
03:01vous allez sortir un livre,
03:02Les gestes qui changent tout,
03:04qui paraîtra le 1er avril aux éditions FAYA.
03:06On en parlera tout à l'heure.
03:07Mais, puisqu'on parle des cancers les plus fréquents,
03:10on va les passer un à un
03:12et dire les chances ou les pronostics.
03:17Et si les traitements sont aujourd'hui invalidants
03:20ou si au contraire,
03:22ces traitements permettent de guérir assez rapidement
03:25le cancer de la prostate.
03:2759 000 cas, c'est beaucoup.
03:29Ça représente combien ?
03:30On dit que tous les hommes auront un cancer de la prostate un jour, c'est vrai ?
03:33Alors en fait, quand on fait les autopsies d'hommes morts
03:35d'accident de l'arbre ou d'infarctus,
03:37on trouve que 60% des hommes de 60 ans ont un cancer de la prostate
03:41mais qui ne s'étaient jamais manifestés.
03:4380% des hommes de 80 ans.
03:45Donc on peut extrapoler et dire tout le monde finira par l'avoir.
03:48Mais entre avoir un cancer de la prostate
03:49et avoir un vrai cancer cliniquement,
03:52c'est-à-dire qu'il faut soigner,
03:53il y a un monde.
03:54Je ne comprends même pas,
03:55et c'est pour vous dire si je suis nul scientifiquement,
03:58le concept d'avoir un cancer qui ne se développe pas.
04:01Parce que la plupart des cancers de la prostate ne se développent pas.
04:04Mais ça veut dire quoi ?
04:05Par exemple, il y a un tiers des cancers que vous diagnostiquez.
04:07Donc ça, ce n'est pas des cancers que vous avez dans la prostate,
04:09mais personne ne le sait, même pas vous.
04:11C'est quelque chose, on a fait des biopsies,
04:12on sait que vous avez un cancer de la prostate.
04:14Un tiers de ces cancers-là, on ne les traite pas.
04:16On les surveille.
04:17On ne fait rien parce qu'en fait, ils ne vont pas se développer.
04:20Et donc pourquoi entraîner une incontinence,
04:23une impotence fonctionnelle sexuelle, etc.
04:24Un homme qui découvre, il va découvrir comment
04:26qu'il a un cancer de la prostate ?
04:27Très généralement, soit c'est par hasard parce qu'il a fait une échographie
04:31ou un scanner pour quelque chose d'autre,
04:33soit c'est parce qu'il a fait une analyse de sang avec un PSA élevé.
04:36Le PSA, c'est quoi ?
04:37Le PSA, c'est une substance que sécrètent les cellules de prostate.
04:41Et quand il y en a beaucoup parce qu'elles prolifèrent,
04:42ce qui est le cas du cancer,
04:43le PSA dans le sang monte.
04:44Voilà, c'est les deux circonstances.
04:48Et puis il y a le fait, des fois on fait des diagnostics
04:50parce qu'il y a des métastases.
04:51Il y a plusieurs grades, j'imagine, dans le cancer de la prostate,
04:54comme toujours, on dit grade 1.
04:56Il y a toujours 4 grades.
04:57Dans tous les cancers, il y a des stades, 4 en l'occurrence généralement,
05:01et les grades.
05:02Les grades, c'est à quel point le cancer est agressif.
05:05Alors le stade 4 du cancer de la prostate,
05:07c'est quand il y a des métastases.
05:10La plupart des cancers de la prostate en Europe et en France notamment,
05:13on les découvre avant d'être au stade 4.
05:15On les découvre au stade 2, éventuellement...
05:19Et alors dans ces cas-là, le traitement ?
05:20Le traitement, parce qu'en fait, c'est un cancer très fréquent.
05:24Vous avez à peu près 60 000 prostates, 60 000 poumons, 60 000 seins.
05:28Et la prostate, en fait, comme il y en a beaucoup, il y a beaucoup de morts,
05:32mais en fait la mortalité rapportée au nombre de cas,
05:34ce n'est pas un cancer très grave.
05:36La plupart des malades atteints de cancer de prostate vont guérir.
05:39Il faut qu'ils le sachent.
05:40C'est-à-dire 80% ?
05:41Oui, oui, facilement 80%.
05:43Ils vont guérir.
05:44Et ceux qui ont des métastases, donc ils ne guérissent pas,
05:47quand j'étais jeune cancérologue, il y a 40 ans, ils tenaient un an.
05:51Aujourd'hui, ils tiennent 15, 20 ans.
05:53Regardez Mitterrand.
05:54Au moment où son diagnostic, c'était un stade 4, il a vécu 14 ans avec.
05:57Avec métastases, on ne guérit pas ?
06:00Alors, pour la prostate, on ne guérit pas.
06:02Mais il y a des cancers où avec des métastases, on guérit,
06:05grâce, vous avez signé tout à l'heure, l'immunothérapie,
06:07c'est le cas de certains cancers du poumon.
06:09Alors, quelles sont les conséquences pour celui qui a un cancer de la prostate ?
06:12Est-ce que, notamment, il y a une sexualité qui change ?
06:14Avec la chirurgie par robot, avec la radiothérapie,
06:18il y a très peu d'effets secondaires.
06:20Le seul qui persiste aujourd'hui, vraiment, dans l'immense majorité des cas,
06:24c'est l'impotence sexuelle.
06:25C'est assez invalidant.
06:27Ça change la vie, surtout pour les hommes, par définition.
06:30Alors, il existe des techniques pour continuer d'avoir des rapports sexuels,
06:33même quand les nerfs qui contrôlent l'érection ont été touchés pendant la chirurgie.
06:37Ça va du Viagra, des comprimés, à des pommades qu'on se met sur le pénis,
06:42à des injections qu'on se fait dans le pénis,
06:44et puis à la fin, si c'est vraiment vital, vous mettez une prothèse.
06:47Une prothèse ?
06:47Oui, vous appuyez sur le testicule droit, ça gonfle,
06:49le testicule gauche, ça dégonfle.
06:51Ah, ça, je ne savais pas que...
06:52Ah oui, alors, vous l'apprenez, là.
06:54Ah ben oui, et puis vous paraissez intéressé.
06:58Genre, ça gonfle, ça dégonfle.
07:00Bon, ça, c'est pour le cancer de la prostate, si je veux dire.
07:02Cancer du poumon.
07:03Passons au cancer du poumon.
07:05Est-ce qu'il touche indifféremment hommes et femmes ?
07:08Alors, il touche plus les hommes que les femmes,
07:10mais on assiste en ce moment, depuis 5-7 ans,
07:12à une augmentation très importante du nombre de cancers.
07:15Alors que le nombre de cancers du poumon chez l'homme baisse,
07:19le nombre de cancers du poumon chez la femme augmente.
07:21Bon, est-ce qu'il est plus grave que le cancer de la prostate ?
07:23Ah oui, oui, oui.
07:25Vous êtes à 80%, voire plus, de guérison du cancer de prostate.
07:28Vous êtes à 25, 30, 40% maximum, selon les types de cancers du poumon.
07:33Et là, on le découvre à quel stade, généralement ?
07:35Alors, si vous avez de la chance avant le stade 3,
07:38et si vous n'avez pas de chance,
07:39ce qui est quand même une grande partie des cas,
07:42au stade 3-4.
07:43C'est-à-dire qu'il y a une grosse tumeur au milieu du thorax,
07:47et puis il y a même des métastases.
07:48Mais alors, pourquoi on ne le découvre pas avant ?
07:51Comment on pourrait le découvrir avant ?
07:52Si tout le monde faisait un PET scan ?
07:54Alors, il y a en ce moment, dans plusieurs pays,
07:56dont la France, des essais de dépistage
07:58par scanner faible dose,
08:00parce qu'on ne veut pas irradier les gens, quand même.
08:02Donc, maintenant, il y a des scanners qui font très peu d'irradiation,
08:06et qui, en une fraction de seconde, regardent les poumons.
08:10Et ça, aujourd'hui, il y a des essais, on le fait,
08:13dans beaucoup, au Canada, aux Etats-Unis,
08:14et en France aussi, maintenant.
08:16Tous les gens qui ont fumé au moins un paquet par jour
08:17pendant au moins 20 ans,
08:19et qui ont plus de 50 ans,
08:20on leur propose de participer au dépistage.
08:23Et c'est vrai que les cancers du poumon,
08:25détectés au moment du dépistage,
08:27c'est 99% de guérison.
08:30Et quand vous faites par tirage au sort,
08:32moitié font scanner, faible dose,
08:33moitié font juste une radio ou rien,
08:35attendent les symptômes,
08:37là, vous êtes à 20% de guérison,
08:38l'autre, vous êtes à 98% de guérison.
08:40Bon, cancer du poumon,
08:41les symptômes, on tousse, on est fatigué...
08:46On est fatigué, on tousse, on crache un peu de sang,
08:48mais c'est surtout une toux qui persiste,
08:50surtout sur des terrains de fumeurs, par exemple,
08:54bien évidemment, ou qui vivent dans la pollution.
08:57C'est la toux, c'est le crachat sanglant,
08:59c'est des douleurs dans le thorax,
09:01voire au stade de métastase,
09:03des douleurs ailleurs, dans les os, etc.
09:05Et là, c'est le scanner et le PET scan
09:08qui sont les maîtres examens
09:09qui permettent tout de suite le diagnostic.
09:11On fait ensuite un prélèvement
09:13qu'on peut faire soit par fibroscopie
09:15en passant par la bouche,
09:16soit en mettant une aiguille guidée par scanner
09:19pour aller dans la tumeur à travers le thorax.
09:22On prélève un petit bout, on analyse.
09:23Et aujourd'hui, depuis 7, 8, 10 ans,
09:26la chose fantastique,
09:28moi, c'est une révolution,
09:29c'est l'immunothérapie.
09:31L'immunothérapie, dans les cancers du poumon,
09:35ça a une efficacité, mais incroyable.
09:37Il y a des chanteurs très célèbres qui en parlent.
09:40Vous pouvez rappeler ce que c'est,
09:41l'immunothérapie ?
09:42L'immunothérapie, c'est...
09:44Je vous le rends panie pour ne pas le citer.
09:46Je n'ai pas le droit.
09:47Mais bon, je vous laisse le faire.
09:48Et donc, vous avez...
09:49Mais il le dit, lui.
09:51Qu'est-ce que je veux dire ?
09:52Vous avez...
09:53L'immunothérapie, ce sont des substances
09:54qu'on vous injecte.
09:55Enfin, pour faire simple,
09:57depuis qu'on fait de la cancérologie,
09:59depuis les années 70,
10:01quand on regarde un morceau de cancer au microscope,
10:04on voit qu'autour, il y a des globules blancs.
10:05Et les globules blancs, vous savez,
10:06ils sont là pour nous défendre
10:07contre tout ce qui nous fait du mal,
10:08les virus, les bactéries,
10:09mais les cellules cancéreuses aussi.
10:11Sauf que quand on les regarde,
10:12elles dorment.
10:13Autour du cancer,
10:14les globules blancs dorment.
10:15Et on a compris, il y a 10 ans,
10:19qu'en fait, quand une tumeur,
10:21une cellule cancéreuse,
10:21voit arriver sur elle
10:22un globule blanc qui va la tuer,
10:24elle lui crache un somnifère sur la figure
10:26et le globule blanc, il s'endort.
10:27C'est pour ça qu'il dorme.
10:29Eh bien, on a fabriqué l'antisomnifère
10:30et on l'injecte au malade
10:32et donc la tumeur, elle est là.
10:34C'est une sorte de globule blanc.
10:35C'est un activateur de globule blanc.
10:38Et maintenant, il y a même
10:40une immunothérapie encore plus...
10:41Alors celle-là, elle marche.
10:43Et pourquoi ça marche pas sur tout le monde ?
10:44Parce qu'il faut que ce soit des tumeurs
10:47qui aient tendance à utiliser
10:49cette technique de mise à l'abri.
10:52Cancer du poumon.
10:53Alors évidemment, il y a quelque chose aussi
10:55qui est important,
10:55c'est comment on annonce à quelqu'un
10:58qu'il a un cancer.
10:59Ça, c'est une vie entière
11:00et c'est là où...
11:01Moi, je sors ce livre notamment
11:02qui va parler beaucoup
11:03de l'intelligence artificielle.
11:04C'est là où je pense
11:05que l'intelligence artificielle
11:06pourra difficilement remplacer
11:07un médecin.
11:09Parce qu'il n'y a pas que de la technique
11:11dans la médecine.
11:12Il y a une forme d'humanisme.
11:13Vous prenez...
11:14Les gens viennent vous confier leur vie,
11:15vous la prenez en charge.
11:17C'est très dur pour le médecin.
11:20J'entends, mais par exemple,
11:21j'entendais Véronique Aloubry
11:22cette semaine.
11:23Elle était à l'émission
11:24à quelle époque
11:24et puis elle parlait de son...
11:27dramatique, évidemment,
11:28ce qui lui est arrivé
11:28qui est dramatique
11:29puisque son compagnon est mort.
11:31Il avait découvert
11:31qu'il avait un cancer du pancréas.
11:33et on lui a dit
11:34qu'il en avait pour trois mois.
11:35Et à chaque fois que j'entends ça,
11:37je me dis,
11:37vous avez dit, vous,
11:38à un patient,
11:39un jour,
11:39vous en avez pour trois mois ?
11:40Non, jamais.
11:41Vous savez,
11:41il y a un truc que je raconte
11:42dans un de mes livres,
11:43c'est que quand j'étais jeune,
11:45je me disais quand même
11:46que moi,
11:46j'étais un cancérologue moderne
11:47par rapport à mes maîtres
11:48et tout,
11:49et que j'allais dire la vérité.
11:50Et puis j'ai compris
11:51qu'en fait,
11:51les malades,
11:52ils ne veulent pas
11:53vraiment savoir
11:54toute la vérité.
11:55Ils veulent une part de vérité,
11:56il faut les respecter,
11:57mais pas tout.
11:57Et je me rappelle
11:58avoir compris un jour
11:59quand, vous savez,
12:00quand les gens vont voir
12:00un professeur,
12:01il s'habille,
12:02il pense,
12:03il prépare les questions
12:04et tout,
12:04ce n'est pas juste comme ça.
12:06Et donc,
12:06je me suis rendu compte
12:07que les malades
12:08en face de moi,
12:09après que je les ai examinés
12:11et tout,
12:11me disaient,
12:12monsieur le professeur,
12:13est-ce que ça se guérit ?
12:15Et surtout,
12:15il ne fallait pas répondre
12:16et deux minutes après,
12:17excusez-moi monsieur,
12:18vous pouvez répéter votre question
12:19et là,
12:20je n'ai jamais,
12:20en 40 ans d'exercice,
12:22entendu un malade
12:22me répéter la même question
12:24parce qu'en fait,
12:24il est mort de trouille
12:25que je lui dis
12:26que ça ne se guérit pas.
12:27Donc,
12:27il change et il dit
12:28est-ce que ça se soigne ?
12:30Et là,
12:30bien sûr,
12:31je vais vous soigner,
12:32donc ne vous inquiétez pas.
12:33Mais il faut respecter le malade,
12:35c'est un être humain
12:36qui a peur,
12:36qui ne sait pas,
12:37il rentre dans un monde
12:38auquel il n'a pas été préparé,
12:40il va devoir subir
12:41des épreuves considérables,
12:42sans certitude de succès à la fin,
12:44peut-être pour rien,
12:45sa famille va être,
12:46les destins vont être brisés
12:48autour de lui,
12:48enfin,
12:49c'est terrible
12:49ce qui se passe
12:50avec le cancer.
12:51Vraiment,
12:51vous ne pouvez pas imaginer
12:5240 ans
12:53de voir ces visages
12:54de gens qui s'effondrent,
12:55qui pleurent la mer,
12:56qui pleurent tout le monde,
12:58enfin,
12:59donc il faut de l'humanité.
13:01Vous êtes surpris parfois
13:01parce que vous soignez des amis.
13:03Beaucoup,
13:04maintenant.
13:04Est-ce que vous êtes surpris
13:06de leur réaction ?
13:07Ou est-ce que,
13:07par exemple,
13:08vous nous voyez tous là,
13:09vous nous connaissez,
13:10etc.
13:10Est-ce que vous êtes capable
13:11de dire comment
13:12les uns et les autres
13:13on réagirait
13:14si on avait un cancer ?
13:15David...
13:17Est-ce que vous avez
13:18une intuition
13:18où vous dites
13:19tiens,
13:19celui-là,
13:20celui-là,
13:21il s'effondrera
13:22ou celui-là,
13:23au contraire,
13:23il se battra ?
13:24Je vais vous dire,
13:24je pense qu'encore aujourd'hui
13:26et pour un certain temps,
13:27l'intuition restera
13:28quelque chose de déterminant
13:29dans la pratique
13:30de la cancérologie.
13:31Ce que l'intelligence artificielle arrive,
13:33elle vous dira
13:33quel est le meilleur traitement,
13:35mais elle n'a pas l'intuition
13:37de dire qu'elle va être
13:38encore le meilleur de demain.
13:40Ce qu'elle vous dit,
13:40le meilleur,
13:41c'est celui d'hier,
13:42puisqu'il est déjà déterminé
13:43comme le meilleur.
13:44C'est qu'il a été fait hier.
13:45Bien sûr.
13:46Mais celui de demain
13:47qui l'invente,
13:47c'est celui qui soigne.
13:49Donc lui,
13:49il a l'intuition
13:50de ce qu'il faut faire
13:51pour aller plus loin.
13:52Et il a aussi l'intuition
13:53de comment le malade
13:54va réagir.
13:56Moi, j'ai vu des choses
13:57terribles dans ma vie.
13:59Ce vieux monsieur,
14:00accompagné de ses deux filles,
14:02chaque fois que je posais une question,
14:03c'est les filles qui répondaient.
14:04Le type,
14:04il n'osait pas dire un mot.
14:05Et puis après,
14:06j'ai pris le type
14:07dans la cabine,
14:08je l'ai examiné,
14:09il s'est effondré,
14:09il s'est mis à pleurer.
14:10Et il m'a dit,
14:11surtout ne dites pas à mes filles
14:11que j'ai pleuré
14:12parce que je sais ce qu'il sait.
14:13Je sais ce que j'ai.
14:14Et quand je suis sorti,
14:15les filles,
14:15on dit surtout,
14:16ne dites pas qu'on a entendu
14:17mon père pleurer
14:17parce qu'on sait qu'il le sait.
14:19Et on a fait semblant
14:20pendant toute la consultation
14:21que personne ne savait rien.
14:22On va marquer une pause.
14:23Et puis on parlera justement
14:24de la part du moral
14:25parce que moi,
14:26j'avais été très frappé
14:27quand même par Bernard Tapie
14:28qui était un combattant XXL.
14:32Et malgré le combat,
14:34la maladie,
14:35à un moment,
14:35elle est plus forte.
14:36Et c'est ça qui me fait peur
14:38dans cette maladie.
14:39C'est que tu as beau dire
14:40je vais me battre,
14:41je vais me battre,
14:42je suis un combattant,
14:43etc.
14:44Ça ne suffit pas.
14:45Si vous ne vous battez pas,
14:46vous n'avez aucune chance.
14:47Mais ce n'est pas parce que
14:47vous allez vous battre
14:48que vous allez guérir.
14:49Il est 17h45
14:50et on touche du bois.
14:51Alors, il y a des gens
14:52qui ont horreur
14:52qu'on parle de ça,
14:53de ces sujets-là.
14:55Et moi, j'ai connu...
14:56Voilà, c'est...
14:57Puis il y a des gens
14:58qui aiment en parler,
14:59ce qui est mon cas.
15:00Moi, j'aime beaucoup
15:00recevoir le professeur Kayat.
15:02Mais il y a des journalistes
15:04et même sans doute
15:04des gens qui nous écoutent
15:05qui ne nous écoutent plus
15:06précisément depuis 10 minutes.
15:08Ils disent
15:08« Ah, je ne veux pas entendre ça. »
15:09C'est assez intéressant.
15:10Pourtant, il y a plein d'espoir.
15:12Mais bien sûr, bien sûr.
15:13Mais ça a changé aujourd'hui.
15:14Il est 17h46 à toutes.
15:17Europe 1.
15:18Pascal Proulx et vous ?
15:19Il est 17h50.
15:21On est avec le professeur Kayat,
15:22oncologue,
15:23qui va publier le 1er avril
15:26« Les gestes qui changent tout ».
15:27Et je voulais qu'on termine
15:28avec le troisième cancer
15:29qui est le plus fréquent,
15:31cancer coloré rectal.
15:34Et d'une certaine manière,
15:35c'est le plus facile à éviter
15:36celui-là.
15:37Puisque s'il y a
15:38du sang dans les selles,
15:41oui, et puis une prévention,
15:42comment on appelle ça ?
15:42Du dépistage.
15:43Du dépistage.
15:44Pour ça, il faut que tout le monde
15:45le fasse.
15:46Et c'est une fois tous les deux ans
15:48ou une fois tous les deux ans ?
15:48Alors en fait,
15:49j'ai mis en place
15:49le dépistage du cancer du côlon
15:51quand j'ai créé
15:53l'Institut National du Cancer
15:54avec l'idée qu'on fasse
15:55régulièrement après 50 ans
15:57un test
15:57qui permet de voir
15:59s'il y a du sang dans les selles
16:00et si le test est positif,
16:01on fait une coloscopie.
16:02Tout ça, c'est relativement facile,
16:04c'est peu dangereux
16:05et ça permet de trouver ce qui est...
16:06Mais le test, c'est important.
16:07Je ne suis pas passé par le test,
16:08par exemple.
16:09Je suis allé directement,
16:10on me dit le test...
16:10Si on veut voir 66 millions de Français,
16:12il vaut mieux faire un petit test avant
16:13qui coûte moins d'un euro
16:15qu'une coloscopie
16:16qui va coûter quand même
16:17beaucoup d'argent.
16:18Et puis, il y a l'anesthésie,
16:19il y a Aris, tout ça.
16:19Donc on fait quand même,
16:20on essaye de trier les malades.
16:22Mais qu'est-ce qu'il y a ?
16:23C'est que le cancer du côlon,
16:24il est dans l'immense majorité des cas
16:26précédé par une tumeur bénigne
16:27qu'on appelle un polype.
16:29D'enlever le polype,
16:31ça évite d'avoir le cancer.
16:32Donc c'est pour ça
16:33qu'on veut trouver la maladie
16:34avant qu'elle ne soit un vrai cancer
16:35tant qu'elle est encore au stade de polype.
16:37Mais, ce système
16:38que le monde entier a reproduit
16:39après qu'on l'ait mis en place en France
16:41est en train d'être...
16:42ne tient plus la route.
16:43Pourquoi ?
16:44Parce que pour une raison
16:45qu'on ignore un peu,
16:47il y a un rajeunissement de l'âge
16:49des cancers du côlon
16:51dans le monde occidental,
16:52mais phénoménal,
16:53au point que le cancer du côlon
16:55qui jusqu'à il y a 5 ans
16:56était la septième cause de mortalité
16:58par cancer chez les moins de 50 ans
17:00et est devenue la première cause
17:01de mortalité par cancer
17:02chez les moins de 50 ans.
17:04Alors vous allez me dire
17:05mais pourquoi ?
17:05Pourquoi c'est de plus en plus
17:07des gens de 30, 40 ans, 45 ans
17:09qui ont ça ?
17:10Alors, on évoque l'hypothèse,
17:12parce qu'on sait que c'est cancérigène,
17:14d'une consommation
17:14beaucoup plus tôt dans la vie
17:16des produits ultra-transformés.
17:18Si vous voulez,
17:18nous sommes à peu près
17:19de la même génération,
17:21on a commencé à manger
17:21des trucs pas bons à la fac,
17:23mais à l'école, au lycée,
17:25on est rentré à la maison,
17:25on est allé à la cantine,
17:26ils faisaient des bons plats.
17:27Petite galette Saint-Michel ?
17:28Non, c'est ce que j'ai dit tout à l'heure,
17:30on en a parlé.
17:31Oui, mais c'était bon.
17:31Mais bien sûr, c'était bon,
17:32ils ne voulaient pas en manger.
17:33C'était du beurre, de la farine.
17:34Mais bien sûr.
17:34Mais maintenant, vous avez...
17:35Oui, et vos chips.
17:37Et vous savez que c'est tellement démontré
17:40qu'aujourd'hui,
17:42l'État de Californie
17:43a fait une classe action
17:44contre les grands fabricants agroalimentaires,
17:47Mars, etc.,
17:49parce qu'ils sont responsables
17:50non seulement de l'obésité,
17:51mais aussi du développement des cancers.
17:53Dernière chose, le moral.
17:55Quelle est, quand je vous disais tout à l'heure,
17:57est-ce que vous avez une intuition
17:58sur comment un malade va-t-il réagir
18:01et puis comment il va s'en sortir ?
18:03Quelle est, on ne le saura sans doute jamais,
18:04la part du moral sur la réussite d'un cancer ?
18:07Alors, elle n'est pas suffisante pour guérir,
18:10mais elle est fondamentale
18:12si vous voulez pouvoir vous battre.
18:13Si vous partez perdant,
18:16justement avec pas de moral,
18:17le cancérologue en face de vous,
18:19il va baisser un peu l'intensité du traitement
18:21parce qu'il va se dire
18:21celui-là ne tiendra pas le coup.
18:23Ça, ça a été montré.
18:24Ensuite, une fois qu'il donne le traitement,
18:26vous, si vous n'avez pas le moral,
18:28vous allez lâcher.
18:29Mais contrairement à ce que vous suggérez
18:31dans la question,
18:33ça ne dépend pas uniquement
18:34de la personnalité du malade.
18:36Ça dépend énormément
18:37de la relation médecin-malade.
18:39Parce qu'en fait,
18:39le médecin porte,
18:41au sens propre,
18:42pratiquement,
18:43porte le malade pendant tout le combat.
18:45Il est là,
18:45il répond,
18:46il rassure,
18:47il explique,
18:48il va avec lui,
18:49il lui tient la main dans le combat.
18:51Et c'est comme un soldat
18:52qui part à la guerre,
18:53si son chef est bon,
18:55il ira se battre.
18:56Si son chef n'est pas bon,
18:57il est mort de trouille
18:58et ça ne va pas bien se passer.
18:59Donc,
19:00l'analogie n'est quand même
19:01pas complètement fausse.
19:03Écoutez,
19:04merci d'être passé
19:05par notre studio.
19:08Et puis,
19:08je rappelle que
19:09les gestes qui changent,
19:10tout longtemps perçus
19:11comme une fatalité de cancer
19:12entre dans une nouvelle ère.
19:13vous détaillez des gestes simples
19:15mais décisifs
19:16qui peuvent infléchir
19:17les trajectoires de la maladie,
19:19ni alarmiste,
19:20ni moralisateur.
19:21Alors,
19:21par exemple,
19:22dans les gestes,
19:23dans les gestes qui changent tout.
19:24Le dépistage.
19:26Participer au dépistage.
19:27Moi,
19:27j'ai fait récemment.
19:29C'est gratuit.
19:29C'est gratuit,
19:30c'est embossé.
19:31Voilà.
19:32Alors,
19:32pour le colorectal,
19:33mais est-ce que
19:34on peut dépister ?
19:35Le sein.
19:36Et il n'y a pas beaucoup de femmes.
19:36On n'arrive pas à avoir
19:3770% de participation.
19:39On est à 55.
19:40Le colon,
19:41le col de l'utérus
19:42avec le frottis.
19:42Le mélanome
19:43avec les dermatologues
19:44qui reçoivent les malades
19:45une fois par an.
19:46Et puis maintenant,
19:47le dépistage du cancer du poumon
19:48avec ce scanner faible dose
19:50qu'on propose aux fumeurs.
19:51Eh bien,
19:52vous viendrez le 1er avril
19:53pour parler de ce livre.
19:54Merci vraiment,
19:55professeur Caillat.
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